‹ Œuvres;Chapitre 263 sur 422 · SCÈNE VL AGRIPPINE, NÉRON, BURRHUS, NARCISSE · texte numérisé non relu

SCÈNE VL AGRIPPINE, NÉRON, BURRHUS, NARCISSE

NÉRON, voyant Agrippine.

Dieux !

AGRIPPINE

Arrêtez, Néron : j'ai deux mots à vous dire. Britannicus est mort, je reconnois les coups ; Je connois l'assassin.

NÉRON

Et qui, Madame .î^

AGRIPPIWE.

Vous. i6 5o

Moi! Voilà les soupçons dont vous êtes capable. I II n'est point de malheurs dont je ne sois coupable ; Et si l'on veut, Madame, écouter vos discours, Ma main de Claude même aura tranché les jours. Son fils vous étoit cher : sa mort peut vous confondre; Mais des coups du destin je ne puis pas répondre.

AGRIPPINE

Non, non, Britannicus est mort empoisonné : Narcisse a fait le coup, vous l'avez ordonné,

NÉRON

Madame, mais qui peut vous tenir ce langage?

NARCISSE

Hé ! Seigneur, ce soupçon vous fait- il tant d'outrage ? / ^

Britannicus, Madame, eut des desseins secrets

Qui vous auroient coûté de plus justes regrets.

Il aspiroit plus loin qu'à l'hymen de Junie :

De vos propres bontés il vous auroit punie.

H vous trompoit vous-même ; et son cœur offensé * 1 6 6 5

I. P'ar. Madame, il vous trompoit, et son cœur offensé. (1670 et 76)

BRITANNICUS

Prétendoit tôt ou tard rappeler le passé.

Soit donc que malgré vous le sort vous ait servie,

Soit qu'instruit des complots qui menaçoient sa vie,

Sur ma fidélité César s'en soit remis,

Laissez les pleurs. Madame, à vos seuls ennemis. 1670

Qu'ils mettent ce malheur au rang des plus sinistres,

Mais vous

AGRIPPINE

Poursuis, Néron, avec de tels ministres*. Par des faits glorieux tu te vas signaler. Poursuis. Tu n'as pas fait ce pas pour reculer. Ta main a commencé par le sang de ton frère , 1675 Je prévois que tes coups viendront jusqu'à ta mère^. Dans le fond de ton cœur je sais que tu me hais ' ; Tu voudras t'afiPranchir du joug de mes bienfaits. Mais je veux que ma mort te soit même inutile. Ne crois pas qu'en mourant je te laisse tranquille. 1680 Rome, ce ciel, ce jour que tu reçus de moi, Partout, à tout moment, m'offriront devant toi*.

1. Ces vers sont ainsi ponctués dans plusieurs éditions récentes, dans celles, entre autres, de 1807, de 1808 et de M. Aimé-Martin :

. . Poursuis, Néron : avec de tels ministres, Par des faits glorieux, etc.

Nous avons suivi la ponctuation des éditions imprimées du vivant de Racine. Quelques éditions du commencement du dix -huitième siècle, par exemple celle de 1713, mettent avec de tels ministres entre deux virgules, et laissent le sens indécis. — L'édition de 1807 remplace en outre : « tu te vas signaler, » par : « tu vas te signaler. »

2. « Parricidii exemplum rnleAi^ehat [Agrippind] . » (Tacite, Annales, livre XIII, chapitre xvi.)

3. Far. Tu te fatigueras d'entendre tes forfaits. (167O et 76)

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