‹ Œuvres;Chapitre 299 sur 422 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

Retentit des bienfaits dont vous m'avez comblée, 56o

Est-il juste, Seigneur, que seule en ce moment

Je demeure sans voix et sans ressentiment ?

Mais, Seigneur (car je sais que cet ami sincère

Du secret de nos cœurs connoît tout le mystère) ,

Votre deuil est fini, rien n'arrête vos pas , 56 5

Vous êtes seul enfin , et ne me cherchez pas.

J'entends que vous m'offrez un nouveau diadème ,

Et ue puis cependant vous entendre vous-même.

Hélas ! plus de repos , Seigneur, et moins d'éclat.

Votre amour ne peut-il paroître qu'au sénat? 670

Ah ! Titus , car enfin l'amour fuit la contrainte

De tous ces noms que suit le respect et la crainte.

De quel soin votre amour va-t-il s'importuner?

N'a-t-il que des États qu'il me puisse donner?

Depuis quand croyez-vous que ma grandeur me touche?

Un soupir, un regard , un mot de votre bouche ,

Voilà l'ambition d'un cœur comme le mien.

Voyez-moi plus souvent , et ne me donnez rien.

Tous vos moments sont-ils dévoués à l'Empire ?

Ce cœur, après huit jours, n'a-t-il rien à me dire* ? 5 80

Qu'un mot va rassurer mes timides esprits !

Mais parliez- vous de moi quand je vous ai surpris?

Dans vos secrets discours étois-je intéressée ,

Seigneur ? Etois-je au moins présente à la pensée ?

TITUS

N'en doutez point , Madame ; et j'atteste les Dieux 5 8 5 Que toujours Bérénice est présente à mes yeux. L'absence ni le temps , je vous le jure encore. Ne vous peuvent ravir ce cœur qui vous adore.

BÉRÉNICE

Hé quoi ? vous me jurez une éternelle ardeur,

I. Var. Ce cœur, depuis huit jours, n'a-t-il rien à me dire? (1671)

BÉRÉNICE

Et vous me la jurez avec cette froideur? 590 Pourquoi même du ciel attester la puissance * ? Faut-il par des serments vaincre ma défiance ? Mon cœur ne prétend point , Seigneur, vous démentir, Et je vous en croirai sur un simple soupir.

TITUS

Madame....

BÉRÉNICE

Hé bien, Seigneur? Mais quoi? sans me répondre Vous détournez les yeux, et semblez vous confondre. Ne m'ofî'rirez-vous plus qu'un visage interdit ? Toujours la mort d'un père occupe votre esprit ? Rien ne peut-il cliarmer Tennui qui vous dévore ?

TITUS

Plùt au ciel que mon père, hélas! vécût encore ^ ! 600 Que je vivois heureux î

BÉRÉNICE

Seigneur, tous ces regrets De votre piété sont de justes effets.

Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire : Vous devez d'autres soins à Rome, à votre gloire. De mon propre intérêt je n'ose vous parler. 60 5

Bérénice autrefois pouvoit vous consoler ; Avec plus de plaisir vous m'avez écoutée. De combien de malheui s pour vous persécutée , Vous ai-je pour un mot sacrifié mes pleurs ! Vous regrettez un père : héîas ! foibles douleurs ! 610 Et moi (ce souvenir me fait frémir encore), On vouloit m' arracher de tout ce que j'adore; Moi , dont vous connoissez le trouble et le tourment Quand vous ne me quittez que pour quelque moment ;

1. Far. Pourquoi des Immortels attester la puissance? (1671-87)

2. Var. Plùt aux Dieux que mon père, hélas 1 vécût encore! (1671-87)

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