‹ Œuvres;Chapitre 3 sur 422 · Hommes illustres ^ tome II, p · texte numérisé non relu

Hommes illustres ^ tome II, p

NOTICE

\ Alexandre ^ comme le Cid au-dessus de Médée; chacun de ces deux chefs-d'œuvre fut, après des essais qui n'étaient pas sans promesses, la première révélation d'un grand génie ; et non- seulement ils sont l'un et l'autre par là une mémorable date dans la vie de nos deux poètes dramatiques, ils en sont une surtout dans l'histoire de l'art. Avec le Cid on vit naître chez nous la tragédie fière, sublime, héroïque, qui agrandit les âmes; avec Andromaque,la. tragédie pathétique, qui connaît tous les secrets, toutes les faiblesses du cœur dans leurs nuances les plus délicates, dans leurs replis les plus profonds, et qui sait peindre avec la vérité la plus saisissante les plus terribles orages des passions.

Il ne faut pas s'attendre à ce qu'un témoin tel que le burlesque Robinet nous rende au moindre degré la ^ive impression des premiers spectateurs de l'admirable tragédie ^ Ne l'interrogeons que sur les noms des acteurs qui jouèrent d'original dans Andromaque. Il nous les fait connaître dans sa lettre du 26 novembre. Voici, d'après son témoignage, la distribution des principaux rôles :

Andromaque, Mlle du Parc.

Pyivrhus , Floridor.

Oreste , Montfleury.

Hermione , Mlle des OEillets.

Le Mercure de France de juin 1740 ^ dit que le sieur d'Hauteroche, qui jouait parfaitement les grands confidents, remplissait le rôle de Phœnix : c'était sans doute dès ces premiers temps. La création des premiers rôles est du reste seule intéressante pour nous. Le talent des quatre acteurs qui en furent chargés avait déjà été mis à l'épreuve par Racine dans son Alexandre : celui de Floridor, de Montfleury, de Mlle des

1 . Il lui suffît de constater le grand succès de la pièce par un misérable jeu de mots :

On ne peut voir assurément, Ou du moins je me l'imagine, De plus beaux fruits d'une Racine.

2. Page II 39. Deuxième lettre sur la uie et les ouvrages de Molière et sur les comédiens de son temps.

ANDROMAQUE

OEillets à l'Hôtel de Bourgogne, celui de Mlle du Parc sur la scène du Palais-Royal.

Mlle du Parc avait quitté la troupe de Molière après la clôture du théâtre aux fêtes de Pâques de cette même année 1667, et s'était engagée à l'Hôtel de Bourgogne pour y débuter dans la nouvelle tragédie. Le poète, amoureux alors de cette charmante actrice, l'avait décidée à la désertion, pour lui faire suivre sa fortune.

Il est très-probable que le rôle noble et touchant d'Andromaque, s'il prêtait à de moins grands effets que quelques autres de la même pièce, n'était point cependant celui que Racine avait le moins à cœur de faire interpréter à son gré. On dit que par la perfection avec laquelle elle le joua, Mlle du Parc, dont la beauté et les grâces faisaient d'ordinaire le plus grand succès, parut se surpasser elle-même Lorsqu'à la fin de l'année suivante une mort prématurée l'enleva au théâtre, l'éclat de son triomphe dans Andromaque n'avait pas encore pâli, témoin ces vers de Robinet :

L'Hôtel de Bourgogne est en deuil, Depuis peu voyant au cercueil Son Andromaque si brillante, Si charmante et si triomphante

Nous avons dit, dans la Notice sur Alexandre^ ^ combien était aimé du public Floridor, à qui fut confié le rôle de Pyrrhus. L'Hermione manquait de jeunesse et de beauté : Mlle des OEillets avait alors quarante-six ans ; elle était petite et maigre ; mais son art était consommé, et si quelques années après elle trouva une rivale qui interpréta plus vivement qu'elle et avec plus d'énergie les scènes les plus passionnées de son rôle, il lui resta la supériorité d'un goût fin et délicat.

Montfleury était né, dit-on, à la fin du seizième siècle, ou

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