‹ Œuvres;Chapitre 77 sur 422 · ACTE IV, SCÈNE III. io · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. io

Il faut Mais cependant que faut-il que je fasse?

Comment puis-je sitôt servir votre courroiix? Quel chemin jusqu'à lui peut conduire mes coups? A peine suis-je encore arrivé dans FEpire , r 2 o 5

Vous voulez par mes mains renverser un empire ; Vous voulez qu'un roi meure , et pour son châtiment Vous ne donnez qu'un jour, qu'une heure, qu'unmoment. Aux yeux de tout son peuple il faut que je l'opprime * ! Laissez-moi vers l'autel conduire ma victime , 1210 Je ne m'en défends plus ; et je ne veux qu'aller Keconnoître la place où je dois l'immoler. Cette nuit je vous sers, cette nuit je l'attaque.

HERMIONE

Mais cependant ce jour il épouse Andromaque.

Dans le temple déjà le trône est élevé ; 1 2 1 5

Ma honte est confirmée , et son crime achevé.

Enfin qu'attendez-vous ? Il vous offre sa tête :

Sans gardes , sans défense il marche à cette féte ;

Autour du fils d'Hector il les fait tous ranger ;

Il s'abandonne au bras qui me voudra venger. 1220

Voulez-vous, malgré lui, prendre soin de sa vie?

Armez, avec vos Grecs, tous ceux qui m'ont suivie;

Soulevez vos amis : tous les miens sont à vous.

Il me trahit, vous trompe, et nous méprise tous.

Mais quoi? déjà leur haine est égale à la mienne : 1225

Elle épargne à regret l'époux d'une Troyenne.

Parlez : mon ennemi ne vous peut échapper,

Ou plutôt il ne faut que les laisser frapper.

Conduisez ou suivez une fureur si belle ;

Revenez tout couvert du sang de l'infidèle ; 1230

Allez : en cet état soyez sûr de mon cœur.

1 . Opprimer^ dans ce sens de surprendre et accabler, est un latinisme que i'exemple de Racine n'a pu introduire dans la langue.

ANDROMAQUE

ORESTE

Mais, Madame, songez....

HERMIONE

Ah! c'en est trop. Seigneur.

Tant de raisonnements offensent ma colère * . J'ai voulu vous donner les moyens de me plaire , Rendre Oreste content; mais enfin je vois bien 1235 Qu'il veut toujours se plaindre , et ne mériter rien. Partez : allez ailleurs vanter votre constance , Et me laissez ici le soin de ma vengeance. De mes lâches bontés mon courage est confus , * Et c'est trop en un jour essuyer de refus. 1240 Je m'en vais seule au temple , où leur hymen s'apprête , Où vous n'osez aller mériter ma conquête. Là , de mon ennemi je saurai m' approcher : Je percerai le cœur que je n'ai pu toucher; Et mes sanglantes mains, sur moi-même tournées ^ , 1245 Aussitôt, malgré lui, joindront nos destinées; Et tout ingrat qu'il est , il me sera plus doux De mourir avec lui que de vivre avec vous.

1. Dans la scène iv de l'acte III de Cinna, Emilie dit à Cinna:

Il suffit, je t'entends ;

Je vois ton repentir et tes vœux inconstants

Sans emprunter ta main pour servir ma colère,

Je saurai Iwen venger mon pays et mon père

Mes jours avec les siens se vont précipiter,

Puisque ta lâclieté n'ose me mériter.

Viens me voir dans son sang et dans le mien baignée.

En comparant les deux scènes, on trouvera entre elles des rapports frappants, mais plutôt pour les idées que pour l'expression.

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