ORESTE, HERMIONE, CLÉONE
ORESTE
Madame, c'en est fait, et vous êtes servie ^ : Pyrrhus rend à l'autel son infidèle vie.
I. Dans les éditions de 1668 et de 1673 les personnages sont : oreste,
ANDROMAQUE, HERMIONE, CLEONE, CÉPHISE, SoldatS cVOieste.
1. Var. Madame, c'en est fait. Partons en diligence. Venez dans mes vaisseaux goûter votre vengeance. Voyez cette captive : elle peut mieux que moi Vous apprendre qu'Oreste a dégagé sa foi.
HERM. O Dieux ! c'est Andromaque ? androm. Oui, c'est cette princesse
Deux fois veuve, et deux fois l'esclave de la Grèce,
Mais qui jusque dans Sparte ira vous braver tous,
Puisqu'elle voit son fils à couvert de vos coups.
Du crime de Pyrrhus complice manifeste,
J'attends son châtiment. Car je vois bien qu'Oreste,
Engagé par votre ordre à cet assassinat,
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ANDROMAQUE
Ont lavé dans son sang ses infidélités.
Je vous Favois promis; et quoique mon courage
Se fît de ce complot une funeste image ,
J'ai couru vers le temple, ou nos Grecs dispersés
Se sont jusqu'à l'autel dans la foule glissés.
Pyrrhus m'a reconnu. Mais sans changer de face*,
Il sembloit que ma vue excitât son audace,
Vient de ce triste exploit vous céder tout l'éclat. Je ne m'attendois pas que le ciel en colère Pût, sans perdre mon fils, accroître ma misère, Et gardât à mes yeux quelque spectacle encor Qui fît couler mes pleurs pour un autre qu'Hector. Vous avez trouvé seule une sanglante voie De suspendre en mon cœur le souvenir de Troie. Plus barbare aujourd'hui qu'Achille et que son fils, Vous me faites pleurer mes plus grands ennemis ; Et ce que n'avoient pu promesse (a) ni menace, Pyrrhus de mon Hector semble avoir pris la place. Je n'ai que trop, Madame, éprouvé son courroux : J'aurois plus de sujet de m'en plaindre que vous. Pour dernière rigueur ton amitié cruelle, Pyrrhus, à mon époux me rendoit infidèle. Je t'en ail ois punir. Mais le ciel m'est témoin Que je ne poussois pas ma vengeance si loin ; Et sans verser ton sang, ni causer tant d'alarmes. Il ne t'en eût coûté peut-être que des larmes.
HERM. Quoi? Pyrrhus est donc mort? oreste. Oui, nos Grecs irrités [Ont lavé dans son sang ses infidélités.] (1668) — Cette scène, telle qu'elle est dans l'édition de i66B,a été réirapi'imée à la fin du troisième volume des Réflexions critiques de l'abbé du Bos (édition de 1732) .
I . Nous avons suivi la ponctuation de toutes les anciennes éditions. Geoffroy (1808) et après lui M. Aimé-Martin ont ponctué ce vers d'une manière toute différente, qui change le sens ; ils mettent une virgule avant les mots : « mais sans changer de face; » deux points à la fin du vers. L'édition de 1807 (hi Harpe) laisse le sens indécis : elle a une virgule avant rnaîs, et une autre après face.
{a) Les éditions de 1807, de 1808 et celle de M. Aimé-Martin substituent
prière à promesse.