‹ ŒuvresChapitre 24 sur 232 · CHAPITRE I?: —BU issufcis ou M» ysbtus · texte numérisé non relu

CHAPITRE I?: —BU issufcis ou M» ysbtus

Ce que récole nomme essence (eêsemia) , les Latins rappellent force, vis, et puissance, pofeflov. Tous les philosophes considèrent les essences comme éternelles et immuables, Aristote les regarde comme indivises ; or, comme parle FÉcole, il les fait consister dans rindivisible. D*un autre côté, Platon pense, après Pythagore, que la science a pour objet réternel et l'immuable. On peut en tirer cette conjecture que les anciens philosophes de l'Italie pensèrent que les essences sont indivises, et que ce sont les vertus éternelles et infinies de toutes choses ; le vulgaire des Latins les appelait dieux immortels, les sages en faisaient un dieu souverain et unique. La métaphysique était la vraie science, parce qu'eUe traitait des vertus éternelles. Maintenant on peut se demander si, de même qu'il y a du mouvement et de l'effort (ou vertu de mouve* ment), il n'y a pas aussi de l'étendue et une vertu d'extension ; et si, de même que le corps et le mouvement sont le siyet propre de la physique, de même l'efibrt et la vertu d'extension n'est pas la matière spéciale de la métaphysique. En cela, illustre Paolo, c'est vous qui êtes mon premier guide , vous qui pensez que ce qui est acte dans la physique , est vertu dans la métaphysique.

J I. — Ihi point métaphysique ou de l'effort

Chei les Latins pHnctum et momentum avaient le même sens ; or, mamenium, c'est ce qui meut, et le point, comme le mometUum, était, pour les Latins, quelque chose d'indivisible. Les anciens sages de l'Italie auraient-ils pensé qu'il y a une vertu indivisible d'extension et de mouvement ? Cette doctrine aurait-t-elle passé, comme beaucoup d'autres, d'Italie en Grèce, où Zenon l'a prise et modifiée? Il ne semble pas que personne ait jamais eu d'idée plus juste de cette vertu indivisible d'extension et de mouvement que les stoïciens qui y ont appliqué l'hypothèse du point métaphysique. D'abord il est incontestable que la géométrie et l'arithmétique sont bien plus vraies , ou du moins présentent une bien plus haute apparence de vérité, que toutes les sciences qu'on appelle subalternes ; et, d'un autre côté, il est très-vrai que la métaphysique est la source unique du vrai , qui descend de là aux autres jsciences. Or chacun sait que les géomètres font partir du point leurs méthodes synthétiques, que de là ils marchent à la contemplation de l'infini , à l'aide de fréquents postulats qui leur

permettent de prolonger des lignes à rinfini, 8î l'on demande par quelle voie ce vrai ou cette espèce devrai passe de la métaphysique dans la géométrie, cette voie n'est autre que celle où ce point nous donne un étroit accès. Car la géométrie emprunte à la métaphysique la vertu d*extension, vertu qui étant celle de l'objet étendu , le précède, et est par conséquent inétendue. De même que l'arithmétique prend dans la métaphysique la vertu du nombre» c'est-à-dire l'unité, qui, étant la vertu du nombre, n'est pas le nombre ; ainsi que l'unité, qui n'est pas le nombre, engendre le nombre, de même le point, qui est inétendu, engendre l'étendue. En effet, lorsque le géomètre définit le point ce qui n'a pas de parties, ce n'est qu'une définition d& mot ; il n'y a point de choses qui n'ait point de parties et qu'on puisse cependant représenter soit mentalement, soit graphiquement; la définition de l'unité, en arithmétique, n'est pareillement que la définition d'un mot, puisqu'on suppose une unité susceptible de multiplication , ce qui ne peut convenir à une unité réelle. Mais l'école de Zenon considère cette définition du point comme très-réeUe, en tant que le point a son type dans ce que l'esprit humain peut penser de la vertu indivisible d'extension et de mouvement. Aussi est-ce une erreur que cette opinion vulgaire selon laquelle la géométrie tire son siget de la matière , et, comme dit l'École, l'en abstrait. Zenon pensait qu'aucune science ne traite de la matière avec plus d'exactitude et de justesse que la géométrie , mais de cette matière que lui fournit la métaphysique, c'est-à-dire de la vertu d'extension. Les démonstrations d'Aristote contre l'école de Zenon touchant les points métaphysiques, n'auraient pas tant d'autorité auprès des sectateurs du premier, si le point géométrique n'était pas , pour les stoïciens, un signe du point métaphysique, et le point métaphysique la vertu même du corps physique. On peut en dire autant pour Pythagore et ses disciples, de l'un desquels Platon nous a transmis les doctrines dans son Timée; lorsqu'ils appliquaient la théorie des nombres aux choses de la nature, ils ne voulaient pas dire que la nature fût véritablement faite de nombres ; mais ils cherchaientà expliquer le monde extérieur parle inonde qu'ils contenaient en eux* U en est de même de Zenon et de sa secte, qui considérèrent les points comme les principes des choses.

On peut partager les philosophes de tous les temps en quatre classes : les premiers, géomètres illustres , qui déduisirent les principes physiques d'hypothèses mathématiques, Pythagore est de ce nombre; les seconds, savants en géométrie et appliqués à l'étude de la métaphysique , qui considérèrent les principes de la nature sans recourir à

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aucune hypothèse , et qui parlèrent des choses de la nature en métaphysiciens ; parmi eux est Aristote; les troisièmes, ignorants en géométrie et ennemis de la métaphysique , imaginèrent, pour former la matière, le corps simple étendu ; ceux-ci bronchent dès leurs premiers pas dans Texplication des principes, mais ils ont été plus heureux dans les idées de détails sur les phénomènes particuliers de la nature; Épicure appartient à cette classe; d'autres enfin ont pris pour principe des choses le corps doué de quantité et de qualité; tels sont les anciens, qui ont donné comme tels, la terre, Teau, l'air, le feu, soit un seul élément , soit deux, soit tous les quatre ensemble ; tels aussi , parmi les modernes , sont les chimistes. Mais ceux-ci ne disent sur les principes rien qui ne soit digne du sujet ; de leurs principes ils ne parviennent guère à tirer des explications satisfaisantes des phénomènes particuliers , si ce n'est dans un très-petit nombre de cas , où l'empirisme les a mieux guidés que la réflexion.

Zenon , grand métaphysicien , fit usage des hypothèses des géomètres ; il expliqua par le point les principes des choses, comme Pythagore les expliquait par le nombre. Descartes, aussi grand géomètre que grand métaphysicien , s'est pourtant rapproché d'Épicure; les fautes qu'il commet dès les principes , sur le mouvement et la formation des éléments , sur le plein universel , comme Épicure sur le vide et la déclinaison des atomes , il les rachète par l'explication heureuse des phénomènes particuliers de la nature. Ceci résulte-t-il de ce qu'ils ne voient tous deux dans la nature que figure et lob mécaniques, et que les efifets particuliers de la nature sont tous donnés sous la condition de la forme et du mouvement? D'autre part, ils devaient naturellement méconnaître les principes et les vertus essentielles, parce qu'il n'y a pas de figure dans l'immatériel, et rien de mécanique dans l'indéfini? Nous en avons assez dit pour faire comprendre la pensée de Zenon et lui donner quelque gravité. Entrons maintenant dans le fond même du sujet. La moindre parcelle d'étendue peut se diviser à l'infini , c'est ce qu'Aristole prouve par une démonstration géométrique. Mais Zenon n'en est pas ébranlé , et s'en sert au contraire pour soutenir ses points métaphysiques. En effet , il faut que la vertu de cette chose physique nous soit donnée dans la métaphysique; autrement, comment Dieu serait-il le comble de toutes les perfections? L'étendue est dans la nature; or, attribuer de l'étendue à Dieu, c*est blasphème, car nous mesurons l'étendue, et l'infini ne souffre pas de mesure. Mais que la vertu de l'étendue soit contenue en Dieu éminemment, comme parlent nos

théologiens , c'est ce qu*on peut très^bien affirmer. Ainsi de même que l'effort est la vertu qui produit le mouvement, et qu'en Dieu, auteur de toutes choses, l'effort est repos; de même aussi, la matière première est la vertu d'extension , qui en Dieu, créateur de la matière, n'est rien que pur esprit. Il y a donc dans la métaphysique une substance qui est la vertu de divisibilité indéfinie de l'étendue. La division est une chose physique ; la divisibilité, une vertu métaphysique; car la division est l'état actuel des corps ; mais l'essence du corps, comme de toutes choses, consiste dans l'indivisible; et c'est ce qu'Aristote doit avouer, puisqu'il l'enseigne lui-même. Il me semble donc que les coups qu'Aristote adresse à Zenon , portent à faux, et que leurs doctrines s'accordent au fond. Le premier parle de l'acte, le second de la virtualité. Lorsque Aristote prouve la division des parties à l'infini par l'exemple de la diagonale qui se couperait aux mêmes points que la ligne latérale, quoique tous deux soient incommensurables , ce n'est pas le point qu'il divise, mais quelque chose d'étendu, puisqu'il le représente. Celte démonstration 9 comme celle des cercles concentriques que les rayons couperaient dans tous leurs points, celle des parallèles obliques à l'horizon qui couperaient une perpendiculaire sans jamais la diviser tout entière , toutes ces démonstrations , en un mot , sont fondées sur cette définition du point : ce qui n'a point de parties. Et toutes ces merveilles ne nous sont pas démontrées par une géométrie qui définisse le point , « une petite parcelle divisible à l'infini, » mais par une géométrie qui suppose Fin* divisibilité du point , et part du point ainsi défini pour arriver à ces démonstrations surprenantes. C'est pourquoi Zenon ne trouve dans ces arguments qu'une confirmation de son opinion, bien loin qu'elle en soit ébranlée. Car de même que dans ce monde de formes que l'homme se fait à lui-même et dont l'homme est comme le dieu, ce nom, sujet d'une définition, cette chose imaginaire qui n'a point de parties, se trouve en égale quantité dans des étendues inégales , de même dans le monde véritable , dont Dieu est l'auteur, il y a une vertu indivisible d'extension qui, par cela même qu'elle est indivisible, existe également sous des étendues inégales. Ces vertus sont indéfinies, et, puisqu'elles sont indéfinies , il ne peut être question pour elles de quantité ; on n'y peut concevoir pluralité on minorité ; elles ne souffrent pas le plus ni le moins. Les démonstrations même qui établissent ces vérités, prouvent aussi que l'effort, ou la vertu motrice, chose métaphysique, est égale pour des mouvements inégaux. D'abord il est plus digne de la souveraine facilité d'exécution qui est dans le

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Toul-Puissant , qu'il ait créé une malière qui fût à ta fois puissance d'extension et mouvement, que de créer parement, par une double opération, ta matière et le mouvement. Ija bonne métaphysique est favorable à cette opinion ; car comme l'effort n'est pas quelque chose, mais un mode de quelque chose, je veux dire d'une matière , il faut qu'il ait été créé d'une même création avec cette matière. Cette idée est aussi d'accord avec la physique : car dès qu'il y a nature, ou, comme dit l'École, être en fait, tout se meut ; auparavant , tout reposait en Dieu; la nature a donc commencé d'être par l'effort, ou la nature de l'effort consiste, comme dit l'École, dans le devenir. Car l'effort est intermédiaire entre le repos et le mouvement. Dans la nature, sont les choses étendues ; avant toute nature , la chose qui n'admet aucune étendue, Dieu; donc entre Dieu et les objets étendus est une chose intermédiaire, inétendue, mais capable d'extension ; c'est le point métaphysique. C'est là que ces choses trouvent leur mesure commune, ou, comme on dit, la pro^ parlionqui les exprime : repos, effort, mouvement; Dieu, matière, et corps étendu. Dieu, moteur de toutes choses , reste immobile en soi ; la matière fait effort; les corps étendus sont mus; et de même que le mouvement est un mode du corps, le repos un attribut de Dieu , ainsi l'effort est la propriété du point métaphysique, et de même que le point métaphysique est une vertu indéfinie d'extension, qui est égale pour des étendues inégales, ainsi l'effort est une vertu motrice indéfinie, qui, sans sortir de l'égalité , donne lieu à des mouvements inégaux.

Descartes pose comme base de ses belles idées sur la réflexion et la réfraction des mouvements, que le mouvement diffère de ce qui le détermine, en sorte qu'il peut y avoir plus de mouvement pour un même mode de détermination ou quantité. D'où il conclut qu'il y a plus de mouvement dans les déterminations obliques que dans les détermina* tîons directes. Par là il explique pourquoi un corps en mouvement oblique obéit dans le même temps à deux causes; l'une, sa pesanteur, qui le pousse directement de haut en bas; l'autre, sa direction, qui le fait tendre obliquement à l'horizon ; ainsi , s'il tombe sur un plan impénétrable, il donne dans un même moment la résultante de deux causes, et réfléchit son mouvement suivant un angle égal à fangle d'incidence ; si, au contraire, il tombe sur un plan pénétrable, son mouvement se réfracte, et, selon la densité plus ou moins grande du milieu à travers lequel il passe, il s'écarte plus ou moins de ta perpendiculaire qu'il décrirait s'il traversait un milieu d'une pénétrabilité uniforme. Descartes a donc aperçu cette vérité, que sous un même mode

de détermination il peut y avoir plus ou moins de mouvement ; mais il en a dissimulé la raison, parce qu'il est de l'avis d'Aristote conlre Zenon ; il dissi* mule, dis -je, que comme pour la diagonale et la latérale il y a une égale vertu d'extension, ainsi il y a une égale vertu motrice pour le mouvement perpendiculaire ou oblique à l'horizon.^

La raison de tout ce que nous avons établi jusqu'ici, c'est, si je ne me trompe, qu'il y a des points et des efforts par où les choses commencent à poindre de leur néant, et que le plus petit et le plus grand sont à égale distance du rien. Par cette raison la géométrie tire sa vérité de la métaphysique, puis la réfléchit sur la métaphysique elle-même , c'està-dire qu'elle forme la science humaine sur le modèle de la science divine , et confirme ensuite la divine par l'humaine. Comme tout s'accorde avec ces vérités ! le temps se divise, l'éternité est toute dans l'indivisible. S'il n'y avait point de mouvement, on n'aurait rien pour mesurer le repos. Tous les troubles de l'âme croissent et décroissent; le calme ne connaît pas de degrés. Des objets étendus se corrompent ; les êtres immortels sont essentiellement indivisibles ; le corps souffre la division ; l'esprit n'admet pas le partage. Dans le point réside l'opportun ; tout autour est répandu l'accident et le hasard. Le vrai est un et précis ; le faux se présente partout ; car la science ne se divise pas, et l'opinion engendre les sectes. La vertu n'est ni en deçà ni au delà ; le vice divague sans limites ; le juste est un, l'injuste innombrable ; le bien par excellence dans toute chose est toujours placé dans l'indivisible. Ainsi , le monde physique est composé de choses imparfaites et divisibles à l'infini ; le monde métaphysique est un monde d'idées, de choses parfaites, qui ont une efficace indéfinie.

Il y a donc dans la métaphysique un genre de choses à la fois inétendu et capable d'extension. C'est ce que ne voit pas Descartes, parce que, par une méthode analytique, il pose la matière comme créée, puis la divise. C'est ce que vil Zenon ; il part synthéîi'quement pour venir à parler du monde des formes que l'homme se crée avec les points, du monde des solides, qui est l'ouvrage de Dieu. C'est ce que ne vit pas Aristote , parce qu'il transporte d'emblée la métaphysique dans la physique ; aussi parle-t-il de la nature en langage mnétaphysique, par puissances et facultés. Descartes ne pouvait le voir davantage, lui qui porte d'emblée la physique dans la métaphysique , et parle de métaphysique en physicien , par actes et par formes. Il faut rejeter l'une et l'autre méthode; car si définir, c'est déterminer les limites des choses, et que les limites soient les extrémités de ce qui a forme, si tous les objets qui ont forme sont tirés de la matière par

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monYement, ^i par conséquent doivent être rapportés à une nature existant antérieurement; et si c^est mal agir, lorsqu'il y a une nature qui d^à nous offre Tacte, de définir les choses par les virtualités, c'est un tort aussi de caractériser les choses par des actes, avant que la nature existe et que les choses aient des formes. I^ métaphysique dépasse la physique , parce qu'elle traite des vertus et de l'infini ; la physique est une partie de la métaphysique, parce qu'elle considère les formes et le limité. Mais comment cet infini peut-il descendre dans ce fini ? lors même que Dieu nous l'enseignerait, nous ne pourrions le comprendre ; si c'est le vrai de l'intelligence divine, c'est qu'elle le fait et le sait en même temps. L'esprit humain a des limites et une forme ; par conséquent, il ne peut avoir l'intelligence de ce qui est sans limite et sans forme, il peut seulement le penser; c'est ce que nous dirions ainsi en italien : Puà andarie racoogUendo, ma non già roccarie tutte» Mats cette pensée même, c'est un aveu de ce que les objets de la pensée n'ont pas de forme et sont sans limites. Ainsi donc connaître distinctement, c'est un défaut plutôt qu'une qualité ; car c'est connaître les limites des choses. L'esprit divin voit les choses dans le soleil dç sa vérité ; c'est-àdire que tandis qu'il voit les choses, il connaît une infinité de choses avec celle qu'il voit ; l'esprit humain voit l'objet qu'il connaît distinctement, comme on voit la nuit à la lueur d'une lanterne, et, en le voyant, il perd de vue tout ce qui l'environne. Ainsi je souffre, sans reconnaître aucune forme de douleur ; je ne connais pas la limite-du malaisé de l'âme ; c'est une connaissance indéfinie, et par conséquent convenable à la nature de l'homme : l'idée de la douleur est pourtant vive et claire autant que rien au monde. Mais cette clarté du vrai métaphysique est semblable à la clarté de la lumière que nous ne voyons que par les corps opaques. Les vérités métaphysiques sont claires, parce qu'elles ne peuvent être renfermées dans aucune limite et distinguées par aucune forme ; les vérités physiques sont les corps opaques qui nous font distinguer la lumière. Cette lumière méthaphysique, ou, selon le langage de l'école, ce passage de la virtualité à l'acte, est produit par un véritable effort, c'est-à-dire par une vertu motrice indéfinie, égale pour des mouvements inégaux ; ce qui est le caractère du point, ou vertu indéfinie d'extension, égale pour des étendues inégales.

$ U. — Que les étendues ne font pas effort. ( Extema non canari. )

Les étendues ne semblent avoir aucune puissance d'effort, soit que tout soit plein de corps de même

genre qui se font mutuellement résistance avec une force égale, et que, dans ce plein absolu, aucune vertu motrice ne puisse se produire; soit que tout soit plein de corps de natures différentes, dont les uns résistent et les autres cèdent, car c'est ici qu'a lieu le véritable mouvement. Essayer de percer un mur avec le bras, ce n'est pas proprement un effort, mais c'est un mouvement des nerfs qui, de relâchés, deviennent tendus ; de même le poisson se meut, lorsqu'il se serre contre la rive pour résister au courant. Cette tension est produite par les esprits animaux qui arrivent et se succèdent sans interruption ; c'est donc un vrai mouvement qui ne cesse qu'au moment où les esprits animaux cessant d'affluer, les nerfs défaillent et se relâchent. En général, si l'effort est la vertu motrice des étendues, peut -elle, lorsqu'il y a obstacle, et lors même que l'obstacle est très -grand, peut-elle se développer encore, ou ne peut^lle jamais, et en aucun cas, se développer? Si elle se développe en quelque manière, c'est un véritable mouvement ; si elle ne peut se développer, qu'est-ce que cette force toi^ours impuissante? II ne peut y avoir de force qui ne se développe au moment même où elle est; à tout acte de force répond une tension ou un mouvement égal. Aussi, si nous parcourons tous les phénomènes de la nature, nous trouverons qu'ils naissent du mouvement et non pas de l'effort. La lumière même, qui semble se propager en un instant, se produit cependant, selon les meilleurs physiciens, d'une manière successive et par un véritable mouvement. Et plût à Dieu que la lumière se ftt en un instant, pour que nous pussions montrer le plus brillant des ouvrages de la- nature naissant du point même. .Car si la lumière se produit en un instant, il faudra qu'on nous accorde qu'il y a dans la nature des effets du point , puisqu'un instant ne diffère pas d'un point. Si donc la lumière est une émission de globules qui se fait en un instant, les globules ne peuvent se propager sur une seule ligne qui ait de l'étendue , car les étendues sont déterminées par leurs extrémités, et les extrémités séparées par les intermédiaires; or les extrêmes elles intermédiaires se parcourent dans le temps et par un véritable mouvement. Ainsi, pour que la lumière se produisit par un pur effort et dans un seul instant, les globules devraient se propager en des points sans parties. Voilà donc une chose dans la nature qui n'aurait aucune étendue. Mais ces points , où l'on dit que se répand la lumière et que naissent les ténèbres , sont très-corporels, ils ne sont pas assez réduits pour le génie délié de la géométrie, ils ne sont pas assez dépouillés d'étendue pour la subtilité métaphysique.

Ainsi, dans la nature telle qu'elle est en sa réalité

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où se Irouvent des objets étendus de différents genres, impénétrables, ou pénétrables, il n'y a pas d'efforts, mais de véritables mouvements. Les phénomènes de la nature réelle ne doivent donc pas s'expliquer par vertus et puissances. Aujourd'hui ces explications par êxmp<Uhies et averêionê naturelle^ par deêêehu myêUrieux de la ntOure ou ^o- Hîéê occultée, tout cela, dis-je, est expulsé des écoles de physique. Il reste encore de la métaphysique le mot effbri. Pour donner la dernière perfection au langage des choses naturelles , il faut renvoyer ce mot , comme le reste , aux écoles des métaphysi* ciens.

Pour nous résumer : La nature est mouvement ; la vertu motrice indéfinie qui produit ce mouvement, c'est l'effort; Teffort est produit par l'intelligence infinie, immobile en soi , Dieu. Les oeuvres de la nature se font par le mouvement , ils commencent d'être par l'effort ; en sorte que la formation des choses est le produit du mouvement, le mouvement de l'eflbrt, et l'effort de Dieu.

} III. ~ Que tous les mouvements sont composés.

Tout mode d'une chose composée est nécessairement composé ; car si le mode est la chose même dans tel état, et si la chose étendue a des parties « le mode d'une chose étendue n'est que plusieurs choses disposées de telle ou telle manière.

La figure est un mode composé, car elle est formée de trois lignes au moins; le lieu est un mode composé, car il a au moins trois dimensions ; la situation est un mode composé , car c'est le rapport de plusieurs lieux; le temps est un mode composé , car ce sont deux lieux dont l'un est en repos et l'autre se meut. C'est ce qu'ont bien reconnu les créateurs de la langue latine , qui emploient indifféremment les particules qui expriment le temps et celles qui expriment le lieu : ibi pour iune, indè pour jMMl9d> nequàm, nuêquàm pour tmqnàfn et mmquàm^tVt* Il en est de même pour le mouvement, car il a pour éléments Vundè, le quà et le qno. En outre , comme tous les mouvements de l'air se font par rayonnement (droumpuisa), ils ne peuvent être simples et directs. Et bien que les corps, soit qu'ils tombent à travers TatmosfMre, soit qu'ils avancent sur la surfoee de la terre ou de la mer , paraissent décrire une ligne droite, elle n'est pas droite cependant; car le droit, le même sont des choses métaphysiques. Je m'apparais comme étant fonjoufs le mémef mais , augmenté et diminué à chaque instant, recevant et perdant tour i tour, je suis autre à chaque moment. De même le mouvement qui paraît droit, est à chaque instant tortueux. Mais si Ton prend

son point de vue dans la géométrie, on accordera facilement la métaphysique avec la physique; car c'est le seul légitime intermédiaire pour passer de l'une à l'autre de ces deux sciences. De même que les lignes brisées se composent de droites , ce qui fait que les lignes circulaires sont composées d'une infinité de droites, parce qu'elles contiennent une infinité de points ; de même les mouvements composés des étendues sont composés des efforts simples des points. Il n'y a , dans la nature , rien d'irrégulier ou d'imparfait ; le droit est au-dessus de la nature pour servir de règle à Firrégulier. Mais ce qui prouve l'effort des étendues pour accomplir un mouvement en ligne droite , c'est que si le corps se mouvait librement, c'est-à-dire dans un milieu sans résistance , il décrirait une ligne droite à l'infini« Mais c'est nne hypothèse inadmissible, parce que, tout en l'admettant, on ne peut définir le mouvement quecomme changement de la proximité relative des corps. Or, quelle proximité peut -il y avoir dans le vide? On dira peut-être qu'il faut considérer la proximité du lieu d'où le corps est parti ; mais alors que devient cet infini dont on parle? Est-ce qu'il y a dans l'infini des différences de proximité et de longueur? Si on l'admet, c'est faire comme ce scolastique qui admet des eepaceê imagimdroB. Car c'est une idée pareille d'imaginer un espace vide depuis le plus haut point du ciel , et de se figurer qu'à partir de son point de départ le corps avance de plus en plus loin dans le vide infini. Ensuite, c'est une fiction que la nature même ne souffre point. En effet, les corps ne sont solides que parce qu'ils se meuvent dans le plein, et ils sont plus ou moins solides , selon qu'ils résistent plus ou moins aux autres corps, et qu'ils en éprouvent plus ou moins de résistance. Si cette résistance n'avait pas lieu, ils ne pourraient se mouvoir ni en ligne droite ni à l'infini ; mais de même que si on ôtait d'un lieu tout l'air qui y est contenu , les parois de ce lieu viendraient se choquer l'une contre l'autre, de même aussi un corps amené dans le vide s'y dissiperait. Les sages créateurs de la langue latine ont bien connu cette vérité, qu'il n'y a de droit qu'en métaphysique, et en physique que de l'irrégulier ; les Latins , dans la superstitieuse exactitude de leur langage, opposaient nihU à reetè; ce qui fait entendre qu'au rien s'oppose le droit, le parfait, Taccompli, Finfini ; et que le fini, l'irrégulier, l'imparfait n'est quasi rien,

$ IV. — Que les étendues ne sont jamais en repos.

Le repos est chose métaphysique, le mouvement chose physique. La physique ne permet pas d'imaginer un corps laissé à lui-même, ou, comme on

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dit, indifférent au moavement et au repos. Car on ne peut imaginer quelque chose dans la nature et hors de la nature en même temps. Or, la nature est un mouvement par lequel les choses se forment, vivent, et se dissolvent, et à tout moment une chose se compose avec nous et une autre s*en sépare. Être composé , c'est être en mouvement. Le mouvement est un changement de distance, ou de situation, et il n*est point de moment où les corps voisins les uns des autres ne changent de situation ; c'est un flux et un afflux continuel ; la vie des choses est semblable à un fleuve qui parait toujours le même, et roule sans cesse des eaux nouvelles. Il n'est donc rien dans la nature qui soit un seul instant dans les mômes rapports de distance et conserve la même situation. Cette idée que les choses gardent toujours la forme dont elles ont été douées une fois, c'est une idée digne de l'École qui compte parmi les causes, des choses naturelles, ces desseins conservateurs delà nature. Quelle peut être la forme propre d'aucune chose dans la nature, puisqu'il n'est pas de moment où toute chose ne perde ou ne gagne? Ainsi la forme physique n'est qu'un changement perpétuel. Le repos absolu doit donc être entièrement banni de la physique.

§ y. ~ Que le mouvement est incommunicable.

Le mouvement n'est autre chose qu'un corps qui se meut; et si nous voulons nous exprimer avec toute la sévérité du langage métaphysique, ce n'est pas tant un quid qu'un cujuê ; c'est un mode du corps, qui ne peut se séparer, même en pensée, de la chose dont il est le mode. Ainsi, autant vaudrait parler de pénétration des corps que de communication du mouvement. Cette doctrine que le mouvement se communique de corps à corps , ne parait pas moins répréhensible que cette autre sur les attractions et les mouvements, que l'horreur du vide a fait admettre dans les écoles. Dire que le projectile emporte avec lui toute l'impulsion de la main qui l'a lancé, cela me semble tout aussi absurde que de penser que l'air épuisé par la pompe attire l'eau après lui. Déjà une plus saine physique a établi, par de mémorables expériences, que ces prétendues attractions sont de véritables pressions de l'air, et on soutient comme irrécusable que tout mouvement naît d'une impulsion. Voilà les écueils où viennent se briser ceux qui pensent qu'il y a des corps en repos. Mais celui qui croit que tout se meut d'un mouvement perpétuel , et qu'il n'y a point de repos dans la nature, celui-là , lorsqu'un corps lui parait en repos, ne croit pas sans doute qu'une main lui ait donné impulsion , mais il sait qu'il est en mouvement de quelque

autre manière ; qu'il n'est pas en notre puissance de rien mouvoir, mais que Dieu est l'auteur de tout mouvement, qu'il produit tout effort -y or, c'est l'effort qui commence le mouvement ; le mouvement en nous , c'est la détermination. Autres machines, autres déterminations. La machine commune de tous les mouvements est l'air, dont l'impulsion est donnée par la main de Dieu qui agit dans le monde sensible et qui meut toutes choses ; le mouvement propre et différent de chaque chose lui est donné par une machine spéciale. Si tout mouvement a lieu dans l'espace et naît d'une impulsion, nous n'admettrons aucune différence entre le mouvement par lequel l'eau s'élève dans un siphon où elle est indubitablement poussée par l'air, et le mouvement par lequel un projectile est lancé à travers l'air libre. Bien plus , nous ne ferons pas de distinction entre les mouvements des projectiles et celui par lequel le feu flamboie, la plante croit et l'animal bondit dans les prés. Ce sont toujours des impulsions de l'air, et de même que le mouvement général de l'air devient, par le secours de machines particulières, le mouvement propre de la flamme , de la plante et de la bête, de même se détermine le mouvement propre des projectiles. Certainement la chaleur qu'une balle acquiert en se mouvant, ne lui est pas communiquée par une main, et pourtant il est certain, de toute certitude, que cette chaleur lui est propre. Or qu'est-ce que la chaleur, sinon du mouvement? La main est donc la machine propre du jet, par laquelle les nerfs sont déterminés à mouvoir le projectile ; et l'impulsion de l'air, cette machine universelle , devient la machine propre du projectile; la chaleur lui est donc propre, et souvent le feu.

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