AXIOMES PARTICULIERS
93-38. Division des peuples anciens en Hébreux et Gentils. — Déluge universel. — Géants.
23. L'histoire sacrée est plus ancienne que toutes les histoires profanes qui nous sont parvenues, puisqu'elle nous fait connaître, avec tant de détails et dans une période de huit siècles, l'état de nature sous les patriarches (état de famille, dans le langage de la Science nouvelle). Cet état dont, selon l'opinion unanime des politiques, sortirent les peuples et les cités , Tbisloire profane n'en fait point mention, ou en dit à peine quelques mots confus.
24. Dieu défendit la divination aux Hébreux ; cette défense est la base de leur religion \ la divination au contraire est le principe de la société chez toutes les nations païennes. Aussi tout le monde ancien fut-il divisé en Hébreux et Gentils.
25. Nous démontrerons le déluge universel, non plus par les preuves philologiques de Martin Scoock: elles sont trop légères ; ni par les preuves astrologiques du cardinal d'AUiac, suivi par Pic de la Mirandole : elles sont incertaines et même fausses ; mais par les faits d'une histoire physique àoni nous trouverons les vestiges dans les fables.
26. Il a existé des géants dans l'antiquité , tels que les voyageurs disent en avoir trouvé de trèsgrossiers et de très-féroces à l'extrémité de l'Amérique, dans le pays des Palagons. Abandonnant les vaines explications que nous ont données les philosophes de leur existence, nous l'expliquerons par
versel des Fables hérotquee qui ont ensuite embelli tant depoëmesetderomans. Ce passage prématuré de la barbarie aux sciences les plus subtiles a donné à la langue française une délicatesse supérieure à celle de toutes les langues vivantes ; c*est elle qui reproduit le mieux TatUcisme des Grecs. Comme la langue grecque, elle est aussi éminemment propre à traiter les sujets scientifiques.
PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE
des causes en partie physiques, eo partie morales, que César et Tacite ont remarquées en parlant de la stature gigantesque des anciens Germains. Nous rapportons ces causes à ré^/ffca^/on sauvage, et pour ainsi dire bestiale, des enfants*
27. L'histoire grecque, qui nous a conservé tout ce que noas avons des antiquités païennes, en exceptant celles de Rome, prend son commencement du déluge et de Vexistence de» géants.
Cette tradition nous présente la division originaire du genre humain en deux espèces, celle des géants et celle des hommes d'une stature naturelle, celle des Gentils et celle des Hébreux. Cette dififérence ne peut être venue que de l'éducation bestiale des uns , de Téducation humaine des autres ; d'où Foo peut conclure que les Hébreux ont eu une autre origine que celle des Gentils.
28-40. Principes de la théologie pratique. — Origine de ridolàtrie, de la divination, des sacrifiées.
28. Il nous reste deux grands débris des antiquités ^^tiennes: 1» Les égyptiens divisaient tout le temps antérieurement écoulé en (rois âges, âge des dièus, âge des héros, âge des hommes; 2" Pendant ces trois âges , trois langues correspondantes se parlèrent, langue hiéroglyphique ou sacrée, langue symbolique ou héroïque,\sinipjLevulgatre ou épisto* iaire, celle dans laquelle les hommes expriment par des signes convenus les besoins ordinaires de la vie.
29. Homère parle dans cinq passages de ses poèmes d'une langue plus ancienne que l'héroïque dont il se servait , et il l'appelle langue des dieux. (yoy. livre II, chap. 6.)
«M). Yarron a pris la peine de recueillir trente mille noms de divinités reconnues par les Grecs. Ces noms se rapportaient à autant de besoins de la vie naturelle, morale, économique ou civile des premiers temps. — Concluons des (rois traditions qui viennent d'être rapportées, que partout la société a commencé par la religion. C'est le premier des trois principes de la science nouvelle.
31. Lorsque les peuples sont effarouchés par la violence et par les armes , au point que les lois humaines n'auraient plus d'action, il n'existe qu'un moyen puissant pour les dompter, c'est la religion.
Ainsi dans Vétat sans lois {stato esiege) la Providence réveilla dans l'âme des plus violents et des plus fiers une idée confuse de la divinité, afin qu'ils entrassent dans la vie sociale et qu'ils y fissent entrer les nations. Ignorants comme ils étaient, ils appliquèrent mal cette idée, mais l'effroi que leur inspirait la divinité telle qu'ils l'imaginèrent, commença à ramener l'ordre parmi eux.
Hobbes ne pouvait voir la société commencer
ainsi parmi les homtnes violents et farouches de son système, lui qui, pour en trouver l'origine, s'adresse au hasard d'Épicure. Il entreprit de remplir la grande lacune laissée par la philosophie grecque, qui n'avait point considéré Yhomme dans l'ensemble de la société du genre humain. Effort magnanime auquel le succès n'a pas répondu ^
32. Lorsque les hommes ignorent les causes naturelles des phénomènes, et qu'ils ne peuvent les expliquer par des analogies, ils leur attribuent leur propre nature, par exemple le vulgaire dit que Vaimant aime le fer (vox* l'axiome 1«').
33. La physique des ignorants est une métaphysique vulgaire, dans laquelle ils rapportent les causes des phénomènes qu'ils ignorent à la volonté de Dieu, sans considérer les moyens qu'emploie cette volonté.
34. L'observation de Tacite est très-juste : Mobiles ad superstUionem perculsœ semel mentes. Dès que les hommes ont laissé surprendre leur âme par une superstition pleine de terreurs , ils y rapportent tout ce qu'ils peuvent imaginer voir, ou faire eux-mêmes.