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CHAPITRE IV

PODRQCOI LE GÉfflK o'hOMËRB DANS LA POftSIB HÉBOÎQCB NB PBDT JAMAIS tTBB ÉGALÉ. OBSERVATIONS SUE LA COMÉDIE ET LA TRAGÉDIE.

L'absence de toute philosophie , que nous avons

beilles ; les héros ne célébraient point de banquets qui ne fussent des sacrifices, où ils étaient eux-mêmes les prêtres. Les Latins en conservèrent «/lu/^v ^ banquets somptueux , le plus souvent donnés par les grands ; epulum, repas donné au peuple par la république ; epvhnes, prêtres qui prenaient part au repas sacré. Agamemnon tue lui -même les deux agneaux dont le sang doit consacrer le traité fait avec Priam; tant on attachait alors une idée magnifique à une action qui nous semble maintenant celle d'un boucher! (f^ice.)

PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE

remarquée dans Homère, et nos découvertes $ur sa patrie et sur l'âge où il a vécu, nous font soupçonner fortement qu*il pourrait bien n'avoir été qu'un homwte tout à flnt vulgaire, A Tappui de ce soupçon viennent deux observations.

1. Horace, dans son Art poétique, trouve qu*il est trop diflScile d'imaginer de nouveaux caractères après Homère , et conseille aux poètes tragiques de les emprunter plut6t k l'Iliade (/leolti^ t/tèctiifi carmeu deducis in mctus, Quàm «t..«)* Il n'en est pas de même pour la comédie : les caractères de la nouvelle comédie à Athènes furent tous imaginés par les poètes du temps , auxquels une loi défendait de jouer des personnages réels, et ils le furent avec tant de bonheur, que les Latins , avec tout leur orgueil, reconnaissent la supériorité des Grecs dans la comédie (Qnintilien ).

2. Homère , venu si longtemps avant les philosophes, les critiques et les 9Jaie\iT%à^ Arts poétiques^ fut et reste encore le plus sublime des poètes dans le genre le plus sublime, dans le genre héroïque; et la tragédie, qui naquit après, fut toute grossière dans ses commencements, comme personne ne l'ignore.

La première de ces difficultés eût dû suffire pour exciter les recherches des Scaliger, des Patrizio, des Gasteivetro, et pour engager tous les maîtres de Vart poétique à chercher la raison de cette différence... Cette raison ne peut se trouver que dans Yorigine de la poésie (voy. le livre précédent) , et conséquemment dans la découverte des caractères poétiques, qui font toute l'essence de la poésie.

1 . L'ancienne comédie prenait des sujets véri" tables pour les mettre sur la scène, tels qu'ils étaient; ainsi ce misérable Aristophane joua Socrate sur le théâtre , et prépara la ruine du plus vertueux des Grecs. La nouvelle comédie peignit les mœurs des Ages civilisés, dont les philosophes de l'école de Socrate avaient déjà fait l'objet de leurs méditalions ; éclairés par les maximes dans lesquelles cette philosophie avait résumé toute la morale, Ménandre et les autres comiques grecs purent se former des caractères idéaux, propres à frapper l'attention du vulgaire , si docile aux exemples, tandis qu'il est si iQcapable*de profiter des maximes,

S. La tragédie , bien différente dans son objet , met sur la scène les haines, les fureurs, les ressentiments, \t% vengeances héroïques, toutes passions des natures sublimes. Les sentiments, le langage, les actions qui leur sont appropriés , ont , par leur violence et leur atrocité même , quelque chose de merveilleux, et toutes ces choses sont au plus haut degré conf&rmes entre elles, et uniformes dans leurs sujets. Or, ces tableaux passionnés ne furent jamais faits avec plus d'avantage que par les Grecs

des temps héroïques, à la fin desquels vintHomère... Aristole dit avec raison dans sa poétique , qu'Homère est un poète unique pour les fictions. C'est que les caractères poétiques dont Horace admire dans ses ouvrages l'incomparable vérité, se rapportèrent à ces genres créés par l'imagination {generi fantastici), dont nous avons parlé dans la méta^ phxsique poétique, A chacun de ces caractères les peuples grecs attachèrent toutes les idées particulières qu'on pouvait y rapporter, en considérant chaque caractère comme un genre. Au caractère d'Achille, dont la peinture est le principal sujet de l'Iliade, ils rapportèrent toutes les qualités propres à la vertu héroïque, les sentiments , les mœurs qui résultent de ces qualités, l'irritabilité, la colère implacable, la violence qui s'arroge tout par les armes (Horace). Dans le caractère d'Ulysse, principal sujet de l'Odyssée, ils firent entrer tous les traits distinctifs de la sagesse héroïque, la pruflence, la patience, la dissimulation, la duplicité, la fourberie, cette attention à sauver l'exactitude du langage, sans égard à la réalité des actions, qui fait que ceux qui écoutent se trompent eux-mêmes. Ils attribuèrent à ces deux caractères les actions par^ ticulières dont la célébrité pouvait asses frapper l'attention d'un peuple encore stupide, pour qu'il les rangeât dans l'un ou dans l'autre genre. Ces deux caractères, ouvrage d'une nation tout entière, devaient nécessairement présenter dans leur conception une heureuse uniformité; c'est dans cette uniformité, d'accord avec le sens commun d'une nation entière, que consiste toute la convenance, toute la grâce d'une fable. Créés par de si puissantes imaginations, ces caractères ne pouvaient être que sublimes. De là deux lois éternelles en poésie : d'après la première , le sublime poétique doit toujours avoir quelque chose de populaire; en vertu de la seconde, les peuples qui se firent d'abord eux-mêmes les caractères héroïques, ne peuvent observer leurs contemporains civilisés [et par conséquent si différents], sans leur transporter des idées qu'ils empruntent à ces caractères si renommés.

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