THOIS ESPACES DE LANGUES ET DE CAHACTÈRES
§ I. — Trois espèces de langues.
Langue divine mentale, dont les signes sont des
' Lorsque Tesprit humain s'habitua à abstraire les formes et \eB propriétés des sujets, ces universaux poétiques , ces genres créés par rimagination (generi fantasHci), firent place à ceux que la raison créa {generi inieUtgihiU)i «^'««t alors que vinrent les philosophes j et plus tard encore, les auteurs de la nouvelle comédie , dont répoque est pour la Grèce celle de la plus haute
cérémonies sacrées, des actes muets de religion. Le droit romain en conserva ses acta légitima , qui accompagnaient toutes les transactions civiles. Une telle langue convient aux religions , pour la raison que nous avons déjà dite , c'est qu'elles ont plus besoin d'être révérées que raisonnées. Cette langue fut nécessaire aux premiers âges, où les hommes ne pouvaient encore articuler.
La seconde langue fut celle des signes héroïques; c'est le langage des armes, pour ainsi parler; et il est resté celui de la discipline militaire.
La troisième est le langage articulé, que parlent aujourd'hui toutes les nations.
§ IL — Trois espèces de caractères.
Caractères divins, proprement hiéroglyphes. Nous avons prouvé qu'à leur premier âge, toutes les nations se servirent de tels caractères. A Jupiter on rapporta tout ce qui regardait les auspices; à Junon tout ce qui était relatif aux mariages. En effet , c'est une propriété innée de l'âme humaine d'aimer l'uniformité; lorsqu'elle est encore incapable de trouver par Vàbstrcuitionàt^ expressions générales, elle y supplée par Yimaginatian; elle choisit certaines images, certains modèles, auxquels elle rapporte toutes les espèces particulières qui appartiennent à chaque genre ; ce sont, pour emprunter le langage de l'école, des unitersaux poétiques.
Caractères héroïques, analogues aux précédents. C'étaient encore des universaux poétiques qui servaient à désigner les diverses espèces d'objets qui occupaient l'esprit des héros; ils attribuaient à Achille tons les exploits des guerriers vaillants , à Ulysse tous les conseils des sages ^
Les caractères vulgaires parurent avec les /an* gués vulgaires. Les langues vulgaires se composent de paroles qui sont comme des genr^ relativement aux expressions particulières dont se composaient les langues héroïques '. Les lettres remplacèrent aussi les hiéroglyphes d'une manière plus simple et plus générale; à cent vingt mille caractères hiéroglyphiques, que les Chinois emploient encore aujourd'hui , on substitua les lettres si peu nombreuses de l'alphabet.
Ces langues , ces lettres peuvent être appelées vulgaires, puisque le vulgaire a sur elles une sorte
civilisation , prirent des philosophes Tidée de ces derniers genres et les personnifièrent dans leurs comédies.
(y%co,) ^ Ainsi, comme nous Tavons dit plus haut, la phrase héroïque, Itf sang me bout dans le cœur,{ui résumée dans la langue vulgaire par ce mot abstrait et général , je suis en colère, ( f^ico, )
PHILOSOPHIE DE LUISTOIRE.
de souveraineté. Le pouvoir absolu du peuple sur les langues s*étend sous un rappprt à la législation : le peuple donne aux lois le sens qui lui plall , et il faut, bon gré mal gré, que les puissants en viennent à observer les lois dans le sens qu*y attache le peuple. Les monarques ne peuvent ùter aux peuples cette souveraineté sur les langues; mais elle est utile à leur puissance même. Les grands sont obligés d*observer les lois par lesquelles les rois fondent la monarchie, dans le sens ordinairement favorable à Tautorité royale que le peuple donne à ces lois. C*est une des raisons qui montrent que la démocratie précède nécessairement la monarchie ^