‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 6 sur 15 · Bonne constitution du sang · texte numérisé non relu

Bonne constitution du sang

Auquel cas , le sang bien composé pourrait nuire et pourrait irriter.

1". Mauvaise constitution du nerf;

2°. Mauvaise constitution du sang.

Et dans ce cas, y aurait -il de mauvaises qualités qui pourraient se convenir des deux parts, et devenir un bien'?-

( '37 ) ijiminent j mais , lors même que ce dernier effet u lieu de la manière la moins équivoque, la vie ne tarde pas à renaître, si l'on parvient à établir la circulation dans cette partie et notamment dans la moelle.

La mort ne survient jamais , soit dans une partie, soit dans tout le corps, aussitôt que la circulation y a été interceptée, mais seulement au bout d'un certain temps. Ce temps, qui est déterminé dans les animaux de même espèce et de même âge, est d'autant plus long dans ceux à sang chaud, qu'ils sont plus voisins de leur naissance. Ainsi, lorsqu'on arrête tout-à-coup la circulation dans les lapins, soit en liant, soit en arracliauL le cœur, la sensibilité ne s'éleiut qu'au bout d'eiiviron quatorze minutes , quand ils sont nouvellement nés ; au bout de deux minutes et demie , quand ils ont quinze jours ; et avi bout d'une minute, quand ils en ont trente (a). Dans les animaux à sang froid , elle ne s'éteint qu'au bout de plusieurs heures. Le temps que les animaux survivent dans cette expérience , caractérise tellement la cessation de la circulation , qu'il est distinct de ce qui a lieu

(a) Ces faits confirment les remarques précédentes sur la réalité des vies partielles dans un animal qui se forme, et sur celle d'une vie commune dans un animal tout formé, et qui a déjà vécu,

( '38) pour toute autre cause de mort. Par exemple, il est toujours plus court dans un animal de quelque espèce et de quelque âge que ce soit, que celui au bout duquel l'asphyxie ferait périr le même animal.

Puisque, dans une partie quelconque du corps la vie dépend spécialement de l'intégrité de la moelle correspondante et de la continuation de la circulation, et que suivant la théorie de l'irritabilité hallérienne, les mouvemens du cœur, et par conséquent la circulation , sont indépendans de la puissance nerveuse, il semblerait qu'on pourrait faire vivre à volonté telle ou telle portion d'un animal, après avoir frappé de mort toutes les autres parties en détruisant la moelle qui leur correspond j mais il n'en est pas ainsi. Après la destruction d'une certaine étendue de moelle épinière, en quelque lieu de la colonne vertébrale qu'elle ait été faite , la vie ne continue dans les parties dont la moelle est restée intacte, qu'un temps déterminé et plus ou moins court, suivant l'âge de l'animal. Or, la durée de la vie , dans ce cas , se trouve être la même que si le cœur eût été arraché dans un animal de même espèce et de même âge. Tous les autres phénomènes qu'on observe alors , tels que la vacuité des carotides, l'absence de Thémorragie après l'amputation des membres, etc., concourent à prouver que la destruction de la moelle a privé le cœur instantanément des forces nécessaires à l'entreùen de

( i39 ) la circulation , sans arrêter d'abord ses niouvemens, lesquels ne sont plus que des niouvemens d'irritabilité.

C'est en assimilant ces mouvemens sans forces , à ceux qui ont lieu pendant la vie, que les auteurs de l'école hallérienne sont tombés dans l'erreur.

Dans toutes les espèces et à tous les âges , la destruction d'une portion quelconque de la moelle épinière a toujours pour effet d'affaiblir les forces du cœur , mais la portion qu'il faut détruire pour porter leur affaiblissement au-dessous du degré nécessaire à l'entretien de la circulation, varie dans les différentes espèces, et elle est d'autant plus longue dans la même espèce, que l'animal est plus voisin de l'époque de sa naissance.

Si avant de détruire la moelle on fait des ligatures, soit à l'aorte , soit à quelques gros troncs artériels , les résultats sont différens , et la destruction de la même portion de moelle , qui , sans ces ligatures, eût arrêté subitement la circulation, sera insuffisante pour produire cet effet. En général, en resserrant par des ligatures l'étendue des parties auxquelles le cœur doit distribuer le sang, on diminue la somme des forces dont cet organe a besoin pour remplir sa fonction , et l'on raccourcit à mesure la longueur de la moelle indispensable pour l'entretien de la circulation.

La destruction d'une portion de moelle insuffisante pour arrêter la circulation générale , la di-

Hiinue toujours beaucoup dans les parties correspondantes à la moelle détruite, et y fait jusqu'à un certain point l'office d'une ligature. De plus les foTces.du cœur élant affaiblies par cette opération , la circulation générale se concentre, et ne conserve un peu d'activité que dans les parties voisines du cœur, ce qui produit encore un effet aupilogue. Il arrive de là que, lorsqu'on détruit la -moelle successivement par petites portions, et en mettant un certain intervalle entre chaque destruction , on en peut détruire, sans arrêter la circulation , une longueur beaucoup plus grande que celle suffisante pour produire cet effet, si elle eût été détruite en une seule fois (a).

Soit par cette manœuvre , soit par des ligatures faites aux artères, il n'y a aucune portion de la moelle épinière qu'on ne puisse empêcher de coopérer à entretenir la circulation sans que cette fonction soit arrêtée 5 il n'y en a aucune qui ne puisse devenir suffisante pour l'entretenir 5 et l'on trouve qu'à tous les âges, une portion quelconque fournit au cœur des forces capables d'entretenir la circulation dans toutes les parties qui correspondent à celte portion. C'est sur cela qu'est fondée la possibilité de conserver la vie dans un tronçon

(!)-£'« une seule fois. — Ce fait confirme les vues d'Hippocrate sur le danger des grands cliangemens.

isolé et extrait du milieu du corps d'un animaL Mais de quelque manière qu'on procède dans ces expériences, toutes les fois que l'on va jusqu'à anéantir l'action de la moelle dans toute sa longueur, la circulation est arrêtée sans retour (a).

Parmi les nombreuses conséquences qui découlent de ces faits, je me bornerai à noter les suivantes.

La vie est due à une impression du sang artériel sur le cerveau et la moelle épiuière , ou à un principe résidtant de cette impression.

Cette impression une fois produite, ce principe une fois formé, a toujours une durée quelconque, mais variable , suivant l'âge et l'espèce des animaux. Par conséquent, il n'y a aucun moyen de tuer un animal instantanément, ou plutôt, il n'y eu a aucun autre que la destruction simultanée du cerveau et de toute la moelle épinière.

La prolongation de la vie dépend du renouvellement continuel de cette impression, à peu près comme un corps mu en vertu d'une première impulsion , ne peut continuer de se mouvoir indéfi-

(a) Arrêtée sans retour. — Donc l'irritabilité du cœur

dépend de Tinfluence nerveus».

niment qu'autant que la même impulsion est répétée par intervalles.

Cette propriété du principe dont il s'agit, de survivre aux lésions , aux délabremens les plus considérables du reste du corps, pourvu qu'on n'ait pas offensé le siège où il réside , offre un moyen aussi sûr que facile de déterminer dans quelle partie de la puissance nerveuse réside le premier mobile de telle ou telle fonction. Car toutes les fois qu'en détruisant une certaine portion , soit du cerveau , soit de la moelle épinière , on fait cesser une fonction subitement et avant l'époque connue d'avance où elle aurait cessé naturellement , on peut être assuré que cette fonction dépend du lieu qu'on a détruit. C'est de cette manière que j'ai reconnu que le premier mobile de la respiration a son siège dans ce lieu de la moelle allongée, qui donne naissance aux nerfs de la huitième paire j et c'est par cette même méihodeque l'on pourrait, jusqu'à un certain point (a), découvrir l'usage de certaines parties du cerveau: question tant de fois agitée , mais dont l'imagination seule s'est presque toujours emparée pour n*enfanter que des systèmes. Ces recherches au-

(a) Le jusqu'à un certain, point est fort raisonnable, car , relativement aux qualités morales, comment savoir ce qui se passe dans un animal à qui l'on a retrandié une perron de cerveau?

raient d'autant plus de succès , qu'on choisirait pour les faire des animaux capables par leur âge Cl leur espèce, de survivre plus long-temps à la cessation de la circulation {a)(b).

C'est cette impression, c'est ce principe formé dans le cerveau et la moelle épinière qui , sous le nom de puissance neweuse, et par l'intermédiaire des nerfs , anime tout le reste du corps , et préside à toutes les fonctions.

Le cœur emprunte toutes ses forces de ce même principe , de même que les autres parties en empruntent le sentiment et le mouvement dont elles «ont douées , avec cette différence que le cœur emprunte ses forces de tous les points de la moelle sans exception , tandis que chaque partie du corps n'est animée que par une portion de cette moelle (par celle dont elle reçoit ses nerfs )j différence qui peut servir à expliquer l'intensité des forces du cœur , et leur continuité non interrompue

( (o) A la cessation. — Quand cela serait, comment s'assurer de ce qui se passe dans l'intérieur de Tânimal, à l'égard duquel on se propose de découvrir quel est le siège de ses qualités morales^ de ses talens, etc?

(b) On a cLoisi , dans ces derniers temps ^ des reptiles chez lesquels l'hémorragie est très -bornée et des oiseaux dont le sang est très -plastique.

Voy. page 17, (note Sl. )

depuis le moment de la conception jusqu'à là mort (a).

L'action de ce principe sur le cœur, et par conséquent l'activité de la circulation , n'est pas la même dans toutes les espèces, et dans la même espèce elle est plus considérable à mesure que l'animal est plus voisin de l'époque de sa naissance ; en supposant qu'elle soit d'autant plus grande qu'une plus petite portion de moelle épinière peut suffire à entretenir la circulation. Cette circonstance a plus d'une application dans la physiologie et dans la pathologie du premier âge.

C'est du grand sympathique que le cœur reçoit ses principaux fdets nerveux, et c'est uniquement par ce nerf qu'il peut emprunter ses forces de tous les points de la moelle. épinière (6) Il faut donc que le grand sympathique ait ses racines dans cette moelle. Et dès-lors toutes les questions qui se sont élevées sur l'origine de ce nerf, savoir, s'il naît du cerveau, ou de la moelle épinière, ou bien, comme l'a prétendu Bichat, si ses différentes portions ne sont que des branches communicantes

(a) De la conception est assurément fort mal dit : c'est

formation qu'il faudrait dire , encore l'expression serait-elle

inexacte.

(b) Que se passe-t-il dans tout cela? voilà ce qu'il s'agirait «l'éclaircir.

tles ganglions que cet auteur considère comme auiant de peliis cerveaux, lesquels forment un système nerveux distinct et indépendant du cerveavi ;el de la, moelle épinière (i)j toutes ces questions, dis- je, insolubles jusqu'ici par l'unalomie , se trou N'en t complètement résolues par la voie expérimentale , et il est démontré en ip^me temps que Jes ganglions ne peuvent point éiye assimilés à de petits cerveaux (a).

Pareillement on ne peut plus admettre cette ^Utre opinion de Bichat, quoiqu'assez généraleflient adoptée , qu'il .existe dans le même individu deux vies distinctes, la vie animale et la vie organique 3 que le cerveau est le centre unique de la vie animale, et que le cœur, indépendant du cerveau et de la puissance nerveuse, est le centre de la vie organique (A).

(1) Cette opinion sur l'usage des ganglions paraît avoir été émise d'abord par AVinslow ; et plusieurs auteurs , entre autres "Winterl, Jonlistone , Unzer , Lecat, Pfeffinger , ProcLaska, etc, l'avaient reproduite avant Bichat.

(a) Petits cerveaux. — Cela est juste ; mais l'usage des ganglions, quel est-il? d'augmenter la force du nerf par une nouvelle production du principe vital? et ce principe est-il .un fluide? Et comment un fluide peut-il sentir ou faire sentir , penser ou faire penser?

(b) Pareil/ement^etc.—-hes glandes lacrymales, lesglandee /? Partie. lO

Il faut observer toutefois qu'il y a une distinction très-réelle et très-importante à faire entre les organes qui reçoivent leurs nerfs du grand sympathique , et ceux qui reçoivent immédiatement les leurs des moelles allongées et épiuières. Les premiers puisent leur principe d'action dans la puissance nerveuse toute entière j leurs fonctions ne sont pas soumises à la volonté, elles s'exercent à tous les instans de la vie , et n'éprouvent au plus que des rémissions. Les derniers, au contraire , ont leur principe d'action dans une portion circonscrite de la puissance nerveuse j leurs fonctions sont soumises à la volonté , elles sont temporaires et ne peuvent se répéter qu'après des intermittences complètes et plus ou moins longues. Cette distinction embrasse à peu près les mêmes organes que celle des deux vies j mais il est évident qu'elle repose sur une base entièrement différente, puisque les organes de la vie organique , que , dans le système des deux vies , on regarde comme indépendans du cerveau et de la moelle épinière, sont précisément ceux qui en reçoivent la plus puissante influence. Beaucoup de faits anatomiques, physiologiques et pathologiques ne peuvent éire bien conçu? et expliqués que par cette distinc-

salivaires reçoivent leurs nerfs du cerveau , et ont la •vie organique. Il en est de même , au moins en partie, pour la peau.

lion. Par exemple, on sait que certaines douleurs d'entrailles énervent, anéantissent presque les forces, et portent un trouble profond dans toute l'économie animale (<0; ce fait, inexplicable dans le système des deux vies, se conçoit sans peine dès qu'on réfléchit que les intestins ont leur principe d'action dans tous les points de la puissance nerveuse par le grand sympathique dont ils reçoivent leurs nerfs, ei que par conséquent leurs affections doivent réagir immédiatement sur tous les points de cette même puissance.

La mort n'étant que l'extinction du principe formé dans le cerveau et la moelle épinière par l'action du sang artéiiel , elle peut n'être que partielle quand l'extinction l'est elle-même; elle est générale quand l'extinction a lieu dans toute l'étendvie du cerveau et de la moelle épinière.

La mort partielle, en quelque région du corps qu'elle survienne , admet une véritable résurrection , toutes les fois que la portion de moelle épinière demeurée vivante peut fournir au cœur des forces suffisantes pour ranimer la circulation dans la portion morte (b). Si la mort générale est irré-

(a) Portent un trouble. — N'y eut-il que le mal de mer j d'où vient-il? E. P.

(b) Véritable résurrection. -— "Dans ce cas , il n'y a pas mort, mais suspension de la vie. L'idée de mort entraîne quelque chose de plus grave , elle suppose une lésion réelle, profonde, irrémédiable, E. P.

vocable, ce n'est .pas que la reproduction du, principe dont il s'agit ne puisse s'opérer dans toute l'étendue de la moelle épiuière, tout aussi bien dans une portion, au bout d'un tenxps plus ou moins long après son entière extinciion^ mais c'est que le cœur ayant ,perdu toutes ses forces par l'effet même de l'extinction de ce principe , sans aucun moyen de les recouvrer, la circulation a cessé pour jamais. En un mot, l'extinction du principe de la moelle épinière et la cessation spontanée de la circulation , sont deux cboses inséparables, et dont l'une annonce 'constamment l'autre.

Parmi les signes certains de la ïnort, il faut donc compter tous ceux qui prouvent que la circulation a cessé. C'est pour cela que la vacuité des carotides eu est un infaillible , lors même que les battemens du cœur sont encore distincts à travers les parois de lapoitrine. D'où il suit qu'il s'en faut bien que le dernier terme de la vie «'étende^ comme on l'a dit, jusqu'à l'abolition de l'irritabilité dans cet organe. (Haller, Elém. physioL, Tom. VIII, lib. XXX, p. X23. )

Tels sonl les principaux résultats d'uo travail: assez, consiclcrable, dans, lequel je lue suis trouvé, engagé presque sans y penser, et sans en avoir prévu réieoduc et les dHïicnhés. Depiiisnia pre- »ûèr<? expéiience, qui uavait pour objet que do déterminer le temps qu'un fœtus peut vivre saus respirer quand il ue coni^nuiniquc ,pKis avec sa mère, jusqu'à celle où je suis parvenu à faire -vivre \m tronçon extrait du milieu dw 091^ d'un lapin , je me suis vu Cii*rahié coiwme malgré moi d'expérience en expérience , xine première en exigeant une awtre pour l'éclairoir, celle-ci une auftre^ et.qiusi successivement : il n*y en a aucune que je n'aie répétée plusieurs fois. Dans les recherches physiologiques , c'est une nécessité indispensable de répéter et de revoir souvent les mêmes expériences 5 nécessité fondée , d'une part, sur la eotûplication des phénomènes qu'elles présentent; dé l'autre , sur ce que beaucoup de causes peuvem; les faire manquer, ce qui rend les travaux de ce genre si longs et si pénibles. Mais de toutes celles auxquelles je me suis livré, il n'en est point que J'aie répétées avec plus de soin , ni méditées plus long-temps que celles relatives à la détermination du siège où réside le principe des forces du cœur. Jja théorie de Halle r me paraissait encore si bien établie, malgré les imperfections qu'on lui reprochsiit,' fit toutes les modifications qu'on avait voulit

lui faire subir me semblaient si peu satisfaisantes^ que ce n'est que par l'examen le plus mûr et le plus attentif des faits qui en sapent les fondemens , que ma propre conviction a pu être ébranlée ; aussi quoiqu'il y ait deux ans révolus que j'ai découvert et annoncé que le principe des forces du cœur réside dans la moelle épinière , c'est aujourd'hui (a), pour la première fois , que j'en publie les preuves.

Je ne prétends pas toutefois que la théorie de Halle r soit erronée dans tous ses points. Elle ne l'est qu'en ce qu'elle ôte à la puissance nerveuse toute participation active aux mouvemens du cœur ^ qu'elle n'attribue qu'à l'irritabilité musculaire (i).

(i) Je dois faire observer que, sous le nom de théorie de Haller , je n'entends pas seulement celle que ce grand homme a consignée dans son immortel ouvrage de Physiologie, liv. IV, sect. V, mais encore celle des auteurs de son école. Il est digne de remarque que Haller n'a jamais osé nier formellement l'influence de la puissance nerveuse sur le cœur, et qu'il semble même l'admettre, mais à la vérité d'une manière problématique , et qui s'accorde mal avec les faits qu'il avance pour prouver que ces mouvemens ne dépendent pas du cerveau. En un mot, il ne paraît l'admettre qu'à l'acquit de sa conscience, si je puis m' exprimer ainsi, et parée qu'autrement il ne savait que faire des nerfs du cœur. Aussi la réduit-il presqu'à rien dans la dernière édition des quatre premiers volumes de sa Physiologie. ( Voy. l'Auctarium^

( i5i ) Mais du reste , comme je l'ai dit dans ce Mémoire , j'ai eu une foule d'occasions de m'assurer de la vérité de cet autre pomt de la même lliéorie, que le sang , et particulièrement le sang artériel, est le stimulus dont la présence détermine les contractions du cœur.

Je n'ai parlé dans ce Mémoire que de l'action de la moelle épinière sur le cœur; ce n'est pas, que la moelle allongée n'en exerce une aussi, mais moins considérable , etdont jem'occuperaidansune (lutre circonstance.

pag. 72, dernier alinéa , dans lequel il est évident qu'il faut lire potest au lieu de nequit, page 78, ligne 1 . )

Les auteurs de son école ont été beaucoup moins réser- ▼es , et ils ont soutenu en termes formels que les mouvemens du cœur ne dépendent en aucune manière de ia puissance nerveuse. Voyez entre autres une dissertation de Fontana, page 284 du troisième volume des Mémoires sur les parties sensibles et irritables du corps animal. — Et le Traité sur le venin de la vipère, Florence , etc , 1781 , tome II y pages 169-171.

Lo'rsqu'une fois il est bien prouvé qiîié la vie du tronc a son principe dails la nïOëile ëpinrère, et que , pour la prolonger , il n'est besoin que de siippléer à la respiration naturelle par l'insufflation pulmonaire, la première question qui se présente est de savoir combien de temps on potirifait l'entretenir par ée procédé.

Il semblerait que la meilleure manière de décider-e€lte question, serait d'essayer de faire vivre le plus long -temps possible, un certain nombre d'individus. Mais si l'on s'en tenait à ce procédé ptrrement empirique , on n'obtiendrait qu'une solution imparfaite. Car la mort d'un animal décapité peut être occasionnée ou accélérée par beaucoup de causes , dont les unes tiennent à l'imperfection ou au mauvais succès des moyens employés pour entretenir la vie , les autres aux accidens dont il est assez difficile qu'une plaie aussi considérable et aussi grave que celle résultante de la décapitation , ne soit pas compliquée . Or , toutes ces causes sont plus ou moins étrangères au fond de la question. Ce qu'on désire particulièrement savoir quand on demande combien de temps un animal peut survivre à la décapitation, c'est jusqu'à quel point le tronc peut se passer de l'action du cerveau 5 ou ce qui revient au même ^ à quelle époque et de

( i53 ) quelle manière la movï y survient par le seul feit cfe'l'a cessation de cette aciioii (a). G*esi dont, cette dcfi-nicre et principtlle eaai^e dont il' faut d*abord étfiVlier legenre-ecledkîgré df'iilffwence', abstraction faite de toute antre.

Le cervean ne peut exercer d'*action sur le tronc que par l'intermédiaire de la moelle épinière et des nerfs de la huitième paire (pneumo-gasirïqnes), et il est évident qu^lp(rè^ la décapitation , ce double mod^ d'action est anéanti. Nous avons vu qu'on peut y suppléer , ati moins pour quelque temps , par l'insufflation pulmonaire ; mais cette insufflation ne tient réellement lifeu que des phénomènes mécaniques de hc respiration; et nous' aVOns vu aussi que c'est par la moelle épinière que lé eeiVéau préside à ces phénomènes. En insufflant un animal décapité, on ne fait donc que remédiei- à lii cessation de l'influence que le cerveau eîsereait par la moelle épinière sur la respiration; mais^rien n'indique qu'on remédie en même temps à la cessation de celle qil'il exerçait par leè notfs de la huitième paire, de manière qu'on puisse prolonger la vie indéfiniment.

Pour le savoir , il fallait étudier les effets im-

(a) A quelle époque , etc. — En d'autres termes: Pour* quoi un animal capable de vivre deux minutes sans tête ne l'est pas de vivre deux heures , deux jours , deux semaines , deux mois, deux ans? etc.

(.54) médiats de la cessation de ce dernier genre d'influence, considérés seuls et sans aucune autre complication , tels qu'ils ont lieu après la section ou la ligature des nerfs de la huitième paire. Antérieurement à la question qui m'occupe ici, j'avais déjà eu occasion, comme je le dirai bientôt, de pratiquer la section de ces nerfs. En reprenant ensuite cette expérience dans la vue d'en approprier les résultats à mon objet actuel, j'avais trois choses à examiner.: i°. combien de temps les animaux peuvent survivre à la section des nerfs pneumogastriques j 2». quelle est la cause de leur mort; 3°. si le temps durant lequel on peut entretenir la vie dans les animaux décapités, et si la cause de leur mort , telle que la font présumer les ouvertures des cadavres, ont quelque rapport avec ce qu'on observe après la section des nerfs pneumogastriques.

L'expérience dont il s'agit, est une des plus anciennes qui aient été faites sur les animaux, et une de celles qui ont été le plus fréquemment répétées. Avant d'aller plus loin , je crois devoir indiquer les principaux auteurs qui l'ont pratiquée, ainsi que les différens points de vue sous lesquels ils en ont présemé les résultats.

Rufus à'Ephèse(r), médecin grec, qui vivait

(i) Apellationes part. hum. corp. graecè. Parisiis, i554> p. 32.

sons Trajan, vers le commencement du second siècle (le l'ère chrélienne, parle de ^a compression ou de la ligaiure des nerfs de la paire vague. A la vérité, il ne désigne ces nerfs que sous. le, nom de nerfs voisins des carotides^ ce qui a fait penser à quelques auteurs j enir'autresàJDaniel L(clerc(i), que Rufus n'avait voulu parler que des nefs récurrens ( laryngés inférieurs ). Mais Morgagni (2) a fait savoir que Daniel Leclerc avait mal saisi le passage de Rufus, et que les nerfs récurrens n'étaioni pas encore connus du temps de ce dernier auteur (3). Du reste, les seuls effets que Rufus

Cl) Histoire de la Médecine, lysS, p. 667. ' , "

(2) De sedib. et causis niorborum. Epist. XIX, art. 23.

(3) Voici le passage de Rufus : K^forrî^eti <Jè' tÔî «^««t»

tyivonla. aÇ)6in ai *fv r« fcuB^f^ct ov tûh (tfli)^tav , uXTm vtvfùiv itiirr' iUTUcen* x-tÇ>VKOTUy 7FXït<rto¥. acrlt t't jfleAflJÇ f<,î>,ot^iVctt roviefAit^ cvx:

On voit par ce passage que les anciens avaient donné le nom de carotides aux artères du cou, parce qu'ils croyaient que la compression de ces vaisseaux occasionnait un état soporeux et l'aplionie, et que , du temps de Rufus, on savait que ce n'était pas la compression de ces artères, mais celle des nerfs qui sont auprès qui produisent ces effets. Ce qui suppose que ces nerfs sont tellement situés par rapport aux carotides , que ces vaisseaux ne peuvent être comprimés sans que les nerfs dont il s'as;it ne soient exposés à l'être en même Jemps. Or. il est évident que cela ne peut, en aucune manière , s'appliquer aux nerfs récurrens , mais bien à ceux

( ^56 ) m^ibne UUmrrpressioa des nerfs ph"eùlîij-aas iri<ïiifesv soiit l'àssotipissement et la perte de la

Ga.Rett (r) feit meritfoùdé la même exne'rience comme l'ay^t ï^li-^uëfe 'ribri- seulement' par lii^itore , • taars encore fiai-^ Section , et il n'^tf i,i.. çMnW poiat d;awes efftiy , ou^ilutôt ir rLiii' fcs deux dont je vieûs de paffér àl,„ seul, la i,erte

• ^^Apr^s 'Cfaîi^i,, ï^ccôillbiiiinr (^) pdkît^ét^ uo^ des'p^mi^r^ q„i,^,û sbît b^yùjy^:^!! i^st ifas'sAr tootefois'qhll dt fait cette k^ience 5 ses exfjres-

de la huitième paire, qm Hdn^seHlérfte^t sW Voisins des carotide,,, ,i^aii,q«i leur. SéWt c<yttipigtr5^ , tel)emè«t cj«<on ne peureyiter:aeJesro«,,^rinrep tvtt d^ lés lier en même tôtops que ce^m\ères:,<jn',,ny!Cf>pmL^ni'^nne m^a^n^ p^tfUn. hère, Crest pareiUemenfe som h litm de nerft yo.'slns oti confcigus a^x, «arotides qwe Gai'iètf désigne les nerfs de k huitième paire, en parlant des effets de leur compr.,v.ion dan* felP livre ; ch*p. VI , ^ l'Hippocr. et Maton, décrétés,'^ dans \^ livre I- chap. .VI, rfe loczs aff'ectis ; et ce qrii ne^ permet mu:nn 4^te k «et égard ,' cVst que dans ee dern^erf- Traité H compare les effets â^h JJêptiôn et de la Jigatuï^ de ces nerfs eoHrigus aux cavoMesKHtiiix de la «ectioïi eCdéfet» ligature des nerfs réfnmens. ' . , ?.

l'OOalenl opéra. VeneHis apt,d Jitntas 1 576 , dq Hippoe rtPlat.D^creti.. Lib:. I{, cflp/6, p. 239. et de lects aifl^^ tis. hb. 1 , cap. 6, p. 6, verso. ' ,, ^ ra

(3) Anatomicas praelectionneîr kirhaiigi Piccolhominr; Ro4 nife^ i586, p. 272.

( '57 ) sioDS porieut ù croire qu'il en a parlé plutoil ipor conjecture que d'i^rès l'observa lion. Quoi qu'il en soit, ce qu'il en dit est fort remarquable j nonseulement il annonce que cette exipéiience est mortelle , mais il émet sur la cause de la mort une opinion qui, reproduite ensuite par des hommes célèbres dont elle favorisait les systèmes , et combattue ,par d'autrqs qu'elle contrariait , a été tour -à -tour défendue ou attaquée pendant deux siècles. Il prétend que c'est en arrêtant les imouvemens du cœur que cette expérience lue les animaurx.(i).

Riolan , qui n'admettait point de nerfe dans le le cœur (2) , ne ^manqua pas d'attaquer cette opinion (3). Il troviva, en répétant l'expérience , que les animaux continuaient de vivre, et même de courir convne auparavant. Plempius (4) pensa

(1) C'est à tort que Riolan tantôt attribue (*) à Bauliin l'opinion de Piccoiliomini , tantôt la lui fait partager (**). •Bauhin cite Piccoiliomini , mais c'est pour le réfuter , et il se fonde sur l'autorité de Gâlien pour avancer que les nerfs ne font rien aux fonctions du cœur , et que cet organe récèle en lui-même le principe: de ses mouvemens (***).

(2) Opéra anatom. p. 227.

(3) Ibidem, pag. 4i4'

.^) Fundamenta Medicinae. Lovanii , 1644? P*§' ^^^'

(*) Jo. Riolani opéra anatomica. Lutetiae Parisiorum, i649,p. 4'4-

(**) Ibidem , p. 227.

(**■*) Gasparl Baubini Theatrnm aDatomicttin. iGai^p-aig.

( '58 ) eomme Riolau, et vit, daus l'expérience dont il s'agit , la preuve que le cœur trouve en lui-iiiéme le principe de ses uiouvemens, mais il ne paraît pas qu'il l'ait pratiquée.

Willis (i) la répéta. Il avait un intérêt particulier à en étudier les résultats. Comme il avait établi dans le cervelet le principe des fonctions intérieures , et qu'il pensaii que c'était principalement par les nerfs de la huitième paire que le cceur y puisait celui de ses mouvemens, les effets de la section des nerfs de la huitième paire paraissaient devoir être la pierre de touche de sa doctrine. Il trouva qu'en effet cette expérience déposait en sa faveur^ puisqu'elle jetait le trouble dans les mouvemens du cœur, au point de faire périr les animaux plutôt ou plus tard j et il prétendit que si la mort n'était pas subite, c'est que la puissance nerveuse pouvait encore exercer quelqu 'influence sur le cœur, par les nerfs récurrens et par les grands sympathiques. Ce fut pareillement au désordre des movivemens du cœur que Low^er (2) et Boyle (3) attribuèrent la mort des animaux qu'ils soumirent à cette expérience.

Ces tentatives et ces prétentions diverses ayant

(1) Opéra omnla, edente Blasio. 1682. Tora. I". Nervorum descriptio , p. 86.

(2) Tractatus de Corde, 1708, p. 90.

(3) Birch. History of the royal Society. Tom. P'. p. 5o4.

donné de l'importance et de la célébrité à la seclion des nerfs de la huitième paire , beaucoup d'auteurs voidnrent en constater les effets par euxmêmes. De ce nombre furent Chirac (i), Bohn (2), Duverney (3), Vieusscns (4), Schrader (5), Valsalva (6), Morgagni (7), Ba^livi (8), Courten (9), Berger ( i o), Ens (1 1), Senac (12), Heuermann (i3), Haller (14), Bruna (i 5), MolincUi (16).

Parmi ces auteurs, les uns admirent, les autres

(1) Cité par Senac , Traité du Cœur', deuxième édition^ loin. II, pag. 120.

(2) Circulas Anatom. pliysiol. Lipsiae, 1697, pag. 104.

(3) Cité par Senac , loco citato.

(4) Traité du cœur. Toulouse, lyiô, pag. 122.

(5) Cité par Morgagni dans son édition des OEuvres d« Valsalve. Yenise, 1740 , epist. XIII, art. 3o.

(6) Ibidem , art. 28 et seq.

(7) Ibidem.

(8) Georg. Baglivi opéra omnia. Lugduni 1710. Dissertatio de observ. anatom. pract. \sP^. 7 et 8, pag. (yjd-'j .

(9) Cité par Haller, Elément, pliysiol., tom. I , pag. 462.

(10) Physiologia medica. Francofurti, ij^j y pag. 63.

(11) De causa vices cordi altern. n». 4-

(12) Traité du Cœur, tom. II, pag. 122.

(i3) Cité par Haller, Elément, pbysiol., tom. I, p. 4^2.

(14) Mémoires sur les parties sensibles et irritables, tom. I, pag. 224-8.

(i5) Commentarii de rébus in Scient, nat. et medic» Lipsiae, tom. IV, pag 432-8.

(16) Ibidem, tom. V, pag, 3oj.

( i6o ) xejetèrent le sentiment de Willis. La principale raison que firent valoir ces. derniers, c'est que, si les mouvemens du cœur dépendaient spécialement du cerveau par les nerfs de la huiiième paire , la mort devrait être subite au très -prompte, dans tous les cas, après la section de ces nerfs, taudis qu'elle n'avait lieu qu'au .bout d'un lenips plus ou moins long, et quelquefois de plusieurs jours; et l'explication donnée par Willis paraissait inadmissible, en ce que la section des grands sympathiques. Jointe par beaucoup des auteurs cités à celle des nerfs de la huitième paire , n'avait pas sensiblement accéléré la mort, ou du moins pas autant qu'on aurait dû s'y attendre, si cette explication eût été vraie. Mais précisément il était arrivé plusieurs fois que les animaux étaient morts aussitôt après la ligature ou la section des nerfs de la huitième paire. Ce fait avait été observé par Piccolliomiui (i), par Bohn (2), par Varignon dans un cas dont il rendit compte à l'académie des sciences en 1706 (3)j par Berger (4), par Ens (5), par Schrader (6), par Molinelli (7), et à ce qu'il pa-

(1) Loco citato, en supposant qu'il ait^fait l'expérieiiçe.

(2) Loco cit£»to.

(3) Hist. de l'Acad. des Sciences. An 1706, p. 23.

(4) Loco citato.

(5) Loco citato.

(6) Loco citato.

(7) Loco citato.

ralt par Senne (i). Ni Morj^agni (2) , qui cite quelques-uns (le ces faiis , ni HuIIl'i- (3), qui éiait parliciilièreiucnL iniéicssc à le* écldiicii , n'(,nt pu en donner une explication sa lis faisan le. L'embarras de Ha lier sur-iout éiali d'auian pins grand qu'il avaii lui iiièni:^ reneouué uncasseinblable (4). Il avait vu un chien expirer entre ses mains, aussivOt après la ligature de la p.iire vague.

Dans ce eouiliL de rcclie relies et d'opinion, l'atteu.ion ne se porta pas uni<piemenl sur les niouveniens du cœur. D'autres phénomènes fuient observés, et l'on en déduisit de nouvelles causes de mort. Wdlis lui-même paraît avoir attribué la mort en partie à ce que les animaux ne voulaient plus manger (5). Baglivi sendjle eroiie aussi que, dans quelques cas au moins, ils périssaient d'inaniiion. Yalsalva remarqua qu'à de fréquens efforts pour vomir, il se joignait un dérangement de la digestion , et que même les alimens avaient peine à parvenir jusque dans l'estomac, et s'arrêtaient

(1) Loco citato , pag. i23.

(2) De sedibus et caus. inorb., eplst. XIX, art. 2.3. — Et dans son édition des Oiîuvres de Valsalva, epist. XIII, art. 3o.

(3) Klem, pliysiol., tom. J*"^. pag. /63.

(4) Mt- moires sur les parties sensibles et irritables, tom. I*'', pag 224> exp. 181. -

(5) Loco cilato,

/? Punie, Il

^éans l'œsophage. Il remarqua en outre qu'avani leur uiort, les animaux rendaient par la bouche une écume sanguinolente , et qu'après leur mort on trouvait leurs poumons rouges et remplis de sang «panché. Il soupçonna que les efforts de vomissement "Occasionnaient la rupture de quelques vaisseaux-des poumons, et que la mort pouvait éire due à l'hémorragie. Vieussens et Senac observèrent pareillement la couleur rouge et le gonflement des poumons, mais ils attribuèrent cet état à un engoî'gcment iTiflammatoire plutôt qu'à un épanchemeut de sang 5 et ils pensèrent que cet engorgement pouvait causer la mort en arrêtant la circulation.

Les phénomènes de laxlyspnée n'avaient pas plus échappé à Hallerqu'à la plupart des auti-es auteurs. Mais les symptômes gastriques paraissent avoir fixé son attention d'une manière spéciale j et comme, à chacune de ses expériences, il fait une mention expresse de l'abolition des forces digeslives et de la corruption de matières contenues dans l'estomac, sans rien dire de l'état des poumons qu'il ne paraît pas avoir examiné, il est hors de doute que c'est dans l'estomac qu'il plaça la principale cause de la mort.

Outre les auteurs que je viens de citer, quelques autres ont aussi pratiqué la section de la huitième paire , mais dans des vues particulières €t tout-à-fait éu^angères à l'objet qui m'occupe

( 1^3 ) ici. Ainsi Pcl'il (i) l'a faile en juome temps qu^r celle du grand synipalhiquc , ponr (Je 1x3 r miner l'action de ce dernier «ir les yeux et en conclure son origine -, Fonlana (2) , Cruiksliank (3) , Haighlon (4) , Meyer (5) , dans le dessein de constater la génération des nerfs. Les uns et les autres ont bien vu que les animaux en mouraient , et ils ont noté les principaux symplôraps qui précédaient la mort, mais ils ne se sont pas arrêtés à en rechercher les causes; seulement Cruiksliank a observé, comme quelques-uns des auteurs précédens, qu'il se formait un engorgement sanguin dans les pou^ mons.

Telles étaient les principales remarques qu'on avait faites sur les effets de la section des nerfs de la huitième paire , avant la réorganisation des études médicales en France.

A cette époque, Bichat répéta cette expérience. 11 reconnut que la respiration devient très-laborieuse, et qu'elle ne cesse de l'être jusqu'à la mortj il paraît même que c'est particulièrement à ce symptôme qu'il attribue la mort, car il ne

(1) Mémoires deTAcad. des Sciences. An 1727.

(2) Traité sur le venin de la vipère, tom. II, pag. 177.

(3) Journal général de Médecine , par M. Sédillot, 2''. vol. du supplém., pag. 80 et suiv.

(4) Ibid., pag. 95 et suiv.

XS) Cité par M. Dupuylren.

fait mention d'aucun autre; et cependant, par une de ces contradictions qui ne sont point rares dans cet auteur, il conclut de cette expérience même que le cerveau n'a sur les poumons aucune influence actuelle directe (i).

M. Dnpuytren reprit cette expérience quelque temps après. Son Mémoire (2,) est remarquable par une précision et un esprit d'analyse qu'on ne trouve point dans les auteurs qui l'avaient précédé. Il s'attacha spécialement à déterminer le genre d'influence que le cerveau exerce sur les poumons par les nerfs dont il s'agit. Le résidiat de ses recherclics fut que les animaux auxquels on les a coupés, meurent constamment d'asphyxie; il en trouva la preuve non-seulement dans la dyspnée qui a constamment lieu, mais encore dans la couleur du sang artériel qui devient de plus eu plus noire comme dans l'asphyxie. Il y avait deux manières de concevoir cette asphyxie : ou bien l'air atmosphérique , quoique pénétrant librement dans la poitrine, ne peut plus se combiner avec le sang qui traverse lés- poumons, ni les convertir en sang artériel; ou bien son entrée dans les poumons est empêchée , et ne pouvant plus parvenir jusque dans les vésicules pidmouaires , il ne peut plus être

(j) Recliercli. phys. sur la Vie et la Mort, II«. partie , -art. 10, §. I".

(2) Inséré dans la Biblioth. médic, torn. XVII, pag. 1.

( 165 ) mis eu contact avec le sang : on voit que dans l'un et l'autre cas l'effet est le même , puisqu'il ne peut plus y avoir de sang artériel de formé. M. Dupuytren se déclara pour le premier de ces deux modes d'asphyxie. Il pensa donc, !«. que tous les animaux auxquels on a coupé les deux nerfs pneumo-gastriques meurent d'asphvxie j 2°. qu'ils en meurent, parce que l'air atmosphérique , quoique continuant de pénétrer librement dans les poumons et d'y arriver en contaet avec le sang, ne pen t plus se combiner avec ce fluide , cette combinaison ne pouvant se faire que sous l'influence du principe vital et par l'intermédiaire des nerfs.

Cette seconde partie de l'opinion de M. Dupuytren était sujette à de grandes difficultés; car c'est une observation ancienne et journalière , que le sans extravasé et mis en contact avec l'air , v prend une belle couleur artérielle. D'ailleurs, si l'asphvxie était due à la cause alléguée, elle serait subite et complète , et les animaux devraient périr aussi promptement par la section des deux nerfs pneumo-gastriques , que par la submersion ou par la strangulation j or, c'est ce que M. Dupuvtren lui-même n'avait point observé. M. Dumas (i), doyen de la Faculté de Montpellier, ne s'en tint pas à ces considérations, il eut recours à

(l) Journal général de Médecine , par M. Sédillot , tom. XXXIII, pag. 353.

( i66 des expériences direcles qu'il fit sur des cliieus^ et il trouva qu'en soufflant de Tair dans les poumons de ces animaux, après leur avoir coupé la paire vague, il se forme du sang artériel, lequel u une aussi belle couleur vermeille qu'auparavant» Il en conclut que cette opération n'enipèche nullement la combinaison de l'air avec le sang qui traverse les poumons, mais qu'elle occasionne le second des deux modes d'asphyxie dont j'ai parlé, c'est-à-dire , qu'elle rend difficile l'entrée de l'air dans les poumons , en sorte qu'il est besoin d'une force extérieure pour le faire pénétrer jusque dans les vésicules pulmonaires 5 mais il n'indiqua point quelle était la cause qui empêchait ainsi l'air de pénétrer dans les poumons.

Vers le même temps, M. Blainville s'occupa de la même question (i). Il conclut de ses expériences, que le sang se combine avec l'air tout aussi bien après qu'avant la section des nerfs, et que l'air ne cesse pas d'^entrer librement dans la poitrine; et rejetant toute idée d'asphyxie , il parut admettre, comme Haller et quelques autres physiologistes, que la principale cause de la mort, dépendait de l'abolition des forces digestives et de l'altération des matières conienues dans l'estomacf

(i) Propositions extraites d'un Essai sur la Respiration j dissertation inaugurale insérée dans la collection des thèses de la Facult. de Méd. de Paris y. an 1808, n°. n4'

C 1^7 ) cependant il avait en la précaution de constater l'éialdcs poumons après la mon, ce (pie MM. Dupuytien et Dumas avaient né«^li^é de faire. Il avail renia iqué que dans les lapins soumis à ses expériences, les bronches étaient plus ou moins remplies de mucosités parfois sangr.inoknles, et que les poumons étaient couverts de larges taches brunes; mais il paraît qu'il n'avait considéré ces taches que comme superficielles (i).

Dans cet état de choses, M. Provençal (2,) s'appliqua à constater s'il y avait réellement asphyxie^ il eut recours pour cela à des raoyens entièrement; chimiques. Considérant que toutes les fois qu'un animal est plus ou moins asphyxié, il consomme, dans un temps donné , moins de gaz oxigène , qu'il forme moins d'acide carbonique , et que sa température devient plus basse que lorsqu'il ne l'est pas; M. Provençal examina ce que présentaient, sous ces trois rapports, les animaux auxquels il avait coupé la paire vague, et il trouva qu'ils étaient dans un véritable état d'asphixie qui devenait de plus en plus profonde à mesure qu'ils approchaient de leur fin. Il eut d'ailleurs, comme M. Blainville, l'attentiom d'examimer les poumons, qu'il trouva rouges et engorgés de sang dans les chiens, mais sans aucune apparence contre na-

(1) Propositions, etc., pag. 10 et suiv.

(2) Bulletin des Sciences médicales, tom. V. pag. 36 i ..

inre dans les lapins ei les cochons d'Inde. Ses expci l'niccs ne scmblaienL éiablir que le faii el iii.n le mode del'aspliNAie; néanmoins, il païut admellie la seconde partie de l'opinion de M. Dupn^trcn, mais avec celle rcsiiiclicn que la section de la paire w.gne n'enipéche qnc jusqu'à un ceilaln pt;*inl , el n(,n pas eniit leminl , la combinais*-n de l'oxigène as ce le sang.

En lésumanl les opinions qu'ont eues les divers auteurs que je viens de ciier, sur la cause de la moil api es la ligaluie ou la seclion de la paire vague , on voit que celle cause a élé placée su cccssivemenl dans trois organes diflércnsj savoir, dans le cœur , dans l'esiomac et dans les poumons : organes qui en effet reçoivent tous, plus ou moins, des fileis de la paii e vague. On a objecté avec raison que la mort devrait élre beaucoup plus prompte qu'elle ne l'est ordinairèmenl, si elle éiail occasionnée immédialemenl parla suspension (fes mouvejucns du cœu.rj ei beaucoup plus tardive , si elle ne dépendait que de l'aUdiiion des forces digestives. Quant aux poumons, encbercliani à quelle aliéraiion soit de leur substance , soit de leurs fonctions, on pourrait s'en [)rendre, il est évident que la quantité de sang épanché ou engorgé dans ces organes, n'est pas assez grande pour qu'on puisse attribuer la mort à l'hémorragie j et en supposant que l'engorgement soit inflammatoire , il n'est pas vraisemblable que ce soit en arrêtant la circulation

(169) q\ic cet en*:;orgemein fasse peiir les animaux;

L'.isnliyxie saiisfuisiiil mieux aux pi incipanx phénomènes (le l'expéiience j mais , quoique Texistence en cùl éié prouvée par tles expéiicnces dirccies , la difficulié de s'enlendre sur la manière dont elle éiait produite , avaii fait naîlre desdouies sur le fond même du sujet , et quelques auteurs avaient rcjeié le fait, parce qu'ils n'en concevaient pas le mode.

Peu de temps après la publication des expériences de M. Drp\i\ iren , j'eus occasion d'employer la section des nerfs pneumogastriques, comme moyen asphyxiant , quel que fvU d'ailleurs le mode de ce génie d'asphyxie. J'éiais occupé alors à déterminer le temps que les animaux de même espèce, mais d'âges différcns, peuvent, sans péiir, supporter l'asphyxie produite siuipU'juenl par l'inttrception de l'air ou par la suspension des mouvemens in.-piratoires. Api es avoir constaté la loi (a) suivant laquelle ee temps diminue depuis le momenl de la naissance jusqu'à l'âge adulte , je voulus savoir si les époques auxquelles les animaux de différens âges meurent après la section de la paire vague, seraient conformes à cette lui. Le premier

(a) Loi. — Le mot loi doit toujours embnrrasser selon moi, quand il s'agit d'expériences sur les auiuiaux vivans , tant il y a d'inconstance dans les résultats?

( 17^ ) animal que je soumis à celte épreuve , fut un petit chien âgé de deux jours. Je savais par mes propres expériences que le chien nouvellement né supporte une asphyxie environ sept fois plus longue que le chien adulte j et j'avais appris par celles des différens auteurs qui ont coupé la paire vague sur le chien adulte, qu'il n'en meurt qu'au bout d'un ou deux jours et quelquefois même beaucoup plus tard. Je devais donc espérer que mon petit chien survivrait un assez grand nombre de jours. Mais il en arriva tout autrement. Aussitôt que j'eus coupé les nerfs de ce petit animal, il fit les plus grands efforts pour respirer. Je voyais clairement qu'il n'entrait point ou presque point d'air dans sa poitrine. Il se déballait d'une manière convulsivc Ces débals ne durèrent que deux ou trois minutes,, au bout desquelles il avait le corps flasque et la tête peudante. Il demeurait encore sensible ,• et il faisait de temps en temps des efforts d'inspiration ; mais la sensibilité s'éteignit peu à peu , et en moins d'une demi-heure , il ne donnait plus aucun signe de vie. Ce résultat me surprit beaucoup. Je ne . tardai pas à répéter l'expérience sur un autre chien de même âge. L'issue en fut encore la même. L'examen des cadavres de ces deux chiens ne m'avait donné aucun éclaircissement satisfaisant , et je cherchais encore la cause de cet étrange phénomène , lorsqu'un jour , importuné par les cris aigus d'un petit chien de deux jours auquel je voulais lier

( ^7^ ) les carolitles, pour une expérience parliculicre, j'eu8 recours, pour le faire taire, a l'expérience (le Galicn , el je lui coupai les devix uerfs réc»irrens (]ui se préseutaienl à ma vue. Aussilôt il fil de grands efforts pour respirer j et après avoir manifesté les mêmes phénomènes que ceux auxquels j'avais coupé les nerfs vagues , il mourut entre mes mains en moins d'une demi-heure. Quelle que fût la manière dont la section des récurrens avait fait périr ce petit chien, il n'y avait aucun doute que la mort des deux premiers chiens ne fût due à la même cause. On sait en effet qu'en coupaut au col les deux nerfs de la huitième paire , on coupe nécessairementles récurrens , lesquels sont deshranches que fournissent les premiers à leur entrée dans la poitrine.

11 restait à savoir pourquoi la section des nerfs récurrens produit une mort si prompte. Comme c'est au larynx que ces nerfs se distribuent , ce ne pouvait être que dans cet organe qu'il fallait en chercher la cause. Je soupçonnai qu'elle consistait uniquement dans une diminution subite et considérable de l'ouverture de la glotte. Le moyen de vérifier ce soupçon était de faire une large ouverture à la tranchée -artère au-dessous du larynx, après avoir coupé, soit les nerfs récurrens, soit ceux de la huitième paire. L'air pouvant parvenir promptement dans les poumons par cette ouverture , sans passer par la glotte, tous les symptôme*

(le suffocation que j'avais observés dans mes trois petits ciiiens, ne devaient plus avoir lieu, si ma conjecture était fondée. Je ne manquai pas de soumettre à cette véiification le premier petit chien qui me tomba sous Ja main ; il était âgé de trois jours. La section des nerfs récurrens l'asphyxia complètement comme les précédens. La sensibilité était sur le point de s'éteindre, et il ne faisait plus que de rares efforts d'inspiration , lorsque je pratiquai une ouverture à la trachée- artère. A la première inspiration qu'il fit, l'air se précipita dans la poitrine par cette ouverture ', les carotides de noires qu'elles étaient, devinrent d'un beau rouge, et l'animal se rétablit sans aucun autre secours. J'ai pareillement fait une ouverture à la trachéeartère sur d'autres petits chiens auxquels j'avais coupé les deux nerfs de la huitième paire; l'effet en a été le même, seulement la respiration est demeurée un peu plus haute qu'après la section des récurrens.

J'ai voulu savoir ensuite si les mêmes phénomènes avaient lieu dans les autres espèces d'animaux 3 j'ai donc coupé tantôt les nerfs vagues, tantôt les récurrens sur des chats, sur des lapins et sur des cochons d'Inde dans les premiers jours de leur naissance. J'ai trouvé que les chats périssent de la même manière , et peut-être encore plus promptement que les chiens. La section des récurrens obstrtie moins complètement la glotte dans

( 1/3 ) les codions d'Iude et dans les lapins : les premiers n'en meurent qu'au bout d'environ une heure, et les lapins au bout de quelques heures. Mais quoique la «flotte continue de donner plus ou moins passage à l'air dans les animaux de ces deux espèces après la section des récurrens, la dyspnée qiû en résulte parait être la principale cause de leur mort, quand on coupe la paire vague, car ils vivent à peu près le même temps après la section de ces derniers nerfs qu'après celle des récurrens, et ils vivent au contraire plus long- temps après la section de la paire vague avec une ouverture à la trachée , qu'après celle des récurrens sans ouverture semblable. J'avais coupé les nerfs vagues à un petit cochon d'Inde né seulement depuis quelques heures; il mourut au bout d'une heure. Aussitôt, pour terme de comparaison, j'en pris un auitre de la même portée , auquel je ne poupai que les deux récurrens. Cinquante minutes après celte opération , la dyspnée étant devenue , par degrés, intolérable, il tomba sur le côté 5 il paraissait mourant. Je fis alors une ouverture à la trachée - artère ; la respiration se rétablit d'ellemême , et il se remit assez vite. JDix-huit heures plus tard, il était aussi bien portant, lorsque je lui fis lu section des deux nerfs vagues : il n'y survécut que trois heures et demie.

, Après avoir déterminé l'influence des nerfs récurrens sur les effets de la section de la paire vague

dans ces quatre espèces d'animaux, vers l'époque de leur naissance, je m'appliquai à rechercher ce que devient celte influence à mesure que ces animaux avancent en âge. Je n'entrerai point ici dans tous les détails auxquels m'a conduit celle recherche. Je dirai seulement que la section des nerfs récuriens produit une suffocation moins considérable, à mesure (a) que les aniraaux s'éloignent de l'époque de leur naissance j ainsi , dans les chiens et dans les chats âgés de quinze jours ou trois semaines , cette opération, occasionne encore une dyspnée qui, quoique moins forte que dans les premiers jours de la naissance, l'est assez pour les faire périr au bout de quelques heures. A l'âge de trois mois et même pluiôt, les chiens n'en sont pas assez incommodés pour en périr j les chats (ô) le sont beaucoup plus , et pour peu qu'on les agite et qu'on les force à marcher, ils tombent comme suffoqués. Si, dans un chat de cet âge, on ajoute à l'effet des nerfs récurrens sur la glotte , celui des nerfs vagues sur les viscères de la poitrine ,

(a) yi mesure que , etc. — Il y a par conséquent des cas où l'animal g^gne par la vie commune, tandis qu'il perd beaucoup dans quelques autres.

(b) Les chiens ^ etc. — 11 y a des chiens qui n'aboient pas, ceux de Malte , par exemple 5 peut-être ont-ils les nerfs récurrens très-faibles , très-petits , ( ou nuls ? ) .

( '75 ) «double effet qu'on opère toujours en coupant ces derniers nerfs au col, alors la dyspnée est des plus fortes j cl, |>oin- prévenir une mon imminente, il iant se hâter de faire une ouverture à la trachéearlèrç. Lorsqu'elle est faite, la respiration s'exécute sans beaucoup d'efforts, quoiqu'elle soit plus rare qu'en santé, et qu'elle le devienne ensuite de plus en plus (a). Chaque fois qu'on bouche celle ou verturc avec le doigt , l'animal tombe dans des agitations convulsives comme an commencement d'une asphyxie complète.

Il en est de même dans les lapins et dans les cochons d'Inde; la dyspnée que leur occasionne la section des récurrens est moins grave à mesure qu'ils sont plus âgés; mais elle est toujours plus grand* dans les cochons d'Inde que dans les lapins. Par exemple , ces derniers en sont beaucoup moins incommodés à l'âge d'un mois , que ne le sont les cochons d'Inde à l'âge de cinq mois. Ceux-ci peuvent encore en mourir dans l'espace de vingt-quatre heures.

La raison de toutes ces différences se conçoit facilement. Elle tient à ce que proportionnellement à la capacité des poumons, l'ouverture de la glotte dans les animaux de même âge, est plus

(a) Le beau champ ouvert aux spéculations sur les effets ■^ie l'ail*; est-ce seulement l'oxigène que le sang en sépare?

grande dans une espèce que dans l'autre ; et plus grande encore dans l'adiike qu'à l'époque de la naissance dans ceux de même espèce j comme M. le professeur Richerand l'avait déjà conslalé dans l'espèce humaine (i) (a). Or, en supposant que la figure de la glotte soit à peu près semblable dans ces divers animaux, les aires des figures semblables étant entre elles comme les cariés des dimensions homologues, ou voit qu'un rétrécissement de même ordre dans l'ouverture de la glotte doitintercepter le passage de l'air à des degrés trèsdiflerens.

Cette étiologie de la suffocation j produite par la section des nerfs récurrens , csi celle q.ie j'avais donnée après mes premières expéiiences. iille suppose que l'effet de cette opération e^. de diminuer l'ouverture de la glotte. C'était une chose qui m'avait paru suffisamment prouvée par toutes les circonstances de la suffocation, et notamment par le moyen qvii la fait cesser. Mais qiu Iques analQmistes de réputation en ont douté. Les ims ont assuré que les cartilages dont le larynx est com-

(i) Nouveaux Elémens de physiologie, i^^. édil , loni. II, pag. 436.

(a) Quoi ! ne s'agit-il ici que d'une ouvei-tnre plus grande? n'y a-t-il pas quelque modification considérable sans la puissance nerveuse?

( ^71 ) posé , ont trop peu de mobllilé les uns sur les autres pour permettre un rétrécissement, notable, et encore moins pour en permettre un qui aille jusqu'à produire la suftbcaûon. Les autres ont dit que le propre de la section d'un nerf étant de paralyser les parties auxquelles ce nerf se distribue, et la paralysie étant toujours accompaj^née de relâchement, la section des nerfs récurrens devait relâcher, et par conséquent élargir la glotte au lieu de la rétrécir. Pour éclaircir ces doutes, j'ai fait les expériences suivantes devant la Société des professeurs de la Faculté de médecine de Paris: J'ai pris des lapins âgés d'environ deux mois , aiixquels j'ai détaché le larynx de l'os hvoïde et des parties adjacentes , sans blesser ni ses muscles propres , ni les nerfs récurrens ; après quoi je l'ai incliné suffisamment vers la poitrine pour bien mettre eu évidence l'ouverture de la glotte. Cette ouverture était sensiblement ronde ou tout au plus légèrement ovale de haut en bas (le larynx étant supposé en place, et l'animal debout sur ses pattes), surtout pendant les inspira nous. Cet état bien constaté , j'ai coupé les deux nerfs de la huitième paire au milieu du cou j aussitôt les deux cartilages aryténoïdes se sont rapprochés l'un de l'autre et du thyroïde , l'ouverture de la glotte a diminué , et n'a plus présenté, au lieu d'un trou à peu près rond, qu'une fente invariable dirigée de haut en bas. Dans d'autres lapins de niêoie âge les carti- /7 Fartiç. la

Jages aryténoïdes et la glotte avaient, avant la section des mêmes nciTs , des mouvemens correspondaus à ceux de la respiration. A chaque inspiration la glotte s'élargissait et devenait ronde; puis j pendant l'expiration elle se rétrécissait par le rapprocliemcnt des cartilages aryténoïdes entre eux et vers le thyroïde , et ainsi successivement ; mais , après la section , soit des nerfs de la huitième paire , soit des récurrens , elle demeurait immohile et rétrccie en fente. Il faut observer que ces mouvemens de la glotte n'ont lieu, ou du moins ne sont bien marqués, que quand la respiration est iin peu gênée. Lorsqu'elle est libre, la glotte demeure assez largement ouverte sans varier beaucoup.

Ces états comparés de la glotte avant et après la section des nerfs dont il s'agit, dans des animaux auxquels cette opération ne cause jamais de suffocation imminente , même au moment de leur naissauce , indiquait assez ce qui devait avoir lieu dans ceux chez lesquels elle produit cet effet. J'ai répété , sur trois chiens et sur quatre chats nouvellement nés , la même expérience que j'avais faite sur les lapins. Dans ces sept animaux, l'ouverture du larynx avait des mouvemens qui correspondaient régulièrement à ceux de la respiration. A chaque inspiration cette ouverture s'élargissait, et vers la iin de l'expiration elle se rétrécissait au point de paraîtra fermée, pe qui durait jusqu'au

( ^19 ) moment où l'inspiration recomnn açait. En coupant soil le neif vague, soit le iccnncnt d'un côlé, rouverluredu larynx diminuait aussitôt de moitié, et le carlilagc aryténoïdc du même côté demeurait immobile j celui de l'autre côté conservait ses mouvemens. Lorsque les deux nerfs vagues ou les deux récurrens avaient été coupés, les deux cartilages étaient immobiles et conligus par leurs bords internes ; les ligamens de la glotte étaient de même rapprochés et contigus par leurs bords tranchans, et la glotte paraissait être entièrement fermée. Chaque effort d'inspiralion que faisaient ces animaux la fermait davantage, au lieu de l'ouviir, et cela par la pression de l'air extérieur qui augmentait encore le rapprochement de ces ligamens à cause de leur position oblique et du cul-de-sac qu'ils forment à leur face antérieure. Au contraire l'expiration était facile. J'ai détaché tout à- fait le larynx avec une certaine longueur de la trachée-artère, et j'ai introduit le bout d'une seringue dans la trachée ; l'air chassé de la serin"ue sortait librement j>ar le larynx j mais quand le pis4on , lamené en sens contraire , aspirait l'air par la glotte, j'éprouvais , à le mouvoir en ce sens , une résistance pareille à celle qui aurait eu lieu si j'avais mis le doigt sur le bout de la seringue.

C'est donc bien réellement en paralysant les muscles aryténoïdiens , et en relâchant par là les

liganiens de la glotte , que la section des nerfs récurrens produit la suffocation (a).

Il résulte de tout ce que je viens de dire, que dans les expériences de la section de la huitième paire , les effets de cette opération sur les viscères du thorax et de l'abdomen auxquels ces nerfs se distribuent, sont toujours plus ou moins compliqués des effets de la section des récurrens sur le larynx, et que, suivant l'âge et l'espèce des animaux, cette complication peut être si grave qu'elle devienne la cause immédiate de la mort, laquelle survient alors plus ou moins subitement, et bien avant l'époque où elle eût eu lieu en conséquence de la section de la huitième paire , dégagée de cette complication. Ces faits nous conduisent donc à une explication fort simple de ces morts subites survenues après la section de la huitième paire, lesquelles, comme je l'ai dit plus haut , avaient tant embarrassé quelques auteurs , et avaient paru si favorables au système de quelques autres. En effet, parmi les auteurs que j'ai cités

(a) En paralysant. — Ya-t-il des suffocations produites par une cause semblable? c'est-à-dire, ( par une paralysie maladive? )

Quand ou a respiré une goutte d'eau , d'où vient l'extrême peine que l'on éprouve à ouvrir la glotte? est-ce paralysie? est-ce plutôt spasme? et comment l'effet est-il le même en apparence? E. P.

coiuiiic ayanl observe de ces mous sulnles, ceux qui ont eu rallciilion d'indifjiicr l'tîspèce el Fàge des animaux sur lesquels ils ont fait leurs expériences, nous apprennent que c'étaient des chiens ou des chats, et que ces animaux étaient nouvellement nés.

Voilà donc un nouvel effet de la section desnerfs récurrens, et par conséquent de celle de la paire vague, que je ne sache pas avoir été remarqué par aucun des nombreux auievirs qui ont pratiqué l'une ou l'autre de ces deux opérations. On sait que Galien , auquel on attribue , ou plutôt qui s'attribue la déj|;^uvertc des nerfs récurrens, est aussi le premier qui en ait fait la section. II. n'en observa point d'autre effet que la perte de la voix : l'animal sur lequel il la pratiqua , était trèsbien choisi pour mettre cet effet en évidence, c'était un cochon (i). Cette expérience fut ensuite répétée par Vesale (2) 5 elle le fut de même par Colombus (3), par Riolan (4) j par Bidloo (5),

(1) De locLs affectis. Lib. I, cap. 6, pag. 6. — De praecognlt. ad postliuiuum. pag. 216.

(2) De hum. corporis fabricâ. Basileae. i555. pag. 823.-

(3) De re anatomicâ. Parisiis, 1662 , pag. 473 et 477-

(4) Enclieiridium anatom. Parisiis , i562, pag. 243. — Opéra anatomi. p. 4i 4*

(5) Exercitationes anatom. oliirurg. Lugd. Batav. 1708. pag. 2.

par Muralto (i), par Chirac (2), par Drclincoiirt (3), par Geojgcs Martin (4), par Courten (5) , par Emelt (6). M. Portai (7) et M. Dupuytren (8) l'ont aussi pratiquée. L'aphonie seule a fixé l'attention de tous ces auteurs, et ils se sont bornés à en étudier les diverses circonstances (9). Ainsi, ils ont examiné jusqu'à quel point la voix est affaiblie par la section d'un nerf 5 à quel degré elle est éteinte par celle des deux nerfs; dans quel cas et au bout de quel temps l'animal peut la recouvrer. Toutes ces questions étant étrangères à mon objet , Je ne m'y arrêterai pas ; mais je dois faire remarquer que ^land on lit ces auteurs, il est bon de prendre garde si les nerfs ont

(1) (2) (5) (6) Cités par Haller, Elem. pHys. tom. III,

pag. 409-

(3) Expérimenta anatora. Lugd. Batav. a68i , pag. u.

(4) Essais et observ. de Médfecine de la Société d'Edimbourg. Paris^ '742. Tora.II, pag. i38.

(7) Lettre de Colomb sur un cours de pliysiologie fait par M. Portai en 1771.

(8) Mémoire cité plus haut.

(9) La cause à laquelle Martin attribue l'aplionie est remarquable. Il pense que la section des récurrens a pour effet d'élargir la glotte. Ce fut sur un coclion âgé de cinq ou six semaines qu'il fit cette expérience. Depuis Topération , dit* il, l'animal respira comme si la glotte avait été trop ouverte 5 il mourut au bout de six ou sept semaines étant encore aphone.

clé liés ou coupés. La ll^aiurc peut donner lieu à des résultais qui paraissaieul. conlradiéloircs ^ suivant qu'elle n'a pas été assez serrée pour iniercepler entièrement l'action de la puissance nerveuse, ou qu'elle l'a été assez pour produire cet effet, sans désorganiser le nerf, ou enfin qu'elle > l'a été au point de le désorganiser. Dans le premier cas, l'aphonie est plus ou moins incomplète; à quelque degré qu'elle existe dans le second , elle cesse aussitôt qu'on a oté la ligature; elle persiste dans le troisième , après l'ablation des ligatures , comme si les nerfs avaient été coupés : cette remarque est applicable à la ligature de la paire vague et à celle des autres nerfs. Quoique les effets de la ligature portée aux degrés qui constituent les deux derniers cas dont je viens de parler , soient à peu près les mêmes que ceux de la section, néanmoins, pour éviter toute incertitude, c'est toujours à la section que j'ai eu recours dans mes expériences, soit sur les récurrens, soit sur la paire vague. Mais les auteurs, que j'ai cités ont employé assez indistinctement la ligature ou la section; et, c'est pour abréger, si, en rappelant leurs expériences, je n'ai fait mention le plus souvent que de la section.

Il résulte de ce qui précède, que pour apprécier les effets de la section de la p£|ire vague sur les viscères de la poitrine , il faut d'avance connaître ceux de la section des récurrensj et que.

Jaiis la plupart des cas , il convient de commencei* par annuler ces derniers, eu faisant à la trachéeartère une large ouverture avec perte de substance. Ce n'est pas que cette ouverture n'ait des inconvéniens : elle occasionne de l'inflammation , et par suite du gonflement dans les parties environnantes , et sur-tout dans la membrane qui tapisse la trachée j des corps étrangers peuvent s'y introduire 5 enfin, les muscles et la peau viennent souvent l'obstruer. Mais je ne connais aucun autre moyen qui puisse remplacer l'ouverture dont il s'agit 5 tout ce qu'il y a à faire dans les cas où l'on n'a pas pu en prévenir les incouvéniens , c'est d'en tenir compte dans les résultats.

Supposons donc qu'en pratiquant la section de la paire vague, on s'est assuré qu'il n'en résulte sur le larynx aucun effet capable d'affecter la respiration, il s'agit de rechercher quelle est, dans ce cas, la cause de la mort. J'ai dit plus haut qu'en faisant cette expérience , je n'avais d'abord •eu d'autre objet en vue que de savoir si les époques auxquelles périssent des animaux d'âges différens, étaient en rapport avec les temps au bout desquels des animaux de même espèce et de même âge succombent à l'asphixie. La comparaison était facile à faire; car le temps que les animaux peuvent supporter l'asphyxie, quoique variable suivant l'âge, est à peu près constant pour chaque âge, et n'admet qu'une très-petite latitude dans

les indivicliis do la mémo espèce. Je pratiquai dont: la section de la huitième paire sur ditréienles espèces d'animaux, et particulièrement sur des lapins, depuis le moment de leur naissance jusqu'à l'âge d'un ou deux moisj je ne trouvai rien de fixe ni de constant dans les temps au bout desquels les animaux de même âge en périssaient, et je ne remarquai avix différens âges rien de comparable à cette loi de décroissement , suivant laquelle les animaux supportent une asphyxie d'autant plus courte qu'ils s'éloignent davantage de l'époque de leur naissance. Ainsi, j'ai vu des lapins nouvellement nés, périr après la section de la paire vague , tout aussi promptement que d'autres qui étaient âgés de deux mois j et souvent ces derniers survivent aussi long -temps que ceux qui sont beaucovip plus jeunes. Cela me conduisit à penser qu'ils ne meurent pas d'asphyxie, ou que, s'ils en meurent, cette asphyxie est compliquée de quelques circonstances variables suivant les individus. C'était là l'opinion à laquelle je m'étais arrêté, lorsque mes expériences sur la décapitation me ramenèrent à recommencer celles sur la section des nerfs de la huitième paire , dans la vue de décovivrir , s'il était possible, quelle était la véritable, ou du m.oins la principale cause de la mort.

Je ne m'arrêterai point à rapporter en détail tous les phénomènes auxquels cette opération donne-

( i86 ) lieu : ils ont été observés et décrits par la plupart des auteurs que j'ai cilés plus haut. Je ne doism'attacher ici qu'aux résultats. Or, en examinant ces phénomènes avec attention, on reconnaît que les viscères gastriques, les poumons et le cœur sont affectés. Les viscères gastriques , parce que les animaux sont plus ou moins tourmentés par des nausées , et! même par des vomissemens dans les espèces qui peuvent vomir j les jwumons, parce qu'il y a toujours une djspnée considérable, dont l'intensité ne fait que s'accroître jusqu'à la mortj le cœur , parce qu'en général le& carotides perdent de leur plénitude et de leur tension.

Le cœur, les poumons et l'estoniac sont des organes d'une si grande importance , et le dérangement de leurs fonctions compromet tellement l'existence de l'animal, qu'il suffirait qu'un seul fût affecté pour le faire périr. H serait donc possible que chacun de ces organes, considéré séparément, fût assez gravement affecté pr la section des nerfs de la paire vague, pour occasionner la mort j je dirai même que cela me paraît fort vraisemblable. Néanmoins, on n'en pourrait pas conclure que la mort a sa cause immédiate dans tous et chacun de ces organes. Car, d'unepart ils peuvent n'être pas affectés au même degré; et de l'autre , en supposant qu'ils le soient, leurs fonctions , quoiqu 'indispensables à l'entretien de la vie, le sont d'une manière plus ou moms prochaine ; je veux dire que la cessation

( i87 ) ^ des fondions .le cliacnn de ces organes, quoique uéccssairemenl morielle , ne l'est pas dans le même temps j et par conséquent , l'affeclion de tel organe causant la mort avant que celle de tel autre ait eu le temps de produire le même effet, c'est uniquement au premier (pi'il faut attribuer cet effet. Supposons, par exemple, que dans un lapin adulte, le cœur, les poumons et l'estomac cessent entièrement ei simultanément leurs fonctions, la mort sera presque subite daus ce cas, et elle aura lieu précisément dans le même temps que si le cœur seul eût cessé les siennes. Il est évident qu'où ne pourra l'attribuer à la cessation des fonctions de l'estomac, puisque le lapin adulte ne meurt qu'après trois semaines d'abstinence complète {a) ; m a celle des fonctions du poumon, car, bien que le temps que les lapins y survivent , soit fort court , il est pour le moins deux fois aussi long que celui qu'ils survivent à la cessation dc^la circulation. Si, au contraire, les fonctions du cœur demeuraient intactes, et que celles des poumons et de l'estomac fussent seules anéanties , la mort serait encore fort prompte, mais moins que dans le premier casj elle surviendrait dans le même temps qu'après

(a) Cptte observation est propre à l'auteur; elle est le résultat d'une multitude d'expériences sur la faim qui sont encore inédites.

( i88 ) une asphyxie complète, et sans qu'on pût en accuser la cessation des fondions de l'estomac. Si l'affection des ces organes était proportionnellement plus grave dans l'un que dans l'autre , et que dans aucun elle ne le fût assez pour que ces fonctions fussent totalement suspendues , les effets ne seraient plus les mêmes /et la mort ne pourrait plus être attribuée à celui dont les fonctions admettent la plus courte interruption ; mais elle dépendrait de l'organe dont l'affection serait la plus considérable , ou plutôt la cause de la mort serait alors en raison composée de l'affection de l'organe et de l'importance de ses fonctions. Ce cas est celui qu'on observe après la section des nerfs de la paire vague. Dans cette expérience, le cœur, les poumons et l'estomac sont affectés à différens degrés , et aucun de ces organes ne l'est de manière que ses fonctions soient entièrement suspendues , si ce n'est l'estomac dans certain cas. Chercher comment la section de ces nerfs fait périr les animaux, c'est donc chercher quelles sont parmi les fonctions lésées, celles qui le sont au point que la mort en soit la suite avant que le dérangement des autres ait eu le temps de produire le même effet.

Le principal signe auquel on reconnaisse que le cœur est affecté après la section de la paire vague, est, comme je l'ai dit, une diminution dans la'plénitude et la tension du système artériel, ce qu'on distingue assez facilement dans les carotides. Il est

( i»9 ) fort vraisemblable que les mouvemens de cet organe éprouvent ainsi des déraugemens, soit quant à leur régularité, mais il est asscx difficile de s'en assurer, et de ne pas confondre le trouble que font naître la douleur et la crainte pendant l'expérience, etque la crainte renouvelle cbaque fois qu'on porte la main sur la poitrine de l'animal pour sentir les batlemens du cœur, avec celui qui n'est dû qu'à la section des nerfs. Toutefois, je n'ai jamais observé que ces dérangemens fussent aussi considérables que A^v'illis et Lower l'ont dit, du moins dans les commcncemensde l'expérience. Sur la fin , et quand la mort approche , les battemens du cœur sont rares et irréguliers , mais beaucoup de causes peuvent alors contribuer à les rendre tels. En un mot, l'affection du cœur produirait sans doute à la longue des effets fâcheux , et elle doit aggraver les autres symptômes, mais rien n'indique qu'on puisse la considérer comme la cause immédiate de la mort. Je lâcherai, dans une autre circonstance , de déterminer , par des expériences directes , quel uenre d'influence le cerveau excerce sur la circulalion par l'intermédiaire de la paire vague.

L'affection de l'estomac est en général beaucoup plus grave que celle du cœur, car les fonctions du premier de ces organes éprouvent un dérangement beaucoup plus grand que celles du second. Je pense même que dans certains cas , de toutes les fonctions lésées par la section de la paire vague , celles de

( ipo )

restomac le sont au plus haut degré. C'est du moiui» ce qui a lieu dans quelques espèces. Dans les cochons d'Inde, par exemple , la digestion paraît élre non pas seulement affaiblie ou dérangée , mais entièrement abolie. J'avais coupé le nerf vagvie droit sur une femelle de cochon d'Inde, âgée d'environ dix-huit mois. La respiration demeurant encore assez libre, et l'anxiété étant médiocre, l'animal continua de manger. Mais, à mesure qu'il mangeait, son ventre prenait du volume. Il grossit tellement que la largeur de son ventre égalait presque la longueur de son corps ^ et qu'il ne pouvait plus marcher. Il mourut quatre jours et cinq heures après la section des nerfs. L'estomac occupait presque toute la capacité du ventre j il était distendu par une grande quantité d'alimens qui se trouvaient à peu près dans le même état où ils avaient été avalés. Il est clair que dans cette expérience l'estomac avait entièrement perdu la faculté de digérer et celle de pousser les alimens dans les intestins. Cet effet n'a pas toujours lieu après la section d'un seul nerf, mais on ne peut guère douier que la section des deux nerfs ne le produise constamment, sur-tout quand on considère comhien , dans ce dernier cas, les cochons d'Inde sont tourmentés par les nausées et les efforts pour vomir. Or, après la section des deux nerfs, les cochons d'Inde de l'âge de celui dont ii est ici question , périssent dans l'espace de trois mi quatre

( ipl )

heures, et quelquefois plus promptemeut encore. Leur mort ne peut donc pas eue alirijjuée à l'aboliiion des forces digesdves, à laquelle ils peuvent survivre au-delà de quatre jours , lors même qu'elle est la plus complcle. Je dis au-delà de quatre joiu's , car il paraît que dans le cas que je viens de citer, l'abolition des forces digestives , n'a été que la cause occasionnelle de la mort , et que la cause inj médiate en était due à l'énorme distention de l'estomac , laquelle avait rendu la respiration fort laborieuse , et avait en outre déterminé un certain état de plilogose dans les membranes de ce ^^scère , ainsi que dans l'épiploon et dans le péritoine. Il est très-présu niable que sans cette complication , l'animal aurait vécu le même temps que pendant une abstinence complète, et qui est de neuf à dix jours (a).

Puisque la mort ne peut être attribuée à l'état de l'estomac , même dans les animaux chez lesquels la digestion est anéantie, elle pourrait l'être bien moins encore dans ceux chez lesquels , comme les lapins, les symptômes gastriques sont moins intenses. J'ajouterai que je n'ai jamais rencontré cette corruption, cette dégénérescence putride des alimens contenus dans l'estomac, que plusieurs

(a) Celte observalion est , comme la précédente , le fruit ^'un grand nombre d'expériences.

auteurs recommandables ont considérée comme la cause de la mort. J'avais espéré que cet effet serait plus marqué et plus facile à distinguer dans les animaux qui tétaient encore, et en coupant la paire vague à différens âges, j'avais donné une attention particulière à ceux qui ne prenaient d'autre aliment que le lait de leur mère j mais, eu examinant comparativement sous ce rapport les animaux morts de cette opération, et ceux qui avaient péri de toute autre manière , le lait contenu dans l'estomac des uns et des autres m'a toujours présenté sensiblement la même apparence. Du reste, en supposant que les alimens se corrompent dans l'estomac des animaux dont ou a coupé la huitième paire, en pourrait-on conclure que cette corruption soit la cause immédiate d'une mort aussi prompte que celle qui a lieu le plus souvent dans cette expérience ? Ne sait-on pas que dans certaines maladies de l'estomac, les alimens éprouvent des altérations diverses très-considérables ? ce qui n'empêche pas les individus attaqués de ces maladies de prolonger leur existence assez long-temps. Enfin, je dirai que l'estomac lui-même ne m'a présenté rien de particulier, si j'en excepte un léger état de phlogose 5 encore cet état n'existe-t-il que dans un petit nombre de cas.

De tous les symptômes que produit la section de la paire vague, ceux qui concernent la respi-

( 193 ) ration, sont à la fois les plus conslans et les plus reniaïquahles; aussi ont-ils éié observés par la plupart des auteurs qui ont répété celte expérience. Ces symptômes se mauifeslont aussitôt que les nerfs ont été coupés, et leur intensité ne fait que s'accroître de plus en plus j aiusi^ la resraiion est haute et rare, et à mesure qu'elle devient plus laborieuse, toutes les piiissanccs inspiratrices sont mises en action. L'animal se tient coi (sur-tout les lapins et cochons d'Inde), et semble n'être attentif qu'à faire entrer le plus d'air qu'il peut dans ses poumons. La couleur du sang artériel, d'abord peu changée^ perd peu à peu son éclat, et prend une teinte de plus en plus sombre : on sent au toucher que l'animal se refroidit. Néanmoins, la respiration n'est jamais entièrement abolie aussitôt après la seciion des nerfs, comme semble l'être la digestion, au moins dans certains casj et il n'est guère douteux que si la dyspnée ne faisait pas des progrès , et qu'elle demeurât telle qu'elle est dans les premiers momens de l'expérience, l'animal ne put vivre assez longtemps, et qu'il ne mourût d'inanition plutôt que d'asphyxie. Si la cause immédiate de la mort réside dans les poumons, cette cause doit donc avoir pour caractère d'acquérir graduellement de l'inlensité, de telle sorte que la respiration devienne de plus en plus laborieuse , et qu'il survienne à la fin une asphyxie complète. Or, dans /? Partie. l3

tous les animaux morls de la section de la paire vague, ou trouve consiammeut que les poumons sont plus volumineux que dans l'état naturel, et qu'ils sont gorgés de sang. L'engorgement sanguin leur donne une couleur d'un rouge brun , qui, pour l'oidinaiie, n'est pas uniforme, mais répandue par grands espaces. Les vésicules pulmonaires eu sont tellement affaissées, que si on dégage ces espaces des portions qui restent plus ou moins aérées , et qu'on les Jette dans l'eau , ils tombent au fond 5 de plus, on rencontre le plus souvent dans les voies aériennes uii flviide écumeux, et parfois rougeàtre, assez abondant pour remplir les vésicules pulmonaires et la plus grande partie des broncbes, et qui boursouffie les poumons dans les espaces qiû ne sont pas gorgés de sang. Ce fluide est dû à un épanche mt ht séreux qui se fait dans les voies aériennes, et que les mouvemens de la respiration convertissent en écume, en le mêlant avec l'air inspiré. C'est surtout dans les lapins et dans les cochons d'Inde que ce fluide est abondant; on le voit souvent sortir par leur bouche et par leurs narines dans les derniers instans de leur vie. Après leur mort, il s'écoule par les incisions que l'on fait aux poumons, et même il suffit souvent de faire une ouverture à la trachée, et de comprimer le ventre et la poitrine pour le faire affluer à cette ouverture. L'engorgement sanguin et l'épanchement écu-

( 195 ) mcux ont évidemment pour effet d'empèclier l'air de pénétrer dans les vésicules piîlmoniiires j et l'inspcciion de ces deux états des poumons ne permet pas de douter que s'ils parvenaient aussitôt après la . section de la paire vague au degré qu'on observe après la mort, l'asphyxie ne fût complète dès les premiers insians. Mais ils ne se forment et ne s'accroissent que ^graduellement , comme il est facile de s'en assurer eu tuant des animaux, à différentes époques, après la scclion de la paire vague, pour examiner leurs poumons. L'engorgement sanguin et l'épauchement écumeux sont en quelque sorte en raison inverse l'un de l'autre. Lorsque répaucliemcnt survient prompte'ment, il suffoque l'animal avant que l'engorgement sanguin ait eu le temps de faire beaucoup de progrès, et la mort arrive plutôt. Lorsqu'au contraire cet épanchement se forme lentement et en petite quantité, l'animal meurt plus tard, et seulement quand ses poumons sont presque entièrement gorgés de sang. Le temps que l'un et l'autre de ces états dés poumons prennent à se former, est très-variable et paraît tenir à des circonstances individuelles plutôt qu'à l'âge dans les individus de la même espèce j dès-lors, celui que les animaux survivent dans cette expérience, doit varier de même , et il varie en effet beaucoup , comme je l'ai dit plus haut. Ce qui explique pourquoi ce temps n'est point eu rapport ave<î celui

( ^9^) durant lequel les animaux de même espèce et de même âge peuvent supporter l'asphyxie subite et complète.

Il resterait à savoir comment la section de la paire vague produit ces deux effets dans les poumons. Il est vraisemblable que c'est d'une manière analogue à ce qui a lieu dans les autres parties dont on coupe ks nerfs. On sait qu'elles tombent dans un état de paralysie et de flaccidité à peu près semblable à ce qui a lieu après la mort. Il survient sans doute de même dans les poumons une perte de ton, une sorte de paralysie. C'est du moins ce que paraît indiquer l'affaiblissement notable qu'on observe dans le tissu de ce viscère , lequel se déchire très-facilement, sur-tout dans les endroits gorgés de sang. Les expériences de Haies fortifient encore cette opinion. Cet auteur (i) a trouvé qu'en introduisant du sang dans l'artère pulmonaire par un tube fixé à cette artère, tenu verticalement et haut de deux pieds seulement, les poumons se gonflent et deviennent fort rouges , et que la sérosité s'épanche dans les vésicules pulmonaires au travers des tuniques artérielles. Haies observe avec raison que cette transsudation si facile de la sérosité est due au relâchement et à l'atonie qui existent après la

mort.

(i) Hœmastatiqiie. Traduction de Sauvages. Genève, ^744 5 11'. espér. pag. 6i-6.

( ^91 ) On a vu plus liaul que parmi les auteurs qui se sont occupés de la section des nerfs de la liuilième paire , plusieurs avaient reconnu l'engorgemenl sanguin des poumons^ et que quelqi'es-uns l'avaient même indiqvié comme une cause de mort 5 mais comme àTépoque où ces derniers auteurs écrivaient , la véritable théorie de la respiralion n'existait pas encore, ce n'était pas à l'asphyxie qu'ils avaient rapporté cette cause , mais à une hémorragie ou à une inflammation pulmonaire portées à un degré mortel. Quant à l'épanchement d'un fluide dans les bronches, je ne sache pas qu'aucun autre en ait fait mention que M. Blainville, et l'on se rappelle que ce savant ne s'était point arrêté à en <;onsidérer les effets sur la respiration , non plus que ceux de l'engorgement sanguin des poumons.

Dans un Mémoire que j'eus l'honneur de présenter à la première classe de l'Institut en 1809, sur l'expérience dont il s'agit, j'attribuai la mort des animaux à Focclusion de la glotte , et lorsque la glotte demeure suffisamment ouverte , aux deux états des poumons dont il vient d'être question, la classe nomma des Commissaires pour vérifier les faits. Je vais rapporter les résultats des expériences que je répétai devant MM. les Commissaires, et auxquelles MM. Duméril et Blainville voulurent bien assister. Pour abréger, je ne rappellerai que les expériences qui concernent la paire vague ,

( 198 ) j'omettrai celles que je fis eu même temps sur les nerfs récurrens.

La huitiera.e paire fut coupée sur uu chien âgé de quinze jours. Aussitôt la respiration devint trèslaborieuse. L'animal ouvrait largement la gueule, et faisait de grands mouvemens du thorax pour respirer Les carotides mises à découvert étaient brunes. Au bout de cinq minutes , le corps ayant perdu sa vigueur et la léte étant pendante, une large ouverture fut faite à la trachée ; la respiration cessa bientôt d'èire laborieuse^ les carotides reprirent une belle couleur vermeille, et les forces se ranimèrent. Ce fait qui dépose contre le mode d'asphyxie adopté par M. Dupuytren, prouve en même temps, contre l'opinion de M. Dumas, que l'air peut pénétrer dans les poumons assez librement et sans le secours de l'insufflation pendant les premiers temps de l'expérience.

Les mêmes nerfs furent coupés sur deux cochons d'Inde , âgés d'environ un an , et sur trois lapins âgés de deux mois. Un quatrième lapin 4e même portée fut étranglé au moyen d'une ligature serrée faite à la trachée-artère, dans le dessein de comparer ses poumons avec ceux des trois autres.

Ces expériences terminées , les animaux furent mis dans une salle basse j et l'on s'ajourna à vingtquatre heures pour examiner leurs cadavres. On s'attendait qu'ils seraient tous morts à cette époque j et ils l'étaient en effet.

( »99 ) Les poumons du cliien éiaient très-rouges et pleins de sang 5 mais un peu moins cependant qu'ils ne le sont ordinairement dans celle expérience. Aucune portion ne tombait au fond de l'eau. Le IVoid d'une salle basse et bumide avait du contribuer à faire périr ce petit animal encore accoutumé à la cbaleur de sa mère , avant que la section de la paire vague eût eu le temps de produire son enlier effet sur les poumons. Car le froid seid lue assez proraptemenl les très- jeunes animaux.

11 y avait dans les poumons des deux codions d'Inde un engorgement sanguin très-prononcé, et disposé par larges plaques. De plus, les broncbes d'un de ces animaux étaient remplies d'un fluide rougeâtre et éctimeux. Celle de l'autre en contenaient fort peu.

Un fluide en tout semblable existait abondamment dans les broncbes d'un des trois lapins j une légère pression du ventre et de la poitrine suffisait pour ^e jfaire jaillir par une ouverture faite à la iracbée. Un des deux autres n'offrait ce fluide qu'en très-petite quantité. Le troisième ne paraissait pas en contenir. Mais dans celui-ci on trouva unépanchement séreux et quelques hydaiides dans les deux cavités de la poitrine. Dans ces trois animaux les poumons étaient gorgés de sang et d'un rouge brun par grands espaces, entre lesquels il v en avait de plus petits où ces visères conservaient leur couleur naturelle, rose pâle. En détachant e*-

jetantdaDs l'eau les espaces engoi-ës, ils tombaient au fond. On ne remaïquail rien de semblable dans le lapin étranglé 5 ses poumons étaient bien aérés partout, et d'une couleur rose-pàle uniforme j ils étaient, de plus, affaissés et peu volumineux, tandis que les poumons des trois autres, de même que ceux du chien et des deux cochons d'Inde, étaient pins ou moins gonflés.

Je dois faire remarquer, par rapport à l'engorgement sanguin des poumons, que ce n'est pas seulement après la section de la paire vague qu'on le rencontre : on l'observe dans beaucoup d'autres cas , et principalement dans la plupart de ceux où là mort a été ia suite d'une asphyxie très-prolou'^ée. Mais dans tous ces cas il n'offre pas précisément la même apparence , et les poumons ne sont pas boursouffiésde la même manière qu'après la section de la huitième paire. L'épanchement d'un fluide séreux dans les bronches s'observe de même dans d'autres cas (a). Il survient particulièrement dans les affections de la poitrine, compliquées de faiblesse et d'atonie, c'est la terminaison la plus fré-

{S^)L'épanc]ienieTit^ etc. — J'ai vu de l'écume dans les bronclies d'un homme mort, submergé dans la Seine: il avait respiré un fragment de coquille de moule ; il avait donc respiré de l'eau ; mais cette eau avait disparu. Les poumons étaient, au moins en apparence, dans l'état naturel.

quenie de la fausse péiipneumonic , laquelle est si souvent fatale aux vieillards. Leurs bronches s'emplissent, pour ainsi dire, à vue d'œil , le ràlc se forme, et ils meureut élouffés (i).

Résumons les principaux faits relatifs à la section de la paire vague.

Le plus souvent hx section d'un seul nerf n'est pas mortelle. Celle des deux nerfs l'est constamment.

La section des deux nerfs affecte à la fois le larynx, le cœur, le canal alimentaire et les poumons.

L'affection du larynx se propage par les nerfs récurrens , en sorte que la section de ces nerfs suffit pour la produixe. Cette affection ne consiste pas seulement dans l'altération de la voix, mais encore dans une diminution de l'ouverture de la «lotte. L'un et l'autre de ces effets sont dus à la paralysie des muscles aryténoïdiens , lesquels laissent retomber les cartilages aryténoïdes vers la glotte, ce qui relâche les ligamens de la glotte et les rapproche en même temps ', et toutes ces parties restent immobiles dans cet état.

La diminution de l'ouverture de la glotte varie suivant l'espèce , et beaucoup plus encore suivant l'âge. Chez certaines espèces, telles que les chiens

(0 CuUen. first lines ot" the practice of physic. §. 35o et 38o.

et sur-tout les chais, elle est si considérable que ces animaux sont étouffés aussi promptenient , ou à peu près , que si on leur avait lié la trachée-artère. A mesure que ces animaux croissent , le danger devient moins pressant , et lorsqu'ils sont parvenus à un certain âge, ils n'en sont plus que légèrement incommodés; c'est du moins ce qui a lieu dans les chiens. Il résulte de là que de tous les symptômes que produit la section de la paire vague , les plus graves, ceux qui tuent le plus promptenient , sont, dans certains cas, ceux qui dépendent du larynx. En général , toutes les fois que la difficulté de respirer devient très-forte aussitôt après cette opération, il est très-présumahle que la principale cause en est dans le larynx. Par exemple, la violence avec laquelle la dyspnée se déclare subitement dans les chevaux, mçme adultes , et la promptitude de leur mort, annoncent que dans ces animaux la glotte éprouve un rétrécissement considérable. Une large ouverture faite à la trachée fournit à la fois le remède et l'étiologie de tous ces cas. L'ouverture de la glotte n'est donc jamais dans le vivant telle qu'on la trouve dans le cadavre , et les cartilages aryténoïdes ont besoin d'être soutenus par leurs muscles , comme la paupière supérieure abesoin de l'être par le sien.

L'affection du cœur est assez difficile à déterminer; mais , quels que soient les effets qu'elle puisse produire à la longue , elle n'empêche pas que la

clrculalion ne commue, cl d'autres fonciious se trouvent dérangées mortellement ayant que ces effets aient acquis toute leur intensité.

L'affection de l'eslomac est en général plus grave. Elle l'est à différens degrés , suivant les espèces, et même suivant les individus dans la même espèce j mais on ne trouve dans ce viscère aucun état pathologique bien prononcé , si ce n'est quelquefois un léger état de phlogose. Il ne paraît pas qvie les alimeus qu'il contient acquièrent aucune corruption particulière j et lors même que cela aurait lieu, il est fort douleux que cette corruption, non plus que l'aboliliou entière des fonctions de l'estomac, pût être la cause immédiate de la mort. En un mot, la mort survient à une époque , et avec un appareil de symptômes qui ne permettent pas d'en placer la cause dans l'estomac.

Ces symptômes sont ceux qui dépenciept de l'affeclion des poumons; ce sont les plus remarquables et les plus conslans qu'on observe dans l'expérience dont il s'agit. La respiration est haute et laborieuse, et le devient de plus en plus; elle se fait quelquefois avec un bruit d'écume qu'on entend dans la poitrine; le sang artériel prend une couleur de plus en plus sombre, et l'animal se refroidit. Après la mort, on trouve les poumons boursoufûés, en partie gorgés de sang, en partie remplis d'un fluide séreux et souvent écumeux, et leur inspection montre clairement que l'air

extérieur ne pouvait plus y pénétrer, ou qu'en très-petite quantité. La formation, non subite, mais graduelle et plus ou moins rapide de l'engorgement sanguin, et de l'épanchement séreux dans les poumons explique les progrès toujours croissans de la dyspnée.

Il résulte de tous ces faits que la section des nerfs de la paire vague , tue les animaux en les asphyxiant, et que l'asphyxie peut avoir lieu de trois manières : i''. par la diminution de l'ouverture de la glotte 5 2,0. par l'engorgement sanguin des poumons; 3^. par répanchement d'un fluide séreux dans les bronches. Suivant l'espèce, l'âge et la constitution des animaux , la mort peut être occasionnée par un seul de ces trois modes d'^asphyxie, ou par deux, ou par les trois diversement combinés.

Telle est la solution la plus satisfaisante que j'aie pu trouver d'une des questions que je me suis proposée au commencement de ce Mémoire , savoir : Quelle est la cause de la mort après la section de la paire vague"? Quant à cette autre question : Comhien de teinps les animaux peupent-ils y surçivre ? la même solution indique que ce temps ne doit avoir rien de constant , parce que les causes asphvxiantes ne parviennent à leur maximum que d'une manière très-variable , et qui tient le plus souvent à des circonstances purement individuelles. En effet, sur trente-un lapins

âges de un à quarante jouis , auxquels j'ai coupé la paire vague , la mort a eu lieu entre six heures et un quart, et dix-huit heures et demie.

Pour faire l'application de ces résultats aux animaux décapités, il s'aj^issait de savoir si le temps qu'on peut entretenir la vie dans ces animaux, et si l'état de leurs poumons après la mort ont quelque rapport avec ce qu'on observe après la section de la paire vague : c'est la troisième des questions que je me suis proposées. Cette question est assez difficile à résoudre j la raison en est que lors même que la décapitation a été faite de la manière la plus heureuse, et que tout annonce que l'expérience réussira le mieux, l'insufflation pulmonaire long-temps prolongée produit, dans le plus grand nombre des cas, des accidens qui deviennent mortels bien avant l'époque où les animaux auraient péri par le seul fait de la cessation de l'influence cérébrale. Les plus fréquens sont le passage de l'air insufflé dans les vaisseaux sanguins des poumons, et le passage du même air dans le tissu des poumons, ou bien dans la cavité de la poitrine et dans celle de l'abdomen. Le premier de ces accidens tvie les animaux en arrêtant la circula lion 3 les autres rendent l'insufflation pulmomonaire de peu d'effet et de plus en plus difficile, et bientôt on ne peut plus la continuer. Ce n'est quelquefois qu'au bout de deux ou trois heures d'insufflation que l'un ou l'autre de ces

accideiis arrive 5 aussi, est-ce une chose tout-àfait pénible et pleine d'ennui que d'être obligé de recommencer un grand nombre de fois des expériences aussi longues pour pouvoir en conduire quelques-unes à une fin heureuse, de telle, sorte que l'animal meure sans qu'on puisse attribuer sa mort à aucun accident, ni à aucune autre circonstance que la cessation de l'influence cérébrale. Le plus long-temps que j'aie pu faire vivre des lapins décapités a été de cinq à cinq heures et demie , encore n'y suis-je parvenu que trois fois : c'était en été, la température de l'atmosphère était à 26'^ centigr 5 les lapins étaient âgés de douze jours. Il me semble que le temps que j'ai pu les faire vivre approche assez près du temps le plus court que les individus de la même espèce survivent à la section de la paire vagué, et qui est, comme je l'ai dit, de six heures un quart , pour ne laisser aucun doute que la vie ne pût être entretenue aussi long-temps, et même au-delà dans les lapins après la décapitation, si cette opération ne les mettait pas dans une situation beaucoup plus critique que ne le fait la simple section de la paire vague. Mais outre l'hémorragie qu.'ils éprouvent toujours à un degré plus ou moins fort, l'instrument tranchant porté dans le siège même de la puissance nerveuse y cause une commotion dont ils ont souvent beaucoup de peine à se remettre, et qui affaiblit toutes les fonctionsj

iJ en lesnlic qu'ils sunt en général dans un état d'atonie assez prononcé (i). Cet état d'atonie est sur-tout remarquable dans les poumons par la facilité cl la promptitude avec laquelle se forme cet épanchemeut séreux dont j'ai parlé plus haut. Toutes les fois qu'on a entretenu la vie pendant un certain temps dans un lapin décapité, on trouve toujours ses poumons gonflés et remplis d'un fluide écumeux. J'ai vu quelquefois l'épanchement de ce fluide porté au point de rendre l'insufflation impossible en moins d'une heure; il survient plus prompiement qu'après la section de la paire vague j et je l'ai toujours considéré comme la principale cause de la mort, toutes les fois qu'elle n'a pas dépendu de quelqu'accident manifeste. Il se forme aussi dans les poumons un engorgement sanguin caractérisé par des plaques d'un rouge brun^ et qui est plus considérable à mesure que la vie a élé entretenue plus long-temps, et que l'épanclioment séreux s'est formé moins rapidement.

Les lapins qu'on a entretenus vivans après la décapitation , ont donc leurs poumons sensiblement

(x) Cette commotion a pareillement lieu dans les reptiles. On oL-sevve fort souvent que les salamandres , aussitôt qu'elles ont été décapitées, sont dans un état d'engourdissement et de stupeur qui ferait croire qu'elles vont mourir ; mais elles se remettent ensuite peu à peu , et assez bien pour vivff' des mois entiers.

( :.o8 ) dans le même état qu'après la seclion des nerls de la huitième paire, et par conséquenl , quoi qu'on fasse pour prolonger leur vie, ils doivent périr d'asphyxie comme dans ce dernier cas, ol au plus tard dans le même temps. C'est là le maximum de leur existence 5 mais dans beaucoup de cas, il n'est pas possible de les y faire parvenir, j'en ai suffisamment indiqué les raisons (1).

Je n'ai considéré que physiologiquement les questions dont je me suis occupé dans cet ouvrage. Mais les applications qu'on en peut faire à la pathologie , se présentent facilement. Je vais me borner à en indiquer quelques-unes.

Il existe beaucoup d'observations de délabremens considérables du cerveau , lesquels n'ont été suivis

(i)Il y en a une que je ne connaissais pas lorsque je me livrais à ces recherches. Je supposais que l'insufflation pulmonaire peut tenir lieu complètement de la respiration naturelle 5 mais j'ai trouvé depuis, et j'ai prouvé dans un Mémoire que j'ai eu l'honneur de présenter récemment à la première classe de l'Institut, qu'elle la remplace fort imparfaitement. En effet, si, dans un lapin entier et sain d'ailleurs, on substitue l'insufflation pulmonaire à la respiration naturelle, et qu'on empêche qu'il puisse faire entrer d'autre air dans ses poumons que celui qu'on y pousse avec la seringue, l'animal se refroidit presque comme s'il était mort, et , en continuant cette opération pendant un certain temps , on peut le faire mourir de froid. J'étais loin de soupçonner que

( ''■^O ) <îc la morl qu'après un ccrialn laps de lemps. Ainsi, on a souvent vu, soit à la guerre , soit dans des cas de suicide, des balles traverser le cerveau, et les individus survivre encore assez long-temps. Dans l'apoplexie sanguine, il n'est pas rareque les malades prolongent assez long-temps leur existence après que le sang épanché dans la substance du cerveau a anéanti les fonctions intellectuelles et la plupart des sens. Dans tous ces cas, quelle que soit la désorganisation qui existe dans le cerveau , la vie coniinue aussi long-temps que cette désorganisalion ne s'étend pas jusqu'à ce lieu de la moelle allongée qui donne naissance aux nerfs de la huitième paire. Au contraire, lorsque, par une cause extérieure ou intérieure , celte même partie se trouve tout-à-coup soit désorganisée , soit affectée

l'insufflation pulmonaire, à l'aide de laquelle on produit des effets surprenans , put avoir des inconvéniens aussi graves. Or , puisque, malgré ces inconvéniens, j'ai entretenu la vie pendant cinq heures et demie dans des lapins décapités , ou conçoit que s'ils n'avaient pas lieu on pourrait les faire vivre leauconp plus long-temps, mais jamais néanmoins au-delà de ce qu'ils vivent après la section de la huitième paire. Il paraît que l'insufflation contribue à produire ou du moins à accélérer l'épanchement écumeux qu'on trouve en général plus fréquemment et plus abondamment après la décapitation qu'après la section de la huitième paire 5 car très-souvent il s'en forme un semblable dans les animaux entiers qu'où insuffle.

/r Partie. l4

Ixu poinl de ne pouvoir plus exercer ses fonctions ^ 3a respiration s'arrête à l'instant , et le malade meurt aussi promptement que s'il avait été étranglé (a). La mort peut même paraître inslanianée, à cause de l'engourdissement et de la stupeur qui se joignent subitement à l'asphyxie , et qui sont l'effet de la commotion que l'affection cérébrale occasionne dans la puissance nerveuse.

Lorsque l'origine des nerfs de la huitième paire est affectée d'une manière moins grave , et que ses fonctions ne sont pas suspendues, mais seulement altérées , il survient alors des symptômes à peu près semblables à ceux qui ont lieu après la section de CCS nerfs. C'est ce qu*on observe dans beaucoup de cas d'apoplexie, lesquels commencent par des vomissemens opiniâtres, et qui en imposent pour une indigestion. H y a? en même temps , de la gêne dans la respiration , la parole est altérée , ou même plus ou moins difficile. Ces symptômes annoncent une apoplexie mortelle, lorsqu'ils précèdent ou ac-

(a) Soit désorganisée , etc. — J'ai vu la moelle allongée convertie en une matière dure, de couleur et de consistance de vieux fromage de gruyère, après et avec une céplialée îiorrible.

La vie avait été continuée long-teuips malgré une telle altération dans un lieu si délicat. Le malade avait été traité 3>ar M. Halle; je ne sais si la respiration avait été altérée.

çompagncni les aiiLies signes de celle maladie. Quelquefois , avant l'attaque d'apoplexie , les malades avaient été sujets , à diverses reprises, à des toux rebelles , et qui simulaient des affections calarrhales. Mais il peut arriver , siu-tout dans le bas-àge, où l'épaucliement sanguin dans le cerveau est rare , que la cause qui agit sur la moelle allongée soit plus amovible , qu'elle soit due , par exemple , à un engorgement des vaisseaux de cette partie. Dans ce cas, quelle que soit l'intensité des symptômes dont je viens de parler, ils admettent une guérison assez prompte. Les exemples n'en sont pas rares. J'en ai vu récemment un assez remarquable dans un enfant de huit ans, fille de M. Benizy, graveur, rue de Harlay, n^ 21. Cet enfant toussait beaucoup depuis environ quinze jours , lorsqu'un matin, après un léger déjeuner, elle fut prise de vomissemens considérables , et qui durèrent plus de deux heures. En même temps sa respiration devint haute , sa voix s'affaiblit et s'éteignit bientôt tout-à-fait; enfin, elle perdit connaissance. Je la vis trois heures après l'invasion des vomissemens. Elle ne vomissait plus , mais elle était toujours sans connaissance , et n'articulait aucun son ; sa respiration continuait d'être laborieuse ; il y avait de l'écume aux narines ; les yeux étaient fixes et peu sensibles j les mâchoires peu serrées ; la déglutition pouvait encore se faire , quoique difficilement. Tout le côté droit du corps

était insensible et paralysé. Le côté gauche jouissait du sentiment 5 le bras et la jambe de ce côté étaient agités de mouvemcns convulsifs. Je conseillai des sangsues à la gorge , un vésicatoire à la nuque et un vomitif. Ces moyens, employés sur-le-champ, produisirent tout reflet qu'on pouvait en attendre. Il était deux heures du soir 5 à cinq heures, la connaissance commençait à revenir, les yeux avaient repris de la mobilité , la paralysie et les convulsions avaient cessé. Dans la nuit il y eut encore , à plusieurs reprises , des vomissemens spontanés 5 il survint dans cette même nuit une hémorragie nasale. Le lendemain matin la petite malade se trouvait très-bien , et n'éprouvait que de la fatigue. C'était la première fois de sa vie qu'elle eût éprouvé une attaque semblable. Elle n'avait aucun signe de vers 5 et il n'y avait aucun travail de dentition. Elle s'est très-bien portée depuis.

Je terminerai par quelques mots sur les acéphales. Les principales questions auxquelles ces fœtus donnent lieu, sont de savoir comment ils peuvent vivre et se développer dans le sein de leur mère , et pourquoi ils périssent à diverses époques après leur naissance , les uns pouvant continuer de vivre plusieurs heures et même plusieurs jours, et les autres seulement quelques instans. Ces questions ne présentent plus de difficultés. Le cerveau, quelles que soient ses autres fonctions , et quel que soit l'empire qu'il exerce sur les actes de la vie ,

( 2i3) n'a (raciion immcdialc sur renlreiien même de I» vie, (iiie par la respiralion doiu il recèle le picniier mobile. Car, nous avons vu que son action sur la circulation et sur la digestion n'intéressent point la vie d'une manière aussi considérable ou aussi prochaine. Or, aussi long-temps qu'un fœtus est renfermé dans le sein de sa mère , il n'a aucun besoin de respirer, et par conséquent l'action du cerveau sur les phénomènes mécaniques de la respiration par les nerfs diaphragmatiques et intercostaux, et celle sur le poumon par la pane vague, lui sont inutiles. J'ajoute qu'il peut de même se passer de l'action sur les viscères gastriques j car la digestion paraît être nulle avant la naissance. Le cerveau ne lui est donc pas nécessaire pour vivre, et il peut en être entièrement privé, sans que pour cela il cesse de se développer. C'est dans sa moelle épimère qu'il trouve le principe de son existence et de son accroissement. Mais aussitôt qu'il est né , aussitôt que sa mère ne respire plus pour lui, il faut qu'il respiie lui-même (a). Si le cerveau lui manque en totalité, et jusqu'ati-delà de l'origine des nerfs de la huitième paire , il ne

(a) iVe respire plus pour lui. — Cela veiit-it dire que le sang de la mère est d'autant plus propre à le furuier que ce san^ a été mieux préparé^ mieux vivifié par la respiration?

Mais est-il sûr que le sang de la mère passe à l'enfant?.

peiu faire aucun mouvement inspiratoire , et il ne vit que le temps qu'il peut, à cet âge, supposier l'asphyxie , à dater du moment où il a cessé de communiquer avec sa mère. Mais, quelles que soient les autres parties de ce viscère qui lui manquent^ si l'origine des nerfs de la huitième paire subsiste , il peut respirer et il respirera, en effet, plus ou moins long-temps , suivant que cette portion de la moelle allonge'e jouit d'une intégrité plus ou moins parfaite , et suivant qu'elle est plus ou moins à l'abri des ageus extérieurs. Dans les observations d'animaux adultes chez lesquels on a trouvé le cerveau ossifié , la moelle allongée ne l'était jamais. Je sais bien qu'on cite des foetus qui étaient non - seulement acéphales, mais chez lesquels il n'existait même point de moelle épinière. Mais, outre que ces cas sont en fort petit nombre en comparaison de ceux de simples acéphales , il serait très-important de savoir si ces fœtus étaient nés morts ou vivansj et c'est ce que les auteurs n'ont pas toujours eu l'attention d'indiquer. Je n'en connais que deux qu'on assure être nés vivans sans cerveau et sans moelle épinière (i). Il en est de ces fœtus comme de ceux qu'on prétend être nés, les uns sans cœur, les autres sans aucun vestige de cordon ombilical, et qui sont tout aussi inexplica-

(0 Hist. de TAcad. des scicnc. An 1711. Obs. anat 3. et au 1712. Obs. anat. 6.

Lies cil physiologie [a). Pour atlmclire des fails aussi cxliaonliuaires , il faudrait des observations nouvelles et hicn autlieniiqucs. Quant aux fœtus nés niorls et sans moelle épinière, on conçoit que cpielques maladies, et entre autres riiydroraclii.s, avait détruit celte moelle dans le sein de leurs mères, et que la mort en avait été la suite.

(a) Inexplicahlc. — Et sans cloute \ et pourquoi nier un fait parce qu'on ne le comprend pas ?

Qu^est-ce que l'on comprend? des suites de phénomènes ,, et pas autre cliose. Les pliénomènes en eux-mêmes sont absolument inaccessibles à notre intelligence.

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