‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 211 sur 433 · ACTE I, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IX

petit voyage de pur agrément , je me suis embarqué sur la diligence d'eau qui remonte la Saône de Lyon à Châlons.

LE CAPITAINE

Comment ! vous vous êtes embarqué pour Châlons ; eh! mais, le coche d'où vous sortez en revient.

DUTILLEUL

Attendez donc , c'est là mon aventure. Vous savez , ou vous ne savez pas , que les coches qui remontent et ceux qui descendent se rencontrent et passent la nuit à Mâcon. Après avoir soupe dans une très-bonne auberge, au Sauvage, je me suis couché de bonne heure. A quatre heures du matin je dormais d'un très-bon somme, quand le garçon d'auberge est venu me crier aux oreilles qu'on allait partir. Je me suis levé , habillé, je suis entré dans le bateau, machinalement, sans me réveiller, pour ainsi dire, et me voilà installé dans le cabinet de Paris, où je me rendors tout-à-fait. Il y a une demi-heure, à-peu-près, je me suis réveillé. Je suis monté sur le tillac pour prendre l'air. On étouffe dans ces coches, et je croyais dormir encore, en remarquant que nous descendions la rivière , au lieu de la remonter. Mais voilà qu'une grosse femme , qui se trouvait à côté de moi , dit à son nourrisson qu'elle tenait dans ses bras, un bel enfant, ma foi : — Ne crie pas, mon petit, nous serons à Lyon de bonne heure, tu verras papa, tu verras maman... — Comment, à Lyon? Est-ce que c'est à Lyon que va le bateau sur lequel je suis? — Certainement. — Comment, morbleu!.... Pardon, si je jure; mais c'est à Châlons que je veux aller. — Mais vous lui tournez le dos. Au milieu de la nuit, encore tout endormi, au lieu de m'embarquer dans le bateau ({ui allait de Lyon à Châlons. Tome FIL l 8

274 LE CAPITAllNE BELRONDE.

j'étais entré dans celui que vous voyez encore d'ici, et depuis quelques heures , sans m'en douter , je retournais rapidement au point d'où j'étais parti la veille.

OLIVIER

Ah! c'est drôle,

DUTILLKIJ L.

Ventrebleu! m'écriai-je ;.... pardon si je jure, mais je jurais bien plus fort sur le coche , et tous les voyageurs rassemblés autour de moi riaient aux éclats, ce (jui redoublait m'a fureur , lorsque la diligence d'eau passe devant votre château. Je demande à qui ce beau domaine ? on me répond : Au capitaine Belronde , ancien officier de marine , honmie riche , bon , affable , hospitalier. Mon parti est bientôt pris, je me jette dans un batelet , me voilà , et je vois qu'on ne m'a pas trompé en me vantant la société que je trouverais chez vous.

CHARLES, au capitaine.

il paraît aimable et fort gai.

LE CAPITAINE

Oui, très-gai. Monsieur, on ne vous a pas trompé non plus en vous disant que j'étais bon, hospitalier.... pour mes amis, et poli pour tout le monde.... Je vais vous donner un guide , des chevaux même qui vous conduiront au prochain village, où il. y a une excellente auberge et où vous trouverez à choisir des occasions pour vous rendre à Châlons.

DU TILLEUL

Monsieur, bien sensible à votre bon procédé. Ah! j'oubliais... Quand j'ai dit que j'allais m'arrêter à votre château, le commis du coche, qui me connaît, m'a prié de me charger d'un ballot de Paris à votre adresse.

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