ACTE II, SCÈNE VIII. 3o
DUTILLEUL
Ah! Ah!
Il n'y a pas de femme qui ne se trouvât heureuse de s'unir à vous.
LE CAPITAINE
Ah! vous méjugez trop favorablement. Je vous dirai que j'hésite entre trois.... C'est-à-dire, entre deux.
Je vous devine, nos deux jeunes personnes. Rose et Victorine.
LE CAPITAINE
Précisément !
Attendez ; vous penchez pour l'une des deux.
LE CAPITAINE
Vous croyez?
Tantôt, pendant le déjeuner, on a de nouveau parlé de jouer la comédie. Vous vous êtes empressé de nous dire que vous aviez une pièce de prédilection , la Pupille. Vous vous êtes empressé d'aller la chercher dans votre bibliothèque ; vous vous êtes réservé , comme de raison, le rôle de l'aimable tuteur.
LE CAPITAINE, co 1)11116 SB décidant.
Eh bien! oui, A^ictorine... J'ai été l'ami de son père... En mourant, il m'a confié le soin de son bonheur. C'est elle que j'aime.
Vous ne lui avez pas déclaré votre amour ?
LE CAPITAINE
Eh! mon Dieu! non.
3o4 LE CAPITAINE BELRONDE.
Elle a beaucoup d'amitié pour moi. Voulez-vous que je clicrche à pénétrer ses dispositions ?
LE CAPITAINE
J'allais vous en prier. Mais un moment; ce n'est pas sans raison que j'ai tait orner ce pavillon avec tant de recherche. Yictorine est réservée , froide même. J'aurais voulu épier l'impression que le premier aspect fera sur elle.
D U TILLEUL-
C'était très-bien vu.
LE CAPITAINE
Mais je pense à présent qu'il vaut mieux que ce soit madame de Montclair.... madame Dutilleul veux -je dire....
Appelez-moi toujours madame de Montclair, jusqu'à ce que je puisse avouer mon mariage.
LE CAPITAINE
Il vaut mieux, dis-je, que ce soit madame qui parle... ici,... la première à ma pupille... parce que... je ne sais pourquoi... ou plutôt... je sais bien pourquoi... Me voilà timide.
Vous, l'ancien capitaine de la Belle-Française l
LE CAPITAINE
oh! il ne s'agit pas ici d'attaquer un navire.
DUTILLEUL
Eh bien! Capitaine, laissez faire ma femme; elle a de l'esprit, elle est bonne amie, fort compatissante pour les souffrances du cœur.
Oui , je sais ce que c'est.