‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 323 sur 433 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

DERVIÈRE.

Oh ! sans doute, un très-bon usage... pour lui-même et pour ses créatures,

SAINT-PH AR

Qu'est - ce ? Vous ne semblez pas émerveillé de son mérite,

DERVIÈRE.

Pardonnez-moi. Du mérite?... il en a beaucoup.

SAIJVT-PHA.R.

Douteriez-vous de sa probité ?

DERVIÈRE.

Pas du tout. Sa probité?... C'est un honnête homme; mais

Quoi ? mais.

DERVIÈRE.

Tenez , mon cher Saint-Phar , nous nous connaissons depuis long-temps, et je puis me confier à vous. Ah! mon ami, quelle misère que cette vie ! Quand je pense que moi qui ai des droits, voilà dix ans que je sollicite sans pouvoir rien obtenir. Parce que , dans un moment d'humeur , j'ai donné ma démission , on me rebute. Certes , il y a des hommes fort dignes de la place qu'ils occupent, vous, par exemple, sans flatterie; mais tout le monde ne vous ressemble pas.

SAINT-PHAR

Est-ce que vous croiriez que Vanglas?

DERVIÈRE.

Vanglas (^Regardant si personne ne l'écoute.) Il

n'y a personne. Avez -vous un cadeau à offrir à son secrétaire? quelques-uns disent à lui, mais je ne le csrois pas. Etes-vous protégé par un duc ou un prince Tome ni. 9, y

4i8 LES ANCIENS AMIS. ■

dont il ait besoin ? Avez-vous une jolie femme qui s'intéresse à vous ? Oh ! alors vous êtes sûr du succès. Mais n'avez -vous que vos talents, la justice et votre bon droit? oh! ma foi, votre affaire est bien aventurée. Esclave empressé du ministre, allant même au-delà de ses ordres pour mieux faire sa cour, fier et sans pitié avec tous les autres , toujours impertinent, même quand il veut faire le bon homme , il sacrifierait à lui-même , j à lui seul , ses amis , sa famille , sa femme qu'il ne rend pas très-heureuse , m'a-t-on dit , quoiqu'il fasse le sensible devant le monde.

SAIWT-PHAR.

Mais cependant ce souper d'aujourd'hui où il ne veut être entouré que de vrais amis....

DERVIÈRE.

C'est un caprice qui lui prend pour la première fois, depuis qu'il est en place. Puisqu'il était si curieux de nous réunir, n'était -il pas plus convenable de nous inviter chez lui que de nous faire venir chez un autre? Montgravier vous en aura parlé tout autrement; Montgravier est tout fier de le recevoir, et puis , Vanglas s'en est servi pour des affaires d'agiotage ; c'est une rage depuis ce système de Law. Vous me demanderez pourquoi, pensant de la sorte, je viens souper ici. Ma foi, I mon cher, ce Vanglas dispose de son ministre, le ministre dispose du régent, je crains de lui rompre en visière. Cela me coûte à moi, l'ennemi déclaré de la liri^ue et de la flatterie, et toujours libre et indépen- ^ dant dans mes discours.

SAIIS T-PHAR.

Vous m'étonnez; quoi? Vanglas....

DERVIÈRE.

()h\ j'ai peut-être été un peu trop loin : il y a san.-^

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