ACTE III, SCENE V
un petit appartement dans un entre-sol , moi seul en ai la clef; je la porte sur moi. On y entre par une porte de bibliothèque qui se trouve là dans cette galerie.
(// montre une des deux portes latérales. )
VILLENEUVE
C'est vous, Yanglas, qu'il faut nommer un homme généreux !
MONTGR AVIER.
Homme vraiment admirable ! Mais vous autres srens
en place, riches et puissants, vous avez bien plus de facilités que nous autres bourgeois , pour être courageux sans vous exposer.
VANGLAS.
Mais quelle imprudence d'être venu à Paris!
3IOi\ TGR AVIER.
Oh! il a toujours eu la plus mauvaise tête!
VANGLAS.
Est-ce pour se livrer , pour se faire reconnaître ? Mais quoi! il n'est pas question de revenir sur ce qui est fait. Lui, Saint-Phar, avoir correspondu avec le prince de Cellamare! Ainsi, on lui prête des crimes imaginaires. Est-ce dans l'espoir de les prouver? ce serait impossible; non, c'est pour aggraver une faute... réelle 3ans doute, mais excusable, mais nécessaire même dans sa position! Certes, un militaire ne doit pas quitter son poste; mais fallait-il qu'il attendît paisiblement l'ordre qui l'envoie à la P)astille?
VILLENEUVE
Laissons les déclamations; elles ne mènent à rien. Il faut agir. D'abord, pour ce soir, je pens^ qu'il n'y a pas d'inconvénient à ce que notre ami reste chez Montgravier.
Vous croyez?
VILLENEUVE
Nous sommes avertis. Montgravier, le vieux Francœur et moi , nous pouvons faire le guet autour de la maison, et au moindre danger, emmener Saint -Phar par la porte dérobée.
MONTGRAVIER, 611 SOUpiraUt.
A la bonne heure.
VILLENEUVE
Demain nous verrons ce que nous avons à faire. Qui sait si Dubois ne reviendra pas à de meilleurs sentiments?
VANGLAS.
Lui! ne l'espéi'ez pas.
VILLENEUVE
Je conçois qu'avec sa fougue, et ne se connaissant plus quand il est en colère, il serait imprudent de lui parler ce soir de nouveau; mais demain.... Vous lui avez rendu, vous lui rendez encore d'assez importants services ; vous devez avoir quelque pouvoir sur lui.
VANGLAS.
Oui, certes, cela devrait être. Ingrat ministre! ne suffisait -il pas que je lui déclarasse que Saint - Phar était mon ami? ne me devait -il pas le sacrifice de sa haine? Me voilà bien payé de mon dévouement, de mon asservissement, de mes aveugles complaisances.
VILLENEUVE
Pour ce soir, cherchez si vous n'avez pas quelque
ami qu'on puisse opposer Montgravier lui-même
n'en a-l-il pas?