ACTE II, SCENE I\. i5d
MADAME LE BLANC, CL Angélique.
Asseyez-vous , madame.
ANGÉLIQUE
Je n'ai pas faim.
MERCOUR.
Ni moi.
DU PRÉ, en s' asseyant.
Non? eh bien! je mangerai pour trois.
MADAME LE BLANC
jNIais , mylord , votre courrier nous a dit que vous n'aviez rien pris d'aujourd'hui.
DUPRÉ, en mangeant.
Si fait vraiment , mylord a pris tout ce qu'il voulait prendre ; et quant à moi , je prené comme vous voyez. La vérité, c'est que mylord ne voulé jamais de nourriture , quand il voyagé ; et qu'il n'a commandé le souper que par attention pour moi , qui suis son intendant , son premier secrétaire, son.... Tel que vous le voyez, c'est un duc et pair d'Angleterre.
MONSIEUR LE BLANC, en otant son chapeau.
Oh! oh!
ANGÉLIQUE
Ah, Mercour! à quelle démarche m'avez-vous contrainte ! que je me repens d'avoir consenti ! ...
MERCOUR.
Il le fallait. Vous connaissez la faiblesse de votre père, l'entêtement de votre tante. M. de Florvei est peut-être arrivé. Vous alliez être sacrifiée.
ANGÉLIQUE
Où me conduisez-vous?
MERCOUR.
Chez ma mère : elle vous tend les bras. Nous apaiserons votre père ; je me réconcilierai avec votre fa-
mille ; et toute ma vie sera consacrée à vous rendre heureuse,
MADAME LE BLANC
Si mylord voulait seulement se rafraîchir ? nous avons ici d'excellent Bourgogne.
DU PRÉ, buvant.
Excellent en vérité!.. Mais, mylord et mylady feront conversation aussi bien dans la chaise de poste que dans l'auberge. Moi j'ai soupe; ainsi partons.
MERCOUR.
A.ttendez , il faut payer.
MONSIEUR LE BLANC
Tout est payé , mylord.
MERCOUR.
Comment payé?
Eh certainement! le courrier... je gage! oh, il a trèsbonne mémoire; il n'oublie jamais rien. [A Mercour') Souvenez-vous , mylord , que vous l'avez chargé de payer par-tout d'avance, afin d'aller plus vite. {A M. Le Blanc) Il est attaqué du spleen , et son mal est si violent qu'il lui ote la mémoire.
MERCOUR.
Mais encore il faudrait....
DUPRÉ
Partir, mylord, partir.
MERCOUR.
Mais les chevaux qui nous ont amenés ici...
MONSIEUR LE BLANC
Point d'inquiétude, mylord; votre courrier nous les a recommandés ; et ils seront parfaitement traités.
DUPRÉ
Ménagez bien nos chevaux ; ayez bien soin. Ne faites point courir le poste , entendez-vous.