SCÈNE IX
MARGUERITE, ROSE
MARGUERITE
Avec tout son esprit, le barbier n'est qu'un sot. Quant à moi sur cela je ne dis qu'un seul mot. Prosper, quelque pressé qu'il soit dans son voyage, Pourra ne pas quitter demain notre village. Oh! moi, je n'ai sur lui qu'un soupçon, grâce au ciel, Mais beaucoup mieux fondé, beaucoup plus naturel Que tous ceux du barbier.
# Quel est- il?
MARGUERITE
C'est qu'il t'aime.
28o LE* CONJECTURES.
ROSE
Bon !
MARGUERITE
Et que tu n'es pas loin de l'aimer toi-même.
RO SE
L'aimer, ma tante! moi! Quand on le soupçonnait, Nous avons pris à lui, tous, le même intérêt.
MARGUERITE
Dans le fond de ton cœur mieux que toi je sais lire ; Conviens qu'en ses discours un charme heureux respire. De l'amant dont tantôt tu faisais le portrait Te crois que chez Prosper tu trouves plus d'un trait,
ROSE
Eh bien! oui, je l'avoue; et si son caractère
Je rougis de l'aveu que je m'en vais vous faire.
MARGUERITE
A ta meilleure amie ose tout découvrir.
ROSE
Ma tante, gardez -vous sur -tout de me trahir. Oui, d'une émotion qui m'était inconnue Je me sentis frappée à sa première vue. Prosper est honnête homme , ou du moins je le croi ; J'en suis certaine même : il est digne de moi. Mais a-t-il pu rester insensible? A cet âge! Au milieu de Paris! Que dis -je? ce voyage, Quelque tendre penchant n'en est -il pas L'objet? Oui, l'amour seul le guide, et voilà son secret. ^
MARGUERITE
Eh! non, il n'est pour rien, dit -il, en cette affaire.
ROSE
pourquoi donc, en ce cas, noi^en faire un mystère?
MARGUERITE
Va , livre - toi sans crainte à ce n^ssant amour ,