RIGOLOT, MARGUERITE
MARGUERITE
J-JE portrait de Prosper , vous dis-je , j'en suis sûre : Je l'ai bien reconnu. Qu'en pouvons-nous conclure? Pour moi, de ce rapport, voisin, je perds l'esprit. Et je n'ai pas fermé l'œil de toute la nuit.
Quant à moi , je n'y vois qu'une chose fort claire ; Prosper est le mari de la jeune étrangère; C'est évident.
MARGUERITE
Comment ?
RIGOLOT
Ce sont les deux époux, J'en réponds. La petite est fort bien, dites-vous? Un amour mutuel a fait leur mariage.
Elle est triste, elle pleure? ils font mauvais ménage. Trop souvent de l'amour l'hymen éteint les feux. L'époux a précédé sa femme dans ces lieux : Pour un nouvel objet monsieur quitte madame, Ou bien c'est un galant qui lui souffle sa femme. Ne les connaissant pas je ne puis prononcer :
Mais ils sont tous les deux faits pour intéresser» C'est sans doute le ciel ici qui les envoie ; A les concilier, il faut que je m'emploie»
MARGUERITE
Oui , c'est un vrai service à leur rendre.
RIGOLOT
Mon Dieu !
Ce raccommodement nous coûtera bien peu. Entre époux, vous savez, souvent on se querelle...*
MARGUERITE
Oui , je sais , pour un rien , pour une bagatelle ; Je l'ai trop bien appris avec feu mon mari. Je sens ce qu'il valait depuis qu'il est parti; Et tant qu'il a vécu, l'on eût dit que la baine....
Mais dans ces lieux au moins évitons une scène ; De leurs premiers transports redoutons les effets, Et de se rencontrer sur-tout empêclions-les. Car cela ne ferait que hâter leur divorce : C'est à se désirer qu'il faut que je les force.
MARGUERITE
Oui , mais sans nuls délais, moi j-je vais tout conter A. Michel , à sa fille.
RIGOLOT
Et pourquoi vous hâter?
MARGUERITE
Pauvre Rose ! il s'en faut si peu qu'elle ne l'aime;
RIGOLOT
Qu'elle ne l'aime! qui? ce jeune homme?
MARGUERITE
Lui-même*
RIGOLOT
Je m'en doutais. Eh ! mais , en soupant , ce Prosper