ACTE III, SCENE III
ROSE
Eh ! mais , à vous entendre , on me croirait coupable De quelque sentiment qui serait condamnable.
MICHEL
Or çà! nous direz -vous
RIGOLOT
Vous le voulez?
MICHEL
Parbleu !
RIGOLOT
J'y consens.
• ROSE
Voyons donc.
RIGOLOT, h Rose.
Éloignez -vous un peu.
ROSE
Moi , que cela regarde ?
Eh mon Dieu! laissez faire :
J'ai deux mots en secret à dire à votre père.
MARGUERITE
Tiens, les hommes, vois-tu, le meilleur n'en vaut rien. {^Elles se retirent toutes deux au fond du théâtre. ) RIGOLOT, mystérieusement.
Cet étranger , par vous hier reçu si bien , Il aime votre fille , et votre fille l'aime.
MICHEL
Plaît -il?
RIGOLOT
Suffit : pour moi ce n'est plus un problème^
MICHEL
Et quand cela serait , voyons.
RIGOLOT
' Oh! pour le coup
Votre sang -froid est fait pour me pousser à bout. Mais vous lui donnerez peut-être votre fille, Sans connaître son bien, ses mœurs, ni sa famille.
MICHEL
Il n'est pas temps d'aller aux informations, Il ne m'a pas fait part de ses intentions.
RICxOLOT.
Et sans aller plus loin, moi, je vous certifie Qu'il ne vous convient pas.
MICHEL
Fort bien. Votre folie Va briller de nouveau.
RIGOLOT
Du tout. Ecoutez - moi :
Ce jeune homme est un peintre, il l'a dit, je le croi. Dans le canton d'ailleurs qu'il reste ou bien qu'il passe, C'est ce dont aujourd'hui fort peu je m'embarrasse. Mais il est marié, marié, dis -je; à qui? A la jeune personne arrivée après lui.
MICHEL
Mon voisin , j'ai mon champ à labourer. J'ai honte D'avoir tardé ; pourquoi ? pour écouter un conte ! Sans adieu.
RIGOLOT
Permettez.
MICHEL
Eh! laissez donc : ma sœur, Vous direz , je vous prie , à notre voyageur ,
(^J Rose.) Que je l'attends là -bas. Embrasse-moi, ma chère; J>,aisse jaser le monde , et ne crois que ton père.
(// sort.)