‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 302 sur 391 · ACTE III, SCENE II. 38i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II. 38i

Le fripon dès hier a su prendre l'avance. Que faire ? où me cacher ?

GABRIEL, à part.

Je suis tout attendri.

( A Derville. ) Mon cher monsieur, pourquoi perdre courage ainsi ?

( A part. ( (^ Haut. )

Il faut le consoler. Allons, du cœur. Que Diable, Vous n'êtes pas encor tout-à-fait misérable î Ne vous reste-t-il pas quelque ressource ?

DERVILLE

Rien.

GABRIEL

Rien! c'est peu. Mais enfin, il est plus d'un moyen Qui peut vous procurer une honnête existence: A votre père seul vous deviez votre aisance. Si par vous son commerce était continué ?

Eh! mon père au travail était habitué.

Il avait mérité, par son intelligence,

De vingt correspondants toute la confiance;

Et ces correspondants ne me connaîtront pas,

GABRIEL

Je le crains comme vous; il est d'autres états; Il en est que l'on peut entreprendre à tout âge.

DERVILLE

Eh non! il faut pour tous un long apprentissage. Le travail fut toujours si terrible pour moi

GABRIEL

Si dans quelque bureau vous cherchiez un emploi ^

DERVILLE

Je ne suis même pas bon pour être copiste.

382 LES A vIIS DE COLLÈGE.

GABRIEL

Dame ! ne rien savoir , quand on n'a rien , c'est triste.

DERVILLE

Je ne le sens que trop. Pour unique talent, Je possède, mon cher, quelques arts d'agrément. Encor les sais-je assez pour en faire ressource? De mes biens rien ne peut tarir jamais la source, Disais-je, et mes plaisirs seulement m'occupaient, Et dans l'oisiveté mes dépenses doublaient. J'ai voulu par le jou retrouver ma richesse , Le traître de Dorval vient combler ma détresse, Et je me trouve en proie aux horreurs du besoin.

GABRIEL

Que vous dirai-je, hélas! ce matin j'étais loin De prévoir ce retour. Je vois , monsieur Derville , Que je ne puis long-temps encor vous être utile, Mais je veux vous servir au moins jusqu'à la fin; Vos créanciers sont tous chez monsieur Robertin, Eh bien î chez lui je cours , et j'apprendrai peut-être Quelque chose d'heureux pour vous , mon pauvre maître. On court , m'avez-vous dit , après votre fripon , Peut-être aura-t-on pu l'atteindre; que sait-on? Je reviens vous tirer de votre incertitude.

( A part. ) Le service chez lui sans doute était bien rude; Mais pour les malheureux on se prend d'amitié, Et le pauvre garçon vraiment me fait pitié.

{ Il sort.

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