‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 315 sur 391 · ACTE I, SCENE I. 4o · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I. 4o

Mais aimer un objet qu'on ne peut obtenir! Laure réunit tout, fortune, rang, jeunesse; Ton gracie et mon emploi , voilà notre richesse,

CHARLES

Mais n'est-ce pas un peu votre faute ? Pardon ! Des plus rares talents le ciel vous a fait don ; Pour ce que vous valez , si vous vouliez paraître , A Laure j'aurais droit de prétendre peut-être, Et vous seriez ministre au lieu d'être commis : Je parle librement , vous me l'avez permis.

FIRMIjY.

Vraiment , qui t'entendrait me croirait un génie : Va, va, bien mieux que toi, mon fils, je m'apprécie. Je n'ai quelque talent qu'à force de travaux , Et je sais ce qu'il faut savoir dans nos bureaux ; Mais combien ma science à mes yeux est petite, Quand par hasard je songe aux hommes de mérite Qui remportent sur moi de tant d'autres côtés , Et sont de la fortune encor plus maltraités! Ainsi, pas tant d'orgueil.

CHARLES

Pas tant de modestie.

Quoi! ne valez-vous pas mille fois, je vous prie, Dorival , votre chef, cet homme suffisant. Qui, de l'ancien ministre assidu complaisant , Faisait tout, brouillait tout, disposait seul des places^ Accumulait sur lui les pensions, les grâces, ^ Et qui déjà, dit-on, est, je ne sais cornment, Du ministre nouveau l'intime confident ?

FIRMIIV.

Eh! contre Dorival, pourquoi cette sortie?

Sa place , comme il faut , n'est-elle pas remplie ^

4o6 MEDIOCRE ET RAMPAINT.

CHARLES

Oui , car fort à propos vous lui portez secours : Vous ne pouvez nier que, presque tous les jours, Vous faites les trois quarts au moins de son ouvrage.

FIRMIN

Mais réciproquement ainsi l'on se soulage; Si je fais son ouvrage , il fait souvent le mien,

CHARLES

Justement; ainsi donc, pour que tout allât bien, Vous devriez avoir sa place, et lui la votre.

FIRMIN

Dabord je ne voudrais rien aux dépens d'un autre. Puis j'ai mis mon bonheur dans mon obscurité.

CHARLES

Vous devez vos talents à la société.

FIRMIN

Dans mon petit emploi je m'acquitte envers elle.

CHARLES

Non ; si vous méritez une place plus belle. Vous devez faire tout afin d'y parvenir. Tant que vous avez eu l'orgueil de vous tenir , Sous votre ancien ministre , à cette place obscure , J'ai reconnu cette ame aussi noble que pure Qui ne sait pas plier au gré d'un protecteur. Mais Ariste, dit-on, est un homme d'honneur. Eh quoi ! voulez-vous donc , par trop de modestie , Laisser régner encor l'intrigue et l'ineptie ? Ariste veut le bien ; de flatteurs obsédé , Par les honnêtes gens il faut, qu'il soit aidé.

FIRMIN

Ainsi la passion à tes yeux exagère

Les torts de Dorival , les vertus de ton père •

Tu crois que Dorival a trop d'ambition

Page 1