SCÈNE VI
CHAMPAGNE, madame DE MIRVILLE.
madame de MIRVILLE.
Ah! c'est toi, Champagne? Sais -tu où est mon oncle?
CHAMPAGNE
Sur la route de Strasbourg.
Explique-toi.
CHAMPAGNE
Bien volontiers. Vous ne savez peut-être pas , madame , que M. de Lormeuil et mon maître ont eu ensemble une fort vive querelle ?
MADAME DE MIRVILLE
Au contraire, je sais de bonne part qu'ils se sont séparés les meilleurs amis du monde.
CHAMPAGNE
Mais je ne le savaTs pas , moi ; mon dévouement pour mon maître m'a fait tout entreprendre , et j'ai tant fait, que bientôt je me suis vu à la tête de deux gardes , dont l'un était chargé de suivre tous les pas de M. de Lormeuil, et l'autre , de reconduire mon maître jusqu'à Strasbourg. Ne voilà-t-il pas que le maudit garde s'obstine à prendre l'oncle pour le neveu , l'entraîne presque malgré lui dans la chaise de poste, et puis , fouette cocher , à Strasbourg.
MADAME DE MIRVILLE
Comment, Champagne, vous faites aller mon oncle à la place de mon frère? mais vous n'y pensez pas.
CHAMPAGNE
Si fait , madame , j'y pense très-bien. L'Alsace est un fort beau pays; je crois que M. Dorsigny n'armas encore voyagé de ce côté-là ; c'est un petit agrément que je lui procure.
MADAME DE MIRVILLE
Il plaisante encore. Et M. de Lormeuil, que fait-il?
CHAMPAGNE
Il s'amuse à promener son garde.
Pauvre jeune homme ! je ne m'étonne plus de l'intérêt qu'il m'inspire.