L'ABBESSE, BELFORT
l'abbesse.
Mais en vérité, ma sœur, plus je vous examine , et plus je me persuade que madame votre abbesse a voulu me ménager une surprise agréable.
BELFORT
Comment donc cela , madame ?
l'abbesse.
C'est que vous ne ressemblez pas du tout au portrait qu'elle m'a fait de vous dans sa lettre.
BELFORT
Est- il possible?
Vous pouvez en juger vous-même : j'ai sa letfre sur moi, écoutez. {^Elle lit.) « L'homme propose et Dieu « dispose , ma chère sœur : une de nos novices , sœur « Séraphine , vient d'essuyer une longue et terrible ma- « ladie , à la suite de laquelle il lui est resté une toux « sèche et fréquente, (/c/ Belfort tousse?) On dit l'air « de votre pays extrêmement bon pour les convales- « centes , je prendrai donc la liberté de vous l'envover « pour trois ou quatre mois ; c'est une fille sage , mo- « deste ; elle n'est ni de la première jeunesse ni de la « première beauté.... » Je vous demande ma sœur, si cela peut vous convenir.
Ah, madame....
l'abbesse.
Je vous trouve fort bien, pour une malade sur-tout. Tome I. 8
ii4 LES VISITAjXDINES.
BELFORT
Vous avez bien de la bonté , madame.
l'abbesse, continuant de lire.
« Mais elle possède , au plus haut degré de perfection , (c tous ces petits talents innocents qui nous aident à (c passer le temps et à nous préserver de la tentation. «Personne ne sait mieux, par exemple, chanter des « noëls et des cantiques , découper des agniis , faire des « confitures et des bonbonnières , apprendre à parler « aux perroquets. »
BELFORT
Ah! madame, je suis bien loin d'être aussi savante que vous pourriez le présumer.
l'abbesse.
Ah ! de la modestie , ma sœur : allons , ne vous faites pas prier; il faudra nous chanter, à déjeuner, un de ces c^tiques que vous chantez si bien.
BELFORT
Ahî madame , oubliez -vous que ma poitrine...? (// tousse?) Cette malheureuse maladie m'a fait perdre toute ma voix.