‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 128 sur 389 · ACTE II, SCENE XIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE XIII

VERNON

Vas - tu encore m'excéder de tes sots discours ? Tu mas déjà fait manquer toutes mes affaires ce matin.

Croyez - vous donc que l'affaire qui m'occupe soit moins importante pour vous que pour moi ?

VERNON

Courage; on t'adore, n'est-ce pas?

MADEMOISELLE VERNON

On m'adore.... pourquoi pas?.... Mais puisque vous êtes si soigneux de vos affaires , n'allez-vous pas vous en occuper dans votre cabinet ?

VERNON

Comment , dans mon cabinet! Toi qui es si bavarde^ qui aimes tant à jaser avec moi, tu me renvoies. Que veut dire ceci?

MADEMOISELLE VERNON

Rien , rien , mon frère ; mais tout s'éclaircira bientôt, et l'on verra si je suis une folle.

VERNON

Tu médites encore quelque espièglerie ; tu vas me donner de nouveaux ridicules.

MADEMOISELLE VERNON

Quels propos ! Non , non , mon frère , ne craignez rien , personne ne blâmera mon choix , et cet aimable jeune homme.... Mais non , je n'y pense pas ; je ne dois pas y penser.

VERNON

Eh bien ! ne vas - tu pas faire la pupille avec moi , vouloir me dérober tes actions comme à un tuteur , à un père?

Eh! mais, en vérité, mon frère, vous m'interrogez Tome III. 1 2

avec une chaleur; croyez que je suis innocente. Une jeune personne peut-elle empêcher un jeune étourdi de s'adresser à elle , de lui écrire ?

VERNON

Comment ! il aurait eu le courage de t'écrire ! c'est un brave homme.

MADEMOISELLE VERNON

Je ne lui ai répondu que pour lui faire sentir toute l'inconséquence de sa démarche et du rendez-vous qu'il demandait.

VERNON

Et il te demandait un rendez-vous?

MADEMOISELLE VERNON

Que j'ai refusé, mon frère; je vous prie de le croire; je connais trop mes devoirs pour me manquer jusqu'à ce point.

VERNON

Oh ! tu es d'une vertu !

MADEMOISELLE VERNON

Mais , mon frère , vous avez l'habitude de vous renfermer tous les jours après votre dîner dans votre cabinet.

VERNON

Dans mon cabinet. ÇA part.) Elle veut m'éloigner. Allons , le rendez-vous est donné , rien n'est plus clair.

N'ayez aucun soupçon sur le compte de votre sœur. J'ai perfectionné mon éducation par la lecture, et je suis incapable de compromettre ma famille.

VERNON

Oh ! je le sais. {A part.) S'il était vrai , si je pouvais enfin la marier. Ce jeune homme est fort riche, dit on; quand il n'aurait rien, d'ailleurs.

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