‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 17 sur 389 · ACTE I, SCENE XL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE XL

vêler un grand secret que la force de mon art m'a fait découvrir.

MADAME BAZIN

Un secret!

MADAME DUPARC

Qui nous concerne !

MADAME JACOB

C'est le même homme qui vous fait la cour à toutes deux.

Le même homme !

MADAME BAZIN

Pas possible.

MADAME JACOB

Trente ans , cheveux bruns , bonne mine, ton décidé, tranchant

MADAME DUPARC ET MADAME BAZIN

C'est bien lui.

MADAME JACOB

Fort riche , renommé par ses bonnes fortunes, hardi, téméraire.

MADAME DUPARC ET MADAME BAZIN

C'est le mien.

MADAME JACOB

En un mot, monsieur Lecoq, brasseur, rue Mouffetard.

MADAME DUPARC ET MADAME BAZIN

C'est le mien.

MADAME DUPARC. Sr

C'est le votre?

MADAME BAZIN

C'est le votre?

Comment ! ce petit monsieur ne se contente pas de (aire la cour à une jolie femme comme vous , ma voisine?

MADAME BAZIN

fl lui en faut deux, ma voisine.

MADAME DUPARC

A.h ! le petit traître !

MADAME BAZIN

Mais quelle est donc votre science , madame Jacob !

MADAME JACOB

J'ai des talents bien surnaturels , n'est-il pas vrai ? Ici cependant je dois vous l'avouer , rien de plus simple que ma science : vous ne devinez pas quel est l'homme qui voulait me parler ?

MADAME BAZIN

Lecoq , peut-être ?

MADAME JACOB

Précisément. Ecoutez-moi , mes chères dames. Tourmentées par vos maris : poursuivies par un fat , vous m'intéressez beaucoup , je suis moi-même victime des faux soupçons , de l'injustice , de l'abandon. C'est un mari , un ingrat que je ne puis m'empêcher de regretter , qui m'a réduite à prendre un état qui m'est bien pénible. Je ne parle pas de mes immenses études, mais les scrupules , les préjugés qu'il m'a fallu vaincre, enfin j'y suis faite ; or , dans les circonstances où vous vous trouvez , que faut-il faire ? Se servir du galant pour corriger vos maris ; se servir de vos maris pour donner une leçon au galant. Il y a de quoi rire , de quoi être utile à vous , à vos maris. Je saisis avec ardeur l'occasion : si mes petits talents peuvent vous être agréables, (o vous 1rs offre de bien bon cœur.

Page 1