SCÈNE XIV
LAMBERT, Madame DUPRÉ.
MADAME DUPRÉ
Ils sont enchantés , ravis , émerveillés de leur appartement; voilà une bonne aubaine qui m'arrive, monsieur Lambert, et ces gens -là feront de la dépense chez moi.
LAMBERT
Mais que dites-vous des trois personnages que l'accident du fiacre renversé a fait entrer chez vous ?
MADAME DUPEE.
Et que voulez -vous que j'en dise?
LAMBERT
Je ne les connais pas; mais avez -vous remarque
leur enthousiasme à la nouvelle de la fortune de notre campagnard? ces gens -là veulent tendre des pièges à vos nouveaux locataires.
MADAME DUPRÉ
Vous croyez? Eli! mais, écoutez-donc ; cela se pourrait bien.
LAMBERT
C'est ce que nous ne devons pas souffrir, madame , Dupré ; c'est ce que tous les honnêtes gens doivent empêcher.
MADAME DUPRÉ
Allons, ne voilà -t- il pas votre singulier caractère; pourquoi vous mêler de ce qui ne vous regarde pas? vous avez de l'esprit, vous êtes aussi rangé qu'il est permis à un jeune homme de l'être; vous payez exactement votre loyer; vous composez de très -jolis airs; tout le monde s'accorde à dire que vous êtes un excellent musicien , un des premiers maîtres de violon de Paris; il ne tiendrait qu'à vous de faire un chemin rapide : mais on dirait que vous ne le voulez pas. On vous invite à dîner, vous ne savez flatter ni le maître de la maison , ni son cuisinier ; qu'il arrive une dispute dans la rue , vous descendez les escaliers quatre à quatre, pour prendre le parti de celui que vous croyez opprimé : ce n'est pas comme cela qu'on parvient , mon ami. Vous auriez, ma foi, bien affaire dans Paris, si vous vouliez empêcher tous les fripons de berner tous les sots qu'ils rencontrent.
LAMBERT
Que voulez- vous, madame Dupré? Je suis ainsi fait; chacun prend son plaisir où il le trouve.
MADAME DUPRÉ
Encore si vous aviez quelque intérêt à faire le don