‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 73 sur 389 · ACTE IV, SCENE X. io · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE X. io

DUPARC

Précisément. Voilà l'aveu que ma femme vient de me faire. Allons, malgré ma jalousie, il me faudra croire à cette fureur de tendresse qui l'a prise depuis hier.

Madame Jacob ! ciel ! comme tout coïncide , et comme la Providence permet que tout se découvre ! Il m'en coûte de vous affliger, mes voisins, mais il le faut, je le dois. Ce Lecoq, après s'être vanté de ses deux rendez -vous de la nuit dernière, dérangés par les maris , se félicitait d'en avoir de nouveaux ce matin, et pour le coup bien à l'abri de ces jaloux, de ces.... Dieu sait, mes voisins, comme il vous traite! Et chez qui ces nouveaux rendez- vous? chez cette madame Jacob à la Chaussée d'Antin.

BAZIN

Ciel!

DUPARC

Est-il possible?

BAZIN

Allons , mon malheur est avéré , connu même dans le quartier; je n'ai plus de ménagements à garder. Mon cher Duparc , vous qui êtes un juge , et un bon juge, de grâce, indiquez -moi les moyens les plus prompts de parvenir au divorce.

DESGRAVIERS.

Au divorce ! Est-ce vous , grands dieux ! qui tenez un pareil langage?

DUPARC

Au divorce! Fi! mon voisin! dans mes plus forts accès , je n'ai jamais eu cette odieuse pensée.

io6 LES TROIS MARIS.

BAZIN

Mais auparavant je le verrai , ce perturbateur de la paix des ménages; il apprendra qu'un professeur de belles-lettres ne se laisse pas outrager impunément.

DUPARC

Je commençais à me convaincre si bien de la vertu de ma femme!

BAZIN

C'est chez cette maudite sorcière, à la Chaussée d'An tin! Ah! parbleu, j'y serai!

DUPARC

Et moi aussi j'y serai; et nous verrons!

DESGRAVIERS.

Doucement, mes chers voisins, apaisez-vous. Tenez , depuis hier j'ai fait de très-graves réflexions. Ce double rendez-vous me rappelle mon aventure... avec ma troisième femme , celle dont je suis séparé... Je lui surprends un jour une lettre... une lettre terrible.... Confiant avec ma première femme , je n'avais rien vu. Esclave d'un faux point d'honneur avec la seconde, j'avais tout vu , je n'avais rien dit. Jaloux avec la troisième, je ne cherche point d'autres preuves; je quitte Paris, et je ne sais ce qu'elle est devenue. Je ne m'étais jamais avisé de penser que peut-être j'avais eu tort. C'est cette nuit , au milieu de mes réflexions solitaires, que pour la première fois.... Enfin je voudrais savoir au inoins à quoi m'en tenir sur elle , comme sur les deux autres.

BAZIN

Oui , mon ami , vous pouvez avoir eu tort ; mais , moi, certainement je ne l'ai pas, et j'irai chez madame Jacob...

Page 1