SCÈNE V
Madame JACOB, LECOQ.
LECOQ
Ah! c'est vous , belle dame; il y a une heure que je suis dans votre quartier à attendre votre retour. Eh bien! viendront-elles?
MADAME JACOB
Tout ce qui s'est passé hier au soir , ces rencontres avec les maris, vos confidences à chacun d'eux avaient altéré le léger sentiment de préférence qu'elles éprouvaient pour vous ; car ce sont des femmes vertueuses, et ce n'est que votre conversation qu'elles aiment.
LECOQ
Ma conversation! je parle si bien ! c'est tout simple. Viendront-elles ?
MADAME JACOB
Que d'obstacles ! D'abord , les maris qui les obsèdent sans cessse; ensuite chacune a découvert que vous aimiez l'autre ; de là , grande colère, grande jalousie.
LECOQ
La jalousie ! elle amène l'amour; vous le disiez hier.
MADAME JACOB
Vous entendez bien que j'ai dit à celle-ci qu'elle était préférée; à celle-là que vous ne faisiez la cour à l'autre que pour mieux cacher vos véritables sentiments ; enfin j'ai levé tous les scrupules ; dans un quart d'heure elles seront ici.
Dans un quart d'heure! ici! Vous êtes adorable!
MADAME JACOB
1 Mais elles ne viennent , m'ont-elles dit , que pour éclater en reproches contre le perfide , l'ingrat qui a cru pouvoir les tromper : elles sont étonnées de votre présomption , de votre fatuité ; ce sont leurs propres expressions. ^
LECOQ
Oh ! quand les femmes vous aiment , elles ne vous épargnent pas les injures.
MADAME JACOB
Mais voyez ce petit brasseur, disait madame Bazin, parce qu'il a séduit, trompé quelques grisettes, s'adresser à une femme comme moi ! Plus vain que M. Bazin; plus jaloux que M. Duparc, il a tous leurs défauts sans avoir leurs qualités.
LECOQ
Oui , mais ce sont des maris.
MADAME JACOB
S'imaginer que je suis malheureuse avec mon mari ,