‹ ŒuvresChapitre 1 sur 345 · Oeuvres · texte numérisé non relu

Oeuvres

(^ette pièce est plus bouffonne que comique. Il y a des scènes qui tiennent de la farce : mais plût au ciel qu'on prit encore faire des farces comme celles de Molière! J'en atteste Scapin et Pourceaugnac. Ici je ne crois offenser ni le goût, ni la raison. Mes deux jeunes gens et leur jockey , la femme romanesque et son gendre futur offrent , sinon des caractères , au moins des physionomies assez plaisantes; la pièce fait rire de bon cœur à la représentation, et il y a au second acte une scène de comédie , la scène du notaire Jolivet.

Ce fut mon ami Andrieux qui le premier imagina , dans ses Etourdis, de mettre en scène deux jeunes amis, l'un bien intéressant , bien amoureux ; l'autre bien spirituel, bien fertile en expédients pour le compte de son ami. Cela n'est-il pas plus dans nos mœurs qu'un valet ayant de l'esprit pour son maître. Le valet n'en a pas moins un rôle; mais il est à sa place, il n'est que l'instrument de l'intrigue ; c'est un des deux amis qui a tout 1 honneur de la conception. Combien de fois n'a-t-on pas emprunté cette heureuse idée à l'auteur des Etourdis P Pour ma part, j'ai toujours cherché à ne pas faire d'un valet l'intrigant de ma pièce , et j'ai souvent mis en scène deux amis qui rappellent les deux étourdis d'Andrieux.

Combien de fois aussi n'a-t-on pas pris à Molière sa fable de Pourceaugnac ? Depuis ce bon gentilhomme limousin jusqu'aux niais de nos derniers tréteaux , que de pièces fondées sur les tours joués à un ridicule personnage rival d'un jeune homme aimable et préféré. On serait tenté de croire que cette idée est la base fondamentale de toutes nos pièces d'intrigue. C'est la base du Voyage interrompu; c'est celle de plusieurs de mes comédies.

Une anecdote m'a fourni la scène du notaire Jolivet. On homme pressait la cérémonie de son mariage , parce qu'il craignait une opposition. Le commis de l'état civil

était si bavard, si questionneur, aimait tant à s'interrompre pour prendre du tabac , tailler sa plume , ou raconter une histoire , que l'opposition arriva , et le mariage ne se fit pas.

Hors cette scène du notaire , il n'y a ici ni observation , ni peinture de mœurs. Quelques mots , quelques détails font sentir l'époque où la pièce fut écrite. Les ruses de Florimon me paraissent vives et assez ingénieuses. La situation de La Mortillière , promené au bout des ponts et arrivant chez une femme en couche , n'a jamais manqué de faire rire. Le dénoûment n'est pas bon , ou plutôt il n'y a pas de dénoûment. Ne sachant comment finir, je m'avisai de mettre une grande confusion parmi mes personnages. C'était la première fois que j'employais ce moyen. Il me réussit. Depuis , je crains bien d'en avoir abusé.

PERSONNAGES

FLORIMON, jeune musicien.

DORLIS, jeune peintre.

VICTOR, leur jockei.

Madame DERCOUR.

SOPHIE, fille de madame Dercour.

JAVOTTE, servante de madame Dercour LA MORTILLIÈRE, promis à Sophie.

BERNARD, valet de La Mortillière.

JOLI VET, notaire.

Madame DUFOUR, sage-femme.

JULIEN, clerc de Jolivet , enfant.

RICARD, autre notaire.

Des chanteurs des rues.

La scène est à Montargis.

Page 1