‹ ŒuvresChapitre 114 sur 345 · ACTE II, SCENE X. i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE X. i

HUBERT

C'est toi , cousin ! et par quelle aventure ?

LE GREFFIER

Son cousin; en prison avec les autres.

HUBERT

Un instant , s'il vous plaît. On m'a dit que je trouverais ici le greffier que je cherche par-tout pour lui remettre cette valise. J'arrive et il veut me faire mettre en prison. Je suis un bon vivant, moi; mais je ne vaux rien quand je me fâche, je vous en avertis.

LE GREFFIER

Encore une valise!

HUBERT

Eh ! sans doute , que ce matin j'ai enlevée à des brigands dans la forêt; mais explique-moi donc cousin...

le greffier , ouvrant la valise et en tirant des papiers.

Oh ! oh ! mais voici qui me paraît singulier. ( Lisant. ) Répertoire , Pygmalion , Béverley -, Tartufe , l'Amant jaloux , Roméo et Juliette.

HUBERT

Pygmalion , Béverley ! on m'avait dit que cette valise appartenait à un maquignon.

LE GREFFIER

Eh! non ; celle du maquignon était entre les mains de ces honnêtes gens.

HUBERT

Serait-ce elle par aventure qui les faisait aller en prison ! Parbleu ! monsieur le greffier , j'arrive à propos pour vous empêcher de faire une sottise; passez-moi l'expression.

LE GREFFIER

Comment! comment! que voulez-vous dire ?

i44 LES COMÉDIENS AMBULANTS.

HUBERT

Que ces prétendus voleurs sont en effet des comédiens.

BELLEROSE

Que c'est par une méprise que nous vous expliquerons , que la valise du maquignon se trouve en notre possession.

FLORIDOR

Et qu'enfin voici la nôtre.

JAVOTTE

Comment! ce seraient des comédiens!

TOUS LES COMÉDIENS

Eh! sans doute.

BERTRAND

Oh! quel plaisir de voir la comédie à Beaugenci !

GERVAIS

Mais un moment , vous êtes d'une promptitude ! Votre greffier est trop prudent pour ne pas s'informer un peu des moyens d'existence de ce Béverley , de ce Pygmalion , et du nommé Roméo.

le greffier, en éclatant de rire.

Comment !... ce que c'est que l'ignorance.... Noms, des auteurs des pièces de théâtre, mon ami. Une autrefois.... ( Aux comédiens. ) messieurs et mesdames , pardon de la méprise. C'est ce monsieur.... ( // montre Gervais.) La sévérité de mon ministère exige.... Vous sentez bien que je serai charmé.... Quand comptezvous débuter?

n agotin.

Nous comptions ouvrir demain ; mais la révolution que m'a causée cette aventure m'a ôté presque tous mes moyens.

\CTE II, SCENE X. i/p

LE GREFFIER

Pour vous les rendre , laites-moi l'amitié de venir tous souper chez moi.

HUBERT

Vvec bien du plaisir. Je suis de la société. VAUDEVILLE.

LE GREFFIER

Pour mieux réparer cette injure, Je ferai tant que , Dieu merci !

J'amènerai tout Beaugenci , Demain soir, à votre ouverture; Faites chez nous un long séjour, Et je vous demande en retour,' Pour ma femme et sa compagnie , Une loge à la comédie.

ROQUEBRUNE

Harpagon est à l'agonie ;

Qui donc , au chevet de son lit

Se tient toujours , fait tant de bruit ?

Son héritier, je le parie.

Seul , il a voulu le veiller.

C'est lui qui change l'oreiller;

Il pleure , il se lamente , il crie ;

N'est-ce pas une comédie ?

HUBERT

Le voyez- vous ce fier bravache , Sur ses jambes si bien campé , Et si gravement occupé De son sabre et de sa moustache ?

Comme il raconte ses exploits !

Seul , il s'est battu contre trois.

Mais ne craignez pas sa furie ; C'est encore une comédie.

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