ACTE I, SCENE IV. ï
C'est à force de soins. Pour qui ces soins? Pour vous. J'ai toujours espéré vous trouver un époux. Votre père a mangé sa fortune et la mienne, Et vous voyez encor qu'il faut que je soutienne Des parents... J'étais loin , quand je leur écrivis, De penser qu'ils allaient accourir à Paris ; C'était un compliment de pure politesse ; Et de me prendre au mot le cher neveu s'empresse : Mais ne nous plaignons pas de leur séjour ici , Puisque nous leur devons ce jeune Térigni. Il est fort riche ; il fait ce qu'il veut de sa mère : Vous êtes jeune , aimable , et bien faite pour plaire. On m'a dit qu'il avait certain penchant pour vous : Si vous le voulez bien , je le tiens votre époux.
AGLAÉ
Avez-vous oublié la passion fatale
De ce jeune Clermont, la colère brutale
De son père ?
MADAME SAIJYT-ALARD.
Eh ! qu'importe ? Et du père , et du fds Entendons-nous parler? Sont-ils même à Paris? Et , quand ils y seraient, qu'en aurions-nous à craindre? Sous notre nouveau nom pourraient-ils nous atteindre ? Tous deux nous connaissaient sous le nom de Dupré ; Hors nos parents, de tous ce nom est ignoré.
AGLAÉ
Tranquille , grâce au ciel , avec ma conscience , De tous leurs vains propos je brave l'insolence; Mais à l'amour je crains toujours de me livrer.
MADAME SAWT-ALARD.
A Clermont, Térigni peut-il se comparer?
AGLAÉ
Dans le peu de séjour que j'ai fait chez ma tante.
Je ne m'en cache pas, mon ame franche, aimante
Sut trop apprécier peut-être Térigni ;
Et c'est vraiment, je crois, un excellent parti;
{Prenant tout a coup un autre ton.) Mais je tremble... Comment trouvez-vous ma cousine ? On nous avait vanté ses grâces et sa mine : Elle est fort jeune, soit; mais est-elle si bien? Un air gauche , des yeux qui ne vous disent rien.
MADAME SAINT-ALARD
Toujours des traits malins, comme à ton ordinaire; Mais, sans plus de délais, va la trouver, ma chère : Ne la rends pas si belle en la parant au moins; Pour toi , ma chère enfant , réserve tous tes soins.
AGLAÉ
Son ton provincial sera bien difficile
A. corriger. Je sors. Voici ce Dablanville.
madame saint- ALARD,f/W air très-dédaigneux . Ah! ah! ( Jglaé sort.)