ACTE IV, SCENE V
homme tant que je lai cru fondé en droit, autant vous m'allez voir ardent à vous défendre , à vous protéger. J'ai trop à cœur de rétablir aux yeux des habitants de Joigny une réputation dont, grâce au ciel, les gens de Rochefort n'ont jamais douté.
LASAUSSAYE.
Je veux bien le croire, mais enfin....
PAVARET.
J'ai de la finesse, une grande habitude des affaires; mais que peut tout l'esprit du monde contre des fripons qui vous trompent?
Au fait, ce militaire, ce jeune homme....
PAVARET.
C'est une aventure fort extraordinaire, il m'a tout avoué. Il vient effectivement d'Amérique. Sur le vaisseau dans lequel il s'était embarqué se trouvait en même temps une jeune personne charmante ; dans la traversée , elle raconte aux passagers son aventure ; elle est la fille naturelle de Jérôme Dorval ; elle a vingtdeux ans , elle se nomme Thérésina Dorval ; enfin toute l'histoire que vous savez, car cette jeune personne est véritablement votre cousine.
LASAUSSAYE.
Ma cousine ! Après.
PAVARET.
Eh bien? monsieur, ce jeune homme débarque à Rochefort ; il sait que , bien loin que vous soyez instruit du sexe du véritable héritier, vous ignorez même que cet enfant existe ; une maladie , en apparence assez grave , retient la jeune personne à Rochefort ; il vient me trouver, moi, homme à talent, sans vanité; il me présente sa cause sous l'aspect le plus honora-
43o LE COLLATÉRAL.
ble ; il s'agit de faire reconnaître un véritable héritier : il me montre des papiers , des lettres originales (apparemment il avait eu l'art de les soustraire à l'héritière pendant le passage.) Il faut partir sur-le-champ pour Joigny, me dit-il; il sentait que d'un moment à l'autre la ruse pouvait être découverte. Quel était son espoir ? Peut-être de s'amuser , de rire à vos dépens : les jeunes gens sont si extravagants ! peut-être de vous tirer quelque argent : les hommes sont si entreprenants quand il s'agit de leurs intérêts ! Honnête et simple comme je le suis , je m'enflamme d'un beau zèle ; la gloire a tant d'appas pour moi! Je pars, nous arrivons à Joigny. Vous avez été témoin de la scène désagréable à laquelle il m'a exposé devant vous chez le docteur Montrichard. Outré d'indignation, je le presse, je l'attaque avec cet accent du cœur qui n'appartient qu'à nous autres orateurs ; fl s'attendrit , il se jette dans mes bras , il me fait les aveux que je viens de vous révéler; nous arrivons à la porte de cette auberge. Au moment où nous entrons , une berline à six chevaux s'arrête ; une jeune dame élégante et svelte saute légèrement à terre ; mon jeune homme la regarde , pousse un cri , s'enfuit. Je m'élance à sa poursuite , je l'atteins , je l'interroge ; que m'apprend-il ? que cette jeune dame est la personne avec laquelle il a repassé en France, dont il a tiré ces renseignements, de l'absence de laquelle il voulait profiter ; en un mot la fille naturelle et unique de Jérôme Dorval , votre oncle , et par conséquent son unique héritière.
LASUISSAYt.
Ah ! mon Dieu !
PAVARET.
Étonné , confondu , je ne peux cependant m'empê-