ACTE I, SCENE IL
DORLIS.
Ah ! j'en ferais mon bonheur.
FLORHIOIf.
Ne te l'avais-je pas dit? Il nous faudra, Victor, terminer seuls notre entreprise ; mais ce pauvre Dorlis me fait pitié.
VICTOR
Vraiment il m'intéresse.
FLORIMON.
On se doit à ses amis.
VICTOR
Vous avez raison, il faut les aider jusque dans leurs folies.
FLORIMON.
Ne quittons pas Montargis que nous ne l'ayons marié à sa belle Sophie.
VICTOR
C'est entendu; elle est à lui.
Ah! mes amis, si vous faites cela, une reconnaissance éternelle
FLORIMON.
Voyons. Quels moyens employer ? Veux-tu que je me déguise en père , et que j'aille demander pour toi la main de la fille à la mère ?
VICTOR
Voulez-vous que je m'introduise dans la maison? la suivante eût-elle cinquante ans , je me sens le courage de lui faire la cour pour vous servir.
DORLIS.
Indiquez-moi des moyens qui puissent s'accorder avec ma délicatesse, ma timidité.
io LE VOYAGE INTERROMPU.
FLORIMON.
Comment dis-tu ? Timidité , délicatesse ? c'est fort estimable sans doute ; mais cela ne mène à rien.
DORLIS.
S'il se présentait une occasion de rendre service à la mère.
FLORIMON.
Oui dà ! rendre service à la mère , cela serait charmant. Il me vient une idée.
DORLIS.
Quelle est-elle ?
Ce que c'est? oh! rien... non, cela ne se peut pas-
( Dorlis retourne examiner les fenêtres et la maison de madame Dercour ; pendant ce temps-là Florimon dit tout bas a Victor. ) Si je la lui confie , il n'y consentira jamais.
VICTOR
Ne lui en parlez pas. Je vois bien que nous serons obligés de le rendre heureux malgré lui.
FLORIMON.
C'est une folie.
VICTOR
Tant mieux, nous nous amuserons.
FLORIMON.
J'ai rencontré hier dans la ville une troupe de ces chanteurs italiens qui s'en vont de ville en village , avec leur basse et leur triangle.
VICTOR
Les voilà au bout de la rue; il n'y a rien de si plaisant que la basse-taille avec ses lunettes, et la chanteuse avec l'éventail.