‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 29 sur 151 · A MONSEIGNEUR LE COMTE d'aVAUX · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE COMTE d'aVAUX

De Paris, ce 16 mai 1647.

C'est un extrême plaisir à ceux qui vous aiment, d'avoir vu revenir la maison de M^"^ de Longueville si pleine et si chargée de vos louanges, qu'il semble qu'ils n'aient vu que vous en Allemagne, et qu'ils ne soient revenus à Paris que pour parler de vous. Je trouve à tous propos des gens que je ne connois pas, qui me viennent faire des compliments et des offres de service en votre considération, des femmes et des

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fiUes qui me viennent sauter an cou ponr l'amour de vous. Mais, sur toutes, leur maîtresse vous loue comme il vous faut louer, et d'une sorte qu'il n'y a, possible, qu'elle au monde qui le puisse faire. ïl y a longtemps, monseigneur, que vous m'avez ouï dire que chacune a son goût ; mais il n'y en a point qui en ait un si exquis que celle-là, et je suis ravi qu'il soit entièrement conforme au mien en ce qui vous regarde. Tout le monde sait que vous êtes un grand ambassadeur, un grand ministre et un grand homme :

El pueri dicunt.

Mais ce que l'on appelle un honnête homme et un galant homme, si je m'y connois un pou, personne ne le fut jamais à plus haut point que vous l'êtes : et cette vérilé-là n'est si bien connue de personne, que de M™« de Longueville et de moi. Elle fait grande estime de voire probité, de votre prudence, de votre magnificence et magnanimité. Elle dit cette réputation admirable, et cette créance que vous avez dans toute l'Allemagne. Mais, sur toutes choses, elle parle avec plaisir de la délicatesse et de la beauté de votre esprit, du goût que vous avez à juger des belles choses, de la facilité à les produire, et de toutes les agréables qualités qui sont rares aux plénipotentiaires, et qu'elle dit n'avoir jamais vues en personne comme en vous. Enfin elle vous connoît comme si elle vous avoit vu jusque dans le cœur. Je ne sais si elle y a été. Elle ne m'a pas dit un mot des lettres que je vous ai écrites , quoiqu'elle me fasse l'honneur de me parler avec beaucoup de confiance, et que je l'aie mise souvent sur ce

sujel-là. Tout co que \ous lisez ici, monseigneur, est un peu trop doux et auroit besoin d'un correctif. Mais ces lustres, et ces olympiades que vous m'avez autrefois si bien mises sous les yeux, ne vous reviendrontelles pas dans l'esprit en cette occasion ? Avouez qu'il y a des rencontres où les plus grandes âmes et les plus parfaites sagesses s'écbappent.

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