A LA même
Je sens bien que la fin de mes jours approche, et que je suis à la veille du plus grand malheur qui m'arrivera jamais : cependant je trouve mon esprit en un état plus tranquille que je n'eusse osé l'espérer, et au milieu de mille pensées qui m'affligent, j'en trouve en-
' Mss. de Conrart, p. 'i89.
coro quelqu'une qui me console. Dans rélonnement où je suis, je ne puis voir la cause d'un événement aussi extraordinaire; mais je connois bien que vous produisez en mon âme, je ne sais par quels moyens ' , des effets dont je ne vois pas la cause, et que vous faites que mon cœur se réjouisse, sans que mon esprit sache pourquoi. Tant y a que je suis aussi résolu de mourir, que s'il me restoit quelque chose à espérer après cela ; et quelque cruelle que soit la mort que va me donner votre absence , je suis préparé à la souffrir, comme si c'étoit un passage à une meilleure vie. Il me déplait seulement que cette personne à qui vous me prêtez quelquefois ne me permette pas d'achever mes jours en repos, et que je sois contraint de partager entre vous et elle les dernières heures qui me restent. Cela me persuade ce que je n'avois pu encore bien croire : que nous voyons tous à l'heure de la mort notre bon et mauvais ange, et que nous avons en ce moment de bonnes et de fâcheuses visions. Mais je vous supplie très-humblement, si vous ne me haïssez pas encore, de ne me pas délaisser en cette extrémité, et de prendre soin d'une âme qui ne peut être sauvée que par vous, et qui seroit tourmentée à jamais, si vous l'aviez abandonnée.