‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 80 sur 151 · A LA même · texte numérisé non relu

A LA même

J'ai bien de la honte à vous le dire , mais ce malheureux qui devroit être mort il y a si longtemps est encore au monde ; et après avoir été quinze jours sans ouïr de vos nouvelles, je suis en état de vous mander des miennes. 11 est vrai qu'elles sont si mauvaises, et les déplaisirs qui me pressent si insupportables, que si je ne m'en tire de quelque sorte que ce soit, vous jugerez bien que ce n'est pas manque de sentiment ni de résolution, et que dans les tourments où je suis il faudroit beaucoup moins de courage pour endurer la mort, que pour souffrir la vie. Et certes, celle que je mène est si malheureuse, que déjà mille fois je me serois résolu de la perdre si j'osois me donner quelque contentement lorsque je ne vous vois pas, et si vous ne m'aviez appris, que ce n'est pas être tout à fait mal-

' Mss. de Conrari, p. 498.

LETTRES AMOLKELSES. |95

heureux que d'avoir le plaisir d'une mort volontaire. 11 faut donc que ce soient mes douleurs toutes seules qui achèvent de me la donner, et je veux aller à ma fin pas à pas, sans la hâter d'un demi-jour. Aussi bien, quoique le regret de ne vous plus voir me coûte déjà plus do cent mille larmes, je n'ai pas encore assez pleure volrc absence, et ayant tant de malheurs à plaindre, je ne dois pas être sitôt prêt de jeter le dernier soupij-.

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