‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 85 sur 151 · A climèxe · texte numérisé non relu

A climèxe

Puisque je ne vous puis parler, non plus que si j'étois absent , permettez-moi de vous écrire et de me servir du seul moyen qui me reste pour me faire entendre. Je croyois, belle Climène, que le plus grand mal que j'avois à craindre étoit celui d'être séparé de vous. Mais l'absence a-t-ellc rien de plus cruel, ni de peine plus insupportable,quecelledemetrouver auprès de vous, comme j'y suis à cette heure? Être près de toutes les grâces, de toutes les joies et de toutes les beautés du monde, sans oser y tourner la vue; avoir son cœur d'un côté et regarder toujours de l'autre; parler de toute autre

• Mss. de Comar(, p. 533.

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chose que de ce que l'on pense; et tandis que l'on est dans les feux et dans les géhennes, être obligé de conter des histoires et des fables : ce sont des tourments qui passent toute imagination, et que nul homme ne pourroit souffrir, s'il ne les souffroit pour l'amour de vous. Je suis bien vengé maintenant des maux que je disois que mes yeux m'avoient faits. Ils ne sont pas plus libres que moi. Ils souffrent à leur tour toutes les peines qu'ils m'ont causées, et sont punis à cette heure (juils n'osent plus se tourner vers vous, et qu'ils ont perdu cette joie pour laquelle ils vous ont vendu ma liberté. Voilà, Climène, l'état où je suis pour vous, et les déplaisirs que je souffre, pour avoir connu mieux que personne combien vous êtes aimable. Je ne vois pas qu'ils puissent diminuer. J'en prévois d'autres qui me menacent, et je sais que je serai plus malheureux dans trois jours, lorsque je ne pourrai ni vous voir, ni vous entendre, ni vous écrire. Cependant, au milieu de ces maux, je bénis à tous moments le jour que je vous rencontrai la première fois, et j'aime mieux toutes ces peines que la tranquillité où j'étois devant que de vous avoir vue. Je vous demande seulement que vous me plaigniez un peu, et que vous me souhaitiez quelquefois en vous-même une meilleure fortune, puisque, pour l'amour de vous, j'en sais si bien supporter une mauvaise.

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