‹ Œuvres, lettres et poésiesChapitre 100 sur 127 · A MONSIEUR CHAPELAm · texte numérisé non relu

A MONSIEUR CHAPELAm

[A Amiens, le 3 août 1640 '.]

Monsieur, quand ce ne seroit que pour votre honneur, et sans dessein de m'en faire , vous me devriez souvent écrire : car votre esprit , qui est toujours admirable, ne réussit , ce me semble, jamais si bien que dans les lettres que je reçois de vous. Si vous en vouliez faire une pour chacun de vos juges, comme celle que l'on me vient de donner, il ne vous faudroit point d'autre recommandation, et ils connoîlroient au

Conrart, lasuscriplion originale. « Martin, rapporte Tallemant, pour cajoler le cardinal Mazarin, a mis ici son nom au lieu de celui du cardinal de Richelieu. » Quel plat valet que ce sire Martin !

' Le roi et le cardinal s'étaient rendus à Amiens pendant qu'on faisait le siège d'Arras. Après la prise de celte ville, le roi retourna à Saint-Germain, tandis que le cardinal donnait ordre aux affaires de Picardie.

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moins que dans ce procès il s'agit de rendre justice au plus honnête homme du monde. Je ferai ce que vous m'ordonnez avec toute la passion que je vous dois, et ne craignez point que je l'oublie. M^ volonté ne se fie pas en ma mémoire des choses de cette importance-là; et elle me représentera à toute heure que j'ai cela à faire jusqu'à ce qu'il soit fait. Quelque affaire que je puisse avoir, je mets la vôtre au premier rang de mon agenda. Sed tu inter acta refer, et pro certo habe, me in hac re, et in omnibus, omne officium, studium , curam et diligentiam tibi prœstiturum. Je suis, etc.

Post-scriptum. — Monsieur, je vous supplie très-humhlement de rendre grâces pour moi à M. de la Mothe; mais avec une éloquence digne de vous et de lui.

A Amiens, le 10 septembre 1640.

Mademoiselle, il faut avouer que je suis de bonne amitié. J'ai regrette ne vous point voir, comme si j'y perdois quelque grande chose; et je m'imagine que je ne passe pas si bien le temps ici que lorsque j'avois l'honneur d'être auprès de vous. Amiens, en votre absence, me semble moins aimable que Paris, et pouvant tous les jours entretenir des dames qui parlent picard admirablement, je ne m'en tiens pas plus heureux pour cela. La conversation de M. le duc de C**% de M. de T*** et de M. de N***, que je rencontre ici partout, n'a rien de charmant pour moi. Il m'arrive même quelquefois de m'ennuyer d'être trois heures de suite

' Hfss. de Conrari, p. 459.

dans la chambre du roi, et je ne prends pas plaisir de m'y entretenir avec M. Libcro, M. Compiègnc, et vingt autres honnêtes gens que je ne connois point, qui m'assurent que j'ai un bel esprit et qu'ils ont vu de mes œuvres. J'ai vu aujourd'hui Sa Majesté joner au hoc' iout l'après-dîner, etjen'ensuis pas plus gai ^; et allant règlement trois fois la semaine à la chasse du renard I comme nous faisons ici], je n'y ai pas une extrême joie, quoiqu'il y ait toujours cent chiens et cent cors qui font un bruit épouvantable, et qui vous entre terriblement dans les oreilles. Enfin, mademoiselle, les plus grands plaisirs du plus grand roi du monde ne me divertissent pas, et les délices de la cour n'ont rien qui me touchent, quand je ne vous vois point. Vous êtes , sans mentir, ingrate si vous ne me rendez la pareille. Mais, défiant comme je suis, j'ai peur que vous ne preniez quelquefois plaisir à rire avec madame la Princesse et mademoiselle de Bourbon, et peut-être que, depuis que vous êtes à GrosboisS vous n'avez pas souhaité cinq ou six fois d'être à Amiens. Si cela est , au moins pour me récompenser d'ailleurs, faites, s'il vous plaît, que Leurs Altesses* me fassent l'honneur de se souvenir quelquefois de moi , et que je ne sois pas moins considéré d'elles pour être en un lieu où je vois deux fois tous les jours le roi et M. le cardinal. Je vous assure

' Jeu de cartes mêlé du piquet, du brelan et de la séquence.

- Var. Sans que j'y aie pris grand divertissement (C).

3 Château aux environs de Corbeil, au duc d'Angoulême, père du comte d'Alais.

'' Le duc d'Angoulême avait le titre d'Altesse à cause de son origine royale.

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pourtant , mademoiselle, que je n'en sais pas plus de nouvelles pour cela , et c'est la cause pourquoi je ne vous en mande point. M. Fabert arriva ici hier matin et en partit à une heure après-midi ' , avec ordre à nos généraux de ce qu'ils doivent faire. Il m'a dit que M. Arnauld a fait rage des pieds de derrière en un combat qu'il y a eu près de Lille, et M. le maréchal de Brézé l'a écrit au roi, à ce que m'a dit M. de Chavigny. Le bruit court ici que nos armées s'en reviennent, et que nous ne reviendrons pas sitôt. Soyez-en fâchée, je vous supplie, et faites-moi l'honneur de croire que je suis, de tout mon cœur, autant que je dois, mademoiselle, votre, etc.

Post'Scriptum. — Je vous supplie très-humblement de me permettre de faire ici mes très-humbles baisemains à tout ce que vous connoissez de beau et d'aimable. J'ai peur, mademoiselle, que vous ne preniez ceci pour IVf^e la duchesse d'Aiguillon toute seule. M"^« voire mère y a part aussi, M""^ du Vigean et M^'^^s ses filles.

Avec votre permission, j'assurerai ici M. votre père, M. votre frère, et M. de Chaudebonne que je suis leur très-humble et très-obéissant serviteur. Sous ce « beau et aimable d'ici haut » , il me semble, mademoiselle, que M""® de Lalane ' y peut être comprise, s'il vous plaît, et M.^^ de Bossu aussi ^ Je ne dis rien pour M™^ de Sa-

' Var, Fabert est ici arrivé ce matin et en est parti après dîner, etc. (C.)

' M"« de Roclie, mariée à Pierre de Lalane, poêle bel-esprit. Voyez HUtorielles, t. VI 11, p. 171. et Œuvres de Sarrazin,\\. 142. ^ La comtesse de Bo!=su (Honorée de Glimes). Tailemant a donné son portrait, Hisloriettea, t. VI 11.

blé : car j'entends que toutes les lettres que je vous écris soient, s'il vous plaît, mademoiselle, pour vous et pour elle. Mais cela n'est-il pas plaisant de M. de Lorraine? M. Fabert m'a (dit que trois ou quatre hommes de condition qui ont été pris à ce combat de M. Arnauld, comme on leur demanda oii étoit M. de Lorraine, dirent qu'ils vouloient nous le demander, et que l'on croyoit dans leur armée et dans toute la Flandre qu'il étoit avec nous. Voilà un docteur cela! '

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