A LA MÊME
[A Paris, même date.]
Madame, sans mentir, c'est une extrême ingratitude à vous de n'avoir pas pris la peine de me faire réponse ; et c'est être paresseuse à un point qui ne se peut souffrir, que de l'être plus que moi. Quelque beau prétexte que j'eusse d'être six mois sans vous écrire, je n'ai pu laisser partir Robineau sans vous assurer qu'après tout cela je suis plus à vous que jamais. 11 est vrai, madame, que vous ne me sauriez perdre, quelque négligence que vous ayez pour moi. Je voudrois bien (luelquefois, comme M''« de Chalais, me pouvoir sauver de votre service*, et il y a bien ici quelques personnes qui se résoudroient à m' enlever. Mais je n'y puis consentir, et il me semble que ce seroit me perdre que de me sauver, de la sorte. M'"*^ de Rambouillet m'a commandé de vous dire que, sur le besoin qu'elle a cru que vous aviez d'une personne habile et adroite pour être en la place de celle que vous aviez perdue, elle vous a envoyé M^^^ [Forestier], qui de bonn(! fortune n'avoit pas encore trouvé de condition. Elle croit que
' Mss. de Conrart, p. 5G9.
■^ Ce fut quand elle alla chez M"'" de Kerven- ; elle reloiirna après chez la nianjuise de Sablé (T.).
VOUS la recevrez comme une personne qu'elle vous a choisie, et l'a fait partir il y a deux jours '. Je ne vous aurois pas écrit cette raillerie, si on ne me l'avoit commandé; car, en vérité, madame, j'ai le cœur trop outré du peu de soin que vous avez de moi. Déchargez-le de cet ennui, s'il vous plaît, car il vous jure qu'il est tout à vous. Je suis, madame, votre, etc.
Post'Scriptum. — J'étois prêt à partir, et tout résolu, quand les nouvelles du délogement de Monsieur ^ m'ont arrêté; je Tirai trouver dès que je saurai certainement où il est. Mais je vous supplie très-humblement, madame, que j'aie auparavant votre congé et une de vos lettres.