‹ Œuvres, lettres et poésiesChapitre 47 sur 127 · A MONSIEUR GOULAS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR GOULAS

grande lettre en un temps où les autres ne m'oseroient pas faire une recommandation. Aussi je vous jure que, si je ne puis reconnoître cette bonté comme je Youdrois, je la loue au moins et l'estime comme elle mérite, et que je suis autant qu'il m'est possible, mademoiselle, votre, etc.

Si.— A MONSIEUR GOULAS,

Conseiller et secrétaire des commandements de S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans,

De Madrid, ce i 5 janvier 1633.

Monsieur, j'implore votre secours, si tous mes autres amis m'ont oublié, et je vous fais souvenir que vous m'avez appris autrefois que cela ne vous arriveroit jamais. Je suis retourné en ce lieu pour y attendre les commandements de monseigneur, et il me semble que je suis reculé en un bout du monde, d'où personne n'a soin de me tirer. Je vous supplie très-humblement de me faire savoir, si vous ne l'avez déjà fait, ce que l'on ordonne que je fasse. 4yez, s'il vous plaît, cet avantage sur M. de Chaudebonne, et faites voir que le plus homme de bien de la terre, et qui aime le mieux ses amis, n'est pas si exact à les suivre (sic) que vous. Outre qu'il vous en reviendra quelque gloire, je reconnoîtrai cette obligation comme je dois, et il me semble que je la reconnois déjà en quelque sorte, puisque je vous écris, et que je ne lui écris point. Mais, puisque son amitié est si endormie, je voudrois bien la réveiller avec un peu de jalousie, et je serois bien aise qu'il sache que je suis avec toute sorte de pas-

sion, et autant que personne du monde, monsieur, votre, etc.

Post'Scriptum, — Monsieur , je ne crois pas que vous soyez si malheureux que de ne connoîlrc point \lme la comtesse deBarlemont, et que vous ayez perdu tant de temps à Bruxelles. Je vous supplie très-humblement de me permettre de l'assurer ici, qu'en quelque lieu que je me sois trouvé, elle a toujours été dans mon esprit comme la plus illustre femme que j'aie jamais vue, et qui mérite le plus d'être aimée, honorée et servie.

[De Madrid, février ou mars 1633.J

Monsieur, je vous écrivis il y a douze jours % et vous remerciai de deux lettres qu'enfin j'ai reçues de vous. Si vous saviez le contentement qu'elles m'ont apporté, vous auriez regret de ne m'avoir pas écrit davantage, et de ne m'avoir pas donné cette consolation en un temps où j'en avois tant besoin. Madrid, qui est le plus agréable lieu du monde pour les sains et les débauchés, est le plus ennuyeux pour les gens de bien et pour les malades; et à cette heure que le carême empêche les comédies, je ne sache pas qu'il y ait un seul plaisir dont on puisse jouir en conscience. L'ennui et la solitude où je me suis trouvé ont fait au moins en moi un bon effet : car ils m'ont réconcilié avec les livres que j'avois quittés depuis quelque

' Mss. de Conrarl, p. 005.

' Celle lettre manque, de même que beaucoup d'autres.

A M. DE CHAUUEBONNE (1633). 91

temps, et ne trouvant point ici d'autres plaisirs, j'ai été contraint de choisir celui de la lecture. Préparezvous donc, monsieur, à me voir quasi aussi philosophe que vous, et imaginez-vous combien doit avoir profité un homme qui , durant sept mois, n'a fait autre chose que d'étudier ou d'être malade. Que s'il est vrai qu'une des principales fins de la philosophie est le mépris de la vie, il n'y a point de si bon maître que la colique, et Socrate ni Platon ne persuadent pas si puissamment; elle m'a donné depuis une leçon de dix-sept jours dont il me souviendra longtemps, et m'a lait considérer beaucoup de fois combien nous sommes foibles, puisqu'il ne faut que trois grains de sable pour nous abattre. Que si elle me fait être de quelque secte, ce ne sera pas de celle qui maintient que la douleur n'est point un mal, et que le sage est toujours heureux. Mais quoi qu'il arrive, monsieur, je ne saurois être ni l'un ni l'autre sans être auprès de vous; et rien ne me peut tant aider pour tous les deux que votre exemple et votre présence. Je ne saurois pourtant dire quand je sortirai d'ici, et, attendant de l'argent, et des hommes qui viennent par la mer, j'ai peur d'y demeurer plus que je ne voudrois : car ce sont deux choses qui ne viennent pas toujours à point nommé. Je vous supplie donc trcs-humblement de ne me pas oublier si longtemps que vous avez fait, et de me témoigner, en me faisant l'honneur de m'écrire, que vous reconnoisscz la vraie affection avec laquelle je suis, monsieur, votre, etc.

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