EE A CE
en 181%, à entrer dans la gendarmerie hollandaise, où il servit comme brigadier jusqu'à sa mort (1).
Le père de l'artiste était une grande âme, simple et virile. Il voulait laisser à son fils une éducation au-dessus de sa position et un caractère supérieur aux événements. On sent en lui un homme trempé par la Révolution francaise. Préférant l'école à l'atelier (2), il donna pour jouets à l'enfant des livres, une flûte et des crayons, voulant qu'il apprit à la fois la musique, le dessin et la grammaire. Dans cette lutte contre la fortune, la mère eût fléchi; le père tint bon, il chercha à faire de l'enfant un homme et de l'homme un fort caractère et un grand talent.
L'enfant montrait du goût pour les arts plastiques ; il dessinait (3), 1l seulptait (4), il gravait sur bois (5). On conserve, de cette époque, des bois
où l'enfant a gravé, d'après de mauvaises copies, une vierge, un tartare
à cheval, des paysages, un hanneton, un moucheron (6), des dessins de
dentelle, et des clichés pour imprimer les ordres du brigadier de gendarmerie. On raconte qu'il avait sculpté une grenouille qui semblait vivante; un jour, le chef de corps de son père entre dans la chambre du brigadier et recule en croyant voir une grenouille sur la cheminée. « Ce n'est rien, lui dit la mère, cest un joujou qu'Antoine sculpte avec
son couteau. » Le trait f
it rapporté ; il donna au jeune Wiertz un protec-
teur. Dès le mois d'avril 1819, âgé de 13 ans, il va habiter, à Dinant,
(1) Son entrée dans la gendarmerie date de 1814. Le 12 décembre, il est remplacé à la brigade de Namèche, et détaché auprès du quartier-maitre à Namur. Le 4 juin 1816, il est nommé brigadier à cheval à Namur et va successivement, avec Sa brigade, à Couvin, à Philippeville et à Ciney. Sa femme reste à la caserne avec son fils, à Profondeville, à Ciney, puis à Philippeville. (Lettre de Fr. Wiertz à sa femme, du 15 août 1818.)
(2) On trouve l'enfant à l'école de Boussu-en-Fagne, en 1816, et de Ciney, en 1818.
(5) On trouve mention : du château de Dinant, de la Roche à Bayard, d'une sainte famille, datée de Philippeville, juin 1818, d'une cuisinière, d'un chat, d'un assemblage de fleurs, d'un Christ, ete. ete. Les uns détruits, les autres faisant partie de la col-
lection de documents ici analysée.
(4) Vous voudrez bien me dire si on vous à renvoyé la grenouille que j'ai faite il n'y a pas longtemps; envoyez-moi la, si vous l'avez. (Lettre à ses parents, 21 avril 1819.)
« Faite r le morceau de bois pour faire une grenouille, 12 juin 1820. »
(5) J'ai fait plusieurs gravures, je vous les envoie. Elles sont très-belles parce que M. Delaine (lintendant de M. De Maibe) m'a donné un peu d'encre d'imprimeur, ce qui fait beaucoup. (Lettre à ses parents, datée de Dinant du 1er juin 1819.)
« Je vous envoie une gravure qui est la sainte vierge que j'ai gravée dans du buis. Lettre à son père, 1819.
« M. Hugues (le fils de M. P. Maibe) et M. Delenne sont très-contents de moi, et sont fort étonnés de mes gravures. » Lettre du 11 juin 1819.
(6) Voir plus haut, pp. 385 et 591, le hanneton et le moucheron, Les bois gravés par l'artiste ont servi à l'impression
chez M. Paul Maibe ou de Maibe, membre des États-généraux, qui se charge de son éducation chez lui (1). Là, il fréquente l'école primaire el reçoit des leçons de dessin et de musique. Là, il voit, pour la première fois, un tableau de Rubens, et ce n'est pas sans émotion qu'on trouve dans une lettre de cet enfant, qui devait se poser plus tard en émule de Pierre-Paul, un post-scriptum ainsi conçu : « J'ai vu un tableau de Æubins, qui est chez M. de Maibe. » (10 juin 1819.)
On a pensé à le faire lithographe (2), c'était un bon état. Mais son père rêve mieux que cela, L'enfant fait déjà des portraits (3) ; il a 44 ans à peine et son protecteur lui écrit : « J'espère que vous marcherez à la gloire (4). »
Bientôt (5), M. Paul Maibe le conduit lui-même à Anvers, et le place à l'académie, sous la direction d'Herreyns et de Van Brée.
Wiertz a raconté son voyage dans une longue lettre à ses parents. M. Maibe, en passant à Charleroi, a mené l'enfant à la foire et Jui a montré les singes et les joueurs de tours. (6) À Anvers, Wiertz est conduit par son hôte à la cathédrale devant la Descente de Croix.
(1) Sa première lettre datée de Dinant, dont il soit fait mention, est du 19 avril 1819.
(2) Lettre d’un ami à son père, 4 février 1821,
(5) I s'applique très-fort à la peinture, travaille aux portraits dont il réussit assez bien à saisir la ressemblance, ce qui étonne même les connaisseurs; pour autrement dire, il s'applique à cet art en toute manière : gravure sur bois, en taille douce, sur le cuivre. (Lettre de son père à M. P. Maibe, 27 avril 1820, pendant les vacances.)
(4) Lettre de M. de Maibe, du 6 juin 1820.
(5) Le 28 juin 1820, Wiertz écrit à son père :
«de viens de recevoir une lettre de M. de Maibe, qui me fait un très-grand plaisir . La voici :
« Du Fourneau de Falemprise, 26 juin 1820.
» Je vous apprends avec plaisir, mon cher Antoine, que mon fils a trouvé à vous placer très-bien et même devant les plus grands artistes, auxquels il vous à recommandé. 11 a trouvé à vous placer à Anvers chez de très-braves gens où vous serez trèsbien (M. Mestriaux, plafonneur, rue Pont-Bernard, 925). Comme il est urgent que vous y alliez de suite, je vous recommanderai de vous préparer à partir dans une quinzaine de jours... »
Le 26, il recoit, chez ses parents qu'il est allé voir à Ciney, la lettre suivante :
€ Monsieur Paul Maibe me charge de vous dire qu'il est de retour depuis hier soir et qu'il désire que vous vous rendiez ici aujourd'hui sans faute, avec les effets qui vous sont nécessaires pour partir demain avec lui, pour Anvers. Il compte que vous reviendrez avec le porteur de la présente. » J. DEL