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EST-IL BIEN POSSIBLE DE SURPASSER LES GRANDS MAITRES DE L'ART

Ce que notre imaginalion ne peul concevoir, nous en admettons difficiement l'existence. Parle-t-on d'une perfection, d’une invention nouvelle, 1Grsonne n'y croit; mais celle perfection, cette invention vient-elle à se

réaliser, chacun alors s'écrie : « Je l'aurais deviné! » Ainsi se sont perfecionnées bien des choses, au grand ébahissement de la foule. Ces leçons si souvent données à notre imprévoyance ne nous ont point rendus plus sages. Nous n'avons foi qu'aux choses présentes, nous fermons les VEUX Sul ouL ce qui doit éclore dans l'avenir.

Parmi les esprits arriérés dont le monde pullule, il faut citer particutieement les peintres. Rien de plus indolent, de plus mou, de plus p

ue ces paisibles enfants d'Apollon;

aresseux

landis que depuis des siècles tout

; Courbés sous

RIAD

leurs vicilles routines, et Loujours fidèles à leurs dicux desséchés et Vermoulus.

Osez dire à un peintre : « Vos moyens mécaniques sont imparfails ; ils ne secondent point les eflorts de la pensée; vos couleurs à l'huile en usage depuis quatre siècles absorbent vingt ans de la vie dans un sol exercice pratique; vos Raphaël, vos Rubens, vos Micris, vos Gérard Dow, vos Claude Lorrain sont encore dans l'enfance de l'art; cherchez à faire mieux : chassez ces dieux ; meltez-vous à leur place. »

Osez dire de semblables choses !

Quel blasphème !

TOUS LES HOMMES DONT L'ORGANISATION PHYSIQUE ET INTELLECTUELLE EST COMPLET PEUVENT-ILS DEVENIR DE GRANDS PEINTRES ?

Est-il bien vrai que l'on naisse poète, peintre où musicien ? qu'au sein «de notre mère, la nature nous inocule pour ainsi dire le germe des arts el ‘es sciences? S'il en est ainsi, que faisait done dame nature avant l'invention de la peinture, de la sculpture et de la musique? Sans doute qu'alors elle avait bien peu de besogne, cette bonne déesse. En revanche, combien elle doit être alerte aujourd'hui! Quelle activité ne doit-elle pas déployer, en ce siècle de lumières, pour distribuer à chaque petit embryon les sciences nouvelles qu'il doit apporter avec lui en naissant !

J'ai vu dans une académie trois cents jeunes gens, tous à peu près du mème âge, commencer des études de peinture. Au bout de cinq à six ans, les uns étaient fort avancés, d’autres fort en arrière.

On établit alors trois classes. La première contenait les plus avancés ; la

seconde, ceux qui l'étaient moins; la troisième, les individus paraissant les

moins disposés à cultiver la science.

Que coneluait-on alors des dispositions de ces élèves ?

Que les individus de la première classe étaient les hommes doués, les arlistes élus.

Suivons le temps dans son œuvre.

Cinq ans plus tard, les rôles sont changés : une partie des derniers rangs est arrivée au premier et une parlic des premiers est restée stalionnaire.

Étonnement des professeurs ! Les augures avaient un peu menti.

Suivons le temps dans son œuvre.

Cinq ans plus lard, les rôles sont encore changés : les circonstances favorables aux uns, défavorables aux autres, ont apporté, au thermo-

d' LA

mètre du progrès, de curieuses variations : Des individus, passés d'une manière si inattendue à la première classe, restent à leur lour stlalionnaires.

Élonnement croissant des professeurs, qui concluent alors que les talents déjà distingués, sortis de ces épreuves, sont les véritables génies innés !

Suivons le temps dans son œuvre.

Bien des années se sont écoulées encore : la plupart des génies innos sont restés stationnaires. Quelques-uns mêmè ont abandonné Far pour devenir, où marchands de draps, ou épiciers, ou commis voyageurs. Changement extraordinaire! — Des individus proclamés jusqu'alors les moins doués de ces petits présents que donne la bonne nature à lélat d'embryon, ont développé tout à coup leurs facullés. Les voilà, eux, qui se montrent à leur tour supérieurs aux génies innés!

Suivons encore le temps dans son œuvre.

Peu d'années se sont écoulées, et déjà ces derniers commencent à de-

venir stationnaires.. Où cela s'arrêtera-t-il?

Ainsi marchent dans leurs développements nos facullés; ainsi elles marcheraient sans cesse, si les hornes de la vie ne mettaient un terme à ces incessantes variations.

Maintenant je pose une question :

Quels sont, parmi les hommes dont nous venons d'apprécier les progrès ‘ans diverses phases de la vie, les génies innés, les génies supérieurs?

Si l’on accorde la palme à ceux qui, en dernière analyse, sont Les plus

avancés, est-on bien cerlain que le temps les laisse à leur plat Si l'on considère comme inférieurs les hommes restés en arrière, est-on

bien assuré que le temps ne les grandisse pas ? 8 l

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