DE L HOMME OU DE LA CAUSE SECONDE
Vjomme il n^ a qu'une cause première de Tunivers, et que cette cause est Dieu, il ny a sur la terre, à proprement parler, qu'aune cause seconde, qui est Thomme, parce que cause, suivant la force de celte expression, désignant un être qui agit par lui-même, avec volonté de produire , et connoissance des moyens qu^il emploie pour produire, et des effets qu^il produit, ne peut s''entendre que d'un être intelligent, en qui seul est la volonté et la connoissance, et de là vient que riiomme n'est coupable que du mal dont il est la cause , et qu'il n'est pas puni pour celui dont il n'est que Voccasiorij et qu'il a fait sans connoissance et sans volonté.
Tous les agens matériels, même les plus puissans, l'air, le feu, la lumière, la terre, que l'on appelle assez souvent des causes secondes, ne sont réellement que des moyens ou des inslrumens , c'est-à-dire, des substances dépour-
DE l''hOM.ME ou de LA CAUSE SECONDE. 23g
vues de connoissance et de volonté, qui servent , en vertu des lois générales du Créateur, à la conservation de Tunivers, ou que l'industrie de l'homme emploie aussi à reproduire et à conserver des êJres particuliers , moyens qui sont par eux-mêmes indifférens à Peflet qu'ils produisent, et qui, abandonnés à leur propre activité, ou faussement dirigés, pourroient détruire au lieu de conserver.
L'homme, en effet, dispose, en créature intelligente, et comme premier ministre de la cause première, de tous les agens qu'elle a créés pour la conservation de son ouvrage, et et fait aux circonstances particulières Vapplication des lois générales. Ainsi, il se sert, pour ses divers besoins , des influences de Tair, il maîtrise Faction du feu , dirige la fécondité naturelle de la terre; il produit la lumière, reproduit les plantes , multiplie les animaux ; la mer, les vents , le soleil , les astres, tous ces grands corps, ces moyens puissans, qui semblent hors de son domaine , et qui sont indépendans de sa volonté, il s'en sert aussi, comme de tous les autres agens physiques, pour mesurer le temps, parcourir le globe.
échauffer son corps, hâter la fécondité du sol, et faire mouvoir les machines qu'il a inventées pour ses besoins , et appliquées à ses divers usages. Il calcule leur action , modère ou accroît leur activité , dispose de leur puissance, en sorte qu'il est, je le répète, cause seconde dans Tunivers, comme Têtre suprême en est Ja cause première, et qu'il est en quelque sorte le créateur du monde secondaire et industriel, comme Dieu est le créateur du monde primitif et naturel.
Aussi la cause seconde de Vunivers n'a pas moins que la cause première exercé Pimagination féconde des philosophes. Après avoir fait sortir la cause première de l'énergie de la matière éternelle , ils ont fait naître la cause seconde du mouvement spontané de ses parties. S'ils n'avoient pas vu Thomme naître et mourir, ils auroient fait l'espèce humaine éternelle; mais en attribuant l'éternité à la matière considérée en général, ils n'ont pu la donner à aucune de ses modifications.
Le matérialisme a rêvé de deux manières principales l'origine de l'espèce humaine : tantôt il a avancé qu'il n'étoit pas impossible que l'homme eût commencé sous la forme humaine
ou DE LA CAUSE SECONDE. 2^1
par le mouvement spontané des molécules organiques ; tantôt il a insinué que cette forme, qui distingue son espèce entre toutes les autres, n"'étoit que Ja dernière des nombreuses métamorphoses qu'il a subies en passant par tous les degrés de l'existence animale , depuis Pétat d'animalcule microscopique jusqu'^à Pétat humain, qui est le complément et la perfection de l'animalité.
Je me hâte de citer, de peur que l'on ne ne m'accuse de forger des chimères pour les combattre, et, rassuré par cette précaution, j'entrerai avec moins de répugnance dans une discussion dont le ridicule ne peut retomber que sur ceux qui Tout provoquée. Puisse le lecteur, pour son instruction, ne pas éprouver rinexprimable dégoût qui s^empare d"*uu écrivain raisonnable, lorsqu^il est forcé de traîner la philosophie et le bon sens sur des idées aussi abjectes et des opinions aussi monstrueuses que celles que nous sommes forcés de lui présenter !
Diderot avoit imaginé un animal prototype
de tous les animaux; d'autres, du même temps,
avoient avancé que l'homme étoit sorti d'un
œaf pondu par la terre, ou étoit venu d'un