OUR LA VEILLE
Ce que c'est que le Mois de MARIE et comment
il faut le passer.
Le mois de Marie n'est autre chose que le mois de mai. On l'appelle mois de Marie, parce que, depuis plus de cent ans, il est consacré à honorer tout particulièrement la Sainte- Vierge Marie. Mère du bon Dieu.
Le mois de Marie se trouve ainsi changé en une espèce de belle et longue fête de trente et un jours, pendant lesquels tous les enfants pieux, toutes les âmes vraiment chrétiennes se font un devoir de prier la Sainte- Vierge plus que d'habitude, et de l'honorer plus que dans le reste de l'année. Voilà, mon enfant, ce que c'est que le
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mois de Marie ; c'est le mois de mai consacré tout entier à la Sainte-Vierge.
« Et pourquoi le mois de mai plutôt qu'un autre? » — ■ Parce que le mois de mai est le mois du printemps et des fleurs, le mois qui annonce le retour de la belle saison. La Sainte-Vierge est la belle fleur, embaumée de la grâce divine, dont le parfum se répand sur toute la terre, et dont le fruit est le saint Enfant-JÉsus, notre Dieu et notre Sauveur. De même qu'après la nuit, l'aurore annonce le jour avec sa belle lumière; de même la Très- Sainte Vierge, lorsqu'elleestapparue au milieu du monde, a été comme l'aurore de Jésus-Christ, annonçant aux pauvres pécheurs l'arrivée de leur Rédempteur.
De plus, le mois de mai arrive presque immédiatement après le carême, c'est-à-dire après les quarante jours consacrés par l'Eglise à la grande pénitence. Les pieux exercices du mois de Marie, qui respirent la joie et l'espérance, empêchent bien des gens, un peu fatigués par l'austérité du carême, de trop se reposer, d'en prendre trop à leur aise. C'est comme une occupation agréable qui succède à une classe un peu fatigante et qui empêche la dissipation.
Et puis, on a remarqué qu'au printemps les enfants sont, comme les petits oiseaux, plus bavards, plusémoustillés., plus remuants que d'habitude ; cela tient sans doute au retour de la belle saison. Cette effervescence, cette gaieté ont besoin d'être un peu tenus en bride; sans quoi elles dégénéreraient bien vite en une dangereuse légèreté. L'amour de la Sainte-Vierge se présente fort à propos avec son charmant caractère de tendresse, d'innocence et de bonne joie, pour adoucir tout cela,.
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pour calmer les jeunes têtes, pour élever au bon Dieu les pensées, les cœurs et les langues.
« Qui donc a eu le premier la bonne idée de consacrer le mois de mai à la Sainte-Vierge? » — Assurément, ce n'est pas le démon. Il a une peur terrible de la Sainte- Vierge, comme nous le verrons plus loin. Il sait que Marie annonce toujours Jésus, comme l'aurore annonce le jour, comme la fleur annonce le fruit; et il fait tout ce qu'il peut pour détourner les enfants chrétiens des pieux exercices du mois de Marie. C'est un motif de plus, n'est-il pas vrai? pour bien faire notre mois de Marie.
C'est à Rome, au centre même de l'Église, qu'un bon Père Jésuite, nommé le Père Lalomia, a eu l'heureuse inspiration d'établir le mois de Marie, pour les enfants et jeunes gens de la Congrégation de la Sainte-Vierge. C'était au milieu du siècle dernier, il y a un peu plus de cent ans. De Rome, cette excellente dévotion se répandit promptement dans toute l'Italie, en France, en Espagne et dans le monde entier.
En Tannée 1815, le saint Pape Pie VII l'approuva solennellement ; et, pour encourager les fidèles à faire le mois de Marie, il accorda à tous ceux qui honoreraient particulièrement la Sainte-Vierge pendant ce mois, trois cents jours $ Indulgences (c'est-à-dire de pardon des peines du Purgatoire) pour chaque jour. Il accorda, en outre, l'Indulgence plénière, la rémission complète de ces mêmes peines, à ceux qui communieraient pieuse sèment, au moins une fois, en l'honneur de la Sainte- Vierge, dans le courant du mois. On peut garder ces Indulgences pour soi, ou bien les appliquer aux pauvres âmes du Purgatoire.
Mais c'est surtout depuis trente ou quarante ans, depuis l'établissement de la grande Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires (dont nous parlerons égalelement plus tard), que le mois de Marie a été fêté avec plus de zèle et d'entrain. Aujourd'hui, il n'y a pas un pays au monde où les fidèles ne célèbrent avec amour le mois de la bonne Vierge. Le Pape, le grand et saint Pie IX, a le premier commencé à le célébrer publiquement à Rome, dans la Basilique de Saint-Pierre; et jusque dans nos missions les plus lointaines de l'Océanie, de la Chine, de l'Afrique, de l'Amérique, le mois de Marie est joyeusement fêté par les pauvres sauvages baptisés. N'est-il pas bien beau et bien consolant de prendre sa part à cet immense concert de prières et de ouanges qui, de tous les coins de la terre, s'élève ainsi jusqu'au trône de la Reine des Cieux, chacun des jours du mois de mai? Ne veux-tu pas, toi aussi, mon enfant, faire ton mois de Marie, et le faire de tout ton cœur?
Oui, bien sûr; de tout mon cu'ur. Mais que faut-il faire pour cela? » — C'est bien simple; la piété, l'amour de la Sainte-Vierge sont, avant tout, une affaire de cœur; et, s'il faut quelques pratiques extérieures, il n'est pas nécessaire qu'il y en ait beaucoup. En tous cas, il ne faut jamais que ces pratiques t'empêchent de faire tes devoirs et d'obéir à tes parents et à tes maîtres.
Voici, en général, ce qu'on peut conseiller à un bon enfant qui veut passer pieusement son mois de Marie.
D'abord, s'il y a quelque réunion publique d'enfants ou môme de grandes personnes, soit à la paroisse, soit dans une chapelle, et que ses parents puissent et veuillent t'y conduire, c'est ordinairement ce qu'il y a de mieux,
ce qu'il y a de plus intéressant et de plus utile: là, en effet, on s'anime les uns les autres à la piété, par le bon exemple; on prie ensemble; on chante de beaux cantiques à la Sainte-Vierge; les prêtres font des instructions courtes et simples que tout le monde peut comprendre ; et l'on peutassurerqu'après umnoisde Marie célébré de la sorte, on commence l'été avec une fameuse provision de grâces.
S'il n'y a pas de réunions publiques à l'église, il faut tâcher de fêter le mois de Marie en famille, et. pour cela, organiser dans quelque chambre de la maison, une espèce de petite chapelle, avec une statue de la Sainte- Vierge, qu'on entoure de cierges et de bouquets de fleurs. Au moment convenu, toute la famille se rassemble; on allume les cierges; on fait une petite lecture ; on récite, soit les Litanies de la Sainte-Vierge ( que nous mettons exprès dans ce petit volume ), soit une dizaine de chapelet, soit même le chapelet tout entier, comme cela se pratique encore dans bien des familles chrétiennes de la vieille roche. Il vaut mieux dire le chapelet en latin, parce que c'est la langue de l'Église, et que tout le monde connaît le sens du Pater et de Y Ave Maria. Si on le peut, on chante un cantique ; et l'on termine la petite fête de chaque jour, en disant un Souvenez-vous pour le Pape et à ses intentions (1).
Si tu ne peux pas, mon petit enfant, organiser ainsi ton mois de Marie, ni le faire en famille, contente-toi de
(1) A la fin de ce petit volume, nous mettons tout exprès, d'abord les Litanies, puis le Pater et l'Ave, pour ceux qui ne savent pas le latin; puis le Souvenez-vous et le Sub tuum.
le faire en particulier, en compagnie de ton bon Ange: c'est un compagnon de mois de Marie qui en vaut un autre. Avec lui, récite au moins une petite dizaine de chapelet chaque jour, et salue avec amour la bonne Sainte- Vierge, Mère de Jésus, et ta Mère au ciel. # Arrange, dans un petit coin de ta chambre, un semblant de chapelle, et, matin et soir, mets-toi à genoux devant l'image de la Sainte-Vierge, en lui demandant de te bénir. Plustu soigneras cette petite chapelle privée, plus la bonne Vierge et ton Ange-Gardien seront contents de toi. Metsy tous les jours des fleurs fraîches, les plus belles que tu trouveras: plus elles seront belles, blanches et parfu mées, plus elles représenteront devant Marie, ta petite âme, qu'elle aime tant et que parfume Jésus-Christ, la divine fleur du Paradis et des Anges.
Pendant tout le mois de Marie, tâche d'entretenir toimême, devant l'image ou la statue de ta petite chapelle, une lumière qui brûlera nuit et jour, soit dans une lampe, soit dans une simple veilleuse. Cette pratique de dévotion envers la Sainte-Vierge est très-commune à Rome-, dans toute l'Italie, en Espagne, dans le Tyrol et, en général, dans tous les pays de foi. A Rome, les pauvres eux-mêmes ont leur petite lumière devant leur Madone. C'est un usage très-touchant. Mais il faut avoir soin de renouveler exactement l'huile et les mèches, et de tenir tout cela très-proprement.
Si tu le peux, mets chaque jour un ou deux petits sous dans une boîte, aux pieds de la Sainte-Vierge, pour les pauvres. Pour l'amour de Marie, impose-toi, tous les jours du mois, quelque petite privation de friandise ou de curiosité. Mais surtout, avant tout, oflre-lui une âme
bien innocente, bien décidée à éviter toutes sortes de péchés.
Sais-tu quel est le plus beau bouquet que tu puisses offrir à la bonne Vierge pour le mois de Marie? C est une fidélité bien exacte, bien sincère, bien courageuse, à te corriger de tel ou tel défaut qu'on te reproche plus habituellement; par exemple, l'étourderie, la négligence pendant tes prières ou pendant tes leçons ; le bavardage, dans les moments où il faut garder le silence; le mauvais caractère, les bouderies, la mauvaise humeur, quand on contrarie tes petits caprices ; le manque de soins pour la propreté et la tenue ; et autres défauts de ce genre. Voilà, mon enfant, le meilleur bouquet que tu puisses déposer chaque jour du mois de Marie aux pieds de la très-sainte Mère de Dieu. Ton bon Ange sera fier de le lui présenter, et il te rapportera, en échange, la plus tendre, la plus maternelle des bénédictions de Marie.
Ce que c'est que la Sainte- Vierge et pourquoi nous devons tant l'honorer et l'aimer.
Tu sais déjà, mon enfant, que la Sainte-Vierge Marie est la Mère de Dieu, la Mère du saint Knfant-JÉsus, ton Créateur et ton Sauveur. Tu le sais; mais y as-tu jamais pensé sérieusement?
Après Jésus, qui est Dieu, il n'y a rien au ciel et sur la terre de plus grand, de meilleur, de plus parfait, de
plus admirable, de plus digne d'amour que la Très-Sainte Vierge Marie. Elle est, il est vrai, une simple créature, comme toi et moi ; par elle-même, elle n'est rien et elle n'a rien, ayant tout reçu du bon Dieu; mais elle a tant reçu de lui, il l'a comblée de tant de grâces, il l'a élevée si haut en dignité, qu'aucune autre créature ne peut lui 5tre comparée, môme de très-loin. Personne au monde n'a pu et ne pourra jamais comprendre la grandeur et l'excellence de la Sainte-Vierge.
Et franchement, il n'est pas étonnant que le bon Dieu ait tant fait pour une créature dont le Père céleste voulait faire son Épouse sur la terre, dont le Fils de Dieu voulait faire sa Mère, dont le Saint-Esprit voulait faire son temple et son très-pur sanctuaire. Rien n'était trop grand, rien n'était trop beau pour l'Épouse de Dieu, pour la Mère de Dieu, pour le Tabernacle de Dieu.
Aussi, la Sainte-Vierge occupe-t-elle au ciel un rang à part. Sans doute, elle est infiniment au-dessous de son Fils et de son Dieu, à qui rien ne peut être comparé, qui est le Créateur et le Roi éternel de toutes choses; mais elle est au-dessus, incomparablement au-dessus de tous les Saints et de tous les Anges. Seule, en effet, elle est la Mère de Jésus, dont les Anges et les Saints ne sont, après tout, que les serviteurs.
Une sainte jeune fille, nommée Marie Lataste, qui est morte, il n'y a pas longtemps, Religieuse au Sacré-Cœur de Rennes, eut le bonheur de voir plusieurs fois cette très-grande et très-bonne Vierge. Dès son enfance, elle avait été favorisée par le bon Dieu de grâces extraordinaires, à cause sans doute de son extraordinaire innocence et candeur. Jésus lui fit voir un jour la Sainte-
Yierge au milieu de la lumière céleste. C'était dans la modeste église de son village. La Sainte-Vierge lui apparut devant l'autel. « Je la considérai attentivement, dit Marie Lataste. Son visage était resplendissant comme le soleil. Ses mains brillaient comme des rayons de
soleil. Sa robe lumineuse était blanche et comme parsemée d'étoiles. Sa chevelure retombait en arrière, recouverte d'un voile admirable, tout transparent de lumière. Enfin elle portait sur la tête une couronne de diamants, plus brillants que tous les astres des cieux.
« Cette lumière que je voyais en Marie n'était comparable à aucune autre lumière, excepté à celle dont j'ai vu briller le Sauveur. La lumière du soleil aurait pâli devant celle qui sortait de Marie. Mes yeux ne peuvent regarder le soleil en face : et cependant je regardais, je fixais Marie, dont l'éclat ne m'éblouissait pas. Je la regardais, et je ne pouvais pas ne pas la regarder. Sa vue donnait à mon âme la félicité.
« Et alors Jésus me dit : Je suis la source immense du salut du monde, la source infinie des grâces données au monde. Mais cette source ne coule pas directement sur le monde : elle passe par Marie ; et ma Mère est la créature très-sainte, très-pure et très-parfaite que j'ai choisie éternellement en union avec Dieu le Père et Dieu le Saint-Esprit, pour répandre tous les dons du ciel sur la terre. »
Telle est la grandeur, la beauté de la Sainte- Vierge Marie. Jamais, mon enfant, tu ne pourras trop l'honorer, trop la vénérer, trop l'aimer. Tu auras beau faire, jamais tu ne l'aimeras autant que l'aime Jésus, autant que l'aime le bon Dieu qui vit en ton cœur. 11 ne faut
pas Y adorer y parce que Ton n adore que Dieu seul ; mais, à part l'adoration, jamais personne ne pourra honorer et aimer la Sainte-Vierge autant quelle le mérite; jamais personne ne pourra lui rendre ce qui lui est véritablement dû. Même au Paradis, nous resterons toujours, à cet égard, au-dessous de notre tâche.
Tous les Saints ont aimé et honoré la Sainte-Vierge avec une dévotion extraordinaire. L'un d'entre eux, simple petit Frère de l'Ordre de Suint-François, nommé . Pascal Baylon, fut admirable sous ce rapport. Il avait à peine quatre ou cinq ans, que déjà tout son bonheur était de réciter le Rosaire et de visiter les sanctuaires de la bonne Vierge et des Saints. Sa mère, pauvre femme de campagne, mais chrétienne fervente, s'appliquait de tout son cœur à lui inspirer cette tendre dévotion, et à lui apprendre une quantité de petits exercices de piété.
Aussi, ce bon petit serviteur de la Sainte- Vierge était-il si soumis, si respectueux envers ses parents, que jamais on ne le vit désobéir. Il était le modèle de ses quatre frères, dont plusieurs étaient plus âgés que lui; quand il était là, aucun d'eux n'osait faire le moindre mal ; et cependant le petit Pascal n'avait encore que sept ans. Son père lui confia la garde de son troupeau, et le pieux enfant, poussé par son amour envers la Sainte-Vierge, avait toujours soin de le mener paître du côté d'une petite chapelle dédiée à Notre-Dame. Pascal aimait à se tourner de ce côté ; de loin, il fléchissait les genoux, en Fhonneur de la Mère de Dieu, et récitait les petites prières que sa mère lui avait apprises. Si parfois il était obligé de conduire son troupeau loin de sa chère chapelle, il se consolait au moyen d'une petite image de
Marie, collée sur du carton, qu'il emportait avec lui et qu'il avait fixée sur sa houlette, surmontée elle-même d'une petite croix. Il piquait la houlette dans la terre, et, se mettant à genoux, il entrait en conversation avec la Sainte-Vierge, lui récitant l'une après l'autre toutes les prières qu'il savait.
Il entra de bonne heure dans l'Ordre de Saint-François, y devint un grand Saint, et, tout pauvre petit Frère qu'il était, il remplit l'Italie et le monde entier du bruit de ses miracles.
Un autre Saint, mort tout jeune, et proposé aux enfants chrétiens pour patron et pour modèle, saint Stanislas de Kostka, entourait la bonne Vierge de tant de vénération et de tant d'hommages, qu'i) semblait être à son égard un autre Jésus. Dès son bas âge, il l'avait prise pour Mère et pour Reine. Il ne se lassait point de parler d'elle; il avait toujours sur lui ou entre les mains, ou son image, ou le chapelet, ou quelque livre en son honneur ; il engageait tout le monde à se consacrer à son service. Il l'avait priée de lui accorder la grâce de mourir le jour de sa glorieuse Assomption ; dans ce but, il lui avait même écrit, avec une naïve candeur, une petite lettre qu'il porta sur son ca^ur en allant à la sainte Communion. Il fut exaucé : étant tombé malade le jour même, il entra en agonie le matin du jour de l'Assomption ; et, le chapelet à la main, il remit son âme innocente entre les mains de sa Mère du ciel, déjà grand Saint, bien qu'âgé seulement de dix-huit ans.
0 Sainte- Vierge Marie! accordez-moi, à moi aussi, la grâce de vous servir et de vous aimer très-fidèlement tous les jours de ma vie, jusqu'à mon dernier soupir.
Comment la Sainte- Vierge est la vraie Mère de DIEU.
La dignité de Mère de Dieu étant la gloire principale de la Sainte-Vierge et son principal titre à notre vénération, il est très-important de bien comprendre que Marie est véritablement et réellement Mère de Dieu. Écoute donc, cher enfant; et ouvre à la fois tes oreilles et ton cœur.
Dis-moi, ta mère est-elle véritablement ta mère ? — « Sans doute. » — Ta mère est-elle la mère de ta personne, ou bien de ton corps seulement; car tu sais que toute personne est composée d'une âme et d'un corps?
— « Ma mère est la mère de ma personne, et non pas seulement de mon corps. Je suis tout entier son enfant.
— Cependant ta mère n'a enfanté que ton corps. Ton âme vient directement du bon Dieu; ce ne sont pas nos parents qui nous donnent notre âme : c'est Dieu seul.
— Très-bien ; je comprends. »
Ainsi donc il y en toi une âme et un corps qui ne forment qu'une seule personne ; et ta mère, qui cependant ne t'a pas donné la partie principale de ta personne, c'est-à-dire ton âme, est la vraie mère de ta personne tout entière ; elle est ta mère ; et toi, tu es son enfant. • *
Ceci va te faire comprendre comment la Sainte-Vierge est la vraie Mère de Dieu. Écoute bien ; car c'est un peu difficile.
Il y a en Jésus-Christ deux natures, la nature divine et la nature humaine ; et ces deux natures, unies ensemble, ne forment qu'une seule personne. Or, la Sainte- Vierge est la Mère de cette personne, la Mère de Jésus- Christ; absolument comme ta mère est ta mère. Cependant la Sainte-Vierge n'a donné à son Fils Jésus que sa nature humaine; elle ne lui a point donné sa nature divine, qui vient uniquement de Dieu le Père. Malgré cela, elle est la Mère, la vraie Mère de Jésus-Christ tout entier; comme ta mère, à toi, est ta vraie mère, quoiqu'elle ne t'ait pas donné ton âme.
Et comme il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule personne, qui est la personne divine, infinie, éternelle du Fils de Dieu, égale en toutes choses au Père et au Saint- Esprit, il en résulte que la Mère de Jésus-Christ est la Mère de Dieu, la Mère de la seconde personne de la Sainte-Trinité, la vraie Mère de Celui qui est Dieu.
Jesus-Christ, Fils de Dieu et de la Sainte- Vierge, c'est le bon Dieu fait homme, c'est-à-dire le bon Dieu revêtu d'une âme et d'un corps. L'âme de Jésus est vraiment Tâme du Fils de Dieu ; le corps de Jésus est vraiment le corps du Fils de Dieu, le corps du bon Dieu; l'humanité de Jésus est l'humanité de Dieu. Et la Sainte-Vierge est la véritable Mère de ce Dieu revêtu d'une humanité; elle est la Mère de Dieu fait homme.
Il y eut autrefois un Évêque de Constantinople, appelé Nestorius, qui brouilla tout cela dans sa tête, et qui osa dire que la Sainte-Vierge n'était pas la Mère de Dieu.
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« Elle est, disait-il, la Mère du Christ, c'est-à-dire d'un^ homme à qui le Fils de Dieu s'est uni. »
Il osa prêcher cela du haut de la chaire, devant les fidèles de Oonstantinople ; mais ceux-ci, qui savaient leur catéchisme, se levèrent indignés, s'écriant que Jésus-Christ n'était pas « un homme; » qu'il était Dieu, et que la Sainte-Vierge étant sa vraie Mère, était la Mère de Dieu, la vraie Mère de Dieu.
On en appela au Pape, qui est le Chef des Évêques et le Juge infaillible de tout ce qui concerne la foi ; et saint Célestin Ier, qui était le Pape d'alors, convoqua dans la ville d'Éphèse, en Asie Mineure, un grand Concile général de tous les Evêques du monde, afin de condamner l'hérésie de Nestorius.
En l'année 431,1e Concile d'Éphèse s'ouvrit donc avec une grand solennité. Depuis le matin, le peuple d'Éphèse entourait l'église de Sainte-Marie, dans laquelle venaient de se réunir les Pères du Concile. Tous demandaient à grands cris que l'honneur de la Sainte-Vierge fût vengé. Nestorius, sommé à trois reprises différentes de comparaître devant le Concile, refusa de s'y rendre ; la maison où il s'était renfermé était gardée par une troupe de soldats que lui avait prêtés un certain comte, nommé Candidien, ambassadeur de l'empereur.
Enfin, le soir, les portes du Concile s'ouvrirent, et saint Cyrille, Patriarche d'Alexandrie, Légat du Pape, proclama le décret du Concile, qui déclarait que la Sainte- Vierge était vraiment la Mère de Dieu ; que Nestorius avait blasphémé, en disant le contraire, et qu'à l'avenir il cessait d'être Évêque et Patriarche de Constantinople.
Aussitôt toute la ville d'Éphèse retentit de chants d'al-
légresse ; on criait de toutes parts : « Vive Marie, Mère de Dieu ! L'ennemi de la Vierge est vaincu ! Vive la grande, l'auguste, la glorieuse Mère de Dieu ! » Lorsque les Évoques sortirent de l'église, ils furent reconduits chez eux en triomphe, à la lueur de mille flambeaux. L'air était embaumé de parfums que les femmes faisaient brûler dans des cassolettes, en l'honneur des Pères du Concile. La ville fut illuminée, et la joie des enfants de Die/j se propagea bientôt par tout l'univers.
En souvenir de ce grand jour, on ajouta à la Salutation angélique ces paroles si simples et si pieuses : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. »
Quant au méchant Nestorius, il essaya d'abord de résister au Pape et au Concile ; mais l'empereur, informé de la vérité, l'abandonna et le condamna à l'exil. Jamais il ne voulut se soumettre.
Il vécut encore huit ans, la rage dans le cœur et le blasphème sur les lèvres. Enfin il mourut misérablement, le corps tout pourri ; et sa langue, cette langue qui avait blasphémé la Sainte-Vierge, qui avait osé dire et répéter : « Si quelqu'un dit que Marie est Mère de Dieu, qu'il soit anathème, » sa langue fut dévorée par les vers, avant même qu'il n'eût rendu le dernier soupir.
Répétons désormais avec grande dévotion les paroles de Y Ave Maria, qui rappelle que la bonne Sainte-Vierge est la Mère de Dieu. Bénissons Notre-Seigneur Jésus- Christ, vrai Dieu et vrai homme, d'avoir daigné choisir la Sainte-Vierge pour en faire sa Mère, l'élevant ainsi à
une dignité si admirable, si sublime, si divine, qu'il est impossible à une simple créature d'être élevée plus haut par le bon Dieu.
Une Bienheureuse, de l'Ordre de Saint-Dominique, nommée Marguerite, et fille du roi Béla de Hongrie, proclamait à tout propos cette divine grandeur de la très-sainte Mère de Dieu. Elle ne parlait de Marie qu'en l'appelant « l'Espérance bienheureuse, » ou bien « l'Espérance du monde, » ou bien encore « la Mère de Dieu. » Vouée à la Sainte-Vierge par son père et sa mère, la petite Marguerite commença à aimer et à servir la Mère de Dieu en même temps qu'elle commença à comprendre quelque chose, à parler et à marcher. A l'âge de trois ans et demi, elle avait été confiée aux soins des bonnes Sœurs Dominicaines ; et au bout de six mois, c'est-à-dire lorsqu'elle avait à peine quatre ans, elle savait déjà par cœur l'Office de la Sainte-Vierge et se plaisait à le réciter au chœur avec les Religieuses. Elle tâchait d'entraîner ses petites compagnes à l'amour de la bonne Vierge. « Venez, leur disait-elle au milieu des récréations ; venez, entrons dans la chapelle , et saluons la « Bienheureuse Vierge ! » Toutes les fois qu'elle passait devant une . image de Marie, elle se mettait à genoux et récitait pieusement Y Ave Maria. Toutes les fêtes de la Sainte-Vierge étaient pour elle des jours de bonheur et de ferveur; elle avait coutume d'y offrir à la Mère de Jésus, un gros bouquet de mille Ave Maria. On l'a vue même quelquefois faire, en ces jours-là, autant de génuflexions qu'elle disait d'Ave Maria. Sa sainteté admirable lui vint tout entière de Jésus par Marie.
Imitons ces beaux sentiments, et demandons à Jésus
d'aimer, de vénérer, d'honorer sa Mère, comme les Saints l'ont honorée et aimée.
Que la Sainte- Vierge • est l'admirable Reine des Anges.
Notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu et de Marie, est le Dieu des Anges, c'est-à-dire de ces millions et millions de purs esprits, qui sont nos frères invisibles, nos compagnons, et qui remplissent l'univers, comme notre âme remplit notre corps. Jésus-Christ est, avec le Père et le Saint-Esprit, le Créateur et le souverain Maître des Anges, le grand Roi éternel, qu'ils adorent et qu'ils aiment.
Élevant la Sainte-Vierge à la dignité de sa Mère, Jésus- Christ l'a élevée par cela seul au-dessus de tous les Anges. Il a fait de sa très-sainte Mère la Reine et la Souveraine du ciel, ordonnant à tous ses serviteurs du ciel de lui rendre hommage, de l'honorer, de la vénérer, de l'aimer, de lui obéir. La Sainte-Vierge est, au milieu des Anges, ce qu'est sur la terre la mère d'un grand Roi, au milieu de ses fidèles sujets. La Vierge Marie, Mère de Dieu, est la Reine-Mère du Paradis, et ce serait manquer au Roi du ciel lui-même que de manquer en quoi que ce soit à son auguste Mère.
Tu sais peut-être, mon enfant, que les saints Anges sont divisés en neuf chœurs, c'est- à-di~e en neuf degrés
différents. Les moins puissants sont cependant très-puissants ; les moins grands sont encore très-grands.
Le premier chœur des esprits célestes est celui des Anges, des simples Anges. Leur nombre est incalculable. Ils veillent en détail à ce que tout marche dans le monde selon les ordres du Seigneur. lis luttent contre les démons, c'est-à-dire contre les mauvais anges révoltés, et nous aident tant qu'ils peuvent à bien servir et à bien aimer Jésus-Christ, leur Dieu et notre Dieu. La Sainte- Vierge est la Reine de tous ces saints Anges.
Au-dessus des Anges, il y a le chœur des Archanges, qui sont plus puissants encore et plus parfaits ; comme, dans une armée, où les officiers sont au-dessus des simples soldats. Au-dessus des Archanges, il y a les esprits bienheureux que l'Église appelle les Principautés, et dont la fonction paraît être de veiller sur les royaumes et sur les empires. La Sainte-Vierge est la Reine des Archanges et des Principautés, parce que Jésus est leur souverain Seigneur et leur Roi adorable.
Comme cela est beau! N'est-ce pas? Un jour, nous verrons face à face dans le ciel tout cet admirable monde des Anges ; et, avec eux, nous adorerons éternellement le bon Dieu ; avec eux, nous louerons et nous bénirons éternellement la Sainte- Vierge.
Et ce n'est pas tout. Au-dessus des Principautés, viennent les trois chœurs célestes des Dominations, des Puissances et des Vertus, dont la grandeur et l'excellence sont de plus en plus sublimes. Ces esprits gouvernent tous les éléments de ce monde, les astres, la lumière, le feu, l'air, l'eau, la terre. Enfin, plus grands encore, plus parfails, plus élevés en dignité sont les es-
prits qui forment le chœur des Trônes, ceux qui forment le chœur des Chérubins, et, au sommet de tous, les esprits célestes qui composent le chœur des Séraphins.
Le bon Dieu no nous a révélé que peu de chose sur ces chœurs angéliques. Nous savons seulement que leur gloire est immense, que leur beauté est incomparable. Nous savons que les Séraphins adorent d'une manière toute spéciale l'amour infini du bon Dieu; que les Chérubins adorent plus particulièrement la lumière divine, la vérité éternelle, qui est Dieu môme ; et que les Trônes adorent tout spécialement le Seigneur dans sa force, dans sa toute-puissance.
A la tête de tous les neuf chœurs angéliques était placé, dans l'origine, le grand Séraphin Lucifer, c'est-àdire porte-lumière ; il était comme l'intendant général du bon Dieu dans la création, et le premier sujet du Roi céleste, du Fils éternel de Dieu qui devait s'incarner un jour. Il s'enorgueillit de sa dignité suprême et de sa magnifique puissance; il refusa d'adorer le Fils de Dieu ; il entraîna dans sa révolte un grand nombre d'Anges ; et il fut précipité avec eux de la gloire du ciel dans la damnation éternelle. Nous en reparlerons plus loin, et nous verrons pourquoi la Sainte-Vierge est, avec Jésus, la terreur de ces méchants démons.
Quant aux bons Anges , aux esprits qui sont restés fidèles, la Très-Sainte Vierge Marie, Mère do leur Dieu, est leur Souveraine et leur Reine bien-aimée. Ils la louent incessamment, ils la bénissent, ils l'aiment, ils se réjouissent de sa gloire et de son bonheur. Oui, Marie est la Reine des Séraphins, des Chérubins et des Trônes ; elle est la Reine des Vertus, des Puissances et des Domi-
nations ; elle est la Reine des Principautés, des Archanges et des Anges.
Un jour, saint François d'Assise eut le bonheur delà voir, ainsi entourée des esprits célestes, comme un astre entouré et resplendissant de ses rayons. C'était à Assise, dans une petite chapelle qu'on appelle la Portioncule ou encore Sainte-Marie des Anges, à cause de plusieurs apparitions d'esprits bienheureux dont ce petit sanctuaire avait été favorisé. Saint Français était dans sa cellule, proche de la chapelle. Il avait prolongé sa prière jusque bien avant dans la nuit, demandant à Dieu, avec beaucoup de larmes, la conversion des pauvres pécheurs. Tout à coup un Ange lumineux lui apparut, disant : « François, lève-toi. Viens dans la chapelle : le Seigneur t'y attend avec sa Mère et les Anges. »
Le Saint courut aussitôt à la Portioncule. Une harmonie toute divine et l'éclat d'une vive lumière partaient de la chapelle. Il ouvre la porte, il entre dans le sanctuaire de Marie, et là, ô surprise charmante ! il aperçoit sur l'autel, au milieu d'une splendeur céleste, la sainte Mère de Dieu, qui tenait l'enfant-JÉsus dans ses bras. Autour du Fils de Dieu et de Marie, resplendissaient des milliers et des milliers d'Anges, qui chantaient des cantiques inconnus à la terre.
Saint François, ravi d'amour, se prosterna la face contre terre ; puis contemplant avec un bonheur tout séraphique le merveilleux spectacle que la bonté divine présentait à ses regards, il osa parler à Jésus. « Mon Créateur, lui dit-il, Seigneur du ciel et de la terre, mon Rédempteur, doux Amour, comment Votre Majesté daigne-t-elle s'abaisser ainsi jusqu'à moi? Et comment
choisissez-vous cette humble chapelle pour y descendre avec votre Bienheureuse Mère et avec tous vos Anges? »
Puis il lui demanda pour ce lieu la grande et extraordinaire Indulgence qu'on a appelée depuis le Grand-pardon d'Assise, ou encore Y Indulgence de la Portioncuïe* D'abord Notre-Seigneur semblait ne pas vouloir consensentir à sa prière : « François, lui dit-il, ce que tu demandes est grand, et je ne l'ai encore accordé à aucun de mes serviteurs. Cependant, si ma Mère me le de- 'mande, je te raccorderai pour son amour. » Aussitôt le Bienheureux François, s adressant à la Sainte-Vierge, la supplia d'intercéder pour lui ; et les Anges se joignirent à lui dans ce même but. Marie ayant alors présenté ellemême à son divin Fils la prière de saint François, Jésus accorda la grâce demandée, à la condition toutefois que saint François irait soumettre la chose au Pape, Chef visible de l'Église, et dispensateur suprême des Indugences, Ce qui fut fait.
La Sainte-Vierge a souvent daigné se montrer à ses serviteurs, comme Reine des Anges. Saint Félix de Cantalice, disciple de saint François, eut le bonheur de recevoir sa visite le jour même de sa mort. Il l'aimait et la vénérait avec la ferveur ,d'un Séraphin. Il était étendu sur son humble paillasse de Franciscain, tout recueilli en Jésus-Christ. Tout à coup, le Frère qui le veillait, le voit ouvrir les bras, les élever vers le ciel, et s'écrier : « Oh î oh ! oh ! » Et il demeura ainsi, comme nors de lui, la durée de trois ou quatre Miserere. Et comme le Frère lui demandait ce qu'il avait vu : « J'ai vu, lui dit-il, j'ai vu Notre-Dame avec une multitude d'Anges. » Puis, il ajouta : « Mon Frère, va fermer la porte, pour que je ne
sois pas troublé. » Quand le Frère eut fermé la porte et fut revenu près du Saint, il le trouva comme auparavant, les bras et les yeux au ciel, s'entretenant avec la Reine des Anges. Mais un instant après', saint Félix pria le bon Frère de le laisser tout à fait seul : « Puisque, lui dit-il avec douceur, la Reine des Cieux daigne venir consoler son serviteur , laisse-moi jouir de sa visite en toute liberté. » Et il mourut ainsi, au milieu de ses frères les Anges, angélique lui-môme, et sous le regard de la douce Vierge Marie.
Nous ne méritons pas, comme les Saints, de voir et d'entendre dès ce monde, le Roi des Anges et la Reine des Anges ; mais un jour viendra où, par la miséricorde de Dieu introduits dans le céleste royaume, nous contemplerons Jésus-Christ, face à face avec les Anges, et nous aurons le bonheur de voir, de louer et d'aimer éternellement la Sainte-Vierge, en union avec les Anges et les Archanges, avec les Chérubins et les Séraphins bienheureux.
En attendant ce bonheur, saluons la Très-Sainte Vierge, avec l'Eglise et la terre, et disons-lui avec autant d'amour que de respect et de vénération : « Salut, Reine des Cieux ! Salut, Souveraine des Anges! Salut, Porte du Ciel, par où la Lumière est venue au monde! Réjouissez-vous, ô glorieuse Vierge! Vous êtes plus parfaite que toutes les créatures. Daignez prier Jésus-Christ pour nous (1). »
(1) C'est la belle hymne Ave, Rcgina cœlorum, que l'Église chante dans ses Offices, depuis la Purification jusqu'à Pâques.
Comment la Sainte-Vierge «st véritablement la Mère des chrétiens.
Voici, cher enfant, une autre vérité d'une très-grande importance. Écoute donc, et lâche de bien comprendre.
De même qu'il y a en nous l'âme et le corps, tout à fait distincts l'un de l'autre et même d'une nature tout opposée ; de même il y a en nous deux vies tout à fait distinctes et d'une nature opposée : la vie du corps et la vie de l'âme. La vie du corps est matérielle : la vie de l'àme est spirituelle. La vie du corps est une vie naturelle: la vie de l'âme est une vie surnaturelle. L'une est humaine, l'autre est divine.
La vie du corps vient de Yunion du corps avec l'âme : du moment que cette union cesse, la vie du corps cesse également ; et le corps n'est plus qu'un cadavre. La vie de l'âme vient de Yunion de l'âme avec le bon Dieu : du moment que cette union cesse, la vie de l'âme, la vie spipirituelle cesse également ; et l'âme est morte devant Dieu; elle est séparée de Jésus, et privée de la grâce. Elle est esclave du démon ; elle est dans la mort spirituelle, germe de l'enfer. C'est le péché mortel qui sépare notre âme du bon Dieu: c'est au contraire la grâce qui nous unit à lui, la grâce que Jésus nous donne par le ministère de son Église.
Et maintenant, dis-moi, mon enfant : qui t'a donné la
vie de ton corps? N'est-ce pas ton père et ta mère? N'estce pas ta mère, aussi bien que ton père? Eh bien, il en est de même pour la vie de ton âme : elle te vient du bon Dieu, qui est ton Père céleste, et de la Sainte-Vierge, qui est ta Mère céleste. Le bon Dieu ne te la donne que par la Sainte-Vierge, Mère de Jésus, et Mère spirituelle de tous les chrétiens. La bonne Sainte- Vierge est la Mère de ton âme, en ce sens qu'elle lui a donné et qu'elle lui donne à chaque instant, du haut du Ciel, la grâce du bon Dieu, la grâce qui t'unit au bon Dieu. Et ainsi, la Sainte- Vierge est la vraie Mère des chrétiens, la mère des enfants de Dieu et des frères de Jésus-Christ.
Une grande Sainte, nommée Gertrude, fille de Pépin, duc de Brabant, vit un jour la Sainte-Vierge venir à elle avec un visage plein de majesté et de tendresse. C'était le jour de Noël. Comme on chantait Y Évangile où il est dit que Marie « enfanta son Fils premier-né, » sainte Gertrude s'était mise à penser en elle-même qu'au lieu de « Fils premier-né, » l'Ëvangéliste aurait mieux fait de dire « Fils unique ; » car le titre de « premier-né » suppose d'autres enfants. Mais voici que la Sainte-Vierge, apparaissant devant elle, répondit à sa pensée et lui dit : « Non, ce n'est point Fils unique, c'est Fils premier-né qui convient mieux ; car, après Jésus, mon très-doux Fils, je vous ai tous spirituellement engendrés, en vous donnant la vie de l'âme ; et vous êtes devenus mes enfants, les frères de Jésus, les membres vivants de mon Fils Jésus.
Et, en effet, la vie de notre âme est une vie aussi réelle que la vie de notre corps ; elle lui est même bien supérieure ; et la Sainte-Vierge, par qui le bon Dieu nous donne cette belle vie de notre âme, est, s'il se peut, en-
core plus notre Mère que celle par qui le bon Dieu nous a donné la vie du corps.
Une autre grande Servante de Dieu, sainte Mathilde, lisait un jour les deux paroles que Notre-Seigneur mourant adressa, du haut de sa croix, à la Sainte-Vierge et à saint Jean : « Voici votre Fils, voici ta Mère. » Elle se sentit inspirée de demander au Fils de Dieu la grâce qu'il avait alors accordée à saint Jean. «Mon doux Sauveur! dit-elle à Jésus ; dites en ma faveur à votre sainte Mère ce que vous lui avez dit en faveur de votre saint Jean ; diteslui : ce Voici votre fille. » Et aussitôt elle eut le bonheur d'entendre le Sauveur la recommander tout spécialement à l'amour et aux soins de sa Mère. « J'ai répandu mon sang pour son âme, disait Jésus à Marie en lui montrant la bienheureuse Mathilde; j'ai souffert et je suis mort pour elle. Elle est toute à moi. Je vous la donne pour fille. » Mathilde, ravie de joie, pleine de confiance, alla plus loin encore; elle supplia son bon Jésus d'accorder la même faveur à tous ceux qui la lui demanderaient avec une foi vive ; et le divin Sauveur daigna lui répondre : ce Jamais je ne refuserai cette grâce à quiconque me la demandera avec ferveur. »
Or, cette grâce excellente, tous les Saints l'ont demandée et l'ont reçue. Imitons-les; demandons-la comme eux; et, comme eux, nous la recevrons. Saint Bernard a été l'un de ceux qui ont le plus filialement aimé la Sainte- Vierge et ont été le plus maternellement aimés d'elle. Toutpetit enfant, il tressaillait à son nom ou devant son image. Voulait-on le corriger d'un défaut? Il suffisait de lui dire : « Cela déplaît à la Sainte-Vierge. » Pour le porter à pratiquer une vertu, à faire une bonne action,
c'était assez de lui dire : « Ceci est agréable au cœur de la Sainte-Vierge. » Il grandissait dans l'amour de Marie; il était pour elle un vrai fils, comme elle était pour lui une véritable Mère. Toute sa vie, il reçut des grâces signalées de sa céleste Mère, dont il célébrait incessamment les grandeurs, les miséricordes et la bonté. C'est lui qui disait, : « Quand il s'agit de la Sainte-Vierge on a beau faire, on a beau dire : ce n'est jamais assez î » C'est encore lui qui fut inspiré de Dieu d'ajouter à la belle prière du Salve Rer/ina les trois invocations si pieuses qui la terminent. Un soir que, selon l'usage, 'les sept cents Religieux du célèbre monastère de Clairvaux venaient de cbanter cette prière avec une grande ferveur, saint Bernard, qui était leur Abbé, s'écria tout transporté d'amour: <( 0 démens, o pin, o dulcis Yirgo Maria ! 0 clémente, ô miséricordieuse, 6 douce Vierge Marie ! » — Les Saints sont nos modèles en toutes choses : suivons-le dans cette voie, si douce et si sanctifiante, de la piété filiale envers la Sainte-Vierge.
Un enfant do douze ans, qui venait de faire sa première communion, n'avait plus que sa mère, qu'il aimait tendrement et dont il était tendrement aimé. Il fut placé dans un Petit-Séminaire pour y faire ses études. Quelques mois après qu'il eut quitté sa bonne mère, celle-ci tomba gravement malade et mourut en deux ou trois jours. Le pauvre petit orphelin ignorait encore son malheur ; et le Supérieur du Séminaire ne savait comment faire pour lui apprendre la fatale nouvelle. Ayant remarqué que le cher enfant avait une dévotion tout à tait exceptionnelle à la Sainte-Vierge, il eut l'heureuse inspiration de recourir à Marie et de lui confier le petit orphelin. Au fond da
jardin il y avait une belle statue de la Sainte-Vierge, au pied de laquelle les enfants, et celui-ci en particulier, allaient souvent prier. Il le fait donc venir, le prend doucement par la main, et, sans rien dire, il le conduit au pied de la Sainte-Vierge. Là, il s'agenouille à côté de lui, et lui montrant l'image de Marie : « Mon enfant, lui dit-il d'une voix émue ; voici celle qui désormais vous servira de mère. » Le pauvre enfant a tout compris ; il fond en larmes, se jette dans lés bras de son bon Supérieur ; puis, regardant la Sainte- Vierge à travers ses larmes, il lui dit avec un accent de confiance et de tendresse inexprimables : « 0 bonne Sainte- Vierge! j'ai perdu ma mère de la terre; pardonnezmoi de la pleurer. Je vous la confie ; prenez-la avec vous dans le ciel; et recevez-moi aujourd'hui comme votre enfant, en attendant que vous me réunissiez à mon père et à ma mère dans le Paradis. »
Ainsi la Sainte-Vierge est notre Mère, notre chère et bonne Mère. Confions-lui chaque jour le soin de garder notre âme, à qui elle a donné la vie, en union avec notre Père céleste, qui est son éternel Époux ; en union avec Jésus-Chris r, qui est son Fils et son frère aîné; en union avec le Saint-Esprit, qui est son sanctificateur et le nôtre. Vive Marie, Mère de Jésus ! Vive Marie, Mère de tous les chrétiens, et ma Mère bien-aimée !
Que la Sainte-Vierge est tout particulièrement la Mère et la Protectrice des enfants.
Il est bien naturel qu'il en soit ainsi ; un enfant chré-
tien voit dans sa mère la vivante image de la Mère du ciel, la Sainte-Vierge Marie : de même la Sainte-Vierge voit dans un enfant chrétien l'image vivante de l'Enfant- JÉsus à Bethléem et à Nazareth. Les enfants chrétiens sont d'autres Jésus pour la Sainte-Vierge; ils sont ses seconds fils, images du Fils premier-né. Plus ils sont innocents et pieux, plus ils feont doux et bons, obéissants, dociles et fidèles à Dieu, plus aussi ils rappellent à la Sainte-Vierge son cher, son adorable Enfant-Jésus. Et c'est ce qui fait que la bonne Vierge aime les enfants pieux avec une tendresse toute particulière, et que, de leur côté, les enfants se sentent tout portés à aimer et à honorer la Sainte- Vierge.
C'est une chose connue que l'amour des petits enfants pour les images et les statues de Marie tenant son petit Jésus dans les bras ; ils les contemplent avec joie; ils les saluent par de gracieux sourires. Le nom de la Sainte- Vierge leur va au cœur. C'est évidemment là un instinct de grâce, un attrait surnaturel qui leur vient du Baptême et de Jésus-Christ, qui vit dans leur petit cœur. L'enfant ne comprend pas encore le Dieu du ciel; mais il comprend déjà, il aime bien vite un Enfant-DiEU, qui repose,
comme lui-même, dans les bras, sur le cœur d'une Mère.
La plupart des Saints et des Saintes ont éprouvé dès leur enfance les effets de cet amour maternel de la Sainte- Vierge et ont été remplis pour elle d'un amour tout filial. Une des Saintes qui ont le plus illustré la Belgique au quinzième siècle, sainte Lidwine, fut prévenue, encore toute petite enfant, des grâces et des bontés de la Sainte-Vierge. Avant môme qu'elle pût parler couramment, on l'entendait bégayer la Salutation angélique, et elle prit, toute jeune, la pieuse habitude de saluer tendrement, partout où elle les rencontrait, les images de la Mère de miséricorde. Marie l'attirait à son amour avec une sorte d'avidité maternelle. La petite Lidwine, âgée de sept ou huit ans, ne perdait pas une occasion d'entrer dans une maison voisine de la maison de ses parents, aux portes de Bruxelles, afin d'aller s'agenouiller devant une image miraculeuse de la Mère de Dieu ; ses parents avaient coutume de l'envoyer porter à ses frères leur déjeuner, et c'est en allant et en revenant que la sainte enfant allait ainsi visiter furtivement sa bonne Mère du ciel. Un jour que Lidwine s'était un peu oubliée aux pieds de Marie, sa mère de la terre se mit à la gronder, à l'accuser de vagabondage et à lui demander ce qu'elle avait fait pendant un si long temps. La bienheureuse enfant lui répondit: «Ne m'en voulez pas, ma bonne maman; j'ai été saluer la Sainte-Vierge en passant, et pendant que je la regardais et que je lui tendais les bras, elle m'a répondu par un sourire.» La mère se tut, bénissant la Sainte-Vierge de l'amour qu'elle daignait témoigner à son enfant, et attendrie jusqu'au
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fond du cœur de voir sa petite Lidwino si pieuse, si bonne et déjà si sainte. Le reste de la vie de la Bienheureuse Lidwine répondit à ces commencements : pendant plus de trente ans, elle soutînt toutes sortes de maladies, de douleurs terribles, avec une patience héroïque ; elle était visitée fréquemment par Notre-Seigneur, par les Anges; sa vie ne fut pour ainsi dire qu'un long miracle ; et elle mourut pleine de mérites, entre les bras de Jésus et de Marie, comme nous le raconterons plus loin.
Tout récemment, une pauvre petite négresse d'Abyssinie, achetée par un missionnaire à un méchant Turc, qui la maltraitait avec une cruauté révoltante, fut confiée à la charité des bonnes Religieuses de la Visitation, àPignerol, en Piémout. Baptisée sous le nom de Joséphine, cette pauvre petite mourut à neuf ans, en odeur de sainteté. C'était, en effet, un véritable petit prodige de grâce. Elle aimait la bonne Sainte-Vierge absolument comme on aime sa mère. Un jour, elle alla trouver la Supérieure du couvent, qu'elle appelait « maman » et qui vraiment était toute maternelle à son égard. « J'ai besoin, lui dit-elle dans son langage original, j'ai besoin de te dire une chose qui me tient fort au cœur. Mais j'ai peur que tu n'en sois pas contente. — Qu'as-tu, chère enfant? Quelque chagrin, quelque peine? — Non, maman: je veux te prier, si lu es contente, que tu me permettes de faire vœu à la Sainte-Vierge de porter des habits bleus, pendant un an. — Qui t'a donc mis cela dans l'esprit? — Personne, personne. C'est mon bon Ange qui me l'a dit. — Mais pourquoi veux-tu faire ce vœu? — Afin que la Sainte-Vierge m'obtienne, ou de mourir •cette année et aller au ciel avec elle (ce qui lui
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fut accordé), ou de guérir quelque peu, pour pouvoir me faire Sœur. J'aimerais tant à être Saw! »
La bonne Supérieure lui accorda ce qu'elle désirait; et le 8 décembre 1855, le jour de l'Immaculée-Conception, la petite négresse, après avoir communié, revêtit les livrées de la Très-Sainte Vierge. Elle regardait avec une joie naïve sa belle robe bleue, qui devait contraster singulièrement avec sa peau noire'; et en baisant tendrement ses beaux habits : « Cher habit de la Très-Sainte Vierge, s'écriait-elle par moments, que je suis heureuse de t'avoir revêtu ! La Sainte-Vierge m'a obtenu la grâce de porter son habit: plus tard, elle m'obtiendra la grâce de prendre le voile ( ce qui a eu lieu, en effet, sur son lit de mort). Chère Sainte-Vierge î tu es vraiment ma toute bonne maman, »
Saint Pascal Baylon avait douze ou treize ans quand il entra, comme berger, au service d'un seigneur, tout proche du Sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette. Ravi de ce voisnage, il menait toujours son troupeau au même endroit, aux alentours du Sanctuaire. Le maître l'apprit, et craignant que ses brebis n'eussent à pâtir sur ce sol peu fertile et d'ailleurs battu par la foule des pèlerins, il demanda au jeune berger pourquoi il n'allait pas dans de meilleurs pâturages, a Mon troupeau et moi, nous ne nous trouvons bien que sous le regard de la Vierge, lui répondit Pascal avec une douce gravité; et sa protection saura bien l'engraisser plus que tous les pâturages. » Le maître, touché de cette sainte et admirable confiance, et la voyant d'ailleurs pleinement justifiée par l'état florissant de son troupeau, le laissa faire à son gré.
Les autres bergers, au milieu desquels le Bienheureux demeura quatre années entières , ont attesté que la Sainte-Vierge se chargeait elle-même de garder les brebis de son fidèle serviteur, a Tandis que la crainte des loups nous obligeait à veiller toute la nuit, Pascal laissait souvent son troupeau tout seul, en plein champ, et allait passer la nuit en prières à la porte de la Basilique, assuré qu'il était de la protection de la Mère de Dieu. Quand il nous arrivait quelque accident fâcheux, ajoutaient-ils, nous nous mettions quelquefois à jurer, à nous fâcher ; mais lui, tout jeune qu'il était, il ne craignait pas de nous reprendre, et nous disait doucement : « Taisez-vous donc ! A quoi pensez-vous? Que la Sainte- « Vierge nous vienne en aide! Que Notre-Dame daigne * f nous secourir! »
« On ne saurait dire, racontaient encore ces mêmes bergers, combien il aimait, combien il vénérait la Madone. Dès que la cloche annonçait YAngtlus, il se tournait vers le Sanctuaire, et se mettait à genoux. Il portait toujours son Rosaire à la main ou autour de son cou, et le récitait avec une attention merveilleuse. Il nous engageait tous à en faire autant. Pendant qu'il dormait, il tenait étroitement embrassée une houlette sur laquelle il avait sculpté lui-même l'image de la Sainte-Mère de Dieu ; et quand il ne dormait pas, il avait grand soin de ne pas la lancer sur ses bêtes, et il l'entourait toujours d'un religieux respect. Il aimait à répéter avec une tendresse ravissante : « Que la Mère de Dieu me protège ! « Que la Vierge me garde! »
On lit dans la vie du Bienheureux Crispin de Viterbe, lui aussi de l'Ordre de Saint-François, que sa mère, qui
était une vraie chrétienne, avait appris à ce cher enfant à recourir à la puissante protection de Marie, dans tous ses besoins et, en particulier, dans les dangers, « Mon enfant, lui disait-elle, dans le péril il faut s'adresser tout de suite à la Sainte-Vierge, et s'écrier : Sqinte-Vieryc Marie, venez à mon aide! Et elle y viendra. » L'enfant retint cette parole. Un jour qu'il était monté sur un arbre avec trois camarades, une branche se cassa, et ils tombèrent sur des pierres. Le petit Crispin s'écria aussitôt : « Sainte-Vierge Marie, venez à mon aide!» Les trois camarades furent grièvement blessés: seul, le bienheureux protégé de Marie se releva sans la moindre égratignure.
La vie des Saints est pleine de ces témoignages de la tendresse maternelle et de la protection de la très*-sainte Mère de Dieu sur l'enfance de ses fidèles serviteurs. Sers fidèlement la Sainte-Vierge, mon cher enfant; aime-la de tout ton cœur et avec une confiance vraiment filiale; n l'exemple des Saints, prie-la beaucoup, pense à elle, honore-la le plus et le mieux possible; et, si tu ne recois pas, comme eux, des marques miraculeuses de sa maternelle protection, tu recevras ce qui vaut mieux que des miracles: de très-grandes grâces pour devenir et pour demeurer toujours un vrai chrétien, une véritable image de Jésus-Christ, un élu, un prédestiné.
0 Jésus! dites à votre Mère de daigner bien m'aimer, bien me protéger toujours, quoique je sois indigne de cette faveur. Donnez-moi pour elle un cœur de fils, comme vous lui avez donné pour moi et pour tous les enfants chrétiens, un cœur de mère.
é MOIS DE MARIE
L'Immaculée-Conception de la Sainte-Vierge.
Le mot immaculé vient du latin et signifie sans tache, sans péché. La Vierge Marie est immaculée, c'est-à-dire absolument sainte, sans aucun péché, ni originel, ni mortel, ni véniel.
Elle est immaculée dans sa conception; c'est-à-dire que, lorsqu'elle a été conçue dans ie sein de sa mère, sainte Anne, Dieu, qui la destinait à être la Mère de son Fils unique, l'a préservée du péché originel. Tous les enfants d'Adam sont conçus dans le péché originel; comme tous les enfants d'un roi déchu et exilé sont conçus dans la déchéance et dans l'exil; leur père, en perdant sa couronne, ne l'a pas seulement perdue pour lui, mais encore pour ses enfants et ses descendants. Le péché originel, où nous naissons tous par cela seul que nous descendons d'Adam et d'Eve pécheurs, est un état de dégradation spirituelle. La Très-Sainte Vierge a été préservée de cet état par l'amour de Celui qui devait bientôt devenir son Fils, son vrai Fils, et qui ne voulait pas prendre un corps dans le sein d'une mère qui aurait été, un instant seulement, souillée par le péché.
Cette grâce d'une conception immaculée a été accordée à la seule Vierge Marie, parce que seule elle était destinée à être l'Epouse parfaite de Dieu le Père, la Mère
parfaite de Dieu le Fils, le Sanctuaire parfait de Dieu le Saint-Esprit. La conception immaculée de Maris a été la première grâce que le bon Dieu lui ait faite, et comme le fondement de toutes les autres grâces qu'elle a reçues de la bonté divine. Aussi, cette grâce lui est-elle extraordinairement chère, et à nous aussi, ses serviteurs et ses onfants.
Le siècle où nous vivons semble tout particulièrement consacré par le bon Dieu au mystère de l'Immaculée- Conception de la Sainte-Vierge. Nous parlerons tout à l'heure de la belle apparition de Marie, conçue sans péché, à une sainte Religieuse de Saint- Vincent de Paul, à Paris, en 1880, ensuite de quoi a été frappée la célèbre médaille miraculeuse, répandue depuis par millions dans le monde entier. Nous parlerons aussi en détail de l'admirable et vraiment merveilleuse Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, consacrée au très-saint et immaculé Cœur de Marie et au mystère de sa conception sans tache. Rappelons seulement ici le grand acte du 8 décembre 1854, et.le beau miracle de l'apparition de la Vierge immaculée, dans la grotte de Lourdes, peu d'années après. ,
Le 8 décembre 1854, le Souverain-Pontife Pie IX, voulant attirer sur l'Église et sur le monde la protection toute spéciale de la Sainte-Vierge, décréta solennellement que, dès le premier moment de sa conception et de son existence, la Vierge Marie avait été miraculeusement exemptée du péché originel; que cette vérité, révélée de Dieu, était une vérité de foi; et que, si quelqu'un refusait d'y croire, il cesserait par là même d'être .catholique, et deviendrait hérétique et apostat. Ce décret
solennel de Pie IX est ce qu'on appelle « la définition de l'Immaculée-Conception. »
J'ai eu le bonheur d'assister à cette grande fête, qui a fait tressaillir de joie le ciel et la terre, et qui a fait frémir les démons et les impies. Le saint Pontife Pie IX était là, sur son trône, dans la Basilique de Saint-Pierre du Vatican, entouré d'environ deux cents Cardinaux, Archevêques et Évoques. Plus de cinquante mille pèlerins de toutes les nations de la terre remplissaient l'immense Basilique. Un religieux silence permettait à tous d'entendre la voix du Saint-Père, quand il prononeale décret de foi. Profondément ému, le bon Pie IX fut obligé de s'interrompre à plusieurs reprises; son beau visage était inondé de larmes.
Ce grand acte a été, dans le monde entier, le signal d'une augmentation extraordinaire de piété et de dévotion envers la Sainte-Vierge, dont le culte tend chaque jour à s'étendre, pour la plus grande gloire de Jésus- Christ et pour le salut de tous.
Trois ans après, la Vierge Marie voulut elle-même proclamer pour ainsi dire sa conception immaculée, et répondre par un magnifique prodige à la grande voix de son serviteur Pie IX. Le jeudi, 11 février 1858, elle daigna apparaître miraculeusement , et cela pendant quinze jours de suite, près de la petite ville de Lourdes, dans les Pyrénées, à une pauvre enfant de treize ans, nommée Bernadette. Cette petite fille, très-simple et trèsinnocente, fut choisie par la Mère de Dieu, pour attirer les peuples au culte de son Immaculée-Conception. Elle était fort ignorante en toutes choses, même en religion; mais elle avait un zèle extraordinaire pour prier, à l'aide
de son chapelet : le chapelet était sa seule science.
Donc, le 11 février, Bernadette était sortie avec deux petites compagnes, pour aller ramasser du bois mort sur les bords du Gave, c'est-à-dire du torrent qui passe près de Lourdes. Elle était arrivée en face d'une grotte naturelle, creusée dans le rocher. Pendant qu elle se déchaussait pour passer le Gave, elle entendit comme le bruit d'un tourbillon de vent. Étonnée, elle leva les yeux : les peupliers qui bordaient le torrent étaient immobiles; aucun souffle n'agitait leurs branches paisibles. « Je me serai trompée, » se dit l'enfant ; et elle se baissa de nouveau pour se déchausser. Mais le même bruit extraordinaire ayant recommencé, Bernadette releva la tète, regarda devant elle et poussa aussitôt, ou plutôt voulut pousser un grand cri, qui s'étouffa dans sa gorge. Elle frissonna de tous ses membres; et, terrassée, éblouie par ce qu'elle apercevait, elle s'affaissa sur elle-même et tomba à deux genoux.
Au fond et au-dessus de la grotte, dans une sorte de niche formée par le rocher, se tenait debout, au milieu d'une clarté surhumaine, une femme d'une incomparable splendeur. Cette lumière était aussi suave qu'éclatante. Elle ne ressemblait en rien à la lumière de ce monde. La vision n'avait rien de vague ; c'était un vrai corps humain, une personne vivante, et qui ne différait d'une personne ordinaire que par son auréole de lumière et par sa divine beauté.
Elle était de taille moyenne. Klle semblait toute jeune ; et pourtant elle réunissait à la fois l'innocente candeur de l'enfant, la pureté absolue de la vierge, la gravité tendre de la mère, et la majesté que donnent l'âge et lasouverai-
neté.Elle était plus belle que tout. Son visage admirable respirait une grâce 'infinie; ses yeux bleus avaient une suavité qui semblait fondre le cœur. Ses lèvres avaient une indicible expression de bonté et de douceur.
Les vêtements de l'apparition, d'une étoffe inconnue à la terre, étaient plus blancs, plus éclatants que la neige immaculée des montagnes , et leur simplicité relevait encore leur magnificence. La robe longue et traînante laissait ressortir les pieds, qui posaient sur le roc et foulaient légèrement une branche d'églantier. Sur chacun de ses pieds nus, d'une beauté, d'une pureté virginales, brillait une rose qui avait la couleur de For.
Une espèce de ceinture, bleue comme le ciel, pendait en deux longues bandes qui touchaient presque le bas de la robe. Un voile blanc, fixé autour de la tête, enveloppait les épaules et retombait en arrière jusqu'au bas. Ni bagues, ni collier, ni diadème, ni bijoux de femme.
Un chapelet, dont les grains étaient blancs comme des gouttes de lait, et dont la chaîne était lumineuse et dorée, pendait des mains jointes de la Dame mystérieuse. Les grains du chapelet glissaient l'un après l'autre entre ses doigts ; mais ses lèvres demeuraient immobiles. Elle ne récitait point le Rosaire : elle Uécoutait réciter; elle écoutait l'écho céleste de la Salutation angélique, qui, de tous les coins de la terre, s'élève juqu'a elle.
Elle gardait le silence ; et ce ne fut qu'à la dernière apparition, qui eut lieu le 25 mars, qu'elle daigna se nommer à Bernadette. « 0 Madame, lui avait dit l'heureuse entant, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom? » L'apparition céleste sourit et ne répondit point d'abord. Bernadette insista et re-
prit : a 0 Madame, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom? » L'apparition parut rayonner davantage, comme si sa joie allait grandissant ; mais elle ne répondit pas encore à la demande de l'enfant. Pour la troisième fois, Bernadette renouvela ses instances, répétant: « 0 Madame, je vous en prie, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom? » L'apparition resplendissait de plus en plus. Elle tenait, comme toujours, les mains jointes avec ferveur ; son visage rayonnait de toute la béatitude du ciel. Elle disjoignit enfin les mains, laissant glisser sur son bras droit le blanc chapelet. Elle ouvrit ensuite ses deux bras et les inclina doucement vers le sol, comme pour montrer à la terre ses mains virginales, pleines de bénédictions. Puis, les relevant vers le ciel, elle prononça d'une voix claire et ravissante ces paroles : « Je .mis /'Immaculée-Conception. » Ayant dit ces mots, elle disparut, et Bernadette se trouva en face d'un rocher désert.
L'humble petite fille avait vu ainsi la Sainte-Vierge, dans la grotte de Lourdes, une quinzaine de fois; et comme, par l'ordre même de la Reine du ciel, elle avait tout raconté dès le premier jour, elle fut bientôt accompagnée à la grotte de l'apparition par une foule considérable. Dès le quatrième jour, plus de dix mille personnes étaient là présentes. Chacun pouvait voir l'heureuse enfant ravie en extase et toute transfigurée, pendant tout le temps que durait l'apparition. Dès que la Sainte- Vierge disparaissait, Bernadette redevenait ce qu'elle était dans la vie ordinaire : une pauvre petite fille, d'un extérieur simple et môme insignifiant. Elle
vit encore au moment où j'écris ceci (janvier 1870) ; elle a vingt-cinq ans, et est une sainte Religieuse dans un couvent d'Hospitalières, à Nevers.
Avant la fin de la quinzaine miraculeuse, on vit la foule des pèlerins s'élever jusqu'au nombre de quarante mille. De nombreux miracles se succédèrent, évidents comme la lumière ; et, quatre ans après, l'Évôque de Tarbes, qui avait fait faire une enquête en règle, avec toutes sortes de précautions et de sages mesures, constota officiellement cent quarante-quatre miracles, tous plus merveilleux les uns que les autres. Par Tordre de la Sainte-Vierge, une belle source avait jailli de la grotte ; et l'on peut lire dans l'histoire de Sotre-Dame de Lourdes (1) le récit de quantités de miracles tout à fait authentiques, opérés par l'eau de cette source, qu'on pourrait appeler la source de l'Immaculée-Conception.
0 bonne Vierge ! Vierge très-pure et très-sainte ! nous vous remercions de ces beaux miracles qui augmentent notre foi et consolent notre piété. Nous vous vénérons, nous vous louons, nous vous proclamons bienheureuse en votre conception immaculée ; et nous vous demandons la grâce d'une pureté sans tache, afin d'être un peu moins indignes de votre amour et de votre Cœur immaculé.
(1) Par M. H. Lasserre ; chez Palmé, rue de Grenelle. Paris.
La Médaille miraculeuse.
En 1830, comme nous le disions tout à l'heure, une bonne Sœur de charité reçut de l'infinie miséricorde de Dieu une faveur non moins précieuse que l'apparition de l'Immaculée-Conception à la petite Bernadette, de Lourdes.
Cette bonne Sœur était à l'infirmerie de la maison-* mère des filles de saint Vincent de Paul, rue du Bac, à Paris. De la tribune de l'infirmerie, qui donne dans la chapelle, elle faisait son adoration, et se tenait dans un très-profond et très-paisible recueillement, en silence, les yeux fermés. Au bout de quelques instants, elle lève la tête pour regarder le Tabernacle ; mais un spectacle aussi inattendu que céleste, se présente à ses yeux. Le fond de la chapelle disparaissait tout entier sous l'éclat d'une lumière éblouissante, au milieu de laquelle apparaissait debout, les bras un peu abaissés vers la terre, les mains ouvertes et étendues, une femme d'une beauté surhumaine. Les cheveux tombaient en arrière. Un splendide manteau d'azur, rattaché sur le haut de la poitrine, couvrait les épaules et les bras jusqu'aux mains, et retombait par derrière, comme un vêtement royal. La robe était blanche et comme lumineuse. Les pieds nus de l'apparition écrasaient la tête d'un serpent, et reposaient, comme sur un piédestal , sur un vaste globe,
figure du monde. Des deux mains s'échappaient comme des rayons ardents, comme une effusion de grâces.
Autour de la tète, brillaient douze étoiles, encore plus éclatantes que le fond de lumière sur lequel elles se détachaient. Une inscription resplendissante encadrait, pour ainsi dire, cette divine apparition, et la Sœur put lire très-distinctement ces paroles, en français: « 0 Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. »
La Vierge Immaculée (car c'était elle) lui commanda de faire frapper une médaille représentant ce qu'elle avait devant les yeux, sans y rien changer; et elle ajouta que cette médaille serait pour l'Église et pour le monde une source intarissable de grâces.
Il y eut d'abord de grandes difficultés de la part des Supérieurs religieux et ecclésiastiques; et la pauvre Sœur, traitée de visionnaire, eut beaucoup à souffrir. Ce ne fut qu'environ cinq ans après, en 1830, que la médaille miraculeuse (c'est le nom qui lui est resté) commença à être connue. Kl le se répandit bientôt de toutes parts. Elle fit, à elle seule et en peu de temps, la fortune de l'orfèvre qui, par piété bien plus que dans la pensée de faire une bonne affaire, avait consenti à en faire les frais. Au moment où ses affaires étaient le moins brillantes, l'étonnante et subite diffusion de cette petite médaille vint les relever tout à coup ; et depuis lors, cette source de grâces et de miracles n'a pas plus tari que celle de l'eau de Lourdes. Je crois qu'on serait au-dessous de la vérité en disant que, depuis 1830, la médaille miraculeuse a été répandue à plus de cent millions.
En 18G0, la sainte Religieuse qui, trente-cinq ans au-
paravant, avait été favorisée de l'apparition de Marie Immaculée, vivait encore, accablée, paraît-il, d'infirmités et de douleurs, mais pleine de mérites et de vertus. Dans le couvent même des Sa3urs de charité, elle n'était connue que d'un petit nombre.
Parmi les mille et mille prodiges dont la Médaille mi raculeuse a été l'instrument, voici, ce me semble, le plus beau et peutr-ôtre le plus éclatant. J'en*ai connu moi-même les personnages principaux, à Rome d'abord, puis à Paris.
C'était en janvier 1842. Un jeune banquier israélite, nommé Alphonse Ratisbonne, venait d'arriver à Rome, en curieux, pour y passer quelques semaines. Il s'y ennuyait déjà ; car, privé de toute religion, indifférent à tout ce qu'il voyait et entendait, il se trouvait là complètement dépaysé.
Il avait été recommandé à l'amitié de l'excellent baron Théodore de Bussières, protestant converti et très-fervent catholique. Celui-ci, décidé à donner au jeune Juif quelques bons échantilloas de Rome chrétienne, l'avait présenté à la noble famille des La Ferronnays: et là, une charmante petite fille, pieuse comme un Ange, avait obligé Alphonse Ratisbonne d'accepter et môme de mettre à son cou la Médaille miraculeuse : « Vous verrez, lui avait-elle dit en souriant, que cela vous convertira. » M. Ratisbonne n'avait pas osé refuser. Il avait même promis, un peu malgré lui, de répéter la petite prière : « 6 Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. »
Du reste, il était aussi mal disposé que possible, extrêmement ignorant en matière de religion, ne
croyant à rien, frivole et léger comme les jeunes gens riches du monde.
La nuit du 19 au 20 janvier, il vit en songe à plusieurs reprises un eigne inconnu, qu'il remarqua depuis être exactement le revers de la Médaille miraculeuse ; à savoir, un M surmonté d'une croix et entouré de douze étoiles. Il ne savait pas ce que cela voulait dire et ne se doutait pas que c'était là le prélude du prodige qui, le lendemain même, allait le sauver.
Il avait passé la matinée dans un café. M. de Bussières vint l'y prendre en voiture, pour le mener au Forum, au Colysée et à quelques autres monuments célèbres. Ils s'arrêtèrent un instant devant la modeste église de Saint- André délie Fratte, où M. de Bussières devait régler quelques détails de l'enterrement du pauvre comte de La Ferronnays, mort la veille presque subitement : « Attendez-moi ici, mon cher, dit-il à son jeune compagnon ; je reviens à l'instant. » Et sautant en bas de la voiture, il entra dans l'église.
Au bout de deux ou trois minutes, ennuyé d'attendre, Alphonse Ratisbonne descendit à son tour, voulant voir s'il y aurait par hasard quelque tableau curieux, quelque objet d'art dans cette église. Il y entra. Il n'y avait absolument personne. D'un coup d'œil, le jeune touriste eut parcouru les murailles de l'église, insignifiantes et mal tenues, et il s'avançait nonchalamment du côté droit, regardant, faute de mieux, un petit chien qui s'était glissé là.
Mais voici que le petit chien, que le pavé, que les murailles, que l'église entière disparaissait à ses yeux. Dans la seconde chapelle latérale à main gauche, une
vision éblouissante absorbe toute son attention : c'était une femme, majestueuse et incomparable, plus lumimineuse que le soleil, toute vêtue de blanc, un manteau d'azur sur les épaules, les bras étendus, les mains ouvertes, pleine d'une douceur divine. Sans savoir comment, il se trouve transporté aux pieds de l'apparition, de l'autre côté de l'église, à genoux devant la balustrade de marbre de la chapelle. Là, il essaie de relever la tête ; mais la Vierge, la Vierge de la médaille, lève à deux reprises la main droite, la lui pose pour ainsi dire sur la tête, et l'oblige à la baisser. Il put voir néanmoins les pieds nus de Marie, qui semblaient poser sur l'autel ; et ses deux mains ouvertes, abaissées vers lui, qui semblaient rayonner une lumière ardente et vivante.
Cependant M. de Bussières, ayant tout réglé à la sacristie pour la cérémonie du lendemain, rentra dans l'église, marchant d'un pas rapide, et craignant d'avoir fait attendre son compagnon.
« En mettant le pied dans l'église, me disait-il, j'eus une impression singulière. Je me disais en moi-même, sans savoir pourquoi : « Il vient de se passer ici quelque « chose d'extraordinaire. » Malgré ma vue qui est trèsbasse, j'aperçus, devant la seconde chapelle, un homme à genoux, qui me sembla être Ratisbonne. Il portait, comme lui, un paletot blanc. « Quelle folie ! » me dis-je à cette pensée. Néanmoins, je m'approchai quelque peu. Jugez de ma surprise, de ma stupéfaction : c'était lui, c'était bien lui! Il était là à genoux, immobile. J'allai à lui et lui touchai légèrement l'épaule en l'appelant par son nom. Il ne bougea pas. Je le regardai de plus près : son visage était pâle et baigné de larmes. « Ratisbonne !
5o MOIS DE MARIE
« lui dis-je vivement; mou ami, que faites-vous là? « qu'avez-vous ? qu'cst-il arrivé ? » Alors, levant la tête, il m'aperçut, se jeta dans mes bras en sanglotant : « Vite, me dit-il, vite, menez-moi à un prêtre. Là, je « vous dirai tout. Je l'ai vue : c'est Elle! Elle ne m'a « point parlé, mais j'ai tout compris ! »
« Nous remontâmes en voiture. Il pouvait à peine se tenir. J'étais presque aussi ému que lui. Je le conduisis au couvent du Gesù, dans la chambre ou plutôt dans les bras de l'excellent Père de Villefort. Lorsqu'il fut un peu remis de son émotion, il raconta tout, et répétait : « J'ai tout compris; je sais tout. Je veux être bap- « tisé ! »
En effet, son instruction religieuse, œuvre directe de la Sainte-Vierge, était toute faite ; et à mesure qu'on lui expliquait les mystères, les vérités de la foi catholique, il disait : « C'est bien; je sais cela. Elle ne ma rien dit, « mais j'ai tout compris. » — Je tiens tous ces détails de M. de Bussières lui-même.
Par l'ordre du Pape Grégoire XVI, le baptême solennel du jeune Israélite converti eut lieu huit jours après, au milieu d'une aflluence immense; et ce fut le Cardinal-Vicaire qui, au nom du Saint-Père, baptisa et confirma l'heureux privilégié de l'immaculée Vierge Marie. Le Pape voulut même constater par un décret le caractère miraculeux de la conversion d'Alphonse-Marie Ratisbonne.
Celui-ci, de retour à Paris (où j'ai eu le bonheur de le voir et de communier à coté de lui), quitta bientôt le monde pour se faire prêtre et Religieux. A l'heure qu'il est, vingt-huit ans après la céleste visite de Marie, il est
à Jérusalem, à la tête d'une fervente Communauté de juives converties.
Tels sont, mon enfant, les effets merveilleux de la protection de Marie Immaculée ; telle est la puissance de la médaille miraculeuse qui porte son image. Porte-la toujours sur toi. Ne la quitte jamais, ni jour ni nuit Donne cette médaille bienfaisante à tous ceux qui te sont chers. Pour l'amour de toi, ils la porteront; et elle leur apportera les bénédictions de la très-sainte et immaculée Vierge, Mère de Dieu.
0 Marie, conçue sans péché! priez pour nous qui avons recours à vous.
Le Scapulaire de l'Immaculée-Conception.
On appelle Scapulaire un vêtement que tout le monde portait autrefois, et qui couvre les épaules en tombant, par devant et par derrière, à une égale longueur. En latin, scapula veut dire épaule.
Le Scapulaire de la Sainte-Vierge est un petit habit que l'on porte sur la poitrine et sur les épaules, en signe de consécration à Marie. De même qu'anciennement les pages des rois, des reines et des princesses portaient leur livrée et se faisaient ainsi gloire de leur appartenir ; de même les pieux serviteurs de Marie se font gloire de porter les livrées de leur Souveraine et de leur Mère, et de se rappeler sans cesse, au moyen du Scapulaire, qu'ils se sont voués à son service.
Les deux Scapulaires les plus connus sont le Scapulaire du Mont-Carmel, de couleur brune, et le Scapulaire de l'Immaculée-Conception, de couleur bleu de ciel. Nous ne parlerons que de ce dernier, qui se rapporte plus directement à l'Immaculée-Conception de la Très-Sainte Vierge.
Le Scapulaire bleu a été révélé expressément par la bonne Vierge à la Vénérable Benincasa, fondatrice d'un Ordre de Religieuses en Italie. Le 2 février de l'année 161G, fête de la Purification, la Sainte-Vierge apparut à cette Vénérable Sœur. Elle était revêtue d'un magnifique manteau bleu de ciel, et elle lui ordonna de, revêtir toutes ses filles d'un Scapulaire de même couleur, lui promettant de protéger et de bénir d'une manière particulière tous ceux qui, en l'honneur de son Immaculée-Conception, porteraient cette livrée céleste. Elle lui montra ensuite un nombre infini de chrétiens de tout rang et de toute condition, de tout sex'e et de tout âge, revêtus de ce beau Scapulaire et comme abrités sous son manteau royal.
Bientôt la dévotion du Scapulaire de l'Immaculée- Conception, ou Scapulaire bleu, se répandit dans l'Église, et le Pape Clément X l'approuva solennellement en 1671.
Le Scapulaire bleu devint l'objet d'une grande Archiconfrérie, approuvée par le Saint-Siège et enrichie d'immenses Indulgences. Comme ces Indulgences paraissaient mêmes exhorbitantes à quelques personnes, elles furent de nouveau soumises à l'approbation du Pape Grégoire XVI, lequel les confirma par un nouveau tîécret, en date du 12 juillet 1845.
Tu sais, mon cher enfant, ce que c'est qu'une Induh
qence? C est le pardon des peines temporelles qui doivent expier nos péchés pardonnés. C'est un pardon ajouté à un autre pardon.
Lorsque, repentants de nos péchés, nous en recevons l'absolution, c'est-à-dire le pardon, au sacrement de Pénitence, l'Église, au nom et par les mérites de Jésus- Christ, nous remet nos péchés, ainsi que la peine éternelle qui leur était due. Mais il nous reste encore quelque chose à payer à la justice de Dieu ; il nous reste h expier nos péchés pardonnés ; et c'est cette expiation qu'on appelle « la peine temporelle » du péché. « Temporel » veut dire qui ne dure qu'un temps. Cette peine temporelle, on la subit ou bien en ce monde, en faisant des œuvres de pénitence, ou bien dans l'autre monde, en souffrant les redoutables peines du Purgatoire.
V Indulgence est la grâce très-précieuse et très-miséricordieuse que l'Église nous accorde au nom du bon Dieu, pour nous remettre les peines temporelles dues à nos péchés. Elle le fait, en nous appliquant les mérites surabondants de la pénitence de Notre-Seigneur, de la Très-Sainte Vierge, des Martyrs et des Saints. Ces mé\rites sont infinis ; car ils sont diviris ; et ils suppléent à ce qui manque à notre pauvreté spirituelle.
L'indulgence plénière est celle qui nous remet pleinenement, complètement toutes les peines temporelles. L'Indulgence partielle est celle qui ne nous en remet qu'une partie. L'Indulgence plénière paye complètement notre dette tout entière; l'autre n'en paye qu'une partie.
Pour gagner une Indulgence plénière ou partielle, il faut : 1° être en état de grâce, c'est-à-dire n'avoir pas de péché mortel sur la conscience ; 2° accomplir tout ce qui
est prescrit par le Pape ou par l'Évêque ; 3* avoir un véritable repentir de ses péchés, les détester tous de tout son cœur, pour l'amour de Jésus"-Christ, et être bien sincèrement résolu à les éviter le plus possible à l'avenir. Quand on est ainsi disposé, on gagne assurément les Indulgences.
Plus on en gagne, mieux cela vaut. Si l'on en gagne plus qu'il n!en faut pour payer ses propres dettes, le surplus sert aux pauvres âmes du Purgatoire et retombe dans ce grand trésor de l'Église, composé, comme nous le disions tout à l'heure, de la surabondance des mérites de Jésus -Christ, de ses Saints et de tous ses fidèles.
Ceci étant posé, écoute, mon enfant, les merveilleuses Indulgences que tu peux gagner chaque jour, à chaque instant du jour, soit pour toi-même, soit pour les âmes du Purgatoire, en t'enrôlant dans l'Archiconfrérie du Scapulaire de l'Immaculée-Conception. Outre un grand nombre d'Indulgences plénières et partielles qu'il serait trop long d'énumérer ici, le Scapulaire bleu jouit de deux privilèges qui se recommandent tout particulièrement à notre piété :
1° Ceux qui portent le Scapulaire et récitent pieusement six Pater, Ave et Gloria (en l'honneur de la Sainte- Trinité, de l'Immaculée-Conception et aux intentions du Pape pour les besoins de l'Église), gagnent, autant de fois par jour qu'ils récitent ces prières, toutes les Indulgences plénières et partielles de la Terre-Sainte; toutes les Indulgences plénières et partielles des Basiliques de Home; toutes les Indulgences plénières et partielles de la Portioncule d'Assise ; et d'autres encore. — Or, rien qu'en Terre-Sainte, le pèlerin peut gagner dans
Je courant d'une année, au témoignage de saint Alphonse de Liguori, cinq cent cinquante-trois Indulgences plénières et quatre mille sept ou huit cents ans d'Indulgences partielles. Les sept grandes Basiliques de Rome ne sont pas moins riches en Indulgences. « Ces Indulgences, disait un jour le bon Pie IX à un prêtre belge, sont si grandes, si anciennes et si nombreuses, que je ne puis pas vous les dire. Ayez l'intention de les gagner toutes; cela suffit. » Dans une seule des douze Basiliques de second ordre, nommée Sainte-Pudentienne, on peut gagner, chaque fois qu'on y va prier, trois mille années d'Indulgences, en mémoire de saint Pierre, qui a demeuré là jadis, lorsqu'il arriva d'Anlioche à Rome. Quant au Grand-Pardon de la Portioncule d'Assise, dont nous avons parlé plus haut, c'est une grâce prodigieuse, ainsi que Notre-Seigneur le disait lui-même à saint François.
Eh bien, mon petit enfant, toutes ces Indulgences, tous ces trésors de miséricorde et de pardon, tu poux les gagner chaque jour, plusieurs fois le jour, autant de fois que tu le veux, pourvu que tu portes le Scapulaire bleu et que tu récites les sixPater, Ave et Gloria Patri, aux intentions de la Confrérie. Chaque fois, c'est certainement plusieurs milliers d'Indulgences pléniorcs, et peutêtre plus de cent mille années d'Indulgences partielles. Il y a là do quoi peupler le ciel en vidant le Purgatoire. N'est-ce pas admirable? Et tout à la fois, n'est-ce pis bien facile?
Voilà la première faveur extraordinaire attachée au Scapulaire de rimmaculée-Conoepwùn.
2" La seconde n'est pas moins excellente. Après ta
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mort, toutes les Messes qui seront célébrées pour le repos de ton âme, t'apporteront l'Indulgence plénière; et, ainsi, tu seras promptement délivré des terribles flammes du Purgatoire, si tu es obligé d'y aller.
Le Scapulaire bleu doit être de laine. Il ne suffit pas de se le mettre soi-même : il faut le recevoir d'un prêtre qui a reçu de Rome ce pouvoir; quand le premier est usé ou sali, on peut tout simplement le remplacer par un autre, sans avoir besoin d'une nouvelle bénédiction. Il ne faut pas jeter les vieux Scapulaires ni les laisser traîner ; il faut les brûler. On doit porter le Scapulaire jour et nuit, soit sur sa chemise, soit par-dessous. On ne doit jamais le quitter, si ce n'est pour une raison légitime et pour un temps peu considérable.
Je ne saurais trop t'engager, mon cher enfant, à t'enrôler, dès maintenant, dans la belle Archiconfrérie du Scapulaire de l'Immaculée-Conception ; d'autant plus qu'il n'oblige à rien sous peine de péché. Quelle grâce que de porter ainsi, nuit et jour, les livrées de la Reine des Anges! Prie ta mère de te faire elle-même, s'il se peut, un beau Scapulaire bleu, et profite de la première occasion pour te faire recevoir dans l' Archiconfrérie. Tu feras bien de réciter au moins le matin et le soir les six Pater, Ave et Gloria : le matin, tu pourras garder pour toi les grandes Indulgences de la Sainte-Vierge ; le soir, tu pourras les céder aux pauvres âmes du Purgatoire, surtout à celles de tes parents, de tes amis, de tes bienfaiteurs.
J'avais donné ce beau Scapulaire à un de mes petits pénitents, excellent enfant qui persévéra jusqu'à sa mort dans la pratique de la plus aimable et de la plu
solide piété. Il s'approchait régulièrement du bon Dieu chaque semaine, récitait chaque jour sa petite dizaine de chapelet pour se recommander à la bonne Vierge, et avait grande dévotion au Scapulaire bleu. Il mourut de la fièvre typhoïde en 1858 ; et ses pieux parents voulurent qu'il emportât son Scapulaire dans la tombe. Cinq ans après, on ouvrit son tombeau, pour transporter ses restes dans un caveau de famille : de son pauvre corps il ne restait que les ossements ; les vêtements, le suaire, le chapelet, la croix," tout avait disparu, dévoré par la terre; tout, à l'exception de son cher Scapulaire bleu. Son pauvre père le recueillit en pleurant, et le conserve comme une relique; l'étoffe n'était nullement altérée; la couleur même, si délicate cependant, avait complètement résisté à l'humidité du sol, et, qui pis est, à l'horrible décomposition des chairs. Nous avons tous vu dans cette conservation inexplicable une marque de la protection de Marie Immaculée sur son bon petit serviteur.
Un jeune homme, ancien élève des Pères Jésuites, avait été, jusqu'à l'âge de vingt et un an, un modèle de piété, de pureté, de charité, de dévouement. Depuis sa petite enfance, il portait le Scapulaire de l'Immaculée- Conception, et aimait tendrement la Sainte-Vierge. Il faisait la joie de sa mère qui était veuve. Deux amis ê mondains l'entraînèrent peu à peu dans leur vie de plaisir, ^ette vie frivole devint bientôt une vie mauvaise; et le pauvre jeune homme, si bon, si ferme jusque-là, fût emporté par ses passions. Rien n'y put faire ; les larmes, les supplications, les reproches, les menaces même, tout fut inutile. Il quitta sa mère, et s'abandonna
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tellement à tous les désordres, quepuisé, usé avant l'âge, il se trouvait mourant de la poitrine, trois ans à peine après son départ.
Il était dans une maison de campagne, près de Genève. Sa pieuse mère, apprenant son état, accourut à lui, oubliant tout. Elle le soigna comme savent soigner les mères. Le voyant en danger, elle lui parla doucement de la nécessité de se réconcilier avec le bon Dieu ; mais L'âme était encore plus malade que le corps, et le pauvre prodigue répétait froidement: « Ne me parlez pas de cela. C'est inutile. J'en ai trop fait. J'ai trop abusé. » A deux reprises, il avait durement repoussé le prêtre. Tout semblait perdu.
Sa mère eut l'inspiration de lui parler de son ancien amour pour la Vierge Immaculée, de sa pieuse enfance, de sa première Communion, a Où est ton Scapulairo? » lui demanda-t-elle. Le pauvre mourant lui . montra du doigt un tiroir et une boîte. La mère prend le Scapulaire, le baise, fait une ardente prière à la Vierge Immaculée, Mère de Dieu, et supplie son enfant de la laisser lui passer au cou ce cher souvenir. Il ne répond pas; mais il se laisse faire. A peine se trouve-t-il revêtu de ia livrée de la Sainte-Vierge, que son cœur s'attendrit; ses yeux se remplissent de larmes; il se met à sangloter et . à demander tout haut pardon au bon Dieu. C'en était fait: la Vierge avait sauvé son enfant. Il se confessa, communia avec des sentiments d'humilité et de repentir qui attendrissaient tous les assistants ; elle lendemain, il mourut paisiblement entre les bras de sa mère, en murmurant les noms de Jésus ot de Marie.
Et c'est ainsi que pendant la vie, à l'heure de la mort,
par delà mémo le tombeau, les enfants de la Vierge sainte sont bénis de Dieu et comblés do grâces.
L'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires.
Jo te disais l'autre jour, mon enfant, qu'un des grands signes qui rattachent notre siècle au mystère de l'Immaculée-Conception de la Sainte-Vierge, c'est TArchiconfrérie de Notre-Dame des Victoires. Voici par quels prodiges cette sainte Arcbiconfrérie a commencé. Tout ce que je vais te dire, je le tiens de la bouche môme du vénérable M. Desgenettes, ancien curé de la paroisse de Notre-Dame des Victoires, à Paris.
Voici ce qu'il me raconta un jour : « C'était au mois do décembre 1836, aux environs de la féte do Tlmmaculée-Conception. J'étais depuis quelques temps curé de Notre-Dame des Victoires. Ma pauvre paroisse était dans un état pitoyable: près de dix-huit mille habitants; jamais personne à l'église; trente ou trente-cinq femmes à la Grand'Messe, le dimanche; pas un seul homme faisant ses pâques, pas un seul ! J'étais désolé.
« Le découragement mie gagna; et, craignant que mes péchés ne fussent la cause do ce triste état de choses, je me décidai à donner ma démission.
« Un jour donc de décembre, c'était un vendredi, fêtais plus triste, plus abattu que de coutume. Je commençai la Messe, seul avec mon petit servant. Arrivé au
Sarictus, un trouble extraordinaire s'empara de moi, si bien que je fus obligé de m'arrêter. J'allais continuer la Messe, lorsque tout à coup, j'entends une voix, forte et distincte, qui me dit : « Consacre ton église et ta paroisse « au très-saint et immaculé Co'urde Marie! » Stupéfait, je me retourne vivement : il n'y avait personne. L'enfant de chœur jouait tranquillement avec ses doigts. « C'en est « fait, me dis-je; voici que je deviens fou. Plus de doute : « il faut aujourd'hui même que j'aille porter ma démis- « sion à Mgr l'Archevêque. » Un peu tranquillisé par cette détermination, je terminai la sainte Messe, sans trop penser à l'étrange voix que j'avais entendue.
«J'allais faire mon action de grâces; j'étais tout seul dans les stalles du chœur. Je m'apprêtais à me lever; j'avais même déjà un genou en l'air, lorsque la même voix, plus forte encore et plus distincte, me répète d'un ton de commandement qui me donne le frisson : « Con- « sacre ton église et ta paroisse au très-saint et immaculé « Cœur de Marie. »
«Cette fois, jetais vaincu. Ce n'était point une illusion. J'avais bien entendu; l'ordre m'était donné de reprendre courage. Chose bizarre! je n'avais jamais eu le moindre goût pour cette dévotion dtu saint et immaculé Cœur de Marie. Elle m'avait toujours paru puérile, presque ricicule.
« Je retombai à genoux, plein de reconnaissance et d'émotion ; et après une longue prière, je rentrai chez moi, résolu à écrire, sans plus tarder, les Statuts d'une Confrérie de Notre-Dame des Victoires, en l'honneur du très-saint et immaculé Cœur de Marie, pour la conversion des pécheurs.
MOIS DE MARIE ôl
« Je me mis à l'œuvre, et moi, qui ai toujours eu le travail difficile, je fus tout étonné d'écrire d'un seul trait, sans aucune rature, les Statuts en question. Une puissance invisible conduisait évidemment ma main. Ce sont les mêmes Statuts qui existent aujourd'hui et qui ont été approuvés par le Saint-Siège. Je n'en revenais pas. Je demandai 4 la Sainte-Vierge de me donner une preuve que tout cela venait de Dieu. « Si Mgr l'Arche- « vêque approuve la Confrérie et les Statuts, me dis-je, « ce sera le signe de la volonté de Dieu. »
« J'allai le jour même à l'archevêché, craignant un peu que Mgr de Quélen ne se moquât de moi et de mon idée. Je n'osai lui parler de la voix mystérieuse que j'avais entendue à deux reprises ; je me contentai de lui soumettre le projet de Statuts. A mon grand étonnement, l'Archevêque, sans réfléchir un instant, me dit: «Mon cher «curé, non-seulement j'approuve cette Confrérie, «mais je vous ordonne de rétablir; et je veux que « vous commenciez dès dimanche prochain. » Nous étions au vendredi. Je partis, plus surpris encore que joyeux.
« Le surlendemain, dimanche, j'annonçai en chaire, à la Grand'Messe, aux trente ou quarante bonnes femmes qui composaient tout l'auditoire, que le soir même commenceraient les réunions de la Confrérie du très-saint et immaculé Cœur de Marie, pour la conversion des pécheurs. Au fond du cœur, malgré moi, je n'y avais guère confiance.
« En descendant, je trouve, au pied de la chaire, un monsieur, enveloppé dans son manteau, que je n'avais point vu en montant; il m'aborde et me demande, chose
alors inouïe ! où et quand je pourrai entendre sa confession.
« Le soir, le cœur me battait. « Je ne vais trouver per- « sonne à 1 église, me disais-je en m'y rendant. Nous «allons faire une triste figure avec notre Confrérie ! » Quelle ne fut pas ma surprise, lorsqu'en entrant, je trouve ma pauvre église presque pleine; et il y avait plus d'un tiers d'hommes, de jeunes gens, de messieurs. Je n'en pouvais croire mes yeux. Je lus et expliquai les Statuts. On chanta les Litanies de la Sainte-Vierge ; et voici qu'arrivé au verset « Refugiwn peccatorum, or a pro nobis, » une émotion extraordinaire s'empare de toute l'assemblée ; sans s'être donné le mot, tout le monde tombe à genoux et répète trois fois, avec un ensemble et une ferveur admirables, la touchante invocation : « Refugium peccatorum, ora pro nobis! Refuge des pécheurs, priez pour nous! » Je pleurais comme un enfant.
« L'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires était fondée.
« Le lendemain, je demandai cependant à la Sainte- Vierge, un nouveau, un dernier signe: la conversion d'un vieux pécheur endurci, qui se mourait sur ma paroisse. Il avait quatre-vingt-six ans; il était aveugle et paralysé. Six fois déjà, je m'étais présenté chez lui, et six fois il m'avait refusé sa porte. Je m'y rendis de nouveau; et cette fois, malgré sa femme, malgré ses serviteurs, je pénétrai jusqu'au salon. Pendant que j'essuyais les rebuts et les injures de la vieille dame, j'entendis, à travers une porte entr'ouverte, la voix du malade- qui disait à sa femme : « Pourquoi ne pas laisser entrer M. le
u curé! Il est dans son droit; il fait son devoir. Je veux « qu'il entre. »
« J'entrai aussitôt, et je m'assis près du lit du vieillard. Après quelques échanges de politesse, il dit à sa femme, fort étonnée : « Qu'on me laisse seul avec M. le « curé. J'ai à lui parler. » Remarquant qu'il cherchait quelque chose sur son lit, je crus qu'il voulait sa tabatière. « Est-ce là ce que vous cherchez, monsieur? lui « dis-je en la lui présentant. — Non, monsieur le curé, «répondit-il. C'est votre main que je cherche. — Oh! « monsieur, lui dis-je tout ému, la voici, et de bien bon « cœur. » Il me prit alors la main, et la portant à ses lèvres, il la baisa avec un touchant respect; je sentis en même temps deux grosses larmes brûlantes qui tombaient sur ma main. « Monsieur le curé, reprit le pauvre « malade, il y a longtemps que je désire me confesser. « Je suis un grand pécheur. Je n'ai point pratiqué depuis « plus de soixante ans. Veuillez m'entendre. » Et il se confessa, et il reçut les derniers sacrements avec de grands sentiments de foi et de confiance. Il vécut encore six semaines, bénissant la Sainte-Vierge de son retour au bon Dieu; et il mourut très-chrétiennement, après avoir demandé humblement pardon à sa femme, à ses trois fils, à ses amis et à ses serviteurs, rassemblés par ses ordres autour de son lit de mort. Telle fut, dit en finissant le bon curé, la première conquête de Notre-Dame des Victoires. »
Depuis ce temps, le sanctuaire et l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires sont devenus un foyer, de jour en jour plus ardent, de grâces et de bénédictions divines. Des miracles sans nombre, des conversions
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presque désespérées, des guérisons subites, montrent sans interruption que la Sainte-Vierge Immaculée a choisi ce lieu pour y faire éclater sa miséricorde toute-puissante. Nous en reparlerons plusieurs fois durant ce mois de Marie.
En attendant, faisons-nous tous inscrire sur les registres de l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, et recommandons avec confiance au très-saint et immaculé Cœur de Marie, la conversion des pécheurs à qui nous portons intérêt, la guérison de nos malades, la sanctification de nos âmes, la bénédiction de nos projets.
Si tu vas jamais à Paris, ne manque pas, cher enfant, d'aller prier dans ce béni sanctuaire de Notre-Dame des Victoires. De même qu'il y a par-ci par-là des volcans par où le feu souterrain s'échappe au dehors, embrasant tout sur son passage ; de même, dans la sainte Église, il y a des volcans de grâces, qui sont les sanctuaires privilégiés de la Mère de Dieu. Celui de Notre-Dame des Victoires est certainement l'un des plus puissants, des plus féconds, des plus riches.
0 bonne Vierge, Notre-Dame des Victoires, soyez-nous miséricordieuse! Obtenez-nous le pardon de nos péchés, la grâce d'une pureté sans tâche, d'une vie chrétienne et innocente. Donnez-nous la persévérance, et couronnez d'une bonne et sainte mort la bonne et sainte vie que nous voulons mener, avec l'aide de votre amour maternel. Notre-D.ane des Victoires ! priez pour nous.
La sainte enfance de MARIE à Nazareth et au Temple de Jérusalem.
L'Évangile ne nous dit rien de la naissance ni de l'enfance de la Très-Sainte Vierge. La raison de ce silence est très-simple et très-profonde : plus les diamants et les rubis sont parfaits, plus la pierre qui les enveloppe est dure, est impénétrable. Ils sont là, cachés au sein de ce roc, et d'autant plus cachés qu'ils ont plus de valeur. La Vierge Marie, la pierre précieuse par excellence, a dû, pour ce motif, demeurer cachée aux regards des créatures, tant qu'il n'a pas été nécessaire qu'elle leur fût montrée ; ce qui n'a eu lieu qu'au moment de l'Annonciation, c'est-à-dire au moment où le Fils de Dieu, Jésus-Christ notre Sauveur, s'est incarné dans son sein et est devenu son Fils. Jusque-là Marie a été cachée et a dû rester cachée au monde.
Dieu et ses Anges jouissaient seuls de la vue de ce trésor. Vrai trésor de grâces, rien ne pouvait lui être comparé, ni sur la terre ni dans les cieux.
En effet, les Saints et les anciens Docteurs de l'Église nous apprennent que, dès le premier moment de son existence, cette future Mère de Dieu, cette petite Enfant tout immaculée, a reçu du bon Dieu des grâces si grandes, si prodigieuses, qu'elle se trouvait dès lors plus sainte, plus sanctifiée que tous les Anges et tous les Ar-
changes, que tous les Chérubins et tous les Séraphins.
Ils nous apprennent encore que la Sainte-Vierge, toute petite enfant qu'elle était, avait déjà une Ame parfaite, capable d'adorer, d'aimer, de louer le bon Dieu ; et qu elle correspondit pleinement aux grâces immenses que le bon Dieu lui donnait, lui donnait encore, lui donnait sans cesse. Et plus elle était fidèle à y correspondre, plus le bon Dieu se plaisait à augmenter, à doubler, à centupler ces grâces admirables. De sorte que la sainteté de la petite Marie était déjà un abîme incompréhensible, que les Anges admiraient et vénéraient, sans pouvoir en pénétrer les profondeurs. Juge, mon cher enfant, de ce qu'a été à la fin cette sainteté toujours croissante! Dieu seul peut la comprendre.
Marie naquit à Nazareth, petite ville, jusque-là inconnue, de la Terre-Sainte. Elle descendait de la tribu de Juda et de la race royale de David. Dans son berceau, la douce et sainte petite Marie était comme l'aurore de Jésus-Christ; la petite enfant de Nazareth annonçait le petit enfant de Bethléem. Depuis la création du monde, rien de plus grand, rien de plus sacré n'avait encore paru sur la terre. Dieu le Père voyait d'avance en elle sa future Épouse, la Mère de son Fils unique; Dieu le Fils voyait et chérissait d'avance en elle sa future Mère; et PEsprit-Saint, qui, depuis le moment de sa conception immaculée, habitait en elle et la comblait de grâces, comme nous l'avons dit, l'Esprit-Saint faisait déjà en elle ses délices. Les neuf chœurs des Anges l'admiraient en silence, et vénéraient dans cette humble petite enfant leur grande Reine et la future Souveraine des Cienx.
MOIS DI-: MAHJE 67
Le bon saint Pascal Baylon, dont nous avons parlé précédemment, avait une dévotion extraordinaire à la sainte enfance de Marie. Aux approches des deux belles fêtes de l'Immaculée-Conception et de la Nativité de la Sainte-Vierge, on le voyait plein de joie et de ferveur, et comme ravi en extase. S'il venait à rencontrer quelque novice de son couvent ou quelque autre jeune Frère: « Viens, viens ici, mon Frère, s'écriait-il ; et mets-toi à genoux. Crois- tu en Dieu? Alors dis comme moi : « Bénie, louée, glorifiée, exaltée soit la Conception immaculée, ou bien la Nativité de notre chère petite enfant! » Et il entraînait tout le monde à la grande petite Sainte-Vierge.
Les anciennes traditions nous apprennent que la petite Marie fut conduite au Temple de Jérusalem, à l'âge de trois ou quatre ans, et qu'elle y fut élevée dans la sainteté, dans le travail et dans le silence, jusqu'à l'âge de treize ou quatorze ans. «< La Sainte- Vierge, n'étant encore âgée que de trois ans, dit le bon saint François de Sales, fut apportée une partie du chemin de Nazareth en Jérusalem, pour être offerte à Dieu en son Temple; et l'autre partie, elle vint avec ses petits pieds, étant néanmoins toujours aidée de ses parents; car, quand le bienheureux sai«it Joachim et sainte Anne trouvaient quelque plaine, ils la mettaient à terre pour la faire marcher, à cause de la complaisance qu'ils prenaient à lui voir former ses petits pas. Et alors cette glorieuse Enfant du ciel élevait ses petits doigts pour prendre leur main, crainte de faire quelque faux pas. Mais dès qu'ils rencontraient quelque chemin raboteux, ils la prenaient entre leurs bras.
« 0 Dieu, que j'aurais voulu voir ce voyage! Les Anges
contemplaient avec ravissement cette Sainte- Vierge, laquelle étant parvenue au Temple, monta joyeusement les quinze degrés de l'autel ; car elle venait, avec un amour non-pareil, se donner, dédier et consacrer à Dieu sans réserve. Et il semble que si elle eût osé, elle eût dit à ces saintes femmes qui élevaient les filles que l'on dédiait à Dieu dans le Temple : « Me voici entre vos mains » comme une boule de cire; faites de moi tout ce qu'il » vous plaira; je ne ferai nulle résistance à votre vo- » lonté. » Aussi était-elle si soumise, qu'elle se laissait tourner à toute main, sans témoigner aucune volonté ni aucune répugnance à chose quelconque, se rendant si condescendante, qu'elle ravissait tous ceux qui la voyaient. »
Deux anciens Pères de l'Église, saint Ambroise, Évêque de Milan, et saint Epiphane, Évoque de Salamine, rapportent que, dans le Temple, la jeune Vierge Marie était un modèle accompli de douceur, de bonté, de docilité, de recueillement, de charité. Ses regards étaient pleins de candeur ; son maintien, modeste et grave. Son vêtement, très-simple, était de laine blanche. Elle mangeait peu ; elle ne dormait que ce qu'il fallait pour réparer ses forces. Toujours en prières, elle parlait sans cesse à Dieu au fond de son cœur, et le moins possible aux créatures. Elle pratiquait d'avance tout ce qu'un jour son adorable Enfant-JÉsus devait pratiquer sous ses yeux dans la retraite de Nazareth.
0 mon enfant, que voilà bien, pour toi, un beau modèle ! Enfant de la Sainte-Vierge, imite ta Mère, ta trèssainte Mère. Imite-la dans l'innocence de son enfance ; imite-la dans son amour pour le bon Dieu. Comme elle,
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habitue-toi à beaucoup prier de cœur, à marcher joyeux et recueilli eu présence de ton Dieu, à obéir en toutes choses à ton père, à ta mère, à tes maîtres. Habitue-toi à faire de petites pénitences à table, à ne pas trop parler, à ne te moquer de personne, à te faire aimer de tout le monde.
Mais ce que je te recommande surtout, en présence de Marie enfant, c'est la prière et l'amour du bon Dieu. Un jour, une petite fille de huit ou neuf ans, que je connais, était seule dans sa chambre. Sa mère entra. L'enfant qui était à genoux se leva aussitôt et se mit à rougir. « Que faisais-tu là, ma petite? lui dit doucement sa mère. — Maman, je priais le bon Dieu. — Tu n'avais donc pas fait ta prière, ce matin? — Si, maman. — Alors, pourquoi priais-tu le bon Dieu? — Parce que je l'aime, » répondit naïvement la chère petite. Sa mère l'embrassa en silence et sortit bien vite pour cacher ses larmes de joie.
C'est qu'en effet l'amour de Dieu produit nécessairement l'amour de la prière ; on ne prie bien le bon Dieu que quand on l'aime ; et on ne l'aime bien que quand on le prie, quand on le prie souvent et du fond du cœur.
Fais-en autant, mon enfant chéri, et marche courageusement sur les traces de la Sainte-Vierge Marie.
La Sainte- Vierge et l'Ange Gabriel
La Vierge Marie avait été retirée du Temple pour être fiancée à son parent, saint Joseph, descendant, comme elle, de la tribu de Juda et de la race royale de David. Elle avait alors environ quatorze ans. On ignore l'âge qu'avait saint Joseph ; comme il vécut encore vingt-cinq ou trente ans, il est probable qu'il était dans la force de l'âge. Il gagnait sa vie du travail de ses mains et était charpentier de son état. Il demeurait à Nazareth, ainsi que la famille de la Sainte-Vierge.
La petite maison où demeuraient Marie et Joseph existe encore. C'est une bien précieuse relique. Lorsque les Turcs furent définitivement maîtres de la Terre- Sainte, après les Croisades, en 1291, elle a été transportée miraculeusement par les Anges, de Nazareth en Italie où elle est devenue, sous le nom de la Santa-Casa (c'est-àdire la Sainte-Maison), un des pèlerinages, un des sanctuaires les plus célèbres du monde chrétien. Autour d'elle s'est élevée une charmante petite ville qu'on a nommée Loretta, parce qu'autrefois il y avait là un bois de lauriers. La célèbre Basilique de Notre-Dame de Lorette protège et renferme la Sainte-Maison de Nazareth qui, comme une relique insigne, est enfermée dans un insigne reliquaire. Il s'est passé là, et il s'y passe, chaque année, une quantité de miracles.
A Nazareth, cette maison de la Sainte-Vierge et de
saint Joseph était adossée au flanc d'une colline, de sorte que, d'un côté, elle communiquait avec la rue, et de l'autre, avec une espèce de grotte, creusée dans le roc de la montagne.
C'est dans cette grotte que, le 25 mars, se trouvait en prière, toute ravie d'amour, la très-sainte et très-pure Vierge Marie, qui se préparait ainsi, sans le savoir, à devenir la Mère de son Dieu.
Tout à coup la grotte se remplit d'une lumière divine. Marie se lève. Un Ange resplendissant, revêtu d'une forme humaine, se présente devant elle, plein d'une respectueuse vénération. C'était l'un des chefs de l'armée céleste, le plus grand, le plus puissant après saint Michel. C'était l'Ange de l'Incarnation, l'Ange Gabriel. Ambassadeur du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il ve nait demander à la Vierge Immaculée son consentement, libre et volontaire, aux grandes choses que Dieu voulait faire en elle, par elle et avec elle. Il venait lui demander de vouloir bien devenir la Mère de Dieu. On voit encore à Nazareth, dans cette grotte sacrée, où le Fils de Dieu s'est fait homme et où la Vierge est devenue sa Mère, la place où se tenait l'Ange et celle qu'occupait Marie.
« Je vous salue, ô pleine de grâce, lui dit le céleste ambassadeur; le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes. »
En entendant ce salut, la Sainte-Vierge demeura comme interdite; et sans répondre, elle cherchait en elle-même ce que cela pouvait signifier. Elle, si humble, si petite à ses propres yeux ; se trouver ainsi saluée, vénérée par un Ange !
« Ne craignez point, ô Marie ! reprit alors le bienheureux Gabriel ; ne craignez point ; car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous allez concevoir et enfanter un Fils ; et ce Fils, vous l'appellerez Jésus. Il sera grand ; il aura pour nom le Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera la royauté de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. »
« Comment cela pourra-t-il se faire?» dit avec douceur la Très-Sainte Vierge. Quoique fiancée à saint Joseph, elle avait fait vœu de virginité, c'est-à-dire vœu de demeurer toujours consacrée à Dieu seul, comme sjpnt maintenant nos Religieuses et nos Religieux. Même pour devenir la Mère du Sauveur du monde, la très-fidèle Marie ne voulait pas manquer à Son vœu.
L'Ange Gabriel la rassura en lui disant : « C'est le Saint-Esprit qui va descendre en vous, et vous envelopper tout entière. Aussi le Saint qui naîtra de vous sera-til nommé le Fils de Dieu. » Et, pour lui prouver le miracle qui allait s'opérer en elle, par un autre miracle du même genre que Dieu avait opéré déjà, il ajouta : « Voici que votre cousine Elisabeth vient, elle aussi, de concevoir un fils, malgré sa vieillesse. Rien n'est impossible à Dieu. » Sainte Elisabeth, mère de saint Jean-Baptiste, Précurseur de Jésus-Christ, avait, en effet, soixantequinze ans ; et, à moins d'un miracle, et d'un grand miracle, il était impossible à une femme de cet âge de devenir mère ; aussi impossible qu'à une chaste vierge, exclusivement consacrée à Dieu.
Pleinement rassurée et voyant clairement que telle était la volonté de Dieu, la très-sainte Marie donna alors
son consentement au mystère de l'Incarnation. « Je suis la servante du Seigneur, dit-elle à l'Envoyé de Dieu ; qu'il me soit fait selon votre parole. »
Et l'Ange disparut; et le Saint-Esprit, l'Esprit Créateur et Sanctificateur, opéra dans le sein de la Vierge l'adorable , l'incompréhensible mystère de l'Incarnation , c'est-à-dire du Fils de Dieu fait homme. En union avec le Père céleste, qui lui communiqua sa fécondité divine, la Bienheureuse Vierge Marie devint Mère du Fils de Dieu, de la seconde personne de la Sainte-Trinité.
Le Verbe éternel, le Fils de Dieu, prit en son sein virginal un corps, semblable au nôtre, quoique bien plus parfait. Sa divinité, unie désormais à l'humanité que venait de lui donner Marie, accomplit le mystère de l'Incarnation Le Fils do Dieu, vrai Dieu comme le Père et le Saint-Esprit, devint le vrai Fils de Marie ; et Marie, ainsi que nous l'avons dit déjà, devint la vraie Mère du Fils de Dieu, la Mère de Dieu.
Oh, quel beau ciboire ! quel merveilleux Tabernacle ! En Marie reposait corporellementle bon Dieu. Son cœur était le lieu de délices du Roi du ciel, du Verbe incarné. Possédant Dieu, elle était comme un ciel vivant, autour duquel tous les Anges étaient en perpétuelle adoration. Et, à elle seule, la Vierge, Mère de Dieu, adorait son Seigneur et son Fils plus parfaitement mille fois que tous ces bienheureux Anges; elle l'aimait d'un amour incomparablement plus ardent; et c'était, pour aifisi dire, à travers Marie que le bon Dieu contemplait dorénavant le ciel, la terre, les hommes, toutes les créatures. A cause de sa Mère, il les aimait et les bénissait.
Quand nous communions, nous avons, ô prodige ! ab-
solument ce même bonheur : nous possédons corporellement en notre corps le Fils de Dieu et de Marie, le même Verbe éternel qui s'est incarné dans ses chastes entrailles. Oh ! la grande, la divine chose que la trèssainte Communion ! Si nous avions une foi vive, nous ne pourrions point passer un seul jour sans communier.
Le Fils de Dieu demeura pendant neuf mois ainsi renfermé et voilé dans son cher Tabernacle. Juge, mon petit enfant, combien il dut sanctifier sa Mère, déjà si sainte, si divinement parfaite ! N'aimeras-tu pas à l'avenir la bonne Vierge, plus encore que par le passé ? Sois pour elle un ange Gabriel plein de respect, plein de tendresse ; et aime à répéter, cent fois le jour, le salut que Gabriel lui apporta de la part de Dieu et de ses Anges, cette belle prière de Y Ave Maria, que je vais tâcher de t' expliquer un peu.
L'Ave Maria.
VA ve Maria, ou Salutation arigélique, est la plus belle,, la plus simple, la plus suave, la plus populaire, la plus ancienne, la plus vénérable de toutes les prières que nous puissions adresser ici-bas à la Mère de Dieu.
Elle est composée de deux parties : la première est tirée des paroles mêmes de l'Évangile ; la seconde, ainsi que nous l'avons dit plus haut, est une invocation sortie du cœur de l'Église, comme^protestation contre les blas-
phèmes de Nestorius. La première partie est évangélique ; la seconde est catholique. Toutes deux viennent du Saint-Esprit, parlant par la bouche de l'Ange Gabriel, au jour de l'Annonciation ; de sainte Elisabeth, au jour de la Visitation; et de l'Église tout entière, au sortir du Concile d'Éphèse.
La Salutation angélique est, après le Pater, la plus excellente de toutes les prières que puisse réciter un chrétien. Elle est tout spécialement chère au cœur de la Très- Sainte Vierge, ainsi qu'elle l'apprit elle-même un jour à sa bien-aimée fille et servante sainte Mathilde.
« Ma fille, lui dit la Mère de Dieu, rien ne saurait donner une plus grande joie à mon cœur que le salut qui m'a été fait, de la part du ciel, par la voie de l'Ange.
» Lorsqu'on me dit : « Ave, Maria. Je vous salue, Marie, ». je me souviens de l'honneur que Dieu me fit de m'envoyer par son Ange un salut si plein d'amour.
» Lorsqu'on ajoute : « Gratta plena, pleine de grâce, » je me souviens des grâces surabondantes dont il daigna me remplir pour me disposer à être la Mère de son Fils unique.
» Quand on dit ensuite : Dominas tecum, le Seigneur est avec vous, » je me souviens de cette grande merveille qui a étonné toute la création, lorsque le Verbe éternel a voulu s'anéantir en moi, et naître dans mon sein dans le temps, comme il naît du sein de son Père dans l'éternité. Et ainsi, il est aussi réellement mon Fils unique, qu'il est le Fils unique de son divin Père.
« Quand on ajoute : « Benedicta tu in mulieribus, vous êtes bénie entre toutes les femmes, » j'ai en vue toutes les bénédictions, toutes les louanges qui me sont adres-
sées au ciel et sur la terre, à cause de ma dignité de Mère de Dieu.
«Aces mots: « Benedictus fructus ventris tut, Jésus; Jésus, le fruit de vos entrailles est béni, » on renouvelle en mon cœur la joie que j'éprouve d'être si intimement unie au Fils de Dieu ; et Ton me rappelle qu'il sera éternellement vrai que je suis sa Mère et qu'il est mon Fils, et qu'ainsi j'ai, moi seule, plus de droit de le posséder que toutes les créatures ensemble.
« Par les paroles qui suivent et que l'Église me fait adresser par tous les fidèles, je me reconnais obligée d'avoir compassion des pauvres pécheurs, obligée de les aimer et de prier pour eux : ils ont été l'occasion de mon bonheur ; car je n'aurais pas été la Mère du Sauveur, s'il n'avait pas fallu les sauver. » Ainsi parla la Très- Sainte Vierge à sainte Mathilde.
A une autre grande Sainte, à la Bienheureuse Gertrude, elle dit : « Toutes les fois que, sur la terre, une âme récite pieusement Y Ave Maria, je répands comme une nouvelle rosée de joie sur les Anges et sur les Saints ; et en même temps cette âme reçoit un grand accroissement des trésors spirituels dont l'Incarnation du Fils de Dieu l'avait déjà enrichie. »
Un jour que sainte Gertrude était tellement malade qu'elle ne pouvait, selon son habitude, réciter les cent cinquante Ave Maria de son rosaire, elle eut l'idée de dire au moins les premières paroles : Ave Maria, et de saluer ainsi cent cinquante fois la bonne Vierge. Celle-ci daigna lui apparaître, tenant en ses mains une couronne de cent cinquante magnifiques roses ; elle la lui mit sur la tète, en lui disant : « Ces deux courtes paroles m'ont
été aussi agréables que si tu m'avais adressé, chaque fois, la Salutation angélique tout entière ; car tu as fait ce que tu as pu. »
Tous les Saints ont singulièrement aimé cette belle prière de Y Ave Maria. Saint Alphonse de Liguori, qui aimait tant la Sainte-Vierge, avait l'habitude de la saluer par un Ave Maria, toutes les fois qu'il entendait sonner l'heure. «Un seul Ave Maria, disait-il, vaut plus que le monde entier. »
L'Église, qui en connaît le prix et l'efficacité, a inspiré à tous les prédicateurs de commencer leurs instructions et exhortations, en récitant à genoux, avec tout le peuple, un Ave Maria. Cette belle petite prière est comme une rosée qui, tombant du ciel dans l'âme du fidèle, la prépare admirablement à recevoir avec fruit la semence de la parole de Dieu. Luther, le chef du protestantisme, est le premier qui osa attaquer cette pieuse coutume.
On raconte, au sujet de Y Ave Maria, un trait aussi original que touchant, dans la vie de saint Thomas d'Aquin, l'un des plus admirables Docteurs de l'Église, au treizième siècle. Il était encore tout petit enfant. Sa mère, grande dame napolitaine, l'emmena un jour avec elle au bain, sur les bras de sa nourrice. Celle-ci l'ayant posé à terre pour s'occuper du service de sa maîtresse, le petit Thomas ramassa, sans qu'on s'en aperçût, un papier qui se trouvait là on ne sait comment. Quand la nourrice revint pour le déshabiller et le porter dans le bain, où l'attendait sa mère, elle voulut lui ouvrir la main et lui enlever ce papier. Mais l'enfant se mit à crier, à pleurer de toutes ses forces ; et il serra si bien ses petits doigts , • qu'il fut impossible de lui ôter son papier. Pour ne pa&
le contrarier davantage, elle dut le mettre dans l'eau avec son petit poing fermé, l'essuyer au sortir du bain, le rhabiller et le reporter à la maison, toujours son papier serré dans la main.
La mère voulut alors, à toute force, savoir ce qu'était ce papier ; et, malgré les cris et le désespoir du cher pelit, elle parvint à lui ouvrir la main. Quelle fut sa surprise, lorsqu elle vit que le fameux papier ne contenait autre chose que la Salutation angélique! A partir de ce jour, quand le petit Thomas, pour une raison ou une autre, se mettait à pleurer, il suffisait, pour le calmer et le consoler, de lui donner son papier de VAve Maria; dès qu'il l'avait reçu, il le mettait dans sa bouche et cessait de pleurer. Tout le monde vit dans ce fait extraordinaire une marque de la grande sainteté du futur Docteur de T Église, lequel aima toujours d'un amour vraiment angélique la Très-Sainte Vierge, Mère de son Dieu. Tout jeune encore, il renonça aux richesses et aux grandeurs qui l'attendaient dans le monde, pour se consacrer au bon Dieu dans l'Ordre de Saint-Dominique, voué au culte et à l'amour de Marie.
VAve Maria a.éié, il y a quelquesannées, le moyen dont le bon Dieu s'est servi pour attirer à son Église une jeune tille de quatorze ans, élevée dans une secte protestante, et qui ne connaissait l'Église catholique que par les mille préjugés, les mille calomnies des livres protestants. Elle s'appelait Mina, et appartenait à une opulente famille anglaise. Un petit livre de prières catholiques tombe par hasard entre ses mains. Elle l'ouvre et y lit VAve Maria, qui lui était complètement inconnu , les protestants nyant pour parti-pris de mettre de coté, dans leur chris-
tianisme disloqué, tout ce qui touche à la sainte Mère de Jésus-Christ.
Cette gracieuse et naïve prière charme la jeune fille, la touche étrangement, si bien que tous les mots qui la composent se gravent en sa mémoire et viennent, comme d'eux-mêmes, se placer à tout propos sur ses lèvres. Dans la joie qu'elle en ressent, elle en parle autour d'elle, à ses parents, à ses amies. On commence par rire de son engouement pour une prière catholique. Puis on la blâme sévèrement : « Le culte de la Vierge, lui dit-on, est une idolâtrie. » Mina détend, comme elle peut, son Ave Maria, et y demeure fidèle malgré tout. Plus elle le dit, plus elle est heureuse.
De la raillerie et de la critique on en vient aux mauvais traitements. On taxe son obstination d'insulte à la religion de sa famille, de révolte contre l'autorité paternelle. La pauvre jeune fille s'efforce de repousser ces durs reproches, non par des raisonnements, mais par une douceur, un zèle , une application qu'on ne lui a jamais connus et qui la surprennent elle-même; et elle continue instinctivement à saluer Marie, en récitant souvent la sainte et angélique prière. Elle y puise insensiblement je ne sais quelle secrète antipathie contre le protestantisme, ainsi qu'une aspiration de plus en plus ardente vers la vérité.
Elle en était là, lorsqu'arriva le mois de mai, le mois de Marie. Une belle messe en musique devait être exécutée dans une église catholique du voisinage. Excellente musicienne, Mina obtient de ses parents la permission d'y assister, comme à un concert. Elle avait alors près de seize ans. « Je ne l'oublierai jamais, écrivit-elle
depuis; moi qui d'ordinaire me tenais si fièrement debout, moi qui n'avais jamais consenti à m'agenouiller sur les banquettes rembourrées qu'on avait coutume de m'offrir au temple protestant; à peine à l'église, je tombai prosternée, et, pendant tous les chants de cette Messe, je me tins à genoux sur une simple planchette de bois. J'écoutai ensuite, dans un profond recueillement, les paroles du prédicateur. C'était le premier sermon qui parlait à mon âme.
« A dater de ce moment, au dégoût que je ressentais déjà pour le protestantisme se joignit un véritable amour pour l'Eglise catholique. Jusque-là j'aimais passionnément les bals, la toilette et les vanités du monde; je n'y trouvai plus le moindre attrait. «Mon Dieu, me disais-je souvent, ces plaisirs ne sont certainement pas le but pour lequel vous m'avez créée. » — Et la jeune fille récita avec plus d'attrait, avec plus d'amour que jamais son Ave Maria, son unique trésor spirituel.
Peu après, son père vint à mourir, et sa mère l'amena en France. Le premier soin de Mina fut d'aller s'éclairer auprès d'un prêtre catholique fort distingué. On devine le reste. Bientôt, complètement instruite de la vérité et de la beauté de la foi catholique, Mina, heureuse conquête de Y Ave Maria, abjura l'hérésie, avec la permission de sa mère. Mais ce n'était pas assez pour son zèle, ni pour le cœur miséricordieux de la Sainte- Vierge. Marie lui obtint presqu'en même temps la conversion de sa mère, qui voulut être, comme elle, enfant de la seule véritable Église. Et toutes deux persévèrent dans une généreuse fidélité, ne se lassant pas de glorifier, de louer, de bénir Marie, en répétant avec un bonheur toujours
nouveau la Salutation angélique qui les a sauvées.
A l'avenir, applique-toi donc, mon enfant, à réciter avec beaucoup de religion, avec beaucoup de confiance et de tendresse Y Ave Maria. Béni de la Mère de ton Jésus, tu y puiseras la conservation de ton innocence et la grâce d'une sainte mort, couronnement d'une bonne vie.
Le Rosaire ou le Chapelet.
Puisque, à l'occasion de l'Annonciation de la Sainte- Vierge, nous avons parlé de Y Ave Maria, nous compléterons aujourd'hui cet important sujet en disant quelques mots du Rosaire ou Chapelet. Le Chapelet est tout simplement la troisième partie du Rosaire ; et le Rosaire est une méthode de prières où Y Ave Maria tient la première place.
Tout le monde sait ce que c'est qu'un Rosaire ou un Chapelet. C'est une espèce de couronne composée de petits grains, enfilés et divisés par dizaines. Les dizaines sont séparées les unes des autres par un grain plus gros, sur lequel on récite le Pater ou Notre Père. Sur chacun des petits grains de la dizaine, on récite Y Ave Maria ou Je vous salue Marie. Le Rosaire est composé de quinze dizaines ainsi distribuées ; de sorte qu'en le récitant, on dit cent cinquante Ave Maria et quinze Pater. Sur la croix qui, d'ordinaire, pend au Rosaire, on dit le Credo ou Je crois en Dieu. On termine chaque dizaine par le
Gloria Patri, qui est l'hymne la plus courte et la plus glorieuse que l'Église chante dans ses Offices, en l'honneur de la Très-Sainte Trinité. Sur les trois grains qui séparent la croix du reste du Rosaire, on a coutume de saluer la Très-Sainte Vierge dans ses rapports admirahles avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Chapelet étant le tiers du Rosaire, contient cinquante grains pour Y Ave Maria et cinq gros grains pour le Pater.
Cette manière de compter les prières qu'on récite, au moyen de petits grains enfilés ou de petites pierres qu'on faisait passer d une poche dans une autre, ou encore de noeuds disposés les uns à la suite des autres sur une petite corde, est des plus anciennes dans l'Église. Il en est question dans l'histoire des anciens solitaires, dès le troisième et le quatrième siècle ; et le célèhre Pierre Lhermite, qui a prêché la première grande croisade en 10*2, enseignait les peuples à prier selon la méthode des Religieux de l'Orient, en récitant ce qu'il appelait le « Psautier des laïques, » lequel était composé de cent cinquante Ave Maria, avec un certain nombre de Pater. Dans le Psautier ou Bréviaire des ecclésiastiques, il y a en effet cinquante psaumes.
Saint Dominique, de grande et glorieuse mémoire, apprit de la Sainte-Vierge elle-môme à organiser mieux encore cette manière de prier et à la rendre plus utile à la sanctification des fidèles. C'est lui qui a donné à l'Église le Rosaire ou Chapelet, tel que nous le connaissons aujourd'hui. Il y a de cela bientôt sept cents ans.
Il paraît qu'il était tout jeune encore, lorsque la bienaimée Sainte-Vierge, Mère de Dieu et Mère des chrétiens, lui apparut pour lui donner elle-même cette belle leçon ;
et, à plusieurs reprises, elle l'aida à mener son œuvre à bonne fin. Elle lui inspira de diviser le petit Psautier des cent cinquante Ave Maria en dizaines; et à diviser en môme temps, en quinze tableaux principaux, appelés mystères, les actes les plus importants et les plus touchants de la vie de Jésus et de Marie.
Les cinq premiers mystères, auxquels on doit, en effet, penser en récitant les cinq premières dizaines du Rosaire, sont : l'Annonciation de l'Ange Gabriel et l'Incarnation du Fils de Dieu dans le sein de Marie ; la Visitation de la Sainte-Vierge chez sainte Elisabeth ; la naissance de l'adorable Enfant-Jésus, à Bethléem; la Présentation de l'Enfant-Jésus au Temple de Jérusalem ; enfin l'Enfant-Jésus retrouvé au Temple, au milieu de* docteurs, quand il avait douze ans. Ces cinq premiers mystères du Rosaire sont appelés « les mystères joyeux >. d»3 la Sainte-Vierge, car ils ne lui ont apporté que de la joie.
Sur les cinq dizaines suivantes, on réfléchit à ce que l'on appelle « les mystères douloureux » de la Sainte- Vierge. Ce sont : la Prière et l'Agonie de Notre-Seigneur au jardin des Olives, au commencement de sa Passion; sa terrible Flagellation dans le prétoire de Pilate ; son Couronnement d'épines ; sa Condamnation à mort et le Portement de la Croix jusqu'au Calvaire ; enfin son Crucifiement, sa Mort et sa Sépulture.
Les cinq dernières dizaines du Rosaire sont consacrées aux a mystères glorieux » de la Sainte- Vierge ; à savoir : le triomphe de Jésus, et par conséquent de Marie, au jour de sa Résurrection ; son Ascension triomphante et son retour au ciel ; la Descente du Saint-Esprit
sur la Sainte-Vierge et sur les Apôtres reunis au Cénacle, le jour de la Pentecôte ; la bienheureuse Mort et Assomption de la Mère de Dieu; enfin, son Couronnement glorieux dans le Paradis, où elle règne avec Jésus-Christ pour toute l'éternité.
Tel est le Rosaire que la Sainte-Vierge daigna révéler à son grand serviteur saint Dominique, et qui depuis fut approuvé solennellement par les Souverains-Pontifes, recommandé instamment par eux à tous les fidèles et enrichi de magnifiques Indulgences. Le bon saint Pascal Baylon, qui le récitait chaque jour avec tant de dévotion, disait : « On l'appelle Rosaire, parce que les Ave Maria qui le composent, sont comme de blanches roses, offertes à la pureté immaculée de notre très-pure et trèssainte Reine. Les Pater sont comme des roses rouges, empourprées du sang très-précieux de son Fils, notre Rédempteur.
« On l'appelle le Psautier de Marie, parce qu'il contient autant à! Ave Maria que le Psautier de David contient de psaumes.
« On l'appelle la Couronne de la Sainte-Vierge, à cause des mystères qu'il propose à notre méditation et qui reviennent comme un beau cercle, comme une belle couronne de prières. »
Fidèles aux inspirations et instructions de la Très- Sainte Vierge, saint Dominique prêcha donc le.Rosaire ; et, par ce moyen si simple, il gagna plus d'âmes à Dieu que par les autres industries de son zèle apostolique. Il ramena à la foi catholique plus de cent mille hérétiques, et convertit un nombre incalculable de pécheurs. Ayant fait ériger le Rosaire en Confrérie par l'autorité du Pape,
il eut la joie de voir de son vivant plus de quatre millions de fidèles s'enrôler ainsi sous la bannière de la Sainte-Vierge. La piété refleurit sur la terre ; et, grâce à lui; grâce au Rosaire, chaque jour, des centaines de millions d'Ave Maria s'élevèrent désormais et continuent à s'élever de tous les points de la terre jusqu'au trône céleste de la Mère de Dieu.
Les plus grands hommes ont tenu à honneur de réciter fidèlement le Rosaire, ou du moins le Chapelet. Saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, c'est-à-dire les deux plus savants Docteurs du moyen âge, le récitaient amoureusement tous les jours. Il en fut de même de saint François d'Assise, l'ami intime de saint Dominique. Tous nos Saints, toutes nos Saintes ont pratiqué avec transport la belle dévotion du Chapelet : saint Louis, roi de France ; saint Ignace, le glorieux fondateur de la Compagnie de Jésus ; saint François-Xavier, le conquérant et l'apôtre des Indes; saint Louis de Gonzague, saint Stanislas de Kostka, saint Philippe de Néri, saint Charles Borromée, saint François de Sales, saint Vincent de Paul, saint Alphonse de Liguori, sainte Térèse, sainte Catherine de Sienne, sainte Jeanne de Chantai; tous, toutes récitaient avec bonheur le Chapelet et le Rosaire.
Il est bien peu de chrétiens véritables, même parmi ceux qui vivent dans le monde, qui ne se fassent un pieux devoir de porter sur eux le Chapelet et d'en réciter, chaque jour, au moins quelques dizaines. Et ne t'imagine pas, mon cher enfant, que ce soit là une dévotion exclusivement populaire : non, le Chapelet est pour tous, pour les savants comme pour les ignorants, pour les
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princes comme pour les pauvres gens, pour les père et mère comme pour les enfants, pour les hommes, pour les soldats, pour les ouvriers, tout comme pour les bonnes femmes, pour les petites filles, pour les Religieuses. Le Chapelet, le Rosaire sont pour tous, parce que la Sainte-Vierge est pour tous; parce que Y Ave Maria et le Pater sont pour tous ; parce que le bon Dieu et son amour sont pour tous.
Bavard, le fameux chevalier sans peur et sans reproche, récitait tous les jours son chapelet. Il avait même l'habitude de se prosterner et de baiser la terre, en demandant la bénédiction de la Sainte-Vierge, toutes les fois qu'il sortait de chez lui et qu'il y rentrait.
Louis XIV récitait tous les jours son chapelet; et comme il aperçut un jour un courtisan qui semblait surpris de voir un si grand prince appliqué à une pratique de piété si commune, le roi lui dit quand il eut achevé : « Je n'y manque jamais: Je tiens cette pieuse coutume de la reine, ma mère. »
On ne conçoit pas comment des chrétiens peuvent rougir de dire le Chapelet. Cela se voit cependant; et cela dénote bien peu de foi et bien peu de cœur. Un médecin, devenu depuis fort chrétien, raconte comment il fut un jour tout stupéfait d'entendre le célèbre docteur Récamier se faire gloire 4e réciter fidèlement son chapelet, a Dans ma jeunesse, dit-il, je me trouvai par hasard auprès d'un malade que soignait le docteur Récamier. Je n'avais jamais eu l'honneur de voir ce grand médecin ; et je ne le connaissais que par sa renommée de professeur illustre et de savant de premier ordre. Il entra, salua gracieusement, et entama la conversation.
J'examinais de tous mes yeux; j'écoutais de toutes mes oreilles.
« Après la consultation, où il montra autant de cœur et d'intelligence que de conscience, il se levait déjà pour partir, lorsque tout à coup, faisant un geste de ressouvenance, il remit son chapeau sur la table, replaça sa canne à côté, et, plongeant la main dans l'une des poches de son pantalon : « Peste! s'écria-t-il, j'allais « oublier une affaire très-sérieuse. — Quoi donc? » demanda un ecclésiastique, ami de la maison et très-particulièrement connu de M. Récamier. — « Il m'est arrivé € un malheur, monsieur l'abbé ; un malheur que vous « seul pouvez réparer. — Voyons. — Il s'agit d'une a petite fracture que vous saurez parfaitement remettre, « d'une petite opération que je vous prie de pratiquer. » Et le célèbre professeur, retirant la main de sa poche, montra tout bonnement... devinez quoi ? un chapelet.
ce J'avoue que j'en restai tout ébahi. Lui, le grand Récamier, dont la réputation était européenne, portait un chapelet, disait son chapelet!
«Dame! je dis mon chapelet, dit-il avec une char- » mante bonhomie, le sourire au visage. Quand je suis » inquiet d'un malade, quand je trouve la médecine im- >, puissante, je m'adresse au grand Médecin, à Celui qui » sait tout guérir. Seulement, j'y mets de la diplomatie : » comme le flot de mes occupations ne me laisse guère » le temps d'intercéder autant qu'il faudrait, je prends » la bonne Vierge pour intermédiaire ; en me rendant » chez mes malades, je lui récite une ou deux dizaines » de chapelet. Rien de plus facile, vous comprenez? Je a suis bien tranquillement assis dans ma voiture, je
» glisse ma main dans ma poche, et puis, j'entre en con- » versation. Le Chapelet est mon interprète. Or, mon » cher abbé, comme j'ai assez souvent recours à mon iny> terprète, il est fatigué, il est malade, et c'est pourquoi » je vous prie de l'examiner, de lui donner une consul- » tation, de l'opérer, au besoin; en un mot, de mêle » guérir. »
» L'ecclésiastique prit en souriant le chapelet, le chapelet brisé, promit de le remettre promptement en état, et le docteur Récamier sortit tranquillement.
a Mon ami, me disait plus tard ce grand chrétien, le » Chapelet, c'est une sonnette; chaque Ave Maria est une » sommation, ou, si vous l'aimez mieux, une pétition. » Pour être admis aux Tuileries, ou même dans un Mi- » nistère, il faut des protections, des demandes d'aut, dience, des façons à n'en plus finir. Pour parler à la » Sainte- Vierge, rien de plus simple : on tire la sony> nette, c'est-à-dire qu'on prend son chapelet. Vite la » porte est ouverte ; on présente sa pétition, et la Sainte- » Vierge est si bonne qu'à moins de raisons partieu- » lières, la prière est aussitôt exaucée. »
Il n'y a que des ignorants ou des sots qui se moquent du Chapelet, et, en général, de la piété. Quand môme ils auraient de l'esprit, et beaucoup d'esprit, ils n'en ont pas sous ce rapport-là. Et puis, il n'y en a pas un sur cinquante qui soit de bonne foi. Un jour, M. de Volney, connu au siècle dernier par ses blasphèmes, par son impiété, faisait une partie de mer sur une grande barque, en compagnie de plusieurs esprits forts de sa trempe. C'était sur les côtes d'Amérique, devant la rade de Baltimore. Le vent vint à s'élever, et une violente tempête
mit bientôt les passagers à deux doigts de leur perte. A mesure que le danger croissait, l'incrédulité baissait, baissait si bien que voilà tous nos fanfarons d'impiété à genoux, priant le bon Dieu, criant miséricorde, faisant des vœux, promettant des cierges. M. de Volney luimême avait attrapé un chapelet, et le récitait tout haut, sans la moindre vergogne. Quand le péril fut passé, une dame lui dit avec un peu de malice : « A qui donc, Monsieur, vous adressiez-vous tout à l'heure? — Que voulez-vous ! répondit Volney, quelque peu vexé ; que voulez-vous! On s'en moque dans son cabinet; mais on ne s'en moque plus dans une tempête, »
Donc, mon enfant, dévotion au Chapelet ; dévotion à la Sainte- Vierge par le Chapelet. Impose-toi, dès maintenant, l'aimable, la salutaire habitude de déposer tous les jours entre les mains, ou pour mieux dire, sur la tête de ta Mère du ciel, une belle couronne d'Ave Maria. Si tu ne peux réciter chaque jour ton chapelet en entier, dis-en deux ou trois dizaines; dis-en au moins une. Tâche d'en dire une le matin et une le soir : celle du matin, pour consacrer à la Sainte-Vierge les heures du jour; celle du soir, pour lui consacrer les heures de la nuit. Apprends, dans les petits livres qui ont été composés tout exprès, à bien comprendre, dans tous leurs détails, les mystères du Rosaire. Surtout, récite pieusement, paisiblement, avec joie et ferveur, chacun des Ave Marin de ton chapelet. La Reine du Rosaire te couronnera dans le ciel, si tu es fidèle à la couronner fidèlement sur la terre.
La Sainte-Vierge chez sainte Elisabeth, au jour de la Visitation.
Peu de temps après sa bienheureuse Annonciation, la Vierge Marie, devenue Mère de Dieu et portant dans son sein le Roi du ciel et de la terre, quitta Nazareth pour aller en Judée, visiter sa cousine Elisabeth. La vieille Elisabeth, épouse du saint vieillard Zacharie, était devenue miraculeusement mère, comme l'Ange Gabriel l'avait annoncé à la Bienheureuse Vierge, et depuis six mois elle portait dans son sein le futur Précurseur de Jésus-Christ, saint Jean-Baptiste. Précurseur veut dire qui marche devant, qui annonce. Saint Zacharie et sainte Elisabeth demeuraient dans une petite ville, nommée Hébron : et l'on vénère encore aujourd'hui les débris de la maison où la mère de saint Jean-Baptiste eut l'honneur et le bonheur de recevoir la Mère du Verbe incarné.
Marie entra donc dans la maison de Zacharie, et salua Elisabeth. Or, dès qu'Elisabeth eut entendu la voix de Marie, elle sentit aussitôt son enfant tressaillir dans son sein. Jésus, vivant en Marie, venait de sanctifier par sa présence, le petit enfant qui devait être son Précurseur ; par Marie, Jésus venait de purifier saint Jean-Baptiste du péché originel, de le remplir de grâces,, et de le préparer ainsi à la grande mission qu'il devait accomplir
un jour. La parole de Marie fut pour le petit saint Jean- Baptiste comme une parole de grâce.
Sa mère, sainte Elisabeth, fut en même temps remplie du Saint-Esprit. Oh ! qu'il est bon d'être salué, d'être aimé, d'être visité par la Sainte-Vierge! Elle apporte avec elle toutes les grâces du bon Dieu.
Elisabeth s'écria donc, en s'adressant à Marie : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni! » Ce sont les mêmes paroles que celles de l'Ange Gabriel : a Vous êtes bénie entre toutes les femmes; » ou pour mieux dire, « vous êtes la femme bénie entre toutes. » Cette femme bénie, c'était celle que le bon Dieu avait lui-même annoncée à Adam et à Eve, après leur péché, lorsqu'il leur avait dit qu'une femme viendrait, qui écraserait la tête du serpent, c'est-à-dire du démon. La tête du démon, c'est le péché, et en particulier le péché originel. La Sainte-Vierge a écrasé cette tête maudite ; elle a vaincu le démon et l'enfer : d'abord, par son Immaculée-Conception, qui Ta fait triompher du péché originel; puis, par sa maternité divine, qui lui a fait donner au monde le Sauveur Jésus, vainqueur de Satan, de l'enfer et du péché.
« Et d'où me vient cette grâce, que la Mère de mon Seigneur daigne venir à moi? ajouta sainte Elisabeth, à qui le Saint-Esprit faisait connaître la divinité de l'Enfant que Marie portait dans son chaste sein. Dès qùe votre voix a retenti à mes oreilles, mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Bienheureuse êtes-vous d'avoir cru au mystère que l'Ange vous a annoncé ; car tout ce que le Seigneur vous a fait dire s'accomplira ! »
La foi, la foi humble et parfaite, voilà donc le point do
départ des vertus et des bénédictions divines qui couronnent la sainte Mère de Dieu. « Bienheureuse êtes- ' vous d'avoir cru!» Il en est de même de chacun de nous; la vivacité de notre foi, la pureté, l'humilité, la force de notre foi : tel est le fondement de notre sanctification. Plus notre foi sera vive, et plus nous serons saints, plus nous aimerons Dieu. Demandons souvent à la Sainte-Vierge de nous obtenir la grâce d'une foi parfaite.
La Sainte-Vierge, remplie de l'Esprit-Saint, répondit à sainte Elisabeth en laissant jaillir de son cœur et de ses lèvres l'incomparable cantique du Magnificat, Il est digne de la Vierge, Mère de Dieu. Marie y exprime son humble reconnaissance pour la grâce que Dieu a daigné lui faire. Elle prophétise que « toutes les générations la proclameront bienheureuse. » Elle déclare que les orgueilleux n'auront point de part au salut que son Fils apporte au monde; et au contraire, que la miséricorde divine sera accordée aux humbles.
L'Église ne laisse point passer un seul jour sans répéter, dans ses Offices, le cantique de la Sainte- Vierge, le divin Magnificat. Elle veut que les prêtres et les fidèles se tiennent debout pendant qu'on le chante, afin de témoigner plus de respect pour les paroles de la Mère de Dieu , et aussi parce que le Magnificat fait partie de l'Évangile. 11 faut toujours le chanter avec grande dévotion, de tout son cœur et de toute sa voix. Il faut aussi tâcher de le savoir par cœur, afin de pouvoir s'en servir en priant, et pour s'unir plus parfaitement au cœur de la . Sainte-Vierge.
L'Evangile ne dit pas combien de temps Marie demeura chez sa sainte cousine Elisabeth. On pense qu'elle ne la
quitta, pour retourner à Nazareth, que trois mois plus tard, un peu avant la naissance de saint Jean-Baptiste.
Ce qui est arrivé à saint Jean-Baptiste, en présence de la Sainte-Vierge, continue en un sens et ne cessera jamais dans l'Église ; à savoir : la sanctification des âmes par la Sainte-Vierge. Jésus est, il est vrai, notre seul Sauveur, notre seul Sanctificateur ; seul, il nous donne la grâce, au nom de son Père ; seul, il répand l'Esprit-Saint dans nos âmes, pour les sauver et les sanctifier ; mais, de même que le soleil, qui seul éclaire le monde, ne l'éclairé qu'en passant à travers l'atmosphère ; ainsi, le bon Jésus, tout en étant seul notre Sauveur et notre Sanctificateur, ne vient à nous que par sa Mère, ne nous sauve, ne nous sanctifie qu'en faisant passer ses grâces par les mains maternelles de Marie. Chez sainte Elisabeth, c'était le petit Jésus, et lui seul, qui sanctifiait le petit saint Jean encore enfermé dans le sein de sa mère ; mais il le sanctifiait par le moyen de la Sainte- Vierge, et ce fut en entendant la voix de Marie, et non point la voix de Jésus, que l'enfant d'Elisabeth, purifié du péché originel, tressaillit de joie et fut sanctifié.
Ici, sainte Elisabeth représente l'Église, et le petit saint Jean-Baptiste représente tous les enfants que l'Église porte en son sein. Enfants de l'Église, nous sommes tous sanctifiés et sauvés par la Mère de notre Sauveur.
Des miracles de toute espèce ont montré et montrent aujourd'hui plus que jamais que la Sainte- Vierge est le canal par lequel Jésus-Christ sauve et sanctifie les âmes. Je n'en citerai qu'un, vrai prodige de grâce, opéré tout récemment au fameux sanctuaire de Notre-Dame des Victoires.
Un jeune ministre protestant, fort exalté, déployait en Ecosse une ardeur incroyable contre l'Église catholique, qu'il déclarait être l'ennemie du genre humain. Il avait, on ne sait pourquoi, une horreur toute spéciale pour la pauvre Sain te- Vierge. Quel mal lui avait-elle fait ? Dans tous ses prêches, il criait, il déblatérait contre elle. C'était là sa principale dévotion.
Il avait surtout entendu parler de Notre-Dame des Victoires. Ne pouvant plus y tenir, il résolut un beau jour d'aller porter «la lumière du pur évangile » au foyer même des ténèbres ; et, chargé de caisses, de malles remplies de petites brochures contre le culte de Marie, il partit pour Paris, déterminé à vaincre ou à périr : c'était un nouveau saint Paul, débarquant à Athènes ou à Rome, pour y renverser les idoles.
Il arrive à Paris, descend à l'hôtel Windsor, dépose sa cargaison, bourre ses poches de brochures choisies, contre la Vierge, et, sans se donner le temps de souffler, il remonte en voiture et se fait conduire droit à l'ennemi. « A Notre-Dame des Victoires, » dit-il au cocher : quelques minutes après, la voiture s'arrêtait sur la place de la célèbre église.
Le jeune ministre enlre vivement. D'un coup d'oeil, il aperçoit les milliers d'ex-voto, de cœurs d'argent ou d'or, de plaques de marbre et d'inscriptions qui tapissent les murailles du sanctuaire privilégié de Marie. « C'est bien cela, murmure-t-il à demi-voix. On me l'avait bien dit. Mais, où est l'idole?» Il avance, et en quelques pas, ii se trouve en face de la statue de Notre-Dame des Victoires. « C'est l'idole! voilà l'idole! » se dit-il, en frémissant de colère...
Et puis, sans savoir comment, sans savoir pourquoi, le voilà qui tombe à genoux, qui éclate en sanglots, et qui reste là, sans s'en rendre compte, un temps considérable. En se relevant, il se disait : « 11 faut que je me fasse catholique. »
Il sort de l'église, et rentre à son hôtel ; et là, tout seul dans sa chambre, il commence à réfléchir. Il ne peut se rendre compte de ce qui s'est passé en lui. Les préjugés du sectaire reprennent peu à peu le dessus ; et au bout d'un quart d'heure, le pauvre jeune homme, plus protestant, plus ministre que jamais, s'indigne de ce qu'il appelle sa sottise, se dit, se répète qu'il ne sera jamais catholique, papiste, idolâtre. Il commande un bon dîner, et de là se rend au spectacle. Il voulut à tout prix s'étourdir, et noyer dans les distractions parisiennes l'aventure de Notre-Dame des Victoires. Pendant sept ou huit jours, il alla tous les soirs de spectacle en spectacle, de plaisirs en plaisirs. Et cependant le souvenir de Notre-Dame des Victoires le suivait partout.
Plus que cela : dans le jour, il courait les monuments, les musées, les curiosités, les églises, et par une fatalité bizarre, il se retrouvait à tout propos à Notre-Dame des Victoires. Une fois, poussé par je ne sais qui ou je ne sais quoi, il y entre et va se remettre devant l'autel de la Mère de Dieu. Cette fois, comme la première, l'émotion le saisit ; il se met à pleurer ; il s'agenouille, il se prosterne... L'œuvre de Marie était accomplie: son cher pécheur, son pauvre hérétique était pris, était sauvé.
Après avoir longtemps pleuré et prié, il se rend à la sacristie, demande un prêtre, lui raconte brièvement ce qui venait de se passer. Ce bon prêtre, de qui je tiens
tous ces détails, l'instruisit de la religion catholique, le prépara à son abjuration ; et quelques semaines après, l'heureux enfant de la Sainte-Vierge faisait son abjuration et sa première communion à l'autel même où la voix de Marie avait frappé l'oreille de son cœur. Il écrivit immédiatement à sa famille et à ses anciens coreligionnaires, il vendit ses biens, selon le conseil de l'Évangile, et entra, plein d'une joie enivrante, au noviciat de la sainte Compagnie de Jésus. Il y est encore aujourd'hui, et se dispose, comme saint Jean-Baptiste, à préparer bientôt les voies du Seigneur, à faire connaître à tous l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, à prêcher Jésus-Christ, à faire connaître, à faire aimer la Très- Sainte Vierge Marie, par qui Jésus a sauvé son âme.
Terminons notre lecture d'aujourd'hui par quelques charmantes paroles de saint François de Sales sur le mystère de la Visitation. «C'est une chose très-aimable et profitable à nos âmes, que d'être visité par la Sainte- Vierge, d'autant plus que sa visite nous apporte toujours beaucoup de biens, de faveurs et de grâces, ainsi qu'elle fit à sainte Elisabeth. — « 0 Dieu! direz-vous, je voudrais bien qu'elle me fît l'honneur de visiter mon âme. » — Il est vrai ; mais prenez garde qu'elle nous visite souvent par de bonnes inspirations qu'elle nous envoie; et nous ne voulons pas toujours recevoir ses visites. — « Mais, que ferons- nous pour avoir le bonheur de sa visite ?» — 0 Dieu ! que ferez-vous ? Si vous voulez participer aux visites de cette Sainte-Vierge, il faut vous résoudre à faire avec courage tout ce qui plaît à Dieu. Il est impossible de pratiquer la dévotion sans difficulté ; et là où il y a plus de peine, il y a souvent plus de vertu. Il
faut être très-humble et très-bon, à l'exemple de sainte Elisabeth. Faites-le donc fidèlement, pendant cette courte et chétive vie, afin qu'après vous puissiez chanter éternellement dans le ciel, avec la Sainte-Vierge: Magnificat, anima mea Dominum. »
La Sainte- Vierge, saint Joseph et 1 Enf ant-JÉSUS
à Bethléem.
Pour obéir à un décret de l'empereur Auguste, Joseph et Marie quittèrent Nazareth et s'acheminèrent vers Bethléem, petite ville voisine de Jérusalem, éloignée de Nazareth d'environ vingt-cinq lieues. C'était en décembre ; il faisait froid ; on était en plein hiver ; les routes étaient mauvaises. Pauvres tous deux, Joseph et Marie voyageaient à pied ou à âne, à petites journées, tout recueillis en Dieu. Ceux qui les voyaient passer ne se doutaient guère que cette humble femme était la Vierge Immaculée, annoncée au monde dès l'origine, la Vierge- Mère, la Mère du Sauveur du monde. Ils ne se doutaient pas que c'était le Fils de Dieu lui-même qui passait près d'eux, porté dans le sein de sa Mère. Ils ignoraient que le nom du modeste et obscur ouvrier qui protégeait la faiblesse et qui guidait les pas de cette jeune femme inconnue, serait, un jour, célébré, chanté, exalté par toute la terre.
Après une marche pénible de plusieurs jours, saint
Joseph et la Sainte-Vierge arrivèrent à Bethléem, la veille ou l'avant-veille du 25 décembre. Ils cherchèrent vainement un asile dans quelque hôtellerie : ils étaient pauvres ; les étrangers étaient nombreux ; il n'y avait
point de place pour eux.
« Imaginez-vous, dit le bon saint François de Sales, • imaginez-vous de voir saint Joseph avec la Sainte- Vierge arriver à Bethléem et chercher partout à loger, sans trouver personne qui les veuille recevoir. 0 Dieu, quel mépris les mondains font des gens célestes et saints ! et comme ces deux saintes âmes supportent patiemment cette humiliation ! Ils ne murmurent point ; ils ne rappellent point qu'ils descendent du roi David ; mais tout simplement ils reçoivent ces rebuts avec une douceur sans pareille. Et moi, misérable que je suis ! dès qu'on oublie le moins du monde de me rendre l'honneur qui m'est du, ou que je m'imagine m'être dû, je me trouble, je m'impatiente, je suis blessé au vif. C'est tout simplement de l'arrogance et de l'orgueil. Je veux être partout au premier rang. Hélas ! quand aurai-je cette vertu : le mépris de moi-même et des vanités? »
Saint Joseph ne trouva donc pour Marie d'autre asile qu'une pauvre étable abandonnée, en dehors de la ville. C'était une grotte assez profonde, où, du temps même de David, les bergers abritaient leurs troupeaux pendant la nuit ou durant les orages. Elle existe encore aujourd'hui; et les pèlerins contemplent avec un religieux attendrissement la place même où est né l'Enfant- Jésus. Sur une grande étoile d'argent, fixée aux parois du rocher, on lit cette inscription : Hic Deus natus est; ici Dieu est né.
« Or, dit l'Évangile, lorsqu'ils furent là, le temps de l'enfantement de Marie arriva ; et elle enfanta son Fils premier-né ; elle l'enveloppa de langes, et le coucha dans une crèche. » Il était minuit.
Avec quel amour,, avec quelles adorations la Sainte- Vierge dut saluer son Fils et son Dieu, au moment où, pour la première fois, il lui fut donné de le voir de ses yeux, de le toucher de ses mains, de le couvrir de baisers, de le presser, de le réchauffer sur son cœur! La Vierge- Mère tenait dans ses bras son Fils, qui était en même temps son Créateur. L'Eternel vient de naître; l'Infini, l'Immense, l'Incommensurable, elle le contemplait sous la forme de ce petit Enfant ! Celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, elle le portait dans ses bras. Elle enveloppait de langes le Maître de la nature. Elle voyait pleurer Celui qui est la joie des Anges ; et dans un même amour, son cœur immaculé unissait la plus pure tendresse maternelle à l'adoration la plus profonde, la plus sainte, la plus divine.
La première créature qui se présenta aux yeux de l'Enfant-JÉsus, lorsqu'il vint au monde, ce fut Marie, c'est-à-dire Celle qui le console de toutes les infidélités, de toute f indifférence des pécheurs. A travers ses larmes, il n'eut pour elle qu'un doux sourire ; rien, absolument rien, ne pouvait le contrister en contemplant sa Mère, conçue sans péché, tout immaculée, toute parfaite, toute sainte, plus qu'angélique.
Hélas ! c'était nous, c'était moi, pauvre pécheur, qui étais la cause des larmes et des douleurs du saint Enfant- Jésus ! S'il était pauvre et réduit à ces extrémités de la misère ; s'il était dans cette crèche misérable, sur cette
paille, privé de tout, transi de froid, enveloppé dans des langes grossiers, c'était à cause de moi et pour expier mon orgueil, ma vanité, ma mollesse et tous mes péchés. S'il pleurait, c'est parce que je le faisais pleurer, moi ingrat, moi pécheur. Oh Dieu! ne l'aimerai-je pas? et que peut-il faire de plus pour gagner mon cœur?
Prosterné aux pieds de l'Enfant-JÉsus et de Marie, saint Joseph représentait là tous les Saints. Tous, en effet, ont eu pour le mystère si touchant de la crèche, une dévotion, un amour extraordinaires.
Saint Félix de Cantalice, de qui nous avons parlé déjà, . consacrait les quatre premières semaines de l'A vent à se préparer aux joies de Noël. Il ne parlait de l'Enfant- JÉsus qu'avec une tendresse qui ravissait tout le monde. Il ne l'appelait que le cher petit Enfant de Bethléem.
Aux approches de Noël, il demandait à tous ceux qu'il rencontrait, s'ils songeaient à préparer une belle crèche à l'Enfant-JÉsus. Pour lui, outre la belle et ardente crèche de son cœur, il préparait dans l'église de son couvent, selon l'usage franciscain, une charmante représentation de la grotte et de la crèche de Bethléem. On y voyait un beau petit Enfant-JÉsus, adoré par la Sainte-Vierge et saint Joseph ; on y voyait les Anges et les bergers ; rien n'était oub.lié : ni le bœuf, ' ni l'âne de la crèche, ni les troupeaux des bergers.
A cause de son cher petit Enfant de Bethléem, il aimait tendrement les enfants. Il voyait en eux l'image de son petit Bien-aimé. Il allait à eux, il les caressait, et les enfants étaient tout heureux de courir après lui. Il ne pouvait se rassasier de prononcer ie nom de l'Enfant-JÉsus. Il s'en allait dans les rues de Rome, il entrait môme dans
les maisons ; et à tout ce qu'il trouvait de petits garçons, de petites filles, il disait : « Dites Jésus ! Dites tous Jésus ! »
Ne pouvant suffire à remercier Jésus et Marie autant qu'il le désirait, il avait recours à l'innocence des enfants, et leur demandait de l'aider à rendre grâce au bon Dieu. « Petits enfants, leur criait-il ; petits enfants, dites avec moi : « Deo grattas ! »
Cet amour envers l'Enfant-JÉsus augmentait à mesure qu'il avançait en âge. Dans les dernières années de sa vie, on le voyait toujours escorté d'une troupe d'enfants. Et comme ceux-ci savaient combien ils lui faisaient plaisir en disant avec lui : « Jésus ! » ou « Deo gratias! » du plus loin qu'ils l'apercevaient, ils couraient joyeusement à lui et l'entouraient en criant : « Deo gratias., Frère Félix ! Deo gratias ! »
La Bienheureuse Domenica, de l'Ordre de Saint-Dominique, eut le bonheur de recevoir, lorsqu'elle n'avait encore que dix ans, une belle visite de la Sainte-Viérge et de l'Enfant-JÉsus. Cette bonne petite aimait tendrement la Sainte- Vierge. Dès l'âge de cinq ou six ans, elle faisait des pénitences en son honneur ; et, le samedi en particulier, elle donnait en cachette aux pauvres une partie de sa nourriture. Chaque samedi, elle allait dans les jardins, dans les champs, cueillir toutes sortes de belles fleurs, pour les placer devant une image qui représentait la Sainte-Vierge tenant dans ses bras l'Enfant- JÉsus.
Un jour que la petite servante de Marie était à sa fenêtre, elle vit une femme avec un petit enfant, qui tous les deux lui tendaient les mains, comme pour recevoir l'aumône. La bonne petite courut prendre du pain pour le
leur donner ; mais voilà que, sans que la porte ait été ouverte, la femme et l'enfant se trouvent devant elle. La femme avait un air de bonté et de majesté qui frappa Domenica ; quant à l'enfant, elte remarqua avec étonnement qu'il avait cinq plaies, deux aux mains, deux aux pieds et une au coté.
« Qui donc a blessé ainsi votre pauvre enfant? demanda-t-elle aussitôt à la mère. — C'est l'amour, lui répondit gravement celle-ci. — Est-ce que ces blessures te font bien mal? dit-elle alors à l'enfant. » Celui-ci ne répondit que par un doux sourire.
Or ils étaient tous trois devant l'image que Domenica aimait à orner de fleurs : «Dis-moi, ma fille, lui demanda l'inconnue , qu'est-ce qui te porte à couronner cette image? — C'est l'amour que j'ai pour lEnfant-JÉsus et pour la Sainte-Vierge, reprit naïvement Domenica. • — Et les aimes-tu beaucoup ? — Je les aime autant qu'il m'est possible. — Eh bien ! continue à les aimer ; ils te le rendront bien en Paradis ! »
Une odeur céleste s'exhalait des plaies de l'enfant : « Que ces plaies sentent bon î s'écria la petite Domenica. Quel onguent y avez-vous donc mis? Peut-on en acheter ? — Oui, ma fille, on l'achète par la foi et les bonnes œuvres. » Domenica offrit alors le morceau de pain qu'elle avait été chercher. Mais la mère lui dit avec douceur : « La nourriture de mon fils , c'est l'amour. Dis-lui que tu aimes Jésus, et tu le rendras heureux. »
A ce nom « d'amour, » le petit enfant se mit à jubiler, et, se tournant vers la bonne Domenica, il lui demanda à son tour : « Aimes-tu beaucoup Jésus? — Oh! oui; s'écria^t-elle. Je l'aime tant, que je pense à lui jour et nuit. Je
fais tout ce que je peux pour lui plaire toujours, toujours. — Eh bien ! répondit le petit enfant, aime-le de tout ton cœur, et l'amour t'enseignera tout ce que tu dois faire pour lui être agréable. »
Cependant, l'odeur qu'exhalaient ses plaies, allait toujours croissant, « Oh Dieu ! dit Domenica; cette odeur me remplit d'amour. Que sera donc l'odeur du Paradis ? »
Mais voici que la scène change. La femme inconnue apparaît toute rayonnante et comme couronnée de lumière. Dans ses bras, l'Enfant resplendit comme un soleil de beauté ; et, prenant les fleurs qui couronnaient la pieuse image, il les répand sur la tête de la petite fille, qui était tombée à genoux. Puis la céleste vision disparut.
Et nous aussi, cher enfant, prosternons-nous devant la crèche, aux pieds de la Vierge, Mère de Dieu, aux pieds de ce très-grand et très-petit Enfant de Bethléem. Offrons-lui, non des fleurs qui se fanent, mais nos cœurs, mais notre amour, mais nos adorations, nos prières, nos louanges, nos actions de grâces. Répétons avec amour son très-saint nom : « Jésus ! Jésus ! Jésus I » C'est le nom du bon Dieu sur la terre ; c'est le nom du Fils de Dieu fait homme, de Dieu avec nous. Notre Dieu, c'est ce petit Enfant, c'est l'Enfant de la Sainte-Vierge, c'est r Enfant- Jésus.
Les bergers et les mages, aux pieds de JÉSUS
et de MARIE.
En cette nuit-là, dit l'Évangile, il y avait dans la plaine de Bethléem des bergers qui veillaient et gardaient leurs troupeaux. Et voici que l'Ange du Seigneur ( probablement l'Ange Gabriel, l'Ange de l'Incarnation et de la Sainte-Vierge) apparut au milieu d'eux ; et une grande lumière les enveloppa. Cette lumière était le symbole de la foi, lumière divine, lumière céleste qui éclaire nos âmes et leur fait connaître Jésus-Christ.
Les bergers furent saisis de crainte. Et il y avait de quoi, si l'Ange leur apparut aussi éclatant qu'il s'était jadis montré au Prophète Daniel. « Je vis devant moi, dit en effet le Prophète, un homme vêtu de blanc; sa ceinture était comme de l'or; et son corps, comme une pierre précieuse. Sa face était éclatante comme l'éclair, et ses yeux étincelaient comme des lumières ardentes. Ses bras et ses pieds brillaient comme du métal en fusion. Sa voix était retentissante comme la voix d'une multitude. Je tombai la face contre terre. Et il me toucha et me dit: « Daniel, homme de désirs, écoute les paroles « que j'ai à te dire: car je suis envoyé vers toi. » Et je me relevai tout tremblant; et il me dit : « Ne crains point, « Daniel, homme de désirs. La paix soit avec toi. » Et l'Ange annonça au Prophète Daniel précisément ce que,
six cents ans plus tard, il vint annoncer aux bergers de Bethléem, en la nuit sacrée de Noël.
« Ne craignez point, leur dit-il ; car voici que je vous annonce une grande joie: aujourd'hui, dans la ville de David, est né le Sauveur; et ce Sauveur, c'est le Christ, le Seigneur. Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez : vous trouverez un petit enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » Et aussitôt se joignit à l'Ange une multitude d'autres Anges, qui louaient Dieu et disaient: « Gloire à Dieu dans le ciel ; et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté. »
Et lorsque les Anges eurent disparu pour rentrer dans le ciel, les bergers se dirent les uns aux autres: a Allons jusqu'à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, selon les indications du Seigneur. » Et ils partirent bien vite, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et l'Enfant posé dans la crèche. Ils l'adorèrent avec une foi, une confiance et un amour très-simples. Puis, ils s'en retournèrent, bénissant le bon Dieu de tout ce qu'ils venaient do voir et d'entendre. Ils racontèrent ces merveilles à tout le monde, et furent ainsi, après les Anges, les premiers prédicateurs de Jésus-Christ. Ces bergers étaient, dit-on, au nombre de trois; l'un d'entre eux était encore tout jeune. Selon toute apparence, ce furent ces bons bergers qui pourvurent aux premiers besoins de l'Enfant-JÉsus, de la Sainte-Vierge et de saint Joseph, jusqu'à l'arrivée des rois mages.
Les pauvres furent ainsi les premiers adorateurs, les premiers courtisans du grand Roi du ciel, anéanti pour l'amour des hommes dans la pauvreté de sa crèche. Il voulut les appeler avant les riches, afin de nous appren-
dre à tous le mépris des richesses et l'estime de la vie humble et modeste. Les riches vinrent à leur tour ; ce furent des mages, comme les appelle l'Évangile, c'est-àdire des espèces de rois, qui étaient en même temps des savants. Aux pieds de l'Enfant-JÉsus, aux pieds de la Vierge-Mère se trouvent ainsi réunis, dès le commencement, les représentants des pauvres et des riches, des ignorants et des savants, de ceux qui obéissent et de ceux qui commandent. Tous les hommes, en effet, doivent à Jésus l'adoration d'une foi profonde et entière, et à Marie, la vénération et les hommages que mérite la Mère de Dieu.
Ces Mages étaient également au nombre de trois. Ils furent martyrisés plus tard, et leurs reliques sont précieusement conservées à Aix-la-Chapelle.
Ils vinrent de l'Orient à Jérusalem, guidés par un© étoile miraculeuse, d'une grandeur et d'une splendeur incomparables. Plus de cent ans après, le célèbre martyr saint Ignace d'Antioche en parlait comme d'une merveille dont le souvenir était encore vivant dans tout l'Orient. De même que la lumière qui enveloppa les bergers de Bethléem était la figure de la foi; de même, l'étoile miraculeuse des mages représentait la foi véritable, qui vient du ciel et qui conduit à Jésus- Christ.
L'étoile conduisit les Mages jusqu'à Bethléem, et s'arrêta au-dessus de la grotte où la Sainte-Vierge et saint Joseph gardaient l'Enfant-DiBU. Pleins de joie, les bons Mages entrèrent dans la pauvre étable ; ils y trouvèrent l'Enfant avec Marie sa Mère, et, se prosternant, ils l'adorèrent. Puis, après avoir contenté leur dévotion,
MOIS DE MARIE ICn
ils ouvrirent les trésors qu'ils avaient apportés, et offrirent au petit Roi de la Crèche, de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
L'or, qui est le plus précieux et le plus parfait des métaux, représentait l'amour, que Jésus attend de tous ses fidèles; l'amour de Dieu est, en effet, la plus parfaite, la plus belle de toutes les vertus. L'encens, dont la fumée et le parfum montent toujours vers le ciel, représentait les prières parfumées de dévotion que les fidèles offrent au bon Jésus. La myrrhe, qui, par son amertume, empêche la corruption, représentait la mortification et la pénitence qui empêchent nos consciences de se corrompre. Voilà l'or, l'encens et la myrrhe que l'Enfant- JÉsus attend de chacun de nous; voilà, mon cher enfant, ce que tu lui donneras, si tu l'aimes.
Et comme ces bons Mages donnèrent au petit Jésos leurs beaux présents par les mains de la Sainte-Vierge, ainsi dois-tu faire; tout ce que tu as le bonheur d'offrir au bon Dieu, olïre-le-lui par les mains de sa Mère ; tes actes d'amour, tes prières, tes petites mortifications; offre tout à Jésus par Marie.
« Oh, Dieu! dit à ce sujet le cher saint François Sales; oh, Dieu! avec quelle révérence cette Très-Sainte Vierge considérait le cœur de ce très-saint Enfant, tout palpitant d'amour dans sa petite poitrine ! comme elle allait mêlant ses saintes larmes avec celles qui coulaient si doucement des yeux divins de ce béni petit Enfant! Mon Dieu ! qu'il sied bien à cette Très-Sainte Vierge de manier ce petit Enfançon ! Mais surtout j'aime sa charité, qui le laisse voir, manier et baiser à qui veut Demandez-le-lui ; elle vous le donnera; et l'ayant, déro-
bez-lui secrètement une de ces petites gouttelettes qui sont dessus ses yeux.
« Mais comme les bergers ne Fallèrent pas voir, sans doute, sans lui porter quelque petit agnelet, il ne faut pas non plus que nous y allions les mains vides. Il lui faut donc porter quelque présent. Mais qu'est-ce, je vous prie, que nous pourrions offrir à ce divin Enfant, qui lui soit plus agréable que le petit agnelet de notre amour? Oh ! qu'il nous saura bon gré de ce présent ! Et que la Très-Sainte Vierge le recevra avec consolation, elle qui désire tant notre bien ! Et il ne faut pas douter que son divin petit Enfant ne nous regarde de ses yeux bénis et gracieux, pour nous récompenser de notre présent, et pour nous témoigner le plaisir qu'il en aura. »
Sachons-le bien, la bonne Sainte-Vierge, qui connaît Jésus, ne désire rien tant que de nous le donner. Demandons-le-lui par la prière, par les saints désirs.
C'est par ce moyen que les Saints ont obtenu de Marie, non pas seulement la grâce de Jésus, mais bien Jésus lui-même, qu'elle leur présentait, qu'elle leur donnait sous sa forme humaine et visible de petit Enfant.
On trouve beaucoup d'exemples de cet aimable miracle dans la vie des Saints. Saint François d'Assise, saint Stanislas de Kostka, saint Gaétan de Thienne, saint Antoine de Padoue, furent favorisés de cette présence sacrée de l'Enfant- Jésus.' Saint Félix de Cantalice, qui était si dévot au mystère de la crèche, et qu'on appelait à Rome « le favori de la Madone, » reçut également cetle faveur miraculeuse. Il passait souvent la nuit dans l'église de son monastère, seul avec Jésus, aux pieds du Tabernacle; et là, il priait tout, haut, il chantait les
louanges de Jésus et de Marte, et faisait de rigoureuses pénitences, avec une grande ferveur. Une certaine nuit qu'il se donnait ainsi la discipline, se frappant très-fort et depuis très-longtemps, un Frère qui s'était caché dans un coin pour le guetter et s'édifier de son exemple, ne put s'empêcher de lui crier : « Assez, assez, Frère Félix! N'en faites pas davantage. » — Qui es-tu? répondit le bon Saint, très-étonné et un peu attrapé. — Je suis le Frère Loup, répliqua l'autre, en sortant de sa cachette. — Que Dieu te pardonne ! dit alors saint Félix, moitié fâché, moitié souriant. Va te coucher ; va ! »
C'est ce même Frère qui, une autre nuit, fut l'heureux témoin de l'apparition de la Sainte-Vierge et de l'Enfant- Jésus à leur cher serviteur. Félix était en prière, animé d'une ferveur extraordinaire. Dans un transport d'amour, il se lève, court au maître-autôl, et là, prosterné, il supplie, il conjure la sainte Mère de Dieu de lui donner son très-doux Fils, ne fût-ce que pour un petit instant.
La Sainte-Vierge, qui aimait tant à contenter son favori, lui apparut bientôt, et lui mit dans les bras le petit Enfant-JÉsus. Et saint Félix, le recevant avec un grand respect, le serra contre son cœur et se mit à lui témoigner la tendresse de son amour par mille baisers. Il était si heureux qu'il fondait en larmes. Enfin il rendit le cher et divin Enfant à la très-miséricordieuse Vierge sa Mère, la remerciant très-humblement et de tout son cœur.
Sans prétendre à de pareilles grâces qui sont la récompense de la sainteté, efforçons-nous de beaucoup aimer Jésus et Marie, et allons à la Sainte-Vierge toutes les fois que nous voulons obtenir quelque faveur excep-
tionnelle. Soyons aussi fidèles, aussi courageux; aussi généreux que les bergers et les mages, et méritons par là d obtenir de la Sainte-Vierge le bien-aimé petit Jésus. Elle nous le donnera, en nous remplissant de sa lumière, qui est la foi; en embrasant nos cœurs de son amour; en nous rendant doux et humbles de cœur, obéissants, dociles, purs et innocents.
O saint Enfant-JÉsus, venez et vivez dans mon cœur, et dans tous les cœurs.
La Sainte- Vierge, et JÉSUS au Saint-Sacrement.
Écoute, mon enfant, car c'est ici par excellence le mvstrre de l'amour.
Jésus est au milieu de nous, présent sur la terre; le ciel semble ne pas lui suffire: par le Saint-Sacrement, il est présent sur la terre, tel qu'il est au ciel, avec son vrai corps, avec son âme très-sainte, avec sa divinité éternelle et infinie. Il est là, sous le voile de la blanche Hostie, à la fois présent et caché à nos regards. Les Anges voient sa gloire, sa beauté céleste ; nous autres, sur la terre, nous le possédons comme eux, mais nous ne le voyons pas encore.
Or, la Sainte- Vierge étant la Mère de Jésus, est sa Mère partout où elle est; elle est donc sa Mère au Saint-Sacrement ; et le Saint-Sacrement, c'est le Fils de Marie, revêtu des apparences du pain, enveloppé dans les langes des
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espèces eucharistiques, c'est-à-dire des apparences du pain et du vin qui le rendent présent sur nos autels. Après la Consécration, il n'y a plus, en effet, ni pain ni vin sur l'autel, mais simplement les apparences du pain et du vin, lesquelles enveloppent Jésus. La sainte Hostie, c'est Jésus, sous l'apparence du pain et du vin.
Lorsque tu assistes à la Messe, lorsque tu pries, âgenouillé devant le Tabernacle, tu es donc aussi réellement aux pieds de Jésus, que le furent jadis les bergers et les mages, à Bethléem. Les bergers et les mages voyaient l'humanité de l'Enfant-JÉsus et ne voyaient pas sa divinité, à laquelle pourtant ils croyaient de tout leur cœur; ils croyaient donc, ils adoraient ce qu'ils ne voyaient pas.
Il en est de même de nous, par rapport au Saint-Sacrement : nous adorons, nous croyons ce que nous ne voyons pas. Nous voyons le Sacrement, c'est-à-dire le signe sensible, extérieur, qui rend présent sur l'autel Notre-Seigneur Jésus-Christ ; et nous ne voyons pas ce que nous adorons, à savoir l'humanité et la divinité de Jésus-Christ, toutes deux présentes sous ce petit voile blanc de la sainte Hostie. A travers ce voile, notre foi contemple Jésus-Christ, l'y trouve, l'y aime et l'y adore; comme jadis, à la crèche, la foi des bergers et des mages adorait le Fils éternel de Dieu, à travers le voile de son humanité.
C'était la Sainte-Vierge qui, en mettant au monde le saint Enfant-JÉsus, l'avait rendu présent. dans la crèche; c'était Marie et, avec elle, saint Joseph qui présentaient, qui donnaient aux bergers et aux mages leur Seigneur, leur Sauveur et leur Dieu. Sur l'autel, c'est l'Église qui
nous donne Jésus, sous les voiles du Saint-Sacrement; c'est l'Église qui enfante pour ainsi dire Jésus sur' l'autel par la Consécration ; c'est elle qui, par le ministère de ses prêtres, le présente à l'adoration des fidèles, le leur donne dans la communion, et les invite à le recevoir souvent et saintement. Maintenant, la grande et glorieuse crèche de Jésus-Christ, c'est l'autel ; et l'Église catholique est la véritable Bethléem, où les hommes trouvent leur Sauveur ; Bethléem, en effet, veut dire maison de pain. « Voici à quel signe vous le reconnaîtrez, disait jadis l'Ange aux bergers : c'est un petit enfant, enveloppé de langes et couché dans une crèche. » Et les bergers, accourant à la crèche, « trouvèrent Marie et Joseph, et l'Enfant, » dit expressément l'Évangile. » — « Voici à quel signe vous le reconnaîtrez, nous dit à son tour la sainte Église : c'est une petite Hostie, que je vous présenterai et que vous donnera mon Joseph, mon ministre, mon prêtre. Sous ces langes, sous ces voiles de l'Eucharistie, vous le trouverez sur l'autel. C'est lui, c'est Jésus, c'est Dieu : adorez-le! »
Voilà pourquoi la sainte Communion qui nous unit si intimement à l'Enfant-JÉsus, nous unit, plus que toute chose, à la Sainte-Vierge Marte. « Communiez, dit saint François de Sales; et, en recevant le Saint-Sacrement, vous recevrez la chair de sa chair et le sang de son sang ; car le précieux Corps du Sauveur qui est au très-saint Sacrement de l'autel, a été fait et formé dans ses chastes entrailles, de son plus pur sang, par l'opération du Saint-Esprit. Unissez-vous ainsi à elle, en communiant dévotement et en imitant ses vertus et sa très-sainte vie. Pur ce moyen, vous lui appartiendrez d'une façon bien
plus excellente que n'est la parenté du sang et de la chair; car Notre-Seigneur dit que « quiconque fait la volonté de son Père, celui-là est sa mère, son frère, sa sœur. » Jamais nous ne sommes plus unis à la Sainte- Vierge, que lorsque nous venons de faire une bonne communion.
Saint Gaétan de Thienne célébrait la Messe avec une si grande foi, que lorsqu'il recevait Jésus-Christ à l'autel, il le recevait comme des mains même de la Sainte- Vierge. La nuit de Noël 1517, il eut le bonheur d'être visité par cette très-sainte et très -bonne Vierge et par TEnfant-JÉsus, pendant qu'il était en adoration devant le Saint-Sacrement, dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, où l'on conserve la précieuse relique de la crèche. «A l'heure où l'auguste Vierge a enfanté le Verbe éternel, écrivait-il le 18 janvier suivant, j'ai eu la hardiesse de m'approcher de la crèche qui est dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure, à Rome ; et j'ai reçu, de la main de ma sainte Patronne, son tendre enfant, le Verbe revêtu de sa chair. Mon cœur est bien dur, ajoutait humblement saint Gaétan ; car il ne s'est pas dissous et liquéfié en ce moment-là. »
Un autre Bienheureux, saint Walthène, fils d'un prince anglais, compagnon de Guillaume le Conquérant, eut également le bonheur de voir, de toucher, d'embrasser l'adorable petit Jésus, un jour qu'il célébrait la Messe de Noël. Plein de ferveur, il répandait selon son habitude une abondance de larmes aux approches de la Consécration. A l'Élévation, le saint Enfant- Jésus se trouva dans ses mains, sous sa forme humaine, plein de grâces et de beauté. Sur la tête de l'Enfant divin était une couronne ix. 8
d'or, resplendissant de pierres précieuses, qui étineelaient comme des étoiles. Le petit EnfanWÉsus était plus blanc que la neige ; il regardait le Saint avec des yeux pleins de douceur; son visage respirait la paix et la joie ; de ses petites mains, il touchait, il pressait, il caressait la tête et le visage de son bienheureux serviteur. De temps en temps, il penchait sa petite tête sur celle de Walthène, appliquant sur les lèvres du Saint cette bouche divine, plus précieuse que le ciel et la terre, et le couvrant de baisers. Quant au Bienheureux Walthène, enivré de bonheur, il ne pouvait se lasser de baiser avec un tendre amour, et les pieds, et les mains, et tous les membres du cher petit Jésus. Enfin, l'adorable Enfant, élevant les mains et étendant les bras en forme de croix, le bénit, et disparut à ses regards ; et le Saint ne trouva plus dans ses mains que la forme ordinaire de l'Hostie consacrée. Jusqu'à la fin de sa vie, l'homme de Dieu ne pouvait penser k cette délicieuse vision sans que son cœur, débordant de joie, ne laissât échapper un véritable déluge de larmes. Il disait à son confesseur, que dans ses mains le corps du saint EnfanWÉsus n'avait pas pesé plus qu'une Hostie ordinaire.
Donc, m un très-cher enfant, n'oublie jamais que ton . bon Jésus, que le Fils de la Sainte-Vierge Marie demeure près de toi, sur la terre : il est là où il y a une église, un Tabernacle, une Hostie consacrée. Pour aller le voir et l'adorer, tu n'as pas besoin de faire un aussi long chemin que les Mages ; quelquefois même il est plus près de toi qu'il ne l'était des bergers de Bethléem. Va le voir; va t'agenouiller à ses pieds; va le demander à la Sainte- Vierge et à l'Église, à saint Joseph et au prêtre. Va, va
MOIS DE MARIJB 115
l'adorer bien souvent, et de tout ton cœur. Ne le laisse pas seul, comme l'ont fait tous ces Bethléemites, comme le font de nos jours tant de chrétiens indifférents, sans foi, sans piété, sans amour. En allant à Jésus, tu t'approcheras de Marie, et en Munissant au Fils, tu auras le bonheur de t'unir intimement à la Mère.
0 bonne Vierge Marie! augmentez ma foi; et que, sous les voiles de l'Eucharistie, les yeux de mon âme découvrent toujours votre Jésus et mon Jésus, votre divin Fils et mon divin frère !
JÉSUS, MARIE et Joseph, à Nazareth.
Le saint Enfant-JÉsus ne revint pas directement de Bethléem à Nazareth. Saint Joseph et la Sainte-Vierge avaient été obligés de fuir secrètement en Egypte, afin de soustraire leur trésor aux fureurs du cruel roi Hérode, ainsi qu'il est raconté dans l'Évangile. Ce ne fut qu'après la mort d'Hérode, deux ans et demi plus tard, que le très-saint petit Enfant put rentrer avec sa Mère et avec son père nourricier dans la petite ville de Nazareth. Là, dans le silence, dans l'obscurité et dans le travail, il passa plus de vingt-sept ans.
Sous le regard maternel de Marie, sous la garde et la protection de saint Joseph, Jésus grandit comme les autres enfants ; il devint successivement adolescent, puis jeune homme, puis homme fait. Et il fallait qu'il en fût
ainsi : Jésus-Christ était, en effet, vrai homme en même temps que vrai Dieu ; et bien que, dès les premiers moments de son existence, il ait possédé toute la perfection de l'esprit, de l'intelligence, de la science, de la volonté et de toutes les autres facultés humaines, il voulut néanmoins se soumettre extérieurement au développement lent et progressif de toutes ces facultés, non-seulement pour faire voir qu'il était vraiment homme comme nous, mais encore parce qu'il l'était véritablement. Il est né, parce que nous naissons tous ; il a grandi, grandi lentement, parce que nous grandissons ainsi ; il s'est soumis à l'obligation de manger, de boire, de dormir, de respirer, de se vêtir, de marcher, etc., parce que c'est là notre condition commune à tous.
Et puis, ne fallait-il pas qu'il sanctifiât, en y passant, et l'enfance, et la jeunesse, et l'adolescence, et l'âge mûr? Il a tout fait comme nous, pour sanctifier tout ce que nous faisons comme lui.
Quel bonheur devait être 'celui de la Sainte- Vierge, celui du très-saint Joseph, de voir ainsi tous les jours et de posséder le divin Jésus! Une bonne Sainte, Marie-Madeleine de Pazzi, du Carmel de Florence, supplia un jour son bien-aimé Sauveur de se montrer à elle tel qu'il était à Nazareth, à son retour d'Egypte, puis un peu plus tard. Jésus daigna récompenser son amour, et lui apparut d'abord sous sa forme de petit enfant. « Voici, voici le cher petit Enfant-JÉsus, s'écria la Sainte, ravie de joie; le voici tel qu'il était à trois ou quatre ans. Oh! quelle merveille! si petit, et pourtant il est Dieu! Mais votre petitesse, ô mon Jésus, me découvre votre grandeur. 0 grandeur, ô petitesse de mon Dieu! Jamais je
ne me rassasierai de vous contempler. 0 très-petit, ô très-grand Dieu! Que vous êtes beau et que vous êtes aimable ! »
Puis, elle vit Jésus, jeune adolescent. De plus en plus heureuse, elle dit : « Voici mon amour ! Le voici à douze ans. Quelle douce gravité sur son beau visage! 0 mon Dieu, que je dois donc vous aimer! et combien vous êtes suave à mon cœur!» Et la Bienheureuse, toujours en extase, courut à la chapelle de la Sainte-Vierge, se prosterna devant l'autel de la Mère de Jésus, la conjurant avec une ferveur tout angélique d'embraser du divin amour tous les cœurs des Religieuses de son monastère. Ce que la Sainte-Vierge lui obtint de son adorable Fils.
Cher enfant, demande cette même grâce à la Mère de toute grâce ; et, te transportant en esprit dans l'humble maison de Nazareth, contemples-y ton Dieu ot ton modèle. Demande, promets à la Sainte- Vierge d'être pour elle un bon fils, comme Jésus et avec Jésus ; de l'aimer comme Jésus l'aimait, à ton âge ; de lui obéir parfaitement, comme Jésus ; d'être bon, excellent, modeste, soumis, aimable, innocent, comme son Jésus, qui est aussi ton Jésus, et qui, par sa sainte grâce, vit en ton cœur. Promets à la Sainte-Vierge de faire toutes choses, même les actions les plus ordinaires, les plus communes, comme Jésus les faisait sous ses yeux, à Nazareth.
Songe à ce qu'il était aux yeux de sa Mère, lorsque, assise sur le seuil de la sainte Maison, elle considérait Celui qui a créé le monde, devenu Enfant, devenu pauvre, et remplissant auprès d'elle et de Joseph les plus humbles fonctions : if balayait la maison, il allaita la fontaine, il portait le bois, les outils de saint Joseph ; il ai-
dait la Sainte-Vierge dans tout le détail de la vie de chaque jour, toujours doux et humble, toujours paisible dans l'accomplissement du devoir.
Si tu avais été alors à Nazareth ; si tu avais connu le secret divin de cette bienheureuse maison de Joseph et de Marie ; si tu avais su ce qu'était cet Enfant, ton voisin «t ton compagnon de chaque jour ; qu'aurais-tu fait, dismoi, ô mon cher enfant? Comment te serais-tu conduit? N aurais-tu pas tâché d imiter en tout le Fils de Marie ? d'obéir, comme lui, au premier commandement, au premier signe, sans raisonner jamais, sans murmurer? N'aurais-tu pas taché d'être patient, comme lui, avec tout le monde? de prier comme lui? de faire, comme lui, en toutes choses, la sainte volonté de Dieu et la volonté de tes parents?
La vie de l'Enfant-JÉsus à Nazareth était, avant tout, une vie simple, modeste, laborieuse, tout opposée à la vanité et à la mollesse. La Sainte-Vierge le rappela un jour à saint Anschaire, devenu plus tard Archevêque de Magdebourg, en Saxe, et qui n'était alors qu'un tout jeune garçon. Le pauvre enfant venait de perdre sa mère qu'il aimait tendrement. Une nuit, il eut un songe, ou plutôt une vision, qui l'aida beaucoup à devenir très-bon. Il aperçut comme une grande et majestueuse Reine, toute rayonnante, qu'escortaient une multitude de belles dames, vêtues de blanc, joyeuses et couronnées de gloire. Au milieu d'elles, il reconnut sa mère, vers laquelle il s'élança aussitôt. Mais il ne pouvait arriver jusqu'à elle. Alors la Reine, qu'il reconnut pour être la Bienheureuse Vierge, Mère de Dieu, lui fit entendre ces paroles: « Mon enfant, tu veux venir auprès de ta mère? Écoute ce qu'il te faut
faire pour y parvenir : A l'imitation de mon Fils, fuis tout ce qui est vanité ; laisse-là les divertissements frivoles, et garde-toi dans la gravité d'une vie pure. Nous détestons tout ce qui est vain et futile ; et celui, qui met son bonheur dans les frivolités mondaines, celui-là ne peut avoir part avec nous. » Anschaire profita si bien de la leçon de la Sainte-Vierge, qu'à partir de ce moment sa vie devint un modèle de piété, d'application, de docilité, d'abnégation ; il était une copie vivante de l'Enfant de Nazareth, et ses compagnons ne se lassaient point de l'admirer.
Si la Sainte-Vierge t'accordait la grande grâce de te parler, comme elle le fit à saint Anschaire, sais-tu, mon enfant, ce qu'elle te recommanderait encore ? Elle te dirait de l'aimer de tout ton cœur, comme l'aimait Jésus à Nazareth ; de lui être très-soumis, d'obéir à ses inspirations maternelles. C'est, en effet, ce que fit Jésus vis-àvis d'elle et vis-à-vis de saint Joseph, jusqu'à l'âge de trente ans. Il y en a qui veulent bien obéir jusqu'à l'âge de quatorze ou quinze ans, ou peut-être jusqu'à dix-sept ou dix-huit ; il y en a qui sont fidèles à leurs devoirs de piété, tant qu'ils sont jeunes; mais dès qu'arrive l'adolescence, ils se regimbent, ils ne veulent plus se laisser diriger ; ils ne veulent plus du joug salutaire de l'autorité. Hélas ! ils ne ressemblent guère à Jésus de Nazareth, leur Maître pourtant et leur Dieu 1 Jésus obéissant condamne leur folle indépendance; Jésus laborieux condamne leur amour du plaisir et l'oisiveté de leur vie mondaine ; Jésus, Fils tendre de la Vierge Marie, condamne et punira un jour leur négligence des pratiques de la piété chrétienne.
Et sais-tu, ô mon enfant, où tu pourras puiser cet esprit de piété, de fidélité, d'obéissance, de respect? Regarde le Tabernacle. Là est Jésus ; là est l'Enfant, l'Adolescent de Nazareth , avec le trésor de ses grâces , avec toutes les vertus qu'il a pratiquées à ton âge. Te montrant son grand Sacrement,, il te dit: «Viens à moi; prends et mange : c'est ici mon Corps. Je viens à toi pour revivre en toi, et pour pratiquer en toi les vertus que je pratiquais à Nazareth. C'est moi la source de l'innocence de mes jeunes serviteurs ; c'est moi le Jésus de la crèche, le Jésus de Nazareth, le Jésus de Marie, l'humble apprenti de l'atelier de Joseph. C'est moi, JÉsus-Enfant, le modèle et le Dieu des enfants. Viens à moi, et laisse-moi désormais vivre pleinement en toi. »
0 Jésus ! ô Marie î ô Joseph ! je vous donne mon cœur et mon âme ; je vous consacre ma vie et ma mort. Faitesmoi pratiquer jusqu'au dernier soupir les saintes actions qui ont embaumé la maison de Nazareth.
La Très-Sainte Vierge, aux noces de Cana.
Notre-Seigneur demeura dans l'obseuéut eNpirazret h jusqu'à Tâge de trente ans. Il voulut nous montrer par là, que la vraie sainteté ne consiste pas à faire des choses extraordinaires, mais à remplir parfaitement les devoirs de la vie de chaque jour, pour l'amour du bon Dieu. Son père nourricier, le Bienheureux Joseph, était mort dans
ses bras, assisté des prières, des tendres soins et de l'amour de la Sainte-Vierge. L'œuvre de ce très-saint Patriarche était achevée : comme une blanche muraille à l'ombre de laquelle pousse et grandit paisiblement une plante précieuse, Joseph avait protégé la faiblesse et l'humilité de Marie; il avait gardé l'enfance de Jésus; il avait gardé fidèlement le double trésor que lui avait confié le Père céleste ; car, en sa double qualité d'Époux de Marie et de père nourricier de Jésus, saint Joseph avait eu l'insigne vocation de représenter le Père éternel auprès de la Vierge et de l'Enfant-DiFu. Arrivé à la plénitude de l'âge, Jésus n'avait plus besoin de son bien-aimé gardien, de son Ange visible : au moment de commencer la prédication de l'Évangile, il lui avait donc ouvert les portes du Paradis.
Peu de temps après sa sortie de Nazareth, le Sauveur fut invité, avec sa sainte Mère, aux fêtes d'une noce qui eut lieu dans la petite ville de Cana, en Galilée. Il paraît que le marié était le même que saint Barthélémy, qui, peu après, suivit Jésus pour devenir et son disciple et son Apôtre. L'épouse de Barthélémy s'attacha sans doute à la Très-Sainte Vierge, avec quelques autres saintes femmes.
Au repas des noces, le vin venant à manquer, on s'adressa à la bonne Vierge ; et celle-ci, compatissante et confiante, s'approcha de son divin Fils et lui dit : « Ils n'ont plus de vin. » Elle connaissait le cœur de Jésus, et savait qu'il suffisait, pour l'attendrir, de lui exposer un besoin.
Et Jésus, la regardant avec tendresse, lui dit : « 0 femme! qu'ya-t-il donc entre vous et moi? » Ce n'était là ni une
parole dure, ni un reproche que le Fils de Dieu adressait à sa Mère, comme on le suppose trop souvent ; c'était, au contraire, une parole d'amour qui constatait l'union intime du cœur de Marie avec le cœur de Jésus. Cette parole : « Qu'y a-t-il entre vous et moi ? » est, en effet, une sorte de proverbe, usité de tout temps chez les Orientaux, pour exprimer la surprise et le bonheur qu'ils éprouvent, lorsqu'on leur dit quelque chose qui répond précisément à leur pensée intime, au secret désir de leur cœur. C'est comme s'ils disaient : « Qui donc vous révèle ainsi mes pensées? Qu'y a-t-il donc entre nos deux cœurs, pour qu'ils se devinent çi bien? » Encore aujourd'hui, cette locution est en usage dans tout l'Orient, où l'on continue à parler la langue dont se servait jadis le Sauveur. « Qu'y a-t-il entre vous et moi ? » Ce sont absolument les mêmes termes rapportés par l'Évangile.
Je connais un missionnaire dominicain qui ayant entendu plusieurs fois cette locution, interrogea les Évêques du pays sur le véritable sens de la parole de Notre-Seigneur, aux noces de Cana. Ils lui répondirent qu'elle n'avait, qu'elle ne pouvait avoir d'autre sens que celui du proverbe oriental ; que jamais, dans l'Orient, on n'avait songé à une autre interprétation ; et ils se montraient fort scandalisés d'apprendre que chez nous, en Occident, on pouvait supposer de la part de Jésus-Christ, une réponse dure et désagréable envers sa très-sainte Mère.
Le mot a femme » qui en français pourrait sembler un peu dédaigneux, estau contraire une parole mystérieuse, pleine de respect et d'honneur : la Très-Sainte Vierge est, en effet, comme nous l'avons indiqué plus haut, la Femme par excellence, la Femme parfaite, la véritable Eve, pré-
dite dès le commencement du monde, comme devant être la triomphatrice du démon et la Mère du Dieu Sauveur. Jésus s'est servi de cette même expression, lorsque, du haut de la Croix, sa tendresse filiale confia la Très- Sainte Vierge à l'amour de saint Jean : « Femme, voici votre fils. » •
« 0 femme! Qu'y a-t-il entre vous et moi? répondit donc Jésus à Marie. Mon heure n'est pas encore venue. » L'heure de Jésus-Christ, c'était l'heure des miracles, l'heure de la manifestation de sa toute-puissance et de sa gloire. On le voit, c'est à la Sainte-Vierge que nous devons les miracles de Jésus ; c'est sa miséricorde, c'est sa bonté compatissante, qui a, pour ainsi dire, obligé Jésus de devancer l'heure. En effet, immédiatement après que Jésus a répondu à la prièrede sa Mère, celle-ci, pleine de confiance, se tourna vers les serviteurs qui étaient venus lui exposer leur embarras, et leur dit : « Faites tout ce qu'il vous dira. »
Les serviteurs obéirent ; et leur obéissance fut récompensée par un grand miracle. «Or, dit en effet l'Évangile, il y avait là six amphores de pierre, espèce de grands vases qui servaient aux Juifs pour se purifier le visage et les mains, avant et après les repas. Chacune de ces amphores pouvait contenir de cent à cent cinquante litres.
« Remplissez-les d'eau, » dit Jésus aux serviteurs. Et ils les emplirent jusqu'au bord. « Puisez maintenant, ajouta le Fils tout-puissant de Marie, et portez-en au chef du service. » Celui-ci ayant goûté de cette eau miraculeusement changée en vin, ne pouvait revenir de son étonnement; il ne savait d'où venait ce vin exquis.
Les serviteurs, entre les mains et sous les yeux des-
quels s'était opéré le miracle, le lui dirent, ainsi qu'aux jeunes époux et à tous les invités. « Et ce fut là, dit l'Évangile, le premier miracle que fit Jésus ; et ses disciples crurent en lui. »
Serviteurs de Jésus-Christ, enfants dociles de Marie, les prêtres catholiques sont chaque jour témoins d'un miracle encore plus admirable : entre leurs mains, le pain et le vin de l'autel sont changés au Corps et au Sang du Fils de Dieu. A Cana, le changement subit et miraculeux de la substance de l'eau en la substance du vin était une annonce de ce qui devait se faire, dans l'Église, au banquet nuptial de l'Eucharistie.
« Nous devons donc avoir un grand soin de nous adresser à Notre-Dame dans nos besoins, dit le bon saint François de Sales, puisque nous voyons qu'elle a tant de crédit auprès de son Fils. Et afin qu'elle lui représente nos nécessités, il faut toujours l'inviter avec Notre-Seigneurau festin de notre vie; car, là où est la Mère, là est le Fils, et le vin de la bénédiction divine n'y peut manquer. Elle dira infailliblement à Jésus : «Mon Seigneur et mon Fils, ce mien enfant votre serviteur, n'a point de vin. » Et Jésus vous en donnera. Mais prenez garde à ne lui demander que de bonnes choses; ne lui demandez que du vrai vin.
« Et puis, si nous voulons que Notre-Dame demande à son Fils, qu'il change l'eau de notre tiédeur au vin de son fervent amour, il nous faut faire tout ce que Notre- Seigneur nous dira. « Faites tout ce qu'il vous dira, nous dit à tous la Bienheureuse Vierge. Remplissez vos cœurs de l'eau de la pénitence, et il vous changera cette eau en vin de grâce et d'amour. »
0 douce Vierge ! bonne et compatissante Mère, donnez-nous de ne jamais oublier votre instruction si courte, et à la fois si féconde : « Faites tout ce que Jésus vous dira.»
Jésus nous parle à chacune des pages de son Évangile : c'est là ce que la Sainte-Vierge nous recommande de faire, de pratiquer fidèlement. Il nous dit : « Vous aimerez le Seigneur, votre Dieu, de tout votre cœur, de toutes vos forces et de toute votre âme, et votre prochain comme vous-mêmes. »
Il nous dit : « Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres ; et c'est à cela que les hommes connaissent que vous êtes mes disciples. »
Il nous dit: « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous calomnient et vous persécutent, et soyez parfaits, à T exemple de votre Père céleste qui est parfait. »
Il nous dit : « Venez à moi, vous tous qui souffrez ; et moi, je vous soulagerai. Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Prenez mon joug sur vous; car il est suave et léger. Si quelqu'un veut marcher à ma suite, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix chaque jour et qu'il me suive. »
Voilà ce que nous dit Jésus. Voilà ce que, dans sa sollicitude maternelle, la très-sainte et très-bonne Vierge nous recommande instamment de faire. Ecoutons-la, et nous verrons notre fidélité récompensée, dès ce monde, par des bénédictions sans nombre, par la paix du cœur, parla joie de la conscience ; et, dans le ciel, par un immense bonheur qui ne finira jamais.
■ iras
La Sainte-Vierge au Calvaire,
La mère de Jésus, accompagnée de quelques saiates
femmes avait suivi son divin Fils pendant une partie de ses courses à travers la Terre-Sainte. Fidèle jusqu'à la fin, elle le suivit durant les longues et terribles heures de sa Passion, et fut la première à parcourir, avec saint Jean, sainte Marie-Madeleine et ses compagnes habituelles, la voie douloureuse.
On a appelé ainsi le chemin par où passa Jésus portant sa croix, depuis le prétoire de Pilate, jusqu'au sommet du Calvaire. Cette voie douloureuse a environ un quart de lieue. On voit encore à Jérusalem les dalles que Jésus et Marie ont foulées de leurs pieds sacrés; et l'on montre la place où la Sainte-Vierge voulut voir passer son Fils bien-aimé. Elle suivit le funèbre cortège et demeura sur le Calvaire, au pied de la Croix', pendant toute cette épouvantable journée du Vendredi-Saint.
Jésus ne reposait plus alors, comme autrefois, entre les bras, sur la poitrine chérie de la Vierge sans tache : il était suspendu, cloué aux bras, durs et terribles, d'une, croix de bois, du haut de laquelle il répandait goutte à goutte son sang et sa vie, pour l'expiation de nos péchés. Sa tête adorée, que Marie couvrait jadis de chastes et maternels baisers, était maintenant couronnée d épines,
couverte de sang et de crachats ; et ce corps divin que la Vierge avait enveloppé de langes, elle le voyait crucifié, nu et couvert de plaies, ensanglanté par la flagellation.
« Elle était debout, dit formellement l'Évangile; debout au pied de la Croix de Jésus. » Elle était à sa droite, avec Jean, avec Madeleine et les autres saintes femmes. On voit encore, dans l'église du Saint-Sépulcre, la place même qu'elle occupait. Elle était entre la Croix de Jésus et la croix du bon larron. Tous les élus sont, avec Marie, à la droite du Sauveur; à sa gauche, là où n'est point Marie, il n'y a que le mauvais larron, il n'y a que les réprouvés.
Elle était debout, près de la Croix, près de l'autel du sacrifice ; elle était debout, comme le Prêtre à l'autel. Unie à Jésus, elle offrait volontairement, librement, amoureusement cette très-sainte Victime pour la rédemption du monde. Bien que sa douleur fût incomparablement plus grande que toutes nos douleurs (car elle avait quelque chose de divin), la Sainte-Vierge demeura ferme et inébranlable pendant toute la durée du sacrifice sanglant de son Fils. Le ca?ur du Fils et le cœur de la Mère s'entre-regardaient, non-seulement avec une compassion ineffable, mais aussi avec une générosité, une constance inébranlables : ils ne se plaignaient pas ; ils ne détournaient pas leurs regards l'un de dessus l'autre ; mais ils se regardaient avec un amour profond, calme et fort.
Vers la sixième heure du jour, c'est-à-dire vers midi, au moment où les ténèbres miraculeuses commencèrent à se répandre sur la terre, Jésus dit à la Sainte-Vierge, en lui montrant du regard saint Jean : « Femme, voici
votre fils. » Et à saint Jean, en lui désignant Marie : « Voici ta Mère. »
0 Dieu, quel échange ! A la place du Fils de Dieu, du très-saint, très-adorable, très-divin Jésus, Marie allait avoir pour fils un simple homme! Néanmoins, elle ne refusa point, et, en la personne de saint Jean, du disciple que Jésus aimait, elle accepta pour fils tous les enfants de la Croix du Sauveur. C'est à ce moment solennel qu'elle est devenue, au milieu d'une douleur inconcevable, la Mère de nos âmes, la vraie Mère des chrétiens, la Mère de l'Église.
En devenant la Mère de Jésus, au jour de l'Incarnation, la Sainte-Vierge avait reçu de l'Esprit-Saint un cœur absolument et divinement maternel; de même, au jour de la Rédemption, en devenant Mère de saint Jean, la Sainte-Vierge reçut de Jésus un cœur vraiment maternel pour ce nouveau fils et par conséquent pour nous tous.
Désormais, en voyant un chrétien, surtout si ce chrétien est pieux et fidèle, la Sainte-Vierge se rappelle la parole de Jésus : « Voici votre Fils ; » et elle l'entoure de toutes sortes de tendresses, de soins, de miséricordes. Et nous, de notre côté, en jetant les yeux sur une image de la Sainte- Vierge, en pensant à la Sainte- Vierge, nous pouvons, nous devons nous dire: « Voici notre Mère ! voici notre vraie Mère, la Mère de nos âmes, la Mère de notre salut! »
A la vue des douleurs de ta sainte Mère, la Vierge Marie, laisse-toi toucher, mon cher enfant, par la grâce de Jésus. En bon fils, compatis grandement à ces tortures de la Mère de ton Sauveur, devenue ta Mère, a Je
regarde, disait un jour la Sainte-Vierge à sa pieuse servante sainte Brigitte, je regarde s'il se trouve sur la terre des cœurs qui compatissent à mes douleurs: et j'en découvre bien peu. Toi du moins, ma fille, ne m'oublie pas. Médite mes souffrances sur le Calvaire ; contemple mes larmes, et pleure avec moi sur le grand nombre des pécheurs et sur le petit nombre des amis de Dieu. Au Calvaire, la douleur de mon Fils était ma propre douleur, parce que son cœur, c'était mon cœur. »
Une autre fois, elle apparut à la grande et célèbre sainte Colette, Religieuse de l'Ordre de saint François, dont les prières ont ressuscité cent trois morts. Celle-ci priait et intercédait pour les pauvres pécheurs. « Ma fille, lui dit Marie, en lui montrant Jésus crucifié et couvert de plaies; ma fille, aie compassion de moi; aie compassion de mon Fils. Vois comme les mauvais chrétiens traitent mon Fils; vois l'état où ils le réduisent: ils le crucifient de nouveau dans leur cœur, et le font mourir. »
0 mon enfant, ne pèche donc jamais plus ; plus de péché! plus de péché! Ne sois pas de ceux qui torturent Marie, en crucifiant Jésus, Hélas ! chaque jour, des millions d'àmes deviennent, pour Jésus et pour Marie, comme autant de calvaires, et elles y élèvent autant de croix qu'elles commettent de péchés mortels. Ne sois pas de ce nombre. Au contraire, par ta fidélité, par ta piété, par ton innocence, par la ferveur de ton amour, par le courage de ton dévouement, console la Sainte-Vierge, et fais-lui oublier tous, les ingrats.
Pense aussi à ton Jésus crucifié, quand tu souffres. Demande-le à Marie, et elle te le donnera, comme un ix 9
remède souverain à toutes tes souffrances. Tu te rappelles la sainte petite négresse, appelée Joséphine, de qui je t'ai raconté déjà de si belles choses? Avant de mourir, elle souffrit beaucoup et très-longtemps. Un matin, cette petite prédestinée se réveilla avec des transports de joie extraordinaires : a Cette nuit, s'écriat-elle, j'ai été si longtemps dans le ciel ! — Qu'y as-tu vu? demanda la Sœur qui la soignait. — J'ai vu une belle Dame avec tant d'autres, et je lui ai dit: « Sainte-Vierge, « je ne souffre pas autant que Jésus. Je voudrais aussi, « comme lui, une couronne d'épines sur la tête, des « clous aux mains et aux pieds, et une lance dans le « cœur. « La Sainte-Vierge m'a dit : « Pense à la Passion wde Jésus; souffre encore un peu avec patience. Après « quoi, je viendrai te prendre pour te conduire au ciel « avec moi. »
La petite Joséphine demanda aussitôt un livre sur la Passion; et, en le lisant, elle pleurait à chaudes larmes. Elle disait par moments : t Oh ! que ce livre m'aide à bien .souffrir!
; Quand elle fut sur le point de mourir, elle répétait ces aspirations embrasées: « 0 Jésus, viens vite! viens, viens, mon cher Jésus! 0 Sainte-Vierge! toi, qui es venue de si loin pour me prendre et me faire chrétienne, viens maintenant; emmène-moi au ciel. Viens me prenpre; je ne peux plus rester ici. Mon âme, mon cœur ne peuvent plus rester loin de Jésus... 0 mon bon Ange, aide-moi à aller bien vite au ciel!.. 0 vous tous, Saints du Paradis, venez me prendre ; hâtez-vous, emmenezmoi à Jésus! »
C'est ainsi, mon enfant, qu'il faut aimer Jésus crucifié.
€'est ainsi qu'il faut aimer et invoquer la Vierge du Calvaire.
0 Jésus, ô Marie! oui, je veux vous aimer désormais de toute mon âme; et je prends aujourd'hui tout particulièrement la résolution d'assister avec une foi et une piété profondes au divin sacrifice de la Messe, où le sacrifice sanglant du Calvaire est rendu chaque jour présent aux chrétiens, sous les voiles du Sacrement. Obtenezmoi, Très-Sainte Vierge, la grâce de cette foi vive qui fait que l'on entend saintement la Messe et que l'on communie avec fruit.
La Sainte- Vierge au Cénacle, au milieu des Apôtres.
Après avoir participé à la Passion et aux douleurs de son Fils, la Sainte- Vierge participa aux joies glorieuses de sa résurrection ; et, bien que l'Évangile ne le dise pas, il est indubitable qu'elle fut la première à recevoir la
visite et les embrassements de Jésus ressuscité.
Le jour de l'Ascension, elle accompagna Jésus et marcha à la tête des Apôtres et des cinq cents disciples qui escortèrent le Sauveur, lorsque celui-ci alla du Cénacle à la montagne des Oliviers, pour remonter de là dans les cieux.
Après l'Ascension, la Mèrede Dieu ramena saint Pierre et les Apôtres du mont des Oliviers à Jérusalem, et elle
entra en retraite avec eux et avec les principaux disciples, dans ce même Cénacle où Jésus avait institué le Très-Saint Sacrement et célébré la première Messe ; d'où il était parti pour commencer sa douloureuse Passion;' où il était apparu à ses Apôtres une première fois, le jour même de Pâques, puis, huit jours après, pour obliger l'incrédule Thomas à croire à sa résurrection.
Ce fut là, sous la direction et sous les yeux de Marie que saint Pierre et les Apôtres attendirent, dans le recueillement et la prière, la descente du Saint-Esprit.
Le cinquantième jour après la Résurrection, le dixième après l'Ascension, le Fils éternel de Dieu, le Roi du Ciel, le Seigneur des Anges, envoya miraculeusement, de la part de son Père céleste, le Saint-Esprit aux premiers chefs de son Église militante ; c'est-à-dire à saint Pierre, le premier Pape, le premier Souverain - Pontife, et aux autres Apôtres, dont les Évêques catholiques, à la fois Frères et Fils du Pape, sont les successeurs. L'esprit-Saint descendit sur eux, le jour de la Pentecôte, sous forme de langues de feu ; et, à partir de ce moment, la sainte Église catholique commença à prêcher Jésus-Christ, à administrer les Sacrements, à remettre les péchés, à offrir le Saint-Sacrifice, à sauver et à sanctifier le monde.
Mais, remarque-le bien, mon enfant, c'est sous les yeux de Marie, c'est avec elle que l'Eglise a ainsi commencé. C'est à cette Vierge bénie, Mère de Dieu et Mère des chrétiens, qu'il a été donné de recevoir d'abord, comme une glorieuse Reine, l'Esprit-Saint, qui, de son sein maternel, s'est répandu, s'est divisé sur chacun des Apôtres. Elle avait reçu Jésus-Christ, et l'avait donné au
monde: elle reçut de même le Saint-Esprit, l'Esprit du Père et du Fils, l'Esprit de Jésus-Christ; elle présida cette assemblée du Cénacle, où l'Église reçut la troisième personne de la Sainte-Trinité. Mère du Fils de Dieu, elle devint ainsi, au Cénacle, la Mère et la Reine des Apôtres. Quelles grandeurs en Marie! Quelle vocation divine, universelle, incomparable! Tout ce qu'a l'Église, elle l'a reçu, elle le reçoit de Jésus-Christ, par Marie.
Aussi est-il impossible d'être enfant de la Sainte- Vierge, si l'on n'est pas un fidèle enfant de l'Église. C'est là un des principaux signes auxquels la Sainte-Vierge reconnaît ses enfants. S'ils aiment l'Église, s'ils aiment le Pape, Chef de l'Église, s'ils aiment les choses de l'Église, la Sainte-Vierge les reconnaît pour siens. Si, au contraire, elle les voit indifférents à ce qui touche l'Église de Jésus- Christ, le Vicaire de Jésus-Christ, les hommes et les choses de Jésus-Christ, oh! alors, sache-le bien, la sainte Reine de l'Église ne reconnaît pas ces chrétiens de contrebande pour ses enfants et pour les membres vivants de son bien-aimé Jésus.
Mon enfant, c'est au nom de la Sainte-Vierge que je te le demande : aimes-tu l'Église? En dehors d'elle, tu le sais, il n'y a point de véritable Église de Jésus-Christ ; il n'y a que des sectes, plus ou moins séparées de Jésus, Chef céleste de l'Église. La cause du Pape est la cause de l'Église ; et la cause de l'Église est la cause de la Sainte Vierge,
Aimes-tu l'Église? Es-tu un bon et fidèle catholique? Es-tu prêt à mourir, plutôt que d'abandonner ta foi ? Es-tu fier d'être chrétien, d'être catholique?
Comme Jésus, comme Marie, détestes-tu cordialement
tout ce qui sent l'impiété, l'hérésie, la révolte contre l'autorité sacrée de l'Église? Sainte Jeanne de Chantai n'avait encore que cinq ans, et déjà, elle faisait éclater son amour poiy l'Église, en même temps que son horreur de l'hérésie. Elle vit un jour chez son père un gentilhomme protestant, et elle l'entendit avec indignation mal parler de l'Église catholique, et surtout de la sainte Eucharistie. La petite Jeanne ne voulut jamais recevoir ses caresses ; et comme il essayait de gagner ses bonnes grâces en lui offrautdes bonbons, la généreuse enfant les prit dans son petit tablier et, sans y toucher, courut les jeter au feu. « Voyez-vous, dit-elle avec énergie, voilà comme brûleront dans le feu de l'enfer tous les hérétiques, parce qu'ils ne croient pas ce que Notre-Seigneur a dit. » — Ùn enfant ne saurait commencer de trop bonne heure à aimer l'Église, à aimer le Pape, à s'intéresser aux malheurs, aux dangers comme aux triomphes de l'Église.
Cette horreur du schisme et de l'hérésie, les vrais chrétiens la puisent dans le très-saint cœur de la Mère de Dieu. Je me rappelle à ce sujet un fait bien extraordinaire, que j'oserais presque dire miraculeux, et qui m'est arrivé à moi-même.
En 1842, j'avais connu à Rome une dame russe schismalique qui venait de perdre son unique enfant qu'elle adorait. Elle était catholique de cœur, et elle parlait ouvertement de quitter le schisme. Je la retrouvai à Pétersbourg l'année suivante, toujours bien désolée, et toujours dans les mêmes dispositions religieuses. Comme encouragement, je lui donnai une médaille de la Sainte-Vierge, que le Pape Grégoire XVI avait bénite, et qui portait sur le revers l'image du Saint-Père : la
Sainte-Vierge et le Pape, rien de plus catholique. Et je partis pour Moscou.
Deux mois après, je revis cette bonne dame. « Ah ! Monsieur, s'écria-t-elle, dès qu'elle m'aperçut, si vous saviez ce qui m'est arrivé ! Vous vous rappelez cette médaille que vous m'avoz donnée, et qui représentait la Sainte- Vierge avec le Pape ? De crainte de la perdre, j'ai voulu la mettre dans la cassette où je garde ce que j'ai de plus précieux au monde : les souvenirs de mon pauvre enfant. Là, j'ai pris le petit cordon où pendait sa médaille de saint Alexandre Newsky (un soi-disant saint, de fabrique russe). Je dénouai le cordon ; j'y passai votre médaille du Pape; et, après avoir renoué, je remis le tout dans la cassette et la refermai. A mon grand étonnement, je retrouve votre médaille sur mes genoux. Je croyais pourtant l'avoir bien passée dans le cordon.
» Je reprends ma cassette, mon cordon, et je recommence avec plus d'attention encore ma petite opération. « Cette fois, me dis-je, je suis sûre de mon affaire. » Je referme ma cassette. Chose étrange! la médaille est de nouveau sur mes genoux. Je commençai à avoir peur. « O mon Dieu ! pensais-je, la Sainte- Vierge ne veut peut7 « être pas qu'une médaille bénite par le Pape se trouve « en compagnie d'un saint de chez nous. Peut-être « veut-elle me montrer qu'il n'y a pas d'union possible «. entre l'Église catholique et la nôtre. »
* Tremblante, je rouvre ma boîte ; je dénoue pour la troisième fois le fil de la médaille russe ; j'y enfile bien soigneusement la médaille catholique ; et, pour réassurer qu'elle y est bien cette fois, je les fais danser toutes deux l'une contre l'autre. Je renoue le cordon avec pré-
caution, et le remets, comme les deux premières fois, mais avec plus de soin, s'il est possible, dans la cassette... La médaille était encore sur mes genoux !
* Cette fois, le frisson me prit. Je n'osai plus tenter de réunir ce qui ne peut être uni ; et quand je pense à tout cela, je me sens des remords de ne pas me faire catholique. »
Je fis ce que je pus, pour décider celte pauvre dame. « J'ai peur de l'empereur et de la Sibérie, » me disaitelle pour toute réponse. Hélas! elle mourut schismatique, huit ou dix mois après.
0 mon enfant, il faut aimer courageusement, énergiquement l'Église. Et non-seulement il faut l'aimer; mais de plus il faut lui obéir, obéir à ses commandements. Là encore il faut de l'énergie.
Un petit garçon de onze ans se préparait à sa première communion. Sans être impies, ses parents étaient indifférents, ne faisaient pas leurs prières, ne sanctifiaient pas le dimanche et ne tenaient aucun compte des lois de l'Église sur les jours maigres.
L'enfant ayant appris au catéchisme qu'à moins de dispense, tout chrétien est obligé d'obéir, à cet égard, aux lois de l'Église, il se promet de ne plus jamais manquer à ce devoir. Le vendredi suivant, il n'y avait, comme d'habitude, que des aliments gras sur la table. On lui en offre ; il refuse doucement. « Est-ce que tu es malade ? lui demande sa mère. — Non, maman. — Est-ce que tu n'as pas faim? — Si, maman. — Est-ce que tu n'aimes pas cela?— Si, maman. — Alors pourquoi ne manges-tu pas? — Parce que c'est défendu. — Comment, défendu? — Mais oui, maman: C'est aujourd'hui vendredi, et, quand on n'est pas malade, on est obligé de faire maigre Je
vendredi. L'Église l'ordonne. » Le père s'impatiente : « Qu'est-ce que tu viens nous chanter là? dit-il. Mange ce qu'on te donne, ou bien, monte dans ta chambre, et va te coucher sans dîner. » L'enfant se lève, et, sans murmurer, sans donner aucun signe d'humeur, il obéit et s'en va.
Cependant, la mère, émue de compassion, voulut lui porter en secret un peu de nourriture, tout en lui reprochant ce qu'elle appelait un ridicule entêtement. Mais ce bon enfant ne voulut point accepter. « Non, maman, lui dit-il doucement; je ne veux pas désobéira papa. Ce n'est point par caprice, ni par entêtement que j'ai refusé de faire gras ; c'est parce que c'est défendu. Papa m'a ordonné de me coucher sans dîner, et cela, je puis le faire, sans désobéir à l'Église. » Et il embrassa sa mère, en la remerciant de sa bonté.
Touchée jusqu'aux larmes du courage et de la conscience de son enfant, la mère va raconter à son mari ce qui vient de se passer. « Ma foi! s'écrie le père, lui aussi tout ému et saisi d'admiration ; voilà un enfant qui vaut mieux que nous. Quel brave cœur! » Et il court chez son fils, l'embrasse de tout son cœur, lui dit qu'à l'avenir on fera maigre ; et il tint parole. •
Le jour de sa première communion, ce bon petit enfant de l'Église eut le bonheur de voir son père et sa mère, revenus à Dieu, communier avec lui.
Donc, mon enfant, pour plaire à la sainte Reine de l'Église, tu aimeras de tout ton cœur et tu serviras fidèlement l'Église et son Chef; tu leur obéiras en toutes choses; et, toute ta vie, tu te feras honneur d'être un bon, un fervent catholique.
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La bienheureuse mort de la Très-Sainte Vierge, et sa glorieuse Assomption.
À la Pentecôte, la Sainte-Vierge avait environ quarante-sept ans. Elle demeura quelques années encore sur la terre, afin d'élever pour ainsi dire et de former TÉglise naissante, comme jadis elle avait élevé, soigné, protégé, guidé l'enfance du Fils de Dieu. Ses prières et sa tendre charité furent la consolation des premiers fidèles. Depuis, il en a toujours été ainsi dans l'Église ; et la Bienheureuse Vierge a été, est et sera jusqua la fin la toute-puissante et bien-aimée Protectrice des brebis et des agneaux de Jésus-Christ.
On ne sait pas au juste à quel âge finit son exil ici-bas. D'après certaines traditions, elle mourut à soixante-trois ans ; d'après d'autres, à soixante-treize. *
Elle ne mourut pas comme nous, en punition du péché : elle était absolument innocente; elle avait par grâce ce que Jésus-Christ avait par nature ; et, à ce point de vue, elle ne devait pas mourir. La mort n'est, en effet, que la punition du péché. Mais de même que le très-innocent Jésus avait voulu mourir par amour pour nous et en expiation, non de ses péchés, mais des nôtres ; de même, sa sainte et immaculée Mère voulut mourir par amour pour Jésus et par amour pour nous : par amour pour Jésus, afin de lui ressembler davantage et d'unir sa
mort à sa mort, le sacrifice de sa vie au sacrifice de sa vie ; pour l'amour de nous, afin de nous obtenir la grâce d'une sainte et douce mort et de nous consoler par son exemple en ce douloureux passage.
La mort de la Sainte-Vierge fut douce, comme avait été sa vie : elle avait vécu d'amour ; elle mourut d'amour. Arrivée au sommet de la sainteté la plus incompréhensible, son âme se détacha doucement, paisiblement de son très- saint corps ; son dernier soupir fut un élan d'amour qui la porta immédiatement et comme tout naturellement jusqu'au faîte du Paradis. Les neuf chœurs des Anges portèrent cette âme incomparablejusque dans le sein de Dieu ; et le Père céleste associa son Épouse bien-aimée à son éternelle béatitude ; le Fils de Dieu la reçut comme sa Mère ; le Saint-Esprit, comme le chefd'œuvre de sa toute-puissance, de sa grâce, de son amour.
Il paraît certain que ce fut à Jérusalem que la Mère de Dieu quitta ce monde pour le Paradis. Ceux des Apôtres qui n'avaient pas encore subi le martyre, furent tous présents à son bienheureux trépas, sauf cependant l'Apôtre saint Thomas, alors occupé à prêcher l'Évangile dans les Indes. Notre-Seigneur voulut donner cette suprême consolation et à sa Mère et à ses chers Apôtres. Saint Pierre se trouvait là, avec saint Jean. Notre grand apôtre des Gaules, saint Denys l'aréopagite, disciple de saint Paul et premier Évêque de Paris, eut le bonheur de s'y trouver aussi, et c'est lui qui nous a conservé ces précieux détails. Plusieurs anciens Pères de l'Église ajoutent que les Apôtres furent transportés miraculeusement à Jérusalem dans la nuit qui précéda le trépas de la Bien-
heureuse Vierge. Marie les bénit une dernière fois, les exhorta, les consola ; selon toute apparence, elle reçut de la main de saint Pierre l'adorable sacrement de l'Eucharistie, que, jusque-là, saint Jean lui avait donné chaque jour. Puis, sans être aucunement malade, sans souffrance, sans effort, elle remit son âme, tout embrasée d'amour, entre les mains de Jésus et des Anges.
Saint Jean Damascène, l'un des plus illustres Docteurs de l'Église en Orient, rapporte que les fidèles de Jérusalem arrivèrent en foule, à la nouvelle du trépas de leur très-sainte Mère, et que les miracles se multiplièrent autour de la relique sacrée : plusieurs morts ressuscitèrènt; des aveugles, des paralytiques, des infirmes de tout genre furent guéris subitement par l'attouchement du corps de la Mère de Dieu. Quant aux Apôtres, partagés entre la douleur et la joie, ils demeurèrent en prières auprès du saint corps de Marie, exaltant dans des paroles et des cantiques inspirés les gloires de cette Vierge bienheureuse qui a donné naissance à la Vie, c'est-à-dire à Jésus-Christ, et qui, par le plus profond des mystères, a conçu, a porté Dieu dans son sein.
Ils l'ensevelirent avec une vénération digne de leur foi et de leur amour ; ils l'enveloppèrent de blancs suaires; et, suivis de la multitude des fidèles, accompagnés des Anges, ils allèrent déposer les précieux restes de la Vierge, Mère de Dieu, dans un sépulcre neuf, que les pèlerins voient encore près de Jérusalem, à Gethsemani. On ferma le sépulcre, selon l'usage, avec une grande pierre, en forme de porte..
Trois jours après, arriva l'Apôtre saint Thomas, que la Providence semblait avoir tenu en réserve pour ma-
nifester la gloire de Marie, comme jadis elle s'était servie de lui pour manifester avec encore plus d'éclat la vérité de la résurrection de Jésus. Il demanda instamment à voir une dernière fois les traits augustes de la Mère de Dieu ; et saint Pierre, saint Jean et les autres Apôtres qui étaient restés en prières auprès du tombeau, furent heureux d'accéder à son pieux désir. On ouvrit le tombeau ; on descella la pierre ; mais, ô prodige ! à la place où avait été déposé le corps de Marie, on ne trouva plus que les suaires pliés : comme autrefois, dans le sépulcre du Sauveur ressuscité, les saintes femmes, saint Pierre et saint Jean avaient trouvé, soigneusement pliés par les Anges, les linges qui avaient enveloppé le corps du Seigneur. Un parfum d'une suavité toute céleste s'exhalait du tombeau. Comme son Fils et par la vertu de son Fils, la Vierge Marie était ressuscitée le troisième jour ; les Anges avaient enlevé son bienheureux corps, et l'avaient transporté dans les cieux, où il jouit, pour toute l'éternité, d'un bonheur, d'une gloire ineffables.
Rien n'est plus authentique que ces anciennes traditions de l'Église sur le mystère de l'Assomption de la Mère de Dieu. On les trouve rapportées par les saints Docteurs des premiers siècles ; et il en est fait mention dans le Concile œcuménique de Chalcédoine, en 451.
Un jour Notre-Seigneur daigna laisser entrevoir quelques reflets de la gloire de sa Mère à la Bienheureuse Christine, pieuse vierge qui vivait en Toscane. Elle fut ravie en esprit et introduite dans le royaume des cieux. Là, elle vit Jésus-Christ resplendissant de gloire et éblouissant de sa divine lumière l'immensité du ciel. L'éclat des vêtements et du trône du Christ rejaillissait
sur tout le Paradis. A côté du Fils de Dieu, et siégeant sur le même trône, était la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu. La lumière de Jésus l'enveloppait tout entière, et ses vêtements très-précieux étaient d'une blancheur merveilleuse. Tous les Anges et tous les Saints vénéraient cette auguste Heine, avec de grands transports de joie et d'allégresse. Puis, ils semblaient quitter le trône de leur Reine bien-aimée, pour parcourir toutes les régions célestes ; et ils revenaient ensuite se prosterner à ses pieds, pour recevoir les doux témoignages de sa tendresse et de sa bonté ; elle les bénissait ; et ils s'en retournaient, chantant incessamment ses louanges, avec une mélodie dont la suavité est inconnue à la terre.
Pendant ce temps, la Bienheureuse Christine, toute ravie d'admiration, se tenait prosternée devant le trône du Seigneur, adorant le Christ avec les bienheureux habitants du ciel, et bénissant la Reine immaculée des Anges et des hommes : « Christine, ma fille, lui dit alors Notre-Seigneur, ne t'étonne point des honneurs que mes Anges rendent aujourd'hui à ma glorieuse Mère, ni de la splendeur de son vêtement. Le ciel célèbre, comme il convient, la gloire et la majesté de celle qui m'a donné au monde. La splendeur de son vêtement, c'est le privilège de sa très-parfaite innocence et de sa sainteté accomplie. Seule, elle est immaculée; seule, elle est Vierge et Mère ; seule, elle est la Mère de Dieu, la Reine du ciel et de la terre. Et toi, ma fille, tu entreras à ton tour dans cette gloire, lorsque viendra pour toi le moment de quitter la terre. » Et Jésus bénit la Bienheureuse Christine, et la vision céleste s'évanouit.
Oui, par la miséricorde du bon Jésus et sous la pro-
tection de la Sainte-Vierge, nous irons un jour, nous aussi, au Paradis. Nous y verrons la gloire magnifique de Marie, notre Mère ; et avec les Anges, avec les Saints, nous la bénirons dans tous les siècles des siècles.
Saint Jean et les enfants de MARIE.
Entre tous les disciples de Jésus, saint Jean eut, comme nous l'avons dit, le bonheur d'être fait Enfant de Marie par Notre-Seigneur lui-même. Une grâce extraordinaire d'amour maternel et d'amour filial accompagna les deux grandes paroles tombées du haut de la Croix : « Voici votre Fils ! — Voici ta Mère ! » Aussi l'Évangile ajoute qu'à partir de ce moment saint Jean prit la Sainte- Vierge pour Mère.
Jean avait encore sa mère selon la nature, car il est parlé d'elle quelques jours à peine avant la Passion; mais sa Mère principale, la Mère de son âme, la Mère de ce qui devait en lui vivre éternellement, c'était Marie, c'était celle que Jésus lui avait donnée, en lui disant : « Voici ta Mère ! »
Le très-fidèle saint Jean se dévoua dès lors à la Sainte- Vierge, avec un repect, une dépendance, une tendresse, un amour qui rappelaient autant que possible à la Mère de Dieu l'amour, les respects, tous les sentiments de son Jésus adoré. Et ainsi cette nouvelle Rachel se consolait un peu de l'absence de son Joseph, par la présence de
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son benjamin. Que la mission de saint Jean auprès de la Sainte-Vierge était donc belle et délicieuse !
Un jour, ce bienheureux Enfant de Marie apparut à sainte Mathilde et lui apprit de quel religieux amour il entourait la Mère que lui avait donnée Jésus : « Les paroles de la Mère de mon Dieu étaient accompagnées, lui dit-il, d'une si grande grâce, que jamais je n'en ai entendu une seule qui n'ait rempli mon âme de joie et de consolation. Pendant que j'étais avec elle sur la terre, je l'entourais de tant d'honneur et de respect, que jamais je ne me suis permis de fixer son auguste visage. »
Saint Jean demeura donc avec la Sainte-Vierge jusqu'au jour de sa glorieuse Assomption. A Jérusalem, sa maison, qui était celle de Marie, était située sur la montagne de Sion, non loin du Temple, non loin du Cénacle. A Éphèse, dont il fut le premier Apôtre et d'où il répandit la foi dans toute l'Asie-Mineure, il demeurait également avec la Sainte-Vierge, dans une maison dont on montre encore l'emplacement aujourd'hui. Changée depuis en église, cette maison de la Sainte-Vierge et de saint Jean fut choisie par les Pères du Concile d'Éphèse,. en 431, pour y proclamer solennellement, contre Nestorius, le dogme de la maternité divine de Marie.
Après l'Assomption de sa Mère bien-aimée, saint Jean demeura toujours le cher Fils de Marie; et, à ce titre,, il est tout naturellement le Patron, aussi bien que le modèle de cette multitude de pieux fidèles qui, sous le nom spécial d'Enfants de Marie, s'enrôlent sous la bannière de la Sainte-Vierge et font profession de la servir, de l'honorer et de l'aimer tout particulièrement.
Rien n'est plus utile, quoi qu'en disent certaines gens.
a l'esprit bizarre, rien n'est plus sanctifiant que de faire partie de ces Confréries, de ces Congrégations de la Très-Sainte Vierge. Elles aident puissamment tous ceux qui s'y enrôlent à persévérer dans la piété, à demeurer fidèles à la pratique des Sacrements, et à rendre à Ja Sainte-Vierge le culte qu'elle a droit d'attendre de nous.
Dès sa jeunesse, saint François de Sales faisait de la dévotion envers Marie les délices de son cœur. Étant à Paris pour y terminer ses études dans le collège de Navarre, dirigé par les Pères Jésuites, il ^'empressa d'entrer dans la Congrégation de Notre-Dame. Il y remplit successivement plusieurs charges, entre autres celle d'Assistant et celle de Préfet ; et il y montrait tant de douceur, tant de modestie et d'humilité; sa conduite était si pure, sa vie si exemplaire, que ses jeunes condisciples ne pouvaient le considérer sans l'aimer et sans être touchés des exemples de sa dévotion. Oh ! si tous les Enfants de Marie ressemblaient au jeune François de Sales! Quelle pépinière de Saints nous aurions là ! et quel immense bien se réaliserait immédiatement dans l'Église !
Pour être un véritable Enfant de Marie, il faut, avant tout, aimer cette bonne Mère de tout son cœur et de toutes ses forces. Que serait un enfant qui n'aimerait point sa mère ? Saint Stanislas de Kostka demandait la bénédiction de la Sainte-Vierge au commencement de toutes ses actions. Il la priait comme si elle eût été là, présente à ses yeux. On lui demandait un jour comment il aimait la Sainte-Vierge : « C'est ma Mère, répondit-il. Que puis-je dire de plus? »
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Il faut ensuite beaucoup aimer Jésus, l'aimer tout de bon, non-seulement par les sentiments du cœur, mais en outre par la pratique des vertus qui lui sont chères. La Sainte-Vierge ne reconnaîtra jamais pour son enfant un chrétien qui n aime pas cordialement Jésus-Christ. Elle dit un jour à la Bienheureuse Angèle de Foligno : « Angèle, ma chère fille, sois bénie de mon Fils et tâche de l'aimer autant que tu es capable d'aimer. » Elle dit aussi à la grande sainte Brigitte, reine de Suède, qui était toute dévouée à son culte : « Ma fille, si tu veux que je t'aime, si tu veux être toute à moi, aime mon Fils. » Cet amour de Jésus doit accompagner partout un vrai Enfant de Marie ; il doit embaumer toutes ses actions, sanctifier tout le détail de sa vie. Saint Jean n'était le bien-aimé de Marie, que parce qu'il était le disciple très-aimé et trèsaimant de Jésus.
Il faut, en troisième lieu, s'habituer à faire des sacrifices. Sans sacrifice, point de vraie vertu, point de chrétien sérieux ; donc, sans sacrifice, point de véritable Enfant de Marie.
« Qu estrce que c'est donc qu'un sacrifice? demandait un jour à sa mère un petit garçon. Un peu embarrassée de répondre directement à cette question, la pieuse mère eut recours à un exemple : « Un sacrifice, dit-elle, ce serait, par exemple, si, au lieu de dépenser en amusements la pièce de cinq francs que ta grand'mère t'a donnée hier, tu la donnais, pour l'amour du bon Jésus et de la Sainte-Vierge, à quelque pauvre petit enfant, à quelque pauvre mère de famille, qui n'a ni pain ni vêtement. » L'enfant ne répondit pas; il réfléchissait.
Le lendemain matin, en allant embrasser sa mère, il
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lui dit : « Maman ! je veux faire un sacrifice. Je donnerai ma pièce, ma belle pièce de cinq francs, au petit pauvre malade, chez qui vous m'avez mené l'autre jour. » Au déjeuner, il mit de côté le gâteau de son désert. « Tu n'as plus faim, mon ange? lui demanda la mère. — Je le garde pour notre pauvre petit malade. — Mange-le ; je t'en donnerai un autre pour lui. — Oh ! non, maman, ce ne serait plus la même chose. — Comment cela ? — Ce ne serait pas un sacrifice : je ne me serais pas privé pour l'amour du bon Dieu et de la Sain te- Vierge. » Des larmes de joie vinrent aux yeux do l'heureuse mère. Elle ne dit rien, et laissa reniant « faire son petit sacrifice. » — Donc, pour être un digne Enfant de Marie, il faut s'habituer aux sacrifices et se renoncer généreusement soi-même.
Il faut encore être fidèle aux pratiques pieuses que s'imposent les Enfants de Marie. Il y en a qui sont tout feu pour commencer ; mais au bout de quelque temps, ils se négligent ; ils abandonnent l'une après l'autre leurs petites prières, leurs pratiques de piété, et n'ont plus d'un Enfant de Marie que le nom. La Sainte-Vierge ne veut pas qu'on déserte ainsi ses drapeaux.
Cette négligence était, paraît-il, malheureusement arrivée au célèbre moine Thomas à Kempis, auteur présumé de Y Imitation, lorsqu'il était encore sur les bancs de l'école. Dès son enfance, il s'était imposé un tribut de prières qu'il payait exactement tous les jours à la Très-Sainte Vierge. Y en avait-il trop? Je l'ignore. Ce qui est certain, c'est que le jeune Thomas se refroidit insensiblement, perdit l'une après l'autre ses pieuses habitudes, et finit par ne presque plus rien faire en
l'honneur de la Sainte-Vierge. Cette bonne Mère lui fit sentir la peine qu'elle en éprouvait, en lui envoyant un songe mystérieux.
Il semblait au jeune écolier qu'il était dans la salle du monastère où l'on donnait les leçons ; il était là avec ses condisciples, écoutant attentivement le maître. Mais voici qu'au milieu de la salle apparaît la Reine des Cieux, descendant sur des nuages, avec un visage rayonnant et des vêtements d'une blancheur éblouissante. Elle semblait faire le [tour de l'enceinte, prodiguant à chacun, aux écoliers comme au maître, les témoignages de sa satisfaction et de sa tendresse maternelle. Thomas attendait impatiemment son tour. Mais la Sainte-Vierge passa devant lui sans même le regarder. Tout désolé, le pauvre enfant se mit à l'appeler, à lui demander pourquoi elle ne le bénissait pas comme les autres. « Parce que, lui répondit la Mère de Dieu, d'un air attristé, parce que ta négligence te rend indigne de ma tendresse. Tu ne m'invoques plus ; tu ne penses plus à moi ; on dirait que tu ne m'aimes plus; tu ne récites plus mon Rosaire ; tu ne portes même plus mon Scapulaire. Pourquoi te témoignerais-je de l'amour ?» A ces mots le jeune écolier se réveilla en sursaut ; et, remerciant la Sainte-Vierge de l'avertissement salutaire qu'elle venait de lui donner, il résolut de redevenir ce qu'il était jadis ; et il tint si bien parole que, dans la suite, on a pu lui attribuer l'incomparable livre de Y Imitation.
fit toi aussi, mon bon enfant, profite de la belle vision de Thomas à Kempis : sois fidèle, sois constant dans tes exercices de piété, en l'honneur de la Très-Sainte Vierge. Si quelquefois ils te fatiguent un peu, va toujours ; tu
n'en mourras pas. Réjouis-toi d'avoir à souffrir quelque chose pour la bonne Vierge. Sois surtout fidèle à te confesser et à communier en son honneur : de toutes les pratiques de piété, c'est celle qui lui agrée le plus, parce que c'est celle qui sanctifie le mieux ses enfants.
Au Paradis, pendant toute l'éternité, les dévots serviteurs de Marie seront revêtus d'une gloire toute spéciale ; comme, à la cour de nos princes, où l'on voit les chambellans et les pages de la reine se distinguer rdes autres courtisans par la couleur et les ornements de la livrée royale.
Dès ce monde, aime-la donc, aime-la de tout ton cœur, cette chère et sainte Reine du Paradis; plus tu l'aimeras, plus elle t'aimera; et plus elle t'aimera, plus tu seras cher à Jésus et au Père céleste. «Ceux qui aiment Marie, disait déjà au commencement du second siècle le grand saint Ignace d'Antioche, l'un des plus illustres martys des temps apostoliques ; ceux qui aiment Marie, sont sûrs d'être toujours plus aimés d'elle. » Tu auras beau l'aimer, jamais tu ne pourras l'aimer autant qu'elle t'aime.
La Sainte-Vierge, Mère de grâce et de miséricorde
Le soleil est, du haut du ciel, la source de toute la lumière qui éclaire le monde. Jésus-Christ, Roi céleste, est l'auteur et la source de toute grâce et de toute miséricorde. Il répand sur nous sa grâce miséricordieuse par le Saint-Esprit, qui est comme son rayonnement; mais pour arriver jusqu'à nous, l'Esprit-Saint passe par la sainte Mère de Dieu et des hommes, de même que les rayons du soleil n'arrivent à la terre qu'en passant par l'atmosphère. Tel est l'ordre que le bon Dieu a établi. Marie est la Mère de grâce, de pardon et de miséricorde.
Notre-Seigneur l'enseignait un jour à son innocente petite servante Marie Lataste , dont nous- avons parlé déjà. « Ma fille, lui dit-il, je suis entre Dieu et les hommes. Nul ne peut rien obtenir de mon Père, s'il ne l'obtient par moi. Or, j'ai placé ma Mère entre les hommes et moi, et je n'accorde aux hommes que par ma Mère et à cause de ma Mère.
» Demande à ma Mère toutes les grâces qui te sont nécessaires; elle te les obtiendra. Toutes les grâces que Dieu répand sur les créatures, sont en moi comme dans un immense réservoir. Je les fais couler en ma Bienheureuse Mère comme dans un réservoir nouveau, et c'est en elle qu'il faut venir les puiser. Vois-tu : on demande
une grâce; mon Père consent; moi, j'accorde; et m;i Mère la donne.
« Oui, ma fille, tout vient de moi; mais tout passe par ma Mère bien-aimée. Je n'accorde rien que ce qu'elle ■accorde; et, jusqu'à la fin dés temps, je bénirai, je rachèterai, je sauverai les hommes, parce que ma Mère les bénira, les rachètera, les sauvera pour moi. »
La bonne Vierge elle-même apprit cette vérité si consolante à un grand Saint, de l'Ordre de Saint-Dominique, saint Hyacinthe, de Pologne. Un jour qu'il était en prières, animé d'une ferveur angélique, en méditant le Rosaire, il se mit à supplier la Très-Sainte Vierge de le faire arriver par la grâce à la gloire. Et voici qu'une grande lumière descend des cieux sur l'autel, avec une splendeur pleine de suavité. Au centre de cette lumière surnaturelle, il aperçut la Mère de Dieu, la Reine de l'éternelle béatitude. -«Hyacinthe, mon fils, lui dit l'auguste Marie; réjouis- toi : tes prières ont été agréées de mon Fils, le Sauveur du monde. Tout ce que tu lui demanderas en mon nom, tu l'obtiendras par moi. » Et après ces paroles, elle s'éleva dans les cieux, au milieu d'une délicieuse mélodie et des cantiques des Anges.
Tel est le rôle maternel et souverain de la Sain te- Vierge, entre Dieu et nous : elle est la toute-puissance suppliante. Elle supplie, car elle n'est qu'une créature; mais elle obtient toujours, car elle est la Reine-Mère du Paradis.
Elle a grande compassion de nos misères, et elle est à la fois Mère de grâce et Mère de miséricorde. Voici ce qu'en effet, on lit, dans la vie de saint André, de Constantinople, écrite par son confesseur : Une nuit, après avoir
chanté Matines avec les Religieux de son couvent, le Bienheureux sortit, accompagné d'un de ses frères, nommé Epiphane, pour se rendre à une chapelle voisine, où Ton vénérait un vêtement de la Très-Sainte Vierge. Il avait l'habitude de passer là en prières une partie de ses nuits.
A la quatrième heure de la nuit, c'est-à-dire vers une heure du matin, il vit tout à coup très-distinctement une dame, d'un port majestueux, entrer par la grande porte dans le sanctuaire, suivie d'une nombreuse escorte. A droite et à gauche, il reconnut saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste, qui tenaient les mains de la dame mystérieuse. D'autres Saints, vêtus de blanc, marchaient devant elle ; d'autres la suivaient, chantant des hymnes et des cantiques. La céleste procession s'avança jusqu'à rentrée du chœur. « Frère Épiphane, dit alors tout bas saint André à son compagnon, vois-tu la Reine et la Souveraine du monde? — Oui, mon Père, » répondit avec émotion le bon Religieux.
Au même instant, tous deux virent la Bienheureuse Vierge s'incliner profondément, et commencer une longue et ardente supplication; ses joues semblaient toutes baignées de larmes. Puis, toujours accompagnée des Saints, elle s'avança jusqu'à l'autel, et là elle recommença à prier, à supplier pour le monde.
La Mère de Dieu enleva ensuite de dessus sa tête le voile magnifique qui la couvrait et qui était plus brillant qne l'éclair; le tenant de ses deux mains immaculées, elle l'étendit sur le peuple des fidèles ; et les deux Saints purent contempler longtemps ce voile ainsi étendu sur ie monde et d'où rayonnaient la gloire et l'éclat du Seigneur.
La sainte vision disparut peu à peu ; le voile disparut après la Vierge et après les Saints ; mais les bienheureux spectateurs se sentirent inondés d'un torrent de grâces.
Ce voile de Marie demeure toujours étendu sur l'Église ; c'est sa miséricorde ; c'est sa tendresse maternelle et compatissante. Comme l'azur du ciel est étendu sur nos tètes, plein de douceur et de majesté ; ainsi le bon Dieu tient étendu sur nos âmes le voile protecteur .de la miséricorde de sa Mère.
Aussi la Sainte- Vierge prie-t-elle incessamment pour nous, lors même que nous ne pensons pas à elle et que nous oublions le bon Dieu. C'est elle qui détourne à chaque instant les traits de la justice divine, prête à frapper les pécheurs, à détruire les peuples, à renverser les trônes. Saint Dominique et saint François eurent tous deux presque ensemble, la vision suivante, dans la Basilique de Saint-Pierre, à Rome. Notre-Seigneur était sur le trône de sa gloire ; son visage semblait irrité, sa main tenait trois dards et il s'apprêtait à les lancer contre le monde. La Sainte-Vierge, sa Mère, prosternée devant lui, le suppliait d'avoir pitié des hommes, puisqu'il les avait rachetés, et de tempérer sa justice par sa miséricorde. Jésus répondait à sa Mère : « Ne voyez-vous pas de quels outrages ils m'abreuvent? Ma justice ne peut plus supporter tant de péchés, sans les punir. — Il est vrai, répliqua la Mère des miséricordes, mais, mon Fils, vous le savez, vous qui savez tout : la voie de la miséricorde ect la seule qui vous les ramènera. J'ai deux serviteurs fidèles ; vous les enverrez par le monde ; et ils annonceront partout votre parole ; et ils convertiront les âmes ; et tous vous chercheront, vous, le Sauveur de tous. » Et Jésus, apaisé
par la voix de Marie, lui dit de lui présenter ses deux serviteurs. Elle lui amena aussitôt saint Dominique d'un côté, et de l'autre saint François.
Les deux Saints se virent ainsi pour la première fois d'une manière surnaturelle, plutôt dans le ciel que sur la terre ; et lorsque le lendemain ils se trouvèrent côte à côte dans la Basilique, ils se reconnurent immédiatement et se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. D'après cela, il ne faut pas s'étonner si les deux Ordres qu'ils ont fondés, les Frères-Prêcheurs etles Frères-Mineurs, sont toujours restés si intimement unis dans l'amour de la Très-Sainte Vierge.
La miséricorde de la Sainte- Vierge est un abîme sans fond, parce que, après tout, elle n'est autre que la miséricorde môme de Jésus-Christ notre Sauveur. C'est la miséricorde infinie de Jésus qui arrive à nous par le canal de Marie. Un jour que sainte Gertrude récitait le Salve Itegina, s'arrêtant avec grande dévotion à ces paroles : . « Daignez incliner vers nous vos yeux pleins de miséricorde, » elle vit devant elle la Sainte-Vierge qui, lui montrant les yeux de son divin Fils, qu'elle tenait dans ces bras: « Les voici, lui dit-elle avec amour, les voici, ses yeux miséricordieux. Ils sont à moi, et je puis les incliner vers tous ceux qui m'invoquent. »
« Je suis, dit une autre fois la Vierge Marie à sa grande servante sainte Brigitte ; je suisla Reine du ciel, et la Mère de miséricorde; je suis l'allégresse des justes, et la porte qui introduit les pécheurs auprès de Dieu. Il n'y a point de pécheur encore vivant sur la terre, qui soit tellement maudit, que ma miséricorde ne puisse parvenir jusqu'à lui. Tous m'appellent la Mère de la miséricorde ; et si je
suis toute miséricordieuse, c'est que mon Fils a voulu être miséricordieux envers les hommes. »
Disons donc avec un grand Évêque, saint Germain, Patriarche de Constantinople, qui aima extraordinairement la bonne Vierge: « 0 très-sainte Mère de monDiKUÎ que deviendrions-nous, si vous nous abandonniez, vous qui êtes l'espoir et la vie des chrétiens ? Il n'est personne, ô Bienheureuse Vierge, qui puisse espérer le salut, sans votre bénédiction ; personne qui soit délivré des maux de cette vie, sans votre protection; personne qui puisse obtenir miséricorde, sans votre intercession ! »
0 Mère de grâce, faites de moi un enfant de grâce ! 0 douce Mère de miséricorde, obtenez-moi miséricorde ; et non-seulement à moi, votre pauvre petit serviteur, mais encore à mes parents, à mes bienfaiteurs, à mes amis, à tous ceux que j'aime et qui veulent bien m'aimer.
Comment 11 faut recourir à la Sainte-Vierge dans tous nos dangers.
Le rôle d'une mère consiste, avant tout, à veiller sur ses enfants, à les préserver autant que possible de tout danger, à les en tirer s'ils viennent à y tomber. Ce devoir maternel, la bonne Sainte-Vierge l'a accompli pleinement à Bethléem, en Egypte, vis-à-vis de son Fils Jésus; maintenant que nous sommes substitués à Jésus,
par Jésus lui-même, dans les sollicitudes du cœur maternel de Marie; maintenant que Marie est devenue notre vraie Mère, et que nous sommes vraiment devenus ses enfants par le Baptême, il est tout simple qu'elle veille sur nous, et qu'elle aime à nous porter secours dans tous nos dangers.
Ce n'est que dans le ciel que nous saurons à quels périls de toutes sortes, à «quelles ruses du démon, à quels tentations, à quels péchés sa tendresse toute-puissante a su arracher notre âme. Ces sortes de dangers sont les plus graves de tous ; car la vie et la santé de lame sont tellement plus importantes que la vie et la santé du corps, qu'il n'y a pas même de comparaison à établir. Cependant, la Sainte-Vierge a daigné bien souvent venir à notre secours dans les dangers purement matériels, afin d'augmenter en nos cœurs la confiance et l'amour. Elle l'a même fait au moyen de miracles évidents. Entre mille, entre dix mille, en voici quelques-uns tout particulièrement touchants.
Le bon Pape Pie IX, si cher à la Vierge Immaculée a été préservé par elle d'une manière bien évidente, lors du terrible accident du 12 avril 1855, dans l'église de Sainte-Agnès, hors les murs, près de Rome. Le Saint- Père s'y était rendu avec un nombre considérable de Cardinaux et de Prélats, afin d'y assister à une cérémonie religieuse et d'y recevoir ensuite les hommages du Collège de la Propagande.
La cérémonie terminée, le Pape et là nombreuse assistance s'étaient rendus au premier étage, dans une vaste salle préparée à cet effet. Les poutres du plancher étaient sans doute vermoulues; car, au moment où les présen-
talions allaient commencer, un épouvantable craquement se fait entendre, le plancher s'effondre, brisé par le milieu dans toute sa longueur ; un silence de mort suspend un moment tout cri, toute respiration. Une voix seule se fait entendre, vibrante et suppliante : c'est celle du Pape; c'est Pie IX qui s'écrie, au milieu de la stupeur générale : « Madonna Immacolata ! Sainte-Vierge Immaculée ! » Au même instant tout croule, le trône du Saint- Père tombe en avant; un pêle-mêle horrible, augmenté par une épaisse poussière de plâtre, fait croire un moment que tout est perdu, que le Pape est mort, que tous sont tués.
Cependant, après quelques secondes, chacun revient à soi, et le sauvetage commence. Le Pape est relevé ; il est sain et sauf; il n'a pas une blessure, pas une égratignure; ses vêtements mêmes ne sont pas déchirés. Il tient encore sa tabatière, qui porte l'image de la Vierge Immaculée. Il prie, il rend grâces. Il voit avec émotion sortir des décombres, l'un après l'autre, sans blessure, sans contusion sérieuse, le Cardinal-Vicaire (dont la soutane seule et le manteau de soie rouge étaient restés dans la bagarre), le Cardinal Antonelli (qui avait eu la présence d'esprit de s'accrocher à une poutre, où il était resté suspendu), tous les autres Cardinaux, tous les Prélats de sa suite, tous ses serviteurs, dont pas un seul, chose inexplicable! n'avait été blessé. Il en avait été de même des cent et quelques élèves de la Propagande deux seulement, qui avaient cru se sauver en sautant par une fenêtre, furent trouvés blessés sérieusement par des échalas de vignes, sur lesquels ils étaient tombés. Mais il n'y eut pas une seule mort à déplorer. Humainement
parlant, la plupart, sinon tous, devaient périr dans cet effroyable accident.
La chère « Madonna Immacolata » de Pie IX, en sauvant son grand serviteur, et avec lui tous ceux qui l'accompagnaient, voulut laisser au Saint -Père un petit souvenir de sa protection en cette mémorable circonstance : le oristal qui recouvrait l'image de la Vierge Immaculée sur la tabatière du Pape avait été légèrement touché à l'endroit même de la tête de la Vierge ; et de ce point partaient, en forme de rayons, douze belles petites fêlures qui, chose admirable ! correspondaient aux douze étoiles dont la tête de la Vierge était entourée. Le Pape garda précieusement cette tabatière, contre-signée, pour ainsi dire, par la bonne Vierge; Il daigna me la montrer quelques jours après l'accident, et me raconter lui-même ce que je viens de rapporter.
En 1843, j'ai eu le bonheur de voir, encore à Rome, un saint homme, nommé Don Piaggio, et qui est mort trois ans après, en odeur de sainteté. Il était prêtre ; et après avoir prêché des missions sans interruption depuis 1813 jusqu'en 1839, dans les États-Pontificaux, en compagnie et sous la direction du Vénérable Serviteur de Dieu Gaspard del Bufalo, il lui avait succédé comme Supérieur des Missionnaires du Précieux-Sang.
Don Piaggio me disait l'incroyable, la merveilleuse confiance de Gaspard del Bufalo en la Très-Sainte Vierge ; et il me cita huit ou dix faits, évidemment miraculeux, où cette confiance avait été visiblement récompensée. Rien n'était plus certain, plus authentique : lui-même, Don Piaggio, avait été le témoin, quelquefois même 1 acteur de ces touchants traits de grâce.
J'ai raconté ailleurs (1) le récit circonstancié de la guérison subite de Don Piaggio lui-même, opérée par la Sainte-Vierge, dans la sainte maison de Lorette, à la prière du Vénérable del Bufalo. Poitrinaire au dernier degré, condamné par tous les médecins, Don Piaggio, alors âgé de vingt-trois ans, avait été guéri instantanément,.en récitant avec del Bufalo, un simple Ave Maria, aux pieds de la Madone de Lorette. Le jour même, il avait commencé à prêcher une mission, en compagnie de son saint bienfaiteur, qu'il ne quitta plus dès lors. Ils prêchaient ensemble de nombreuses missions, extraordinairement bénies de Dieu et accompagnées de fréquents miracles.
« Un jour, me dit Don Piaggio, nous allions tous deux commencer une mission dans un bourg de la Marche d'Ancône. En passant par un petit village, nous entendons des cris de détresse sur la place; nous voyons du monde assemblé; nous approchons. Auprès d'un puits, une malheureuse femme au désespoir s'arrachait les cheveux, se roulait par terre : son petit enfant venait de lui échapper des bras et de tomber dans le puits. Le puits était profond ; l'enfant était perdu.
« Le Vénérable del Bufalo fend la foule, et s'approche de la pauvre mère. Je le suivais. « Ayons confiance en Marie, » dit-il d'une voix grave et douce. Puis il se mit à genoux et dit à haute voix un Ave Maria. La mère retenait ses sanglots; tout le monde était à genoux. Del Bufalo se lève. Son visage était extraordinairement majestueux. Il m'appelle : « Mon frère, dit-il, dénouez votre
(1) Voir les Instructions familières.
ceinture. » J'obéis, et lui présentai la lanière de cuir qui ceignait ma soutane. «Descendez-la dans le puits. » A peine eus-je obéi, que je sentis un poids au bout de ma ceinture. « Retirez l'enfant, et rendez-le à sa mère, » dit le saint homme. Le petit enfant se trouvait, en effet, comme suspendu à ma ceinture ; il semblait dormir. Je le remis à sa mère, qui était ivre de joie. Elle baisait les pieds de del Bufalo, pendant que celui-ci, tout recueilli en Dieu, profitait de l'émotion générale pour dire à tous les assistants quelle confiance absolue les chrétiens doivent avoir en la Mère de Dieu. »
Don Piaggio me raconta un autre fait, encore plus extraordinaire, où il avait été intéressé plus personnellement encore. « Depuis cinq ou six jours, me dit ce saint prêtre, nous étions tous deux dans une petite ville de la Marche de Macerata, occupés à y prêcher une importante mission. Un matin, je faisais mon oraison, lorsque ma porte s'ouvre, et del Bufalo entre dans ma chambre, tenant à la main une lettre ouverte. Il me la présente en silence. C'était une lettre de ma famille, qui annonçait à del Bufalo que ma mère se mourait et désirait ardemment de me voir. « Que faire ? lui dis-je tout bouleversé. « Est-il possible d'interrompre la mission en ce mo- « ment? » — « Prions la Sainte-Vierge, » me répondit-il paisiblement. Et il s'agenouilla près de moi. Au bout de quelques minutes, il se lève : « Continuons la mission,» dit-il. Et il me quitta pour aller dire la Messe.
« Malgré mon amour pour l'obéissance, malgré ma confiance en Marie et en son saint serviteur, j'avais le cœur bien gros, et je ne cessais de prier pour ma pauvre mère, tout en m'appliquant de mon mieux aux travaux
de la mission. Il y avait vingt-quatre milles (environ huit lieues) entre la demeure de mes parents et la ville où nous étions. Mais les routes étaient mauvaises. J'attendais chaque jour des nouvelles, et rien n'arrivait. Je ne savais que penser de ce silence.
« Six jours après, j'étais encore seul dans ma chambre, faisant oraison, lorsque del Bufalo entre, doux, radieux, la joie dans le regard, un doux sourire sur les lèvres : « Voyez, me dit-il en me présentant encore une lettre «ouverte, voyez, mon cher frère, s'il est juste d'avoir « confiance en Marie. » Je saisis la lettre. Elle était d'un de mes frères, et voici ce qu'elle contenait en substance : « Mon Père, nous vous remercions du sacrifice que vous « avez fait, en nous envoyant notre frère Don Piaggio. Il « est arrivé à temps. Notre mère a eu une extrême con- « solation de le voir. Elle a rendu le dernier soupir dans « ses bras. Il a édifié tout le monde ici. Nous nous émet pressons de vous le rendre, à présent que tout est fini. »
« Je n'en revenais pas, ajouta Don Piaggio, encore tout ému à ce souvenir. Je lus et relus cette lettre. Tout
inexplicable qu'il était, le fait était certain. A la prière du Vénérable, la toute-puissante Madone avait sans doute chargé mon Ange-Gardien de me représenter et de me remplacer auprès de ma mère mourante. Quelle grâce pour elle! et quelle consolation ce fut pour moi! — « Et n'avez-vous rien senti, rien éprouvé alors? lui dis-je. — Rien, rien absolument. La Sainte-Vierge a fait tout cela pour moi, qui ne méritais pas cette grâce. »
Je le répète, je tiens ces faits, que je rapporte à peu près textuellement, de la bouche même du pieux et saint Don Piaggio. « lis sont, m'a-t-il dit, consignés, avec
bien d'autres non moins admirables, non moins touchants, dans le procès de béatification de Gaspard del Bufalo ; » et le petit enfant retiré du puits vivait encore en 1843, où il avait douze ou treize ans.
Il y aurait des milliers de traits du même genre à joindre à ceux-ci, pris dans tous les siècles et dans tous les pays, pour attester la bonté miséricordieuse de la Sainte-Vierge envers nous. Ayons donc confiance en Marie; adressons-nous à elle dans tous nos dangers; si elle ne vient pas à notre secours par des miracles (ce qui ne peut avoir lieu qu'extraordinairemont), elle nous assistera toujours en bonne Mère ; elle nous obtiendra la patience, la résignation, les lumières d'une foi vive et un plus grand amour pour Notre-Seigneur.
Que la Très -Sainte Vierge est très-justement appelée
. la Consolatrice des affligés et le Salut des malades.
On ferait aisément une bibliothèque entière si Ton voulait, ou plutôt si Ton pouvait recueillir le récit de toutes les guérisons opérées par l'intercession toutepuissante de Marie. La plupart des grands sanctuaires où elle est plus particulièrement honorée, sont tapissés des ex-voto de tout genre, des béquilles, des tableaux, des inscriptions, des cœurs d'or ou d'argent, déposés là par la reconnaissance. Ce n'est point par milliers, mais par millions qu'il faudrait compter les guérisons, les
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secours surnaturels accordés par la More des miséricordes aux infirmes et aux malades.
J'ai connu ù Paris un bon et pieux collégien, qui, à 1 âge de seize ans, a été guéri instantanément de deux maladies très-graves, à la suite d'un vœu fait à Notre- Dame des Victoires. Son père était un magistrat distingué, bon chrétien ; et sa mère, qui était créole, avait cette foi naïve et ardente qui transporte les montagnes. Leur fils tomba malade, le 21 avril 1803. Des symptômes effrayants se manifestèrent promptement. En l'absence du médecin de la famille, on en fit venir un autre, qui constata une fluxion de poitrine très-grave, avec un commencement de pleurésie. Quelques heures après, un autre médecin, fort renommé et malheureusement fort impie, eut occasion d'approcher le jeune malade ; il l'examina avec une anxiété qui trahissait ses craintes, et en sortant il déclara au père et à la mère que leur fils était dans un danger imminent : les deux poumons étaient pris; l'épanchement était considérable, etc. Il prescrivit des remèdes qui n'eurent pas plus de succès que ceux du premier médecin. Celui-ci revint le soir, déclara que le mal avait fait des progrès effrayants, et que l'art paraissait désormais impuissant. C'était le 22, à onze heures et demie du soir.
La pauvre mère, qui m'a raconté tout cela le lendemain, était comme folle de douleur. Tout à coup elle se lève, se précipite à genoux au milieu de la chambre, et s'écrie: «Bonne Sainte-Vierge, Notre-Dame des Victoires, vous êtes plus que moi la Mèr3 de mon enfant. Je vous le donne, il faut que vous me le guérissiez. Si demain matin le docteur B... (c'était le médecin de la maison)
trouve mon fils complètement guéri, s'il nous dit qu'il n'a rien et qu'il peut se lever, je fais vœu de vous donner un bel ex-voto pour votre Sanctuaire.» En entendant ces paroles, son mari ne put s'empêcher de lui dire : « C'est trop demander. Voilà comment tu es toujours exagérée. Demande la vie de ton fils. Nous serons trop heureux si nous pouvons l'obtenir. » Mais la pauvre femme s'obstinait et répétait: «Non, non ; je veux que la Sainte- Vierge me le guérisse tout de suite. »
Quelques instants après, le jeune mourant (car il était à la mort) s'endormit; une respiration paisible avait succédé à une oppression haletante et fiévreuse. Il était minuit. Le sommeil dura jusqu'à six ou sept heures du matin. Le docteur B., revenu à Paris pendant la nuit, venait d'être averti. Il accourut aussitôt, et s'approcha vivement du lit. Il prend la main, tâtele pouls. Sa figure prend un air étonné. « Mais, dit-il après un instant, cet enfant n'a pas la moindre fièvre. » Il l'ausculte, au poumon droit, au poumon gauche, en haut; en bas, par devant, par derrière. « Mais, dit-il encore, il n'a rien; il n'est pas malade. Il n'a rien aux poumons. Qu'est-ce qu'on me disait donc, qu'il avait une fluxion de poitrine, qu'il était en danger? » En entendant ces paroles, le père ne put retenir ses larmes; ce n'était plus, comme durant la nuit, des larmes d'angoisse, mais des larmes de reconnaissance et de bonheur. La pauvre mère était à genoux, les mains jointes ; elle se contenta de dire toute tremblante d'émotion : ce Je l'avais bien dit. »
Pour compléter son œuvre, la Sainte-Vierge permit que le docteur ajoutât: «Ce garçon-là peut se lever ce matin même, déjeuner avec un bon bifteck et retourner
demain au collège. » C'était précisément ce que la mère avait demandé à la Sainte-Vierge. L'ordonnance fut suivie de point en point. Je vis mon cher petit malade, une heure après le départ du médecin, il était gai comme un pinson et s'apprêtait à se lever.
Le jour même, on alla en famille rendre grâces à Notre-Dame des Victoires, et on pria de bon cœur aux pieds de la Consolatrice des affligés et du Salut des malades, — Ceci est arrivé à Paris le 23 avril 1863, à l'un de mes pénitents. Deux ou trois jours après, le médecin incrédule à qui l'on raconta le fait, haussa les épaules, dit qu'on se moquait de lui, que c'était physiquement impossible, que jamais ces maladies-là ne s'en vont ainsi. Il voulut voir lui-même le jeune collégien. Il demeura stupéfait et s'en alla en grommelant.
La veille de ce jour-là, le 22, une autre guérison subite, absolument inexplicable en elle-même, avait lieu, encore à Paris, par l'intercession de la Très-Sainte Vierge, et dans une famille que j'avais également l'honneur de connaître. Une petite fille de cinq mois, nièce d'un autre de mes jeunes pénitents, était abandonnée de deux habiles médecins, pour je ne sais quelle maladie inflammatoire, arrivée à son dernier degré. Depuis quatre ou cinq jours, la pauvre petite ne voulait plus têter; elle était réduite à l'extrémité; sa petite bouche tout ouverte, était noire comme de l'encre.
Elle était sur les genoux de sa grand'mère, qui pleurait en la regardant. Il était midi. Par une inspiration soudaine, la grand'mère fait un vœu à la Sainte- Vierge, si elle lui rend sa petite enfant. Chose étrange! la mère, qui était dans une chambre voisine, a en même temps la
môme pensée; et toutes deux, humblement agenouillées, offrent, consacrent la pauvre petite à la Mère de Dieu. A peine sont-elles relevées que l'enfant cesse de gémir ou plutôt de râler ; car, deux ou trois heures auparavant, le médecin avait déclaré que l'agonie commençait, et qu'à deux heures tout serait fini. Sous les yeux stupéfaits et attendris de sa mère et de sa grand'mère, sans transition, elle reprend non-seulement son teint rose et sa fraîcheur, mais encore tout son embonpoint ; sa petite bouche a repris sa couleur vermeille; plus d'inflammation, plus do traces de maladie. On appelle la nourrice, qui oroit d'abord qu'on se moque d'elle ; elle accourt ; elle regarde son petit nourrisson ; elle le tâte ; et puis, prise d'une terreur panique, la voilà qui se sauve, qui crie « au revenant. » On eut de la peine à la calmer, et à la ramener auprès de l'enfant, qui se mit aussitôt à teter avidement. Le médecin, ami de la maison, revint vers deux heures. Quand on lui montra l'enfant ressuscitée, il se mit à plourer et à répéter à plusieurs reprises : « Le doigt de Dieu est là! le doigt de Dieu est là ! » — Je tiens tous les détails de ce fait de la pieuse grand'mère. On ne peut dire les transports de joie de toute la famille.
Tout récemment, dans un beau livre qu'on ne saurait trop recommander à tout le monde (1), ont été'recueilîis les détails précis, authentiques des principaux miracles, opérés depuis dix ou douze ans par la Vierge Immaculée, à la grotte de Lourdes. La plupart do ces miracles, officiellement constatés par l'autorité ecclésiastique, sont
(l) Notre-Dame de lourdes, par M. Lassorre.
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des guérisons de malades, do malades incurables. Le récit en est si touchant, la vérité en est si lumineuse, qu'à chaque page les larmes viennent aux yeux du lecteur. J'en détache ici un seul, qui concerne un enfant de douze ou treize ans, le jeune Jules Lacassagne, encore vivant et dont la famille habite Bordeaux. L'auteur du récit l'a recueilli delà bouche môme du père, et a eu la consolation de voir l'enfant priviligié de Notre-Dame de Lourdes.
Jusqu'à l'âge de dix ans, le petit Jules avait joui d'une excellente santé. À cette époque, il fut pris subitement d'un rétrécissement de l'œsophage, c'est-à-dire du conduit par où la nourriture entre dans l'estomac; et trois mois après, se déclara une terrible maladie nerveuse, qui, jointe à l'autre mal, réduisit bientôt le pauvre enfant à un état complet de dépérissement. Il ne pouvait plus avaler aucun aliment ; à peine le liquide pouvait-il passer. Deux grands médecins lui prodiguèrent vainement leurs soins. Remèdes, traitements de tout genre, bains de mer, bains sulfureux, tout fut inutile.
Il y avait deux ans déjà que le pauvre enfant était dans cet état, lorsqu'un jour, il trouva à Saint-Jean de Luz, chez une amie de sa mère, une petite notice sur Notre- Dame de Lourdes. Il était innocent et pieux. Cette lecture le frappa vivement ; et le soir il dit à sa mère : « Maman, la Sainte-Vierge pourrait bien me guérir. » La pauvre mère, toute découragée, ne fit pas attention à ce propos. La mort s'avançait à grands pas ; pâle, exténué, n'ayant plus de sang dans les veines, maigre comme un squelette, le petit malade semblait une statue de cire. Le canal de la nourriture était réduit à la grosseur d'une
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aiguille. C'était en février 1868. La terrible maladie avait commencé en janvier 1865.
« Voyez-vous, maman, dit un jour avec un accent sin-« gulier le jeune mourant à sa mere, voyez-vous, aucun médecin ne peut rien à ma maladie. C'est la Sainte- Vierge qui me guérira : envoyez-moi à la grotte de Lourdes, etvous verrez que je serai guéri. J'en suis sûr.» Les parents cédèrent à son désir, et le 12 février, on partit pour Lourdes, « Je guérirai, répétait Jules à son père qui hochait la tête; je guérirai; vous verrez. Bien d'autres ont été guéris; pourquoi pas moi? La Sainte- Vierge va me guérir. »
Arrivé à la grotte miraculeuse, .Jules se mit à prier avec une ferveur angélique. Le prêtre qui venait de dire la Messe avait été frappé de l'extrême pâleur et tout ensemble de la piété, de la candeur du petit malade. « Mon enfant, lui dit-il, voulez-vous que je vous consacre à la Sainte-Vierge? — Oh! oui, Monsieur,» répondit Jules, Et lorsque la cérémonie fut terminée : « Et maintenant, s'écria Jules en se levant, et maintenant, papa, je vais guérir. » Jules s'agenouilla devant la statue qu'on a placée dans la grotte, à l'endroit même où la Vierge Immaculée était apparue à la petite Bernadette, comme nous l'avons raconté. Puis il se leva, et s'avança vers la source miraculeuse. « Ce moment était terrible, disait le père à l'auteur de ce récit. Mon fils se lava le cou et la poitrine; puis il prit le verre et but quelques gorgées de l'eau de la Sainte-Vierge. Il était calme, heureux, gai, rayonnant de confiance. Pour moi, je tremblais, je frémissais à défaillir. Mais je contenais mon émotion. « Essaie maintenant de manger, lui dis-je en lui tendant un biscuit. Il
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le prit; et je détournai la tête; je n'avais pas la force de regarder. En effet, c'était la vie ou la mort qui se décidait là. La voix de Jules me tira bientôt de cette horrible angoisse. D'une voix joyeuse et douce : « Papa! me cria- « t-il, j'avale, je puis manger. J'en étais sûr, j'avais la a foi! » Mon enfant était sauvé, sauvé soudainement. Nous renouvelâmes l'expérience. Il mangea encore quelques biscuits, non-seulement sans difficulté, mais avec un appétit croissant. Ma joie était effrayante, ajouta le# pauvre père.
Après avoir prié, remercié longtemps le bon Dieu et la Sainte-Vierge, Jules et son heureux père revinrent à Bordeaux. « Vous le voyez bien, papa, répétait-il joyeusement ; il n'y avait que la Sainte- Vierge qui pouvait me guérir. Quand je vous le disais, j'en étais sûr. »
Depuis ce grand jour, pas une rechute, pas le moindre accident. L'œuvre de la Sainte- Vierge a été complète.
Gloire à la Très-Sainte Vierge, à l'Immaculée Mère de Dieu ! qui se plaît à consoler nos misères et à guérir à la fois et les corps et les âmes!
La Sainte- Vierge, Reluge des pauvres pécheurs.
Si la bonne Sainte-Vierge compatit à nos infirmités corporelles, elle compatit bien plus encore à nos inflrjmités spirituelles. Elle aime notre âme mille fois plus que notre corps, et ses mains maternelles versent sur
nos ûmes, sans jamais se lasser, la rosée céleste de la grâce de Jésus-Christ.
Le bien qu'elle fait à nos âmes est un bien de tous les instants, et s'il n'a pas toujours le caractère miraculeux du bien fait à nos cœurs, il n'en est pas moins réel, moins vivifiant, moins digne du cœur de la Mère de Dieu.
La Sainte- Vierge intercède, prie, supplie pour la conversion et le salut des pauvres pécheurs. Et comme elle est tout innocente, toute digne de l'amour du bon Dieu, elle obtient ce que nous autres, misérables et indignes, nous n'obtiendrons jamais. Un jour, sainte Gertrude, ravie en extase, entendit Jésus dire à sa divine Mère : « Souvenez-vous, ô Reine, ma Mère très-aimante ettrèsaimée, souvenez-vous que si j'ai pitié des pécheurs, c'est à cause de vous. »
Et ce que dit le ciel, l'enfer le répète. Saint Dominique obligea, en effet, le démon de proclamer la puissance irrésistible de la Mère du Sauveur dans la grande œuvre de la conversion des pécheurs. C'était à la suite d'une importante mission, et devant un peuple immense. Tous entendirent l'aveu de Satan : « La Vierge Marie, dit-il avec rage, est ma grande ennemie. Sans elle, j'aurais déjà renversé mille fois l'Église , par les hérésies et par les schismes. Tous les jours, elle m'enlève des âmes sur lesquelles je comptais. Aucun de ceux qui l'ont fidèlement invoquée, n'a été confondu. »
Et cependant, l'homme étant libre, il peut toujours lui résister, lui résister absolument. Hélas ! cela n'arrive que trop souvent, et c'est là la cause secrète de ces longs retards qui se voient chaque jour dans la conversion des
pécheurs que Ton recommande à Marie. Il en est qui ne se rendent qu'au dernier soupir. Voilà pourquoi il ne faut jamais se lasser de prier, jamais désespérer de la conversion de personne. Avec la Sainte-Vierge, rien n'est perdu.
Ici encore, il faudrait non pas des pages, mais des volumes, et de gros volumes, pour raconter les traits de miséricorde de la bonne Vierge,
Une fois, un pauvre homme qui avait descendu tous les degrés du vice, qui avait tout perdu, honneur, réputation, fortune, santé, famille ; qui n'avait plus même la foi, ou qui, du moins, croyait ne plus l'avoir, entre par hasard dans l'église de Notre-Dame des Victoires. Le cœur plein d'amertume et de colère, le sourire de l'ironie sur les lèvres, il regarde tout, il fixe la statue miraculeuse. Je ne sais pourquoi, une espèce de prière sort de sa bouche ; « Si vous pouvez quelque chose, dit-il à la Sainte-Vierge, venez donc à mon secours!» Et voilà qu'une émotion inconnue s'empare de tout son être; sans savoir pourquoi ni comment, il tombe à genoux. Sa méchante âme était toute changée; et, bientôt après, purifié par les Sacrements, ce pauvre pécheur, pleinement converti, devint un chrétien exemplaire et parvint à se relever de ses ruines.
Le même sanctuaire fut le théâtre d'une conversion semblable, absolument inespérée. Un jeune séminariste de Savoie s'était laissé détourner de sa vocation par un parent dont la religion principale était l'amour de l'argent et le zèle du commerce. Ses maîtres et ses parents, désolés de cette folie, firent de vains efforts pour le retenir. Il vint à Paris, et fut placé bientôt dans une grande
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maison de commerce. Il y gagna de l'argent, beaucoup trop d'argent. De mauvais camarades le corrompirent ; il lut de mauvais livres, de mauvais journaux, fréquenta les bals publics, et en quelques mois sa perte fut consommée. Il abandonna complètement le service de Dieu, négligea tout, oublia tout; tout, excepté un Souvenezvous, qu'il continua machinalement à réciter chaque soir en se couchant, parce qu'il l'avait formellement promis, le jour de son départ, à son excellent professeur du Séminaire.
Après trois ou quatre ans d'aisance et de mauvaise vie, il perdit sa place, et, par suite de circonstances étranges, tomba peu à peu dans la misère. Sa position devint bientôt si cruelle, qu'il résolut d'en finir avec la vie. Il se dirigea donc vers le canal Saint-Martin, choisit un endroit écarté ; mais, avant de consommer son crime, il se mit à genoux, et, par une contradiction bizarre, récita son Souvenez-vous habituel. Puis, il se releva et prit son élan pour se jeter à l'eau, quand des cris : « Gare ! gare ! » partirent d'un bateau qu'il n'avait pas aperçu, et l'arrêtèrent tout court. Il attendit que le bateau fut hors de vue. Cependant quelques souvenirs de foi, quelques vagues remords se dressèrent entre lui et le suicide. Il s'imagina voir sous l'eau du canal un abîme de feu. Bref, il s'en revint, marchant devant lui, au hasard.
Il arrive devant une église inconnue; il entre. Beaucoup de personnes priaient autour d'un autel de la Sainte- Vierge, chargé de fleurs et de cierges allumés, enrichi de mille ex-voto.
Cette vue le touche et lui remet un peu de paix dans l'âme. Près de l'autel, il aperçoit un vieux prêtre qui
confessait. Il attend que tout le monde ait passé, et, instinctivement, il entre au confessionnal. Il était, sans le savoir, aux pieds du vénérable M. Desgenettes, dans l'église de Notre-Dame des Victoires. Il ne se confessa point, mais simplement déchargea son pauvre cœur au désespoir. Le prêtre fut plein de bonté, plein de douceur; et quand l'enfant prodigue eut raconté toute son histoire : « Et moi, dit le bon curé, j'ai quelque chose à ajouter à votre récit. Il y a quelques mois, un Evêque prêchait ici, un Évêque de Savoie ; et il recommandait aux prières des fidèles un jeune homme qu'il avait aimé comme un fils, lorsqu'il était encore professeur au Séminaire, et de la perte duquel il no pouvait se consoler. « Il est ici, • » ajoutait l'Évèquc, il est à Paris, se dérobant à mes re- » cherches. Mais la Sainte-Vierge le connaît; elle sait où » il est, ce cher enfant prodigue. Prions-la de le ramener » au bon Dieu. » Nous avons beaucoup prié, continua ": M. Desgenettes. Or, cet Évêque, c'était votre ancien professeur, votre père, votre ami; et cet enfant prodigue, c'est vous. »
Le pauvre jeune homme se mit à sangloter et se cacha le visage dans ses mains : « Mon enfant, continua le saint Prêtre, la Sainte-Vierge veut vous sauver, laissez-vous faire. C'est elle qui vient de vous arrêter sur le bord de l'abîme ; c'est elle qui vous a conduit ici. » Et il le confessa, lui rendit la paix du cœur, et le prépara à couronner son retour par une communion fervente.
Le jeune converti de la Sainte- Vierge demanda humblement pardon à ses parents, à ses anciens maîtres, et, plus encore, à son bon et saint Évêque ; et, de leur con.
sentement, il se fit religieux dans un Ordre pénitent, consacré à la Mère de Dieu.
Ce ne sont pas seulement les simples pécheurs, que la Sainte-Vierge ramène à son Fils ; ce sont encore les hérétiques, les pauvres protestants. En voici un exemple tout récent, auquel se trouve mêlé le grand et doux nom de Pie IX.
C'était à Rome, en 1849, quelques semaines avant le retour du Pape, encore exilé à Gaëte. Un officier de l'armée française promenait dans le palais du Vatican sa femme et ses deux enfants, âgés de dix et de douze ans. Cette dame était protestante ; d'ailleurs, bonne mère et charmante personne. En visitant la chapelle du Pape, il lui prit fantaisie de s'agenouiller sur le prie-DiEU de Sa Sainteté. Prosternée sur ce prie-DiEU sanctifié par Pie IX elle fait une courte mais fervente prière, et, chose étrange pour une protestante, elle recommande ses enfants à la Sainte-Vierge. Levant ensuite les yeux, elle aperçoit audessus de l'autel une Dame d'une blancheur éblouissante, qui tenait par la main ses deux enfants, et, à l'autel même, le Pape tourné vers elle. Stupéfaite, vivement émue, elle regarde si ses enfants ne sont plus auprès d'elle, et, comme elle les y retrouve, son émotion devient si vive que son mari s'en aperçoit et lui demande ce qu'elle a. Elle répond d'une manière évasive, se lève, se retire ; mais ce qu'elle avait vu reste gravé dans son esprit.
Elle ne connaissait pas encore Pie IX. Le jour de la rentrée du Pape, le 12 avril, elle reconnut parfaitement le Saint-Père pour le personnage qu'elle avait vu. Pendant qu'elle le regarde avidement, ô surprise ! l'image
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radieuse de la Dame qui lui était apparue au Vatican, se montre de nouveau au-dessus de la tête du saint Pontife. Elle faillit s'évanouir; on fut obligé de la soutenir. Mais cette fois encore, elle garda son secret. Tout en comprenant le sens trop catholique de cette double ap- Darition. elle trouvait mille raisons pour hésiter.
Enfin, le jour de l'audience des dames, elle se rangea avec ses deux enfants sur l'une des lignes devant lesquelles Pie IX devait passer. Arrivé devant elle, le Pape s'arrêta, et, par un merveilleux dessein de la Providence, se mit à caresser les deux enfants, leur demandant leurs noms, les bénissant et donnant à chacun un petit souvenir. La mère était ravie. La Sainte- Vierge l'attendait là. Quand elle leva la tête, elle revit une troisième fois, au-dessus du Pape, la resplendissante apparition de Marie. Elle put cependant se contenir.
Rentrée chez elle, elle passa la nuit dans les soupirs et dans les sanglots ; et, enfin vaincue, résolue de se faire catholique, le lendemain matin, elle raconta tout à son mari et à ses chers enfants. L'abjuration solennelle eut lieu dans l'église des Dames-du-Sacré-Cœur, entre les mains du Cardinal-Vicaire de sa Sainteté, le 17 mai, au milieu d'une nombreuse et brillante assistance.
Refuge des pécheurs, douce Vierge Marie, priez pour nous ; et obtenez-nous de Jésus la grâce de vivre et de mourir en son amour. Priez pour nous, pauvres pé- « .
cheurs, maintenant et à l'heure de notre mort.
176 MQIS DE MARIE
De la miséricordieuse apparition de Notre-Dame de la Salette.
Le 19 septembre 1846, deux pauvres enfants, du petit bourg de Corps, dans le diocèse de Grenoble, avaient été envoyés, comme d'habitude, sur la montagne de la Salette, pour y faire paître des vaches. L'un se nommait Maximin et avait onze ans ; l'autre enfant était une petite fille de quatorze ans, appelée Mélanie, C'était un samedi, et la veille de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs.
Munis de leurs petites provisions, les deux enfants se rencontrèrent, conduisant leurs troupeaux. Le temps était magnifique. Vers midi, au son lointain de Y Angélus, ils s'assirent pour prendre leur pauvre repas, auprès d'une fontaine, qui, pour le moment, était à sec. Puis, ils s'endormirent, à quelque distance l'un de l'autre.
Mélanie se réveilla la première. Ne voyant plus ses vaches, elle appela Maximin, et tous deux s'en allèrent, laissant leurs petits sacs près de la fontaine. Ayant retrouvé leurs troupeaux non loin de là, ils reviennent pour reprendre leurs sacs. Tout-à-coup Mélanie aperçoit de loin, du côté de la fontaine, une clarté plus brillante que le soleil, mais pas delà même couleur. « Viens voir, criet-elle à Maximin; viens vite voir une clarté là-bas. — Où clic est ? w répond le petit Maximin, en accourant aussitôt. Mélanie lui indiqua du doigt la fontaine.
Alors, disent les enfants, la clarté s'ouvrit, et, au milieu, ils virent une Dame, assise sur une pierre, les pieds dans le lit desséché de cette fontaine. Son attitude annonçait une grande douleur : elle était là, la tête dans ses mains, les coudes appuyés sur les genoux. Elle écarta les mains : son visage parut baigné de larmes ; mais ces larmes étaient brillantes; elles ne tombaient pas à terre; elles disparaissaient comme des étincelles de feu.
La figure de la Dame mystérieuse était tellement éclatante de lumière, que les enfants en furent comme éblouis : Maximin ne put la fixer ; Mélanie la regardait ; mais c'était à grand'peine. Son front était ceint d'une couronne de roses et d'un brillant diadème d'étoiles, audessus duquel s'élevait une espèce de mitre, un peu recourbée en avant. Un blanc tissu, également orné de guirlandes de roses, recouvrait sa poitrine. Sa robe, parsemée d'étoiles et de perles, était d'une éclatante blancheur ; et par devant, elle était couverte d'un tablier qui semblait d'or. Sa chaussure était également blanche, ornée de roses brillantes. Du milieu des roses qui couvraient cette mystérieuse parure jaillissait une sorte de flamme, qui s'élevait comme l'encens, et se mêlait à la rayonnante lumière dont la Dame était environnée.
Une grande chaîne brillante, large de trois doigts, descendait le long de la guirlande de roses ; et à une chaîne plus petite était suspendu un crucifix en or: la croix jetait un vif éclat ; à droite et à gauche, on voyait des tenailles et un marteau, qui semblaient ne tenir à rien. L'éclat du Christ était encore plus splendide que celui de la croix.
A cette vue, les deux enfants sont saisis de peur. Mêlaix 12
nie laisse tomber son bâton en s'éeriant : « Mon Dieu ! — Garde ton bâton, luiditMaximin; moi, je garde le mien. S'il nous fait quelque chose, je lui donne un bon coup. »
Cependant la Dame se lève, croise les bras, et d'une voix caressante, douce comme une musique céleste : «Ne craignez point, mes enfants, leur dit-elle. Venez ; je suis ici pour vous annoncer une grande nouvelle. » Rassurés, les deux petits approchent ; de son côté, la Sainte- Vierge s'avance vers eux. En quelques pas, ils se trouvèrent devant elle, l'un à côté de l'autre.
La Mère de miséricorde, versant toujours des larmes, leur dit alors : « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils; il est si lourd, si pesant que je ne puis plus le retenir, depuis le temps que je souffre pour vous autres! Jamais vous ne pourrez reconnaître les peines que je me donne pour vous.
» Je vous ai donné sixjours pour travailler ; je me suis réservé le septième, et l'on ne veut pas me l'accorder ! C'est ce qui appesantit tant le bras de mon Fils. Ceux qui mènent les charrettes ne font que jurer et blasphémer le nom de mon Fils. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils!
» Si la récolte se gâte, c'est vous autres qui en êtes la cause. » Puis la Sainte- Vierge annonça divers fléaux qui seraient tous la punition des péchés des hommes, et en particulier des blasphèmes et de la violation du repos du dimanche.
Elle donna ensuite à chacun des enfants un secret; et, bien qu'elle parlât à haute voix, Mélanie n'entendit pas ce qu'elle disait à Maximin, ni Maximin ce qu'elle disait
à Mélanie; ils voyaient seulement le mouvement des lèvres. — Ces deux secrets, écrits depuis et cachetés par l'ordre de Pévêché de Grenoble, furent portés au Pape, qui les lut et en parut fort ému. L'un d'eux concernait Paris et la France ; l'autre, si mes souvenirs ne me trompent, élait relatif à Rome et à Pie IX lui-même. Ils annonçaient des punitions et des malheurs, si le monde ne se convertissait pas.
La Sainte- Vierge ajouta : «Faites-vous bien votre prière, mes enfants? — Non, Madame; pas guère, répondit franchement Maximin. — Ah! mes enfants, il faut bien la faire, soir et matin ; quand vous n'aurez pas le temps, dites seulement un Pater et un Ave Maria ; et quand vous aurez le temps, dites-en davantage. »
La Sainte- Vierge parla ensuite du mépris que tant de gens font de la Messe, et principalement de la Messe du dimanche de la violation effrontée des lois de l'Église touchant le maigre etlejeûne du carême. Etelle termina en disant d'une voix grave : « Mes enfants, vous transmettrez cela à mon peuple. » Elle répéta cet ordre par deux fois.
Puis, elle marcha vers le plateau d'où les enfants avaient aperçu leurs vaches ; elle glissait plutôt qu'elle ne marchait sur l'herbe, sans la faire plier et sans projeter aucune ombre. Les deux enfants la suivirent jusqu'au lieu où elle s'arrêta. Mélanie marchait la première,
Cependant la Sainte- Vierge commençait à s'élever insensiblement en l'air, le visage tourné vers l'Orient. A la hauteur d'environ trois pieds, elle resta un moment suspendue. Elle regarda d'abord le ciel, puis
la terre. « Et alors, disent les deux enfants dans leur naïf langage, et alors nous n'avons plus vu la tête, plus vu les bras, plus vu les pieds ; elle semblait se fondre. Nous n'avons plus vu qu'une clarté en l'air. » Le petit Maximin s'élança pour l'attraper avec la inain, ainsi que les roses dont ses pieds étaient ornés, mais tout avait disparu. « Elle ne veut pas se faire voir, dit alors Mélanie, afin que nous ne voyions pas où elle va. Ce doit être une grande Sainte. — Si nous avions su que c'était une grande Sainte, répliqua Maximin, nous lui aurions dit de nous mener avec elle. » Et tous deux, le cœur content, s'entretinrent de ce qu'ils avaient vu et s'en furent garder leurs vaches.
Telle est la célèbre apparation de Notre-Dame de la Salette, dont le bruit se répandit bientôt dans toute la France, dans toute l'Europe, dans le monde entier. Une belle église a été élevée depuis à l'endroit où la Sainte- Vierge quitta les deux enfants pour s'élever au ciel et disparaître. Des grâces sans nombre, d'éclatantes et subites guérisons en ont fait un des plus célèbres pèlerinages du monde catholique. La fontaine desséchée, et qui, auparavant, ne coulait que par intervalles, coule toujours à présent ;'et l'eau qui en jaillit opère chaque jour, on peut le dire sans exagération, des effets évidemment miraculeux. Dans le pays, un changement admirable s'est produit aussitôt, principalement au point de vue de la sanctification du dimanche, du respect du saint nom de Dieu et de l'observation des commandements de l'Église.
Et nous aussi, mon enfant, profitons des leçons, des reproches de Notre-Dame de la Salette, de cette bonne
Vierge Réconciliatrice, qui pleure sur les pécheurs, qui les exhorte à la pénitence et ne les menace que pour les sauver.
Prenons la ferme résolution de ne jamais travailler ni faire travailler le dimanche, non plus que les jours de fête ; d'assister pieusement à la Messe, aux Catéchismes et aux Offices de l'Église ; d'observer aussi exactement que possible la loi du jeûne et de l'abstinence ; de ne jamais jurer, et surtout de ne jamais blasphémer le trèssaint Nom de Dieu. Mieux que cela : toutes les fois que, dans les rues, sur les grandes routes, n'importe où, nous entendrons jurer le nom du bon Dieu, nous réparerons de notre mieux cet outrage abominable, en disant trois ou quatre fois, soit de cœur, soit de bouche : « Que le saint Nom de Dieu soit béni ! » Ou bien : « Mon Dieu ! que votre saint Nom soit béni ! »
Et voilà comment nous serons tous les enfants de Notre-Dame de la Salette.
Que la Sainte- Vierge est la terreur des démons. •
Les Anges et les Saints aiment la Sain te- Vierge, parce qu'elle est la Mère de leur bien-aimé Seigneur, de leur grand Roi et de leur Sauveur: les démons et les réprouvés la détestent, parce qu'ils détestent Notre-Seigneur Jésus-Christ et tout ce qui tient à lui. Or, la Sainte- Vierge tenant à Jésus-Christ absolument et totalement,
m MOIS DE MARIE
comme une mère à son fils, comme une source à l'eau qui en jaillit, comme la lumière au soleil, il est tout naturel que Satan et les démons la détestent par-dessus tout.
Et comme Jésus-Christ est le terrible vainqueur de Satan et des démons, il est encore tout naturel que ces misérables craignent souverainement tout ce qui tient à lui. Ils ont peur des bons Anges, ils ont peur des Saints, ils ont peur de l'Eglise, des prêtres et des choses saintes, de l'eau bénite, du signe de la croix; mais par-dessus tout, ils ont peur de la Sainte-Vierge Marie, Mère du Seigneur Jésus, Mère et Reine des chrétiens, Reine du ciel, Reine des Anges et des Saints.
La haine et la terreur des démons à l'endroit de la Sainte-Vierge a un caractère tout particulier de colère, de rage et de désespoir qui tient au rôle bienfaisant et protecteur de la Très-Sainte Vierge dans l'Église. Ils la détestent, parce qu'elle est la Mère de la famille du bon Dieu, et qu'elle veille avec une tendresse infatigable sur tous les enfants de Dieu. Ils la détestent et la craignent, comme le serpent craint et déteste la mère-poule qui défend ses poussins et les abrite sous ses ailes.
Un exemple frappant de cette haine et en même temps de cette horreur du démon pour Marie a été donné, on peut le dire, à toute la France catholique, lors de la célèbre possession des Religieuses Ursulines de Loudun, en 1634. Beaucoup de ces pauvres Religieuses, et 'en particulier la Supérieure, nommée Madeleine de Brou, furent possédées du démon pendant plusieurs mois; c'est-à-dire que, Dieu le permettant ainsi pour des raisons que nous ne connaissons pas, le démon s'était emparé, non de leurs
âmes, mais de leur corps, les tourmentant, leur faisant faire quantité de choses bizarres et impossibles à la nature. Pendant une récréation, un énorme bouquet avait été jeté, on ne sait par qui ni comment, par-dessus le mur très-élevé du monastère, et toutes les Religieuses qui avaient pris de ces roses avaient immédiatement subi le redoutable phénomène de la possession.
On les exorcisa de mille manières; plusieurs furent délivrées. Seule, la pauvre Supérieure, ou plutôt le démon qui la possédait, résistait à toutes les prières, à tous les exorcismes de l'Église. Elle était fréquemment enlevée déterre, et jetée violemment contre le plancher; son corps demeurait immobile et si pesant, que personne ne pouvait parvenir à le remuer ; elle parlait des langues qu'elle ne savait pas ; d'une voix effrayante qui n'était pas la sienne, elle apostrophait les gens en pleine église, les appelant par leurs noms, dévoilant leurs péchés les plus secrets, et jusqu'à leurs actions les plus intimes.
Un saint Religieux de la Compagnie de Jésus, le célèbre Père Surin, la délivra par un moyen héroïque, qui atteste la toute-puissance de la Sainte-Vierge sur Satan et sur l'enfer. Il exorcisait tous les jours et en pleine église l'infortunée Supérieure, faisant pour elle d'incroyables pénitences, la recommandant aux prières de toutes les Communautés, de toutes les bonnes âmes. Il crut que le saint Nom de Jésus suffirait à faire déguerpir le démon : il lui ordonna, en conséquence, par l'autorité de Dieu, d'écrire lui-même, de graver sur le bras, dans la chair môme de sa victime, le Nom trois fois saint de Jésus. Il fut assez étonné de se voir promptement obéi ; sur le bras de la pauvre Supérieure, chacun put lire, en
grandes lettres creuses et vives : « JESUS. » Mais la possession persistait.
La pensée lui vint alors de recourir à la Sain te- Vierge, et il ordonna de graver de même sur l'autre bras le nom de Marie. La résistance commença dès lors à être plus enragée. Néanmoins, il obtint, sans trop de luttes, les quatre premières lettres du nom sacré de la Mère de Dieu. Quant à TA qui devait terminer ce nom redoutable (en latin Maria), impossible de l'obtenir.
Le P. Surin s'y essaya vainement, pendant des semaines et des semaines encore, jusqu'au jour où, dans un acte suprême d'héroïque charité, il s'offrit à Dieu en victime, à la place de la pauvre Religieuse, consentant à être possédé du démon à sa place, si à ce prix il pouvait enfin la délivrer. Aussitôt, le nom redoutable se trouva achevé, et Madeleine de Brou, revenue à son état normal, portait sur son bras, en pendant du mot « JÉSUS, » le mot « MARIA. »
La pieuse reine, Anne d'Autriche, ayant appris tout cela, voulut voir de ses propres yeux les bras de la Supérieure des Ursulines qui, à cet effet, vint à Paris. Le pauvre P. Surin demeura possédé pendant vingt ans.
La Sainte-Vierge est donc l'ennemie mortelle de Satan. Il fut souvent obligé de l'avouer. « Sache, dit-il un jour à une Bienheureuse qui venait de le mettre en fuite en invoquant avec ardeur la sainte Mère de Dieu, sache que tu aurais infailliblement péri, si tu n'avais invoqué cette femme. Je l'abhorre ; elle est mon ennemie capitale, et c'est elle qui, à chaque instant, déjoue mes complots. »
Le démon déteste et redoute jusqu'à l'image de la
Sainte-Vierge. Un solitaire de l'Ordre des Olivétains possédait dans sa cellule une image de Marie ; il l'avait en grande vénération et priait souvent devant elle. Le démon le tourmentait par*toutes sortes de tentations. « Pourquoi m'ennuies-tu de la sorte ? » s'écria un jour le bon vieillard, fatigué de cette lutte incessante. Le démon . lui répondit : « Ce que je te fais souffrir n'est rien en comparaison de ce que tu me fais souffrir à moi-même. Jure-moi le secret, et je te dirai à quel prix je pourrai te laisser en repos. » Dans l'espoir de vivre plus tranquille, le pauvre solitaire eut l'étrange faiblesse de lui promettre le secret. « Je veux, lui dit alors le démon, que tu ne regardes plus l'image que tu as dans ta cellule. »
Confus, reconnaissant sa faute, le bon vieux solitaire alla tout raconter à son Abbé, qui lui rappela que sa promesse était nulle, et qu'il devait plus que jamais recourir à la Très-Sainte Vierge. Il obéit, entoura la sainte image de toutes sortes de respects, et redoubla de prières. Le démon était vaincu; il ne revint plus jamais.
Dans nos tentations, nous ne saurions trop nous réfugier à l'ombre protectrice de Marie ; surtout dans les tentations contre l'innocence, contre la pureté. La Sainte- Vierge déteste tellement tout ce qui est impur! j'ai connu un bon enfant de quatorze ou quinze ans qui recourait immédiatement à elle, dès que le démon lui suggérait une mauvaise pensée. «Aussitôt que je m'en aperçois, me disait-il, j'appelle à mon secours la bonne Sainte-Vierge, Il me suffit de dire deux ou trois fois : «Notre-Dame des Victoires! » et je suis débarrassé.»
Le même remède réussit admirablement à une femme pieuse que le démon tentait et fatiguait de toutes sortes
de manières. Après avoir essayé vainement et de l'eau bénite, et du signe de la Croix, et d'autres moyens encore, elle alla demander conseil à un saint homme. « Dès que vous sentirez venir la tentation, lui répondit celui-ci, élevez les mains au ciel, et dites : Sainte-Vierge Marie, à mon secours! » Elle le fit, et le démon n'osa plus revenir.
Jeune encore, saint Vincent Ferrier, une des gloires de l'Ordre de Saint-Dominique, suppliait un jour la Très- Sainte Vierge de lui obtenir la grâce de rester toujours pur. Une voix se fit entendre : « Non, non. » Surpris, le pieux novice se mit à pleurer et redoubla ses supplications. Aussitôt la Mère de Dieu lui apparaît tout éclatante de lumière : « Ne te trouble pas, mon fils, lui ditelle avec amour ; ce que tu viens d'entendre est une ruse du père du mensonge, qui voulait te décourager. Persévère dans la résolution que tu as prise, et mets toute ta confiance en la bonté de mon Fils et en ma protection. Le démon te tendra beaucoup de pièges, te livrera bien des assauts ; mais, fortifié par ma grâce, tu sortiras toujours victorieux du combat. » La Vierge le bénit et disparut. Saint Vincent Ferrier, comme saint Thomas d'Aquin, comme saint Dominique, garda depuis si merveilleusement le trésor de sa pureté, qu'il semblait être un Ange, plutôt qu'un homme.
Ce qu'ont fait les Saints, faisons-le. Nous pouvons les imiter en cela, et recourir, comme eux, à la protection de la Sainte-Vierge, dans les combats de la vie. Invoquons la Sainte-Vierge Marie avec une confiance sans bornes, contre l'ennemi de notre salut, de notre foi, de notre innocence; invoquons-la, dans les nécessités de
l'Église : prions-la de faire triompher le Pape, les Évoques, tous les défenseurs de la sainte Église. C'est elle qui brise la tête du serpent infernal, et qui préside à tous les triomphes que les Anges et les chrétiens remportent contre les puissances de l'enfer.
En te donnant ce conseil, mon cher enfant, je n'ai pas peur de la menace que fit un jour notre misérable et abominable ennemi à un bon Frère de l'Ordre de Saint- François qu'il tourmentait depuis longtemps. «Adressez-vous à la Vierge Immaculée, lui avait dit un saint Religieux ; et récitez un bon Ave Maria, toutes les fois que le démon s'approchera de vous. » Le petit Frère employa le moyen avec grande ferveur ; et peu après, Satan, furieux, s'enfuit au milieu d'une espèce d'ébranlement et de tourbillon, en s'écriant avec colère : « Que le diable casse les dents à celui qui t'a indiqué ce moyen! »
Donc, la Sainte- Vierge est la terreur de l'enfer, et c'est elle qui nous garde ici-bas dans les voies du Paradis.
Que la Sainte-Vierge assiste ses fidèles serviteurs au moment de la mort.
La très-bonne et très-sainte Vierge Marie étant « la Mère de la divine grâce, » est par là môme la Patronne souveraine de la bonne mort ; elle assiste d'une manière
toute spéciale ses serviteurs fidèles en ce passage si solennel, si redoutable, qui décide de leur éternité. j~ En mourant pour nous sur la Croix, Jésus nous a mérité, nous a obtenu la grâce de la bonne mort ; et la Sainte-Vierge, en acceptant librement et volontairement la mort, lorsque Notre-Seigneur lui offrait de la faire passer toute vivante au ciel, a reçu, dit un Saint, un pouvoir souverain d'assister, à l'article de la mort, les fidèles qui l'invoquent, et de leur procurer la grâce des grâces, celle d'une sainte mort. Jésus nous obtient de son Père la grâce de saintement mourir, et la bonne Vierge nous la donne, au nom du Sauveur. C'est pour cela que l'Église l'a nommée «la Porte du Ciel.» C'est elle qui nous l'ouvre, qui nous y introduit.
Afin de rappeler sans cesse cette consolante vérité aux fidèles de son diocèse, saint Charles Borromée, Archevêque de Milan, ordonna que, dans toutes les paroisses, on plaçât, au-dessus du portail de l'église, une belle image de la Sainte-Vierge. «Je veux, disait-il, que mon peuple comprenne, qu'on ne peut entrer au temple de la gloire éternelle, sans la faveur de Celle que l'Église surnomme la Porte du Ciel. » Dans presque toutes nos grandes cathédrales du moyen âge, on retrouve cette même pensée de foi, et une grande statue de la Mère de Dieu garde et domine l'entrée principale.
S'il est doux de vivre dans l'amour de la Sainte-Vierge, il est, s'il se peut, plus doux encore de mourir dans ses bras, sous son regard, sous la protection de son amour maternel. Mille faits l'ont prouvé et le prouvent chaque jour.
Quel est l'enfant pieux qui ne connaît la vie du jeune
Décalogne de la Perrie , élève des Jésuites , mort en odeur de sainteté? Toute sa vie, il avait tendrement aimé et fidèlement servi la Sainte-Vierge. Chaque jour, il renouvelait la consécration qu'il lui avait faite de tout ce qu'il avait, de tout ce qu'il était. Il tomba malade et demanda à sa Mère du ciel la faveur de mourir comme elle, le 15 août. Il dit à son confesseur qu'il comptait sur cette grâce, bien que les médecins eussent assuré qu'il ne pourrait aller jusque-là. Dès le 22 juillet, en effet, ils avaient cru nécessaire de faire administrer le cher enfant. Le jour de l'Assomption, son confesseur lui demanda s'il était prêt à partir pour le ciel : « Ah ! volontiers, dit-il; prions le bon Dieu et Notre-Dame pour cela. » On récita à cette intention, près de son lit, les Litanies de la Sainte-Vierge, et on lui donna l'Indulgence de la bonne mort. Dans son agonie, il murmurait de douces prières. — « Recevez-moi, ô Vierge sainte! disait-il; recevez -moi, au nombre de vos enfants. Ne m'abandonnez pas à l'heure de ma mort. » Il mit ses bras en croix sur sa poitrine, prononça les saints noms de Jésus et de Marie, et expira doucement, en baisant le Crucifix.
Un autre élève des Jésuites, membre de la Congrégation de la Sainte- Vierge, à Aix, reçut de sa céleste Protectrice une faveur plus grande encore. Il se nommait Guillaume. Étendu sur son lit de mort, il souffrait cruellement, lorsqu'un mercredi, vers midi, il aperçoit devant lui deux beaux Anges, ce Je suis ton Ange-Gardien, » lui dit l'un. « Et moi, lui dit l'autre, je suis l'Ange protecteur de la Congrégation à laquelle tu as le bonheur d'appartenir depuis quatre ans. Prends courage, Guil-
laume. Nous te sommes envoyés tous deux par la Vierge Marie, Mère de Dieu, afin de te consoler dans tes souffrances et de t'assister au moment de ta mort. C'est la récompense de l'innocence de ta vie et de ta fidélité aux règles de la Congrégation. Nous resterons auprès de toi jusqu'à ton dernier soupir. Ni moi, ni ton Ange-Gardien, nous ne te quitterons, avant d'avoir présenté ton âme devant le trône béni de Marie, ta Mère. Tu mourras samedi prochain, lorsque la cloche de la paroisse sonnera le premier coup de vêpres. » Le jeune mourant raconta ces consolantes choses à son confesseur d'abord, puis à son père et à sa mère ; et il mourut dans la paix du Seigneur, au jour et à l'heure que lui avaient annoncés les deux messagers de Marie.
J'ai connu moi-même à Paris, il y a quelques années, un bon et pur enfant, nommé Paul, que la Bienheureuse Vierge daigna visiter et pour ainsi dire illuminer, au moment suprême. Énergique dans la pratique de tous ses devoirs, soit d'écolier, soit de fils, soit de chrétien, Paul était un modèle, admiré de tous. Jamais une parole inconvenante; jamais une légèreté répréhensible. Dès l'Age de quatorze ans, il ne manquait jamais de communier le dimanche et une fois au moins dans la semaine. Sa vie, tout innocente, devait bientôt être couronnée par une sainte mort. Une terrible phthisie galopante l'enleva en trois ou quatre mois.
Je le vis la veille de sa mort, le 8 mai 1862 ; il n'en pouvait plus, presque sans vie, sans respiration, il gisait sur son pauvre lit. Il avait sa pleine connaissance, a Mon père, me dit-il d'une voix que j'entendais à peine, j'ai quelque chose sur le cœur. — Quoi donc, mon pauvre
enfant? Est-ce un péché? — Oh, non; ce n'est pas cela ; mais il me semble que je n'aime pas assez Notre-Seigneur. » Je le rassurai et le bénis. Le lendemain matin, il était à toute extrémité, et sa pieuse mère, agenouillée auprès de son lit, attendait à chaque instant son dernier soupir. Paul, levant tout à coup ses grands yeux vers le ciel, ouvre les bras, prend une expression dévisage toute céleste, joyeuse, indéfinissable, et demeure ainsi un instant, les yeux et les mains levés. «Qu'as-tu, mon enfant? lui dit sa mère stupéfaite. Qu'y a-t-il? — Oh! maman, murmura Paul, d'une voix claire et distincte, maman... la belle Dame qui vient à moil » Et ses bras tombent, ses yeux se ferment ; il était mort. Sa mère fut tellement convaincue que c'était la Sainte- Vierge elle-même qui était venue recevoir l'âme de son fils bien-aimé, qu'oubliant tout, n'écoutant que sa foi, elle se jeta à genoux, et récita à haute voix le Magnificat. Elle était digne de son fils.
Lorsque tu seras grand, tu liras avec bonheur, mon enfant, les ouvrages d'un des grands chrétiens de notre temps, M. Auguste Nicolas. Père d'une nombreuse famille, il eut la douleur de perdre un fils dont son cœur paternel a retracé la pure et sainte vie. Comme son père, ce jeune homme se nommait Auguste. Je l'ai beaucoup connu. Lui aussi, il mourut d'une phthisie galopante. Il communiait tous les deux jours, ne manquait jamais son adoration du Saint-Sacrement, et ravissait tout le monde par son angélique piété devant le Tabernacle. Il aimait extraordinairement la Sainte-Vierge.
Le samedi, 4 mai 1861, les symptômes de la mort apparurent inopinément. Ferme, calme, tout en Dieu.
Auguste demanda à son père ce que signifiaient ces angoisses nouvelles qui ne ressemblaient à rien de ce qu'il avait éprouvé jusque-là. Son père lui répondit par un simple regard, qui fut aussitôt compris. On envoya chercher le saint ami du P. de Ravignan, le P. de Ponlevoy, confesseur du jeune mourant; il accourut aussitôt, et assista aux derniers moments d'Auguste. « Mon enfant, lui dit-il après avoir prié quelque temps, j'en suis au Te Deum; voulez-vous que je le dise tout haut, afin que vous puissiez vous y unir? » Sur un signe affirmatif, le Père commence le cantique. Tout le monde s'agenouille. Le mourant, dressé sur son séant, les traits tirés et livides, les yeux renversés, la tête levée, les mains jointes en haut, dans un transport extatique, s'unissait au chant de triomphe. C'était un essor visible
de son âme enflammée d'amour, à travers les ruines de son corps.
Dans un moment de répit, il put recevoir le Saint- Viatique. Le Roi du ciel venait une dernière fois visiter, sanctifier sur la terre cette âme qui lui appartenait tout entière. Un instant après, l'agonie reparut, et cette fois dans toute son horreur. Les noms sacrés de Jésus et de Marie soutiennent le pauvre Auguste dans la lutte suprême. On lui répétait ses plus chères prières à la Sainte- Vierge, surtout Y Ave Maria et le Sub tuum.
« Demandez à la Sainte-Vierge qu'elle me présente à son Fils, » avait-il dit quelques instants auparavant. Se rappelant cette parole, M. Nicolas eut l'heureuse inspiration de présenter à son fils une petite statuette de la Vierge Immaculée. A ce contact, la main glacée d'Auguste sembla retrouver tout à coup toute sa vigueur.
saisit avidement l'image virginale de la Mère de Dieu, et la porta avec ardeur à ses lèvres. Il voulut la baiser; mais ses lèvres, engourdies déjà par la mort, ne pouvaient plus se rejoindre, et l'impuissance de ses efforts n'en témoignait que plus fortement son amour, sa confiance envers Marie. De ses râlements il dévorait, pour ainsi dire, l'image de la Sainte-Vierge ; et c'est dans ces derniers efforts qu'il rendit son âme au bon Dieu. M. Nicolas garde cette statuette comme une précieuse relique.
Ainsi meurent, cher enfant, les serviteurs delà Sainte- Vierge. Ainsi puisses-tu mourir un jour, dans les embrasements de ta céleste Mère ! Mais, pour mourir dans les bra& de Marie, il faut vivre à ses pieds et sous son regard. Ne fais jamais rien, ne dis jamais rien qui puisse offenser cette très-pure Vierge, afin qu'au dernier moment rien ne l'empêche de venir à toi.
« 0 Sainte-Vierge ! dirons-nous donc avec saint Bonaventure, quand ma pauvre âme sera sur le point de sortir de ce monde, daignez venir à sa rencontre, et la recevoir vous-même. Ne dédaignez pas de venir alors la consoler par votre douce présence. Soyez l'échelle qui lui permette de monter au ciel, à ce beau ciel dont vous êtes la Porte. Vous êtes notre Avocate; défendez vos serviteurs, plaidez la cause de vos enfants au tribunal de Jésus-Christ, votre divin Fils. »
ix. 13
Comment la Vierge MARIE est miraculeusement apparue à plusieurs Saints, pour recevoir leur dernier soupir.
La Reine des Saints protège les Saints, au moment de la mort, plus particulièrement encore que dans le courant de leur vie; et cette protection suprême qu'elle accorde à tous ses enfants, elle la prodigue aux Saints avec une merveilleuse surabondance. C'est tout simple: ne méritent-ils pas plus que les autres ces grâces d'élite, ces faveurs spéciales, ces beaux miracles dont leur vie est comme parsemée? La Sainte- Vierge fait plus pour ceux qui ont plus fait pour elle, et elle console davantage ceux dont le zèle, dont l'amour a davantage consolé le cœur de son Fils. Les Saints sont les privilégiés de Marie, et leur mort est tout naturellement une mort privilégiée.
Quelques instants avant de prendre son vol pour le ciel, la très-sainte amie et fille spirituelle de saint François d'Assise, sainte Claire, reçut ainsi la visite de la Mère de Dieu. Marie lui apparut, accompagnée d'une multitude de vierges vêtues de blanc et toutes radieuses. Ces bienheureuses vierges se rangèrent autour de la coucho de sainte Claire, et Marie, la Vierge des vierges, s'avança vers elle avec un doux sourire, l'embrassa tendrement H inonda son cœur d'une joie divine. Ce fut dans les dou-
ceurs de cette consolation, vraies prémices du Paradis, que l'humble et pauvre servante de Jésus remit son âme à Dieu, entre les mains de Marie. Le Pape Innocent IV voulut assister à ses funérailles, et la sainteté de la vie et de la mort de Claire fut telle, que le Pape fit célébrer, à son enterrement, non l'Office des morts avec les ornements noirs, mais l'Office de la Messe des vierges, avec les ornements blancs. Sainte Claire d'Assise fut canonisée deux ans après sa mort. Encore aujourd'hui, son corps est presque entièrement conservé.
Nous avons déjà parlé de la grande servante de Dieu, sainte Lidwine, de Belgique, et nous avons dit combien, dès sa petite enfance, elle entourait la Sainte-Vierge de respects et de tendres hommages. Le jour de Pâques, le jour même de la Résurrection, le jour de la vie et du triomphe, elle eut le bonheur de recevoir une dernière visite de Jésus et de Marie. Aux premières lueurs de ce grand jour, son bien-aimé Jésus .vint à elle, comme il vint jadis à saint Antoine de Padoue et à quelques autres Saints, et lui donna lui-même les onctions sacrées qui préparent les fidèles à entrer dans l'éternité.
Elle le vit descendre du plus haut des cieux, avec sa Bienheureuse Mère la Vierge Marie, avec les douze Apôtres, et un grand nombre d'Anges et de Saints. Le Seigneur Jésus se plaça à la droite de la bienheureuse mourante ; la Sainte-Vierge se mita sa gauche ; et, autour d'eux, le céleste cortège formait une couronne resplendissante. Que cela devait être beau !
Devant elle, Lidwine aperçut alors une table couverte d'une nappe blanche, sur laquelle était posée le vase des Saintes-Huiles, avec un magnifique crucifix et un cierge
allumé, qui éclairait toute la chambre d'une merveilleuse lumière. Les saints Anges découvrirent l'un après l'autre les membres de ce corps virginal que de si longues et de si douloureuses infirmités avaient mûris pour la gloire; et au milieu d'une splendeur qui ne lui permettait pas de s'apercevoir elle même, Lidwine vit le Seigneur Jésus, plein de grâce et de majesté, revêtu des ornements sacerdotaux, s'approcher d'elle et lui faire les onctions, comme les prêtres le font en pareil cas.
Puis Jésus, prenant le cierge mystérieux, le lui mit dans la main droite, et le soutint, de concert avec la Sainte-Vierge. • 0 mon très-doux Seigneur, lui dit alors la bienheureuse, daignez, je vous en supplie, si bien remplir la fin de ma vie des douleurs de votre Passion, qu'au sortir de la prison de mon corps, je sois admise immédiatement à contempler votre face adorable,, sans passer par le Purgatoire. — Ma fille, lui répondit le Seigneur, ta prière est exaucée. Dans deux jours, tu chanteras, avec les vierges, tes sœurs, l'éternel Alléluia dans le royaume de mon Père. » Et la vision disparut. Mais le bon Ange de la chère petite Sainte demeura visiblement auprès d'elle jusqu'à la fin, l'aidant à saintement souffrir et s'entretenant avec elle comme un ami, comme un frère avec sa sœur.
Son confesseur Jean Walter vint la voir dans la matinée, et trouva sa chambre embaumée d'un parfum si suave, si extraordinaire, qu'il en était comme tout enivré. La Sainte lui raconta tout, et il l'aida à bénir de plus en plus et Jésus et Marie. Elle expira doucement, le mardi de Pâques, 14 avril de l'année 1433, à l'âge de cinquantetrois ans.
Une autre vierge, sainte Opportune, du diocèse de Séez, en Normandie,, eut le bonheur de mourir également entre les bras de la Très-Sainte Vierge. Elle était sœur de saint Chrodegan, Évêque de Séez, martyrisé par un impie, qui avait usurpé son siège épiscopal. Elle était Supérieure d'un fervent monastère qu'elle avait fondé.
Le jour de sa mort, sainte Opportune, accablée de souffrance, mais d'autant plus unie à Jésus-Christ parla prière et par l'amour, vit tout à coup sa cellule toute remplie de lumière et parfumée d'une odeur surnaturelle. Au même instant, elle vit venir à elle sainte Cécile et sainte Luce. «Je vous salue, mes sœurs, leur dit joyeusement Opportune. Quel ordre m'apportez-vous de la part de la glorieuse Vierge Marie, Reine des cieux et Vierge des vierges? — 0 très-noble épouse du Christ, chère Opportune, répondirent ensemble sainte Cécile et sainte Luce, l'immaculée Vierge Marie attend ton arrivée, afin de t'unir éternellement dans le ciel à son divin Fils, que tu as aimé de tout ton cœur sur la terre. Couronnée de gloire, tenant en main la lampe allumée, tu vas aller au devant de l'Époux et de l'Épouse, au-devant de Jésus et de Marie. »
Ravie de joie, la servante de Dieu fit avertir les prêtres et célébrer le Saint-Sacrifice. Puis, elle demanda les derniers sacrements; et pendant qu'elle chantait les louanges de Dieu, en union avec le Clergé et toutes les Religieuses du monastère, pressées autour de sa couche, elle s'écria, en regardant du côté de la porte : «Voici ma Souveraine, voici la Bienheureuse Vierge Marie qui vient à moi. Mes chères filles, je vous recommande à sa
protection ; car désormais je ne vous verrai plus en ce monde. » Elle étendit les bras, comme pour embrasser la Mère de Dieu ; et c'est dans cet élan d'amour qu'elle expira, pour aller vivre avec le Christ dans les siècles des siècles. — Le récit de cette sainte mort nous a été laissé par saint Adelin^ Évêque de Séez.
Encore un exemple de ce souverain amour de la Vierge Marie pour les Saints de Jésus. Saint Gaétan de Thienne, sur son lit de mort, était embrasé des feux du divin amour, et soupirait ardemment après le moment où il lui serait enfin donné de posséder son Dieu pour toujours. Il eut alors une vision pleine de douceur: la M,pre de Dieu lui apparut, tout éclatante de splendeur et environnée de Séraphins.
Pénétré de respect, Gaétan ranima ses forces défaillantes et s'inclina devant la Reine du Paradis. « Très- Sainte Vierge Marie, dit-il, daignez me bénir. — Gaétan, lui répondit-elle avec douceur, sois béni de mon Fils, je viens à toi pour te conduire avec moi au Paradis, et pour récompenser par ma présence la sincérité de ton amour. Que la majesté de ma grandeur royale n'altère en rien ta filiale confiance. Mon bien-aimé, je suis ta Mère. Tu es mon fils parla grâce, puisque je suis la Mère de Jésus, qui t'appelle son frère. »
A la vue d'une si grande faveur, et d'une marque si insigne de l'amour de Marie, saint Gaétan demeura comme hors de lui ; si bien qu'on le crut mort. Mais il vivait encore, et avait à soutenir intérieurement un dernier et terrible assaut de l'ennemi du salut. Grâce à l'assistance de la glorieuse Reine des Anges, il triompha pleinement ; et après cette épreuve suprême, Marie
ordonna aux chœurs angéliques d'accompagner l'âme victorieuse de son serviteur jusque dans les oieux. Elle voulut elle-même dotnner à Gaétan le signal bienheureux du départ, en lui disant : « Gaétan, mon Fils t'appelle. Partons, dans la paix du Seigneur. »
Ainsi meurent les Saints. Ils ont vécu tout en Jésus-j Christ : ils meurent en Jésus-Christ. Ils ont vécu pour la Sainte-Vierge: ils meurent dans les embrassements maternels de la Sainte- Vierge. Ils ont vécu dans la crainte de Dieu: ils meurent dans sa paix et dans son amour.
Mon enfant bien-aimé, soyons saints ; il n'y a que cela de bon,- de nécessaire ici-bas. Préparons-nous une bonne éternité par une bonne mort; préparons-nous une bonne mort par une bonne et sainte vie. Pour cela, allons à la Vierge Marie, allons à notre Mère. Aimons-la, servonsla fidèlement, en étant de vrais Jésus par l'humilité et la douceur, par l'innocence, la pureté et l'horreur du péché, par la mortification; en un mot, parla pratique de toutes les vertus évangéliques.
Elle a déclaré elle-même à sainte Brigitte qu'elle n'abandonnerait jamais ses vrais serviteurs: « Je vois 'leurs peines et leurs travaux, lui dit-elle ; je les visiterai au moment de leur mort et je les introduirai avec moi au céleste séjour. »
0 Sainte-Vierge, c'est dans cette douce espérance que je veux vivre et mourir!
Belle Prière de saint François de Sales