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RAPPORT SUR LES ANNALES SCIENTIFIQUES DE L'ÉCOLE NORMALE

11 juillet 1859.

Monsieur l’Inspecteur général,

L'objet de ce Rapport est d'appeler votre attention sur l'utilité de la fondation d’un recueil destiné à réunir dans l’ordre des sciences les travaux des anciens élèves de l’École. Ce recueil admettrait également les travaux des maîtres de conférences, lors même que ces derniers n'auraient point fait partie de l’École à titre d'élèves. IL pourrait être appelé : Annales scientifiques de l'École Normale (2).

Cette publication offrirait de nombreux avantages. L'École Normale, et avec elle l’Université, marqueraient leur place dans le mouvement scientifique. Le nom de l’École serait porté dans toute l’Europe savante. Nous compterons parmi les grands établissements scientifiques de la France au même titre que l’École Polytechnique, le Muséum d'Histoire naturelle, l'École des Mines, l'Observatoire qui ont senti depuis longtemps la nécessité de réunir leurs travaux respectifs dans des publications spéciales. Les mémoires des professeurs sortis de l’École Normale vont enrichir des recueils étrangers à l’Université, et la gloire commune dispersée ne s’offre aux yeux de personne dans son unité et sa force. À peine si nous connaissons nos illustrations et si nos illustrations se souviennent de nous. L'esprit de corps, si différent de l'esprit de coterie, nous est inconnu. Nos traditions n'existent pas, il n’y a jamais eu de moyen de les fixer.

Plus j'ai étudié cette question, Monsieur l’Inspecteur, plus je m'y suis attaché, plus je me suis vu encouragé à vous la soumettre.

L'exemple seul des autres établissements scientifiques suffirait à

1. Tiré des Archives de l’École Normale et reproduit in : C. Bouczé : L'École Normale supérieure (loc. cit.). [Note de l’Édition.]

2. La publication de ces Annales a été commencée en 1864 par Pasteur, continuée de 1872 à 1882 par Sainte-Claire Deville, de 1883 à 1888 par H. Debray, de 1889 à 1900 par Ch. Hermitte, de 1901 à 1917 par G. Darboux. Depuis, un comité composé de maîtres de conférences de l’École en assume la direction. Depuis 1890, ce sont surtout des mémoi:es de mathématiciens qui y sont insérés. (Note de C. Bouglé.)

éloigner toute hésitation (1). L'École Polytechnique n'avait que quelques mois d'existence lorsque parurent, en 1795, les premiers cahiers de son journal continué jusqu’à nos jours. Cette publication, fort estimée es géomètres, ne renferme depuis un grand nombre d’années que S travaux sur les mathématiques. Le recueil de l’École Normale rirait un intérêt plus général. II comprendrait des mémoires de ithématiques, de physique, de chimie et d'histoire naturelle, c’est-àde toutes les sciences enseignées à l’École et dans les établisseits d'enseignement secondaire et supérieur.

A l’époque où le Muséum d'Histoire naturelle reçut, avec son nom, rganisation qu’il a conservée depuis, les professeurs de cet établisent entreprirent une publication qui eut un grand retentissement, t pendant les trente premières années de ce siècle, alors que ce reil faisait connaître au monde savant les études cristallogra-

ques de Haüy, les recherches zoologiques et dinuos. de ivier, les développements des familles naturelles de Jussieu. L'École des Mines a eu son journal dès sa fondation; et lorsque Jbservatoire prit, ces dernières années, un nouvel essor, sous la tion laborieuse et Iéconde de M. Le ré le nom de ce bel

à a-t-il à craindre que l École Normale ne puisse alimenter un recueil alogue à ceux dont je viens de parler ? Poser une telle question, c’est

est une pépinière de savants. Il suffit de consulter les journaux tifiques de ces dix dernières années pour s’assurer que les anciens

nt, Hébert, Nerdet, Lovy, Lissajoux, Puiseny, Briot, Rouquet, etc. s recherches de MM. les maîtres de conférences serviraient ièérement à enrichir les es " l'École. Le Dour n ou

de Pasteur », par René Vallery-Radot (Paris, Hachette éd., p. 132) : « Le Muséum vire naturelle n’a-t-il pas puh‘ié jadis des Annales ? L'École des Mines n'a-t-elle pas eu, , un Journal des sciences? L'École Polytechnique n'a-t-elle pas également publié, en ses cahiers, et dans certains de ces cahiers, ne s'est-elle pas fait honneur des leçons de smatiques données, pendant les premiers mois de 1795, à l’amphithéâtre du Jardin des s, par Laplace et Lagrange, lecons destinées aux premiers néophytes de l’École Nor- ?» (Note de l'Édition.)

La nature des travaux qui seraient admis dans les Annales scientifiques de l'École est tout indiquée. On n’y verrait figurer rien qui ne fût utile, sévère, honorable pour l’École et l’Université. « I1 ne faut dans des recueils de ce genre, disait Cuvier, que ce qui concerne un intérêt durable, ce qui, une fois consigné par écrit, demeure comme partie intégrante de la science. »

Le premier volume commencerait utilement par une courte notice historique sur l’enseignement scientifique de l’École.

Il serait peut-être désirable également que les premiers voluntél empruntassent quelque chose à la gloire de la première École Normale, que l’on y vit figurer, par exemple, les admirables leçons de Laplace et de Lagrange. Elles ont été composées spécialement par ces grandes illustrations de la science pour former de futurs institutéurs de la jeunesse. Bien des passages de ces leçons en témoignent, et l’enseignement peut y aller puiser les plus utiles conseils.

J'espère, Monsieur l’Inspecteur général, que le projet dont j'ai l'honneur de vous entretenir sera en quelque chose conforme à vos vues généreuses et au brillant avenir que Son Excellence M. le Ministre réserve à l’École. |

Agréez, etc. L. PASTEUR.

SUR L'UTILITÉ D'UN RECUEIL AYANT POUR TITRE : ANNALES SCIENTIFIQUES DE L'ÉCOLE NORMALE (!)

28 avril 1863.

Monsieur l’Inspecteur général,

La plupart des établissements scientifiques de Paris, l’École polytechnique, l'École des mines, l'École des ponts et chaussées, le Muséum d'histoire naturelle, l'Observatoire, le Conservatoire des arts et métiers, ont institué des recueils périodiques destinés à la publication des travaux les plus importants sortis des mains de leurs maîtres ou de ceux de leurs anciens élèves qui marquent dans le progrès des sciences. Je nourris depuis longtemps l’idée de la fondation

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