Oeuvres
D'Harlevillc, non pas Harleville sans la parUcale, eomme l'a mis Aiidrieux au devant de TtSâUJoa qu'il donnall, en igI8, des œuvres de son ami, et comme l'écrivent, d'après Andrieui, les plus récents bhjgraphea de l'auteur du Vieux Célibataire.
L'nmitié peut quelquefois fitre mal inspirda ; elle se trompe, par exemple, lorsque vis-à-vis d'un nom, qai est une glaire, elle se croit en droit d'y changer quelque chose, eons prétexte d'une inrormation plus exacte, et corrige la célébrité.
Si encore l'exactitude était bien réclie ; mais ici elle n'est qu'apparente. Oui, sans doute, Colliu d'IIarleviltc a sauvent sigrné Lolliii Harleville, il a même fini par ne plus signer autrement; mais il avait commencé par signer avec la particule, ou plutôt il avait commencé par signer Collin tout court, du nom de son père, et c'est ainsi qu'il s'est nommé sur pièce : L'Iueonsiard, comédie en cinq i Paris, PrauU,.17Se, in-S.
Sur la brochure do l'Optimiste, le n tnient ensemble trois Collin, se troave par le nom d'un petit bien de campagne appartenant au père : L'Ofitimiile ou rhomme co'iient de tout, comédie et cinq actes, en vers, représentée pour la première fois svr le Théâtre-Français, te la février 1788, et devant Leurs Majestés, le Ï5 du même mois, par Collin d' Harleville.
La particule n'avait rien de nobiliaire, elle était le seul lien grammatical qai unisse le nom de la propriété à celui du propriétaire; mais lorsque )e de devint suspect et dangereux, Collin d'Harleville
VI NOTICE SUR COLLIS u'HARLETaLB.
le supprima, comme &t la noblesse. L'ayant une Tois supprimé, 11 ne le reprit pas dans ai correspondance □rdlDaire ; touterois il ne publia rien qni ne porlit lit mSme signature que ÏOptimitte, et réditioD de son Théâtre, danndo par lui-même au public en 1805, est signée Collin d'IlarleriUe.
Collin d'HarlBTillQ est donc son vrai nom d'écrivain, celui qu'a consacré le succès, celui qui do deui nome rapprocliés n'en Tut plus qu'un, léger, coulant, prononcé d'un seul Irait, grice ^ la particule. Avoir retranché la particule, sicen'eat pas l'avoir tout à fait défiguré, ce nom bien connu, c'est toujours l'avoir alourdi et déshonoré, comme un vers Taui, par un malheureni liialus ; mauvais procédé via-à-ïis d'un versificateur aimable.
Hais, avant d'arriver k notre Collin d'Uarlevi lie, nous en sommes tout simplement au petit Collin.
Collin — Jean-Francois de ses noms de baptême — naquit à Hévoisins, près de Mainienon, dans le département d'Eure et- Loir, le 30 mai I7&6.
Son père, Martin Collin, avait Tait ses études de droit, il avait même eiorcé la proresslon d'avocat au bailliage de Cbartrea ; mais il se iasaa vite des dossiers et du barreau. L'herbe est si haute et si verte daDi lei grandes pralriea de la Beauce 1 les cbampi l'attiraient, il se fit cultivateur, architecte et Jardinier; il achat de la terre !t droite et à gsuclte, douze arpents à Mévoisins, où il EOnstrnisit la maison de familla, quelques arpents encore II Harleville et ailleurs. C'était un patriarche. Il avait aussi sa petite tribu i onze enfanta, dont trois ne firent que se montrer à la vie ; les huit autres, deux gardons et ali filles, alteigairent l'ige mûr. Collin étaitle huitième des onzo. Pour distinguer celui-ci desantres Collin, le père, suivant l'usage du temps, lui fit un surnom du nom d'une de ses propriétés, la terra d'Harleville ; quant à lui, Martin Collin, comme il n'était pas un cultivateur de l'ordre commun, qu'il avait la connaissance et la pratique des affaires, qu'il était un arbitre naturel et un conciliateur écouté dans le pays, on l'appelait toujours avec respect M. l'avocat.
Le maréchal duc de Noailles, possesseur du beau château de Haintenon, faisait un cas particulier de Hartin Collin. Il le recevait cordialement, lorsque celui-d venait au cljtteau; il ne dédaignait pas de lui rendre visite, et lai avait donné droit de chasse sur ses terres. La table, h Mévoisins, était donc toojours fonmie de gibier,. et la maison, pleine d'enrants, était toujours pltine de joie.
Mais enfin, tout passe, b commencer par l'heurease enfance. Si peu que l'on doive apprendre d'abord, le moment de l'étude arrive, et c'est bien vite. M. Collin le père se souvenait trop bien d'avoir porté la robe pour ne pas vouloir que Jean-Franfois se Rt
NOTICE SUB COLLIN D UAttLEVILLE. Vil
inscrire il son tour snr le Ubleaa de l'ordre. Il b' agissait donc de débuter par l'école ; mais y aTait-il seulement une école W hameau] de Mévoisinsî On peut en douter, quand on volt la grand'mère du petit Collin, madame Artérior, qui demeurait k Chartres, prendre chez elle l'enrant de cinq ou six ans, et lo placer dans une Acole tenue pnr des Frères de la doctrine clirâ-
Dire que le petit ColUn adorait sa grand'raère, ce n'est psa seulement dire qu'il était reconnaissant, c'eit dire nnsd que s* graDd'mèro était bien bonne pour lui. Dire qu'il garda toqjoiira h ses maîtres le plus affectueux souvenir, et que durant tonte sa vie il ne rencontrait pas un Frère de leur ordre sans lui Ater respectueusement son chapeau, ce n'est pas seulement dire qu'ils ayaient été doux à son enrance, c'est dire aussi qu'il avait été un bon écolier. On n'aime guère b se rappeler l'école que quand on s'y est attaché par les premiers contentements du succès.
Le petit Collin était courageux. L'hirer, quand le matin est encore de la nuit, tl partait de chez sa grand'mère la lanterne à la main, et se piquait d'arriver avant tout le monde k la porte de la classe. Il sut bicnlût lire comme les enfants précoces qui devinent les mots sans les épcler. Il apprit k écrire de cette bonne écriture, bien nette et bien lisible, dont il devait un Jour se faire une ressource et recopier si lestement ses ouvrages. En attendant, ses beureuBei dispositions, son aptitude au travail lui étalent déjà comptées, et il obtenait une bourse, grAce à laquelle, quittant Chartres pour la grande ville, il arrivait ici faire ses études au collège de Lisieux.
Quoiqu'on aoit généralement assez prévenu contre les ■nccfts seolaires et que, ponrcertains élËves en effet, la suite do la vie confirme la parole évangélique: les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers ; il est plus sûr néanmoins d<3 débuter par le premier rang, et le nombre est plus considérable de ceux qui s'y maintiennent que de ceux qui y remontent. Collin était de ceux qui prennent naturellement leur place aadessus des autres. Telle qu'il avait eu la sienne à la petite école de Chartres, telle il la retrouva à Paris ; mais bienlOt un malhoureui et presque tragique accident vint arrêter ses études. Un jour que c'était à lui de faire la lecture pendant le dîner, le dîner fini, — pour les autres — comme il descendait rapidement de la chaire, il fit une chute si terrible qu'on le crut d'abord tuâ du coup. On le releva dans un état désespéré. Il y eut consultation de médecins. L'arrêt prononcé ne lui laissait que cette triste alternative : la mort on la folie ; il en appela toutefois, et après six mois de séjour dans sa famille, il rentrait guéri à son collège.