‹ ŒuvresChapitre 3 sur 429 · NOTICE SUR COUIN D HARLEVILLE. XI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR COUIN D HARLEVILLE. XI

qnittar Puis Eur-le^bamp et de rentrer su giron de la fiiinille. 11 se Bonoiit ; il dit adieu à U Petite rue des Anglais ; mais il ne retourna pas à HËtoiiina, il revint k Cliartres, chez la bonne maman Artérier qui l'y accueillit encore avec joie.

Quant au reste des siens, an lieu de tuer le veau gras pour le retour do l'enfant prodigue, tes bonnes gens n'apprêtaient à lui faire manger, comme on dit, de la vache enragée. Malgré la robe d'avocat qu'il avait prise, — et qu'il portait assez mal, de ion propre aveu, — le plus honn6temeiit qu'on en usït avec lui entre parents, c'était de le traiter de fou, de mauvais sujet et de fléau de la famille. Le pauvre poËte, doux et résigné, ne râlait pourtant pas si bien qu'il ne méditit une vengeance secrète, c'était une comédie satirique, intitulée Un PoéU en province. Il l'avait faite. On peut juger qu'il avait étudié ses personnages sur le vit. I.e sot le plus caractérisé de ta pîAco était un de ses cousins qui lui disait: Tu fais donc des vers, tel, Harlevaieï Des vers ce sont des gU'Uola (les vers du fruit, langue rustique).

rravail-il pas également mis en scéno sa Tieille bonne d'enfant, cruelle aussi, mais par bonté, la pauvre Monique qui le conjurait de renoncer II la comédie, et do brûler son manuscrit do T/nconitant, pour le salut de son ime ?

Collin ne brûla pas T Inconstant, encore qu'il efit été tenté plus d'une fois de faire ce plaisir à Monique ; mais il brûla le Poète en province, afin de n'affliger ni Monique ni personne.

Cependant Qcsalles teoait toujours le Jeu de son ami et s'obstinait à forcer la chance en sa faveur. Avec cette bonne grice qu'il avait à se présenter, il était partout le bienvenu, et ne s'ouvrait toutes les portes que pour introduire Collin à sa suite. Collin venait quelquefois à Paris, Desalles profitait de ces petits voyages pour le conduire, soit cbez Mole qui devait Unir par accepter le rôle deFlorimond, hien que le personnage n'eût rien d'un perslffleur et d'un pelit-raaltre, — soit chez Dalembcrt, le secrétaire perpétuel de l'Académie fran^aiso, lequi^l s'eicusa sur ses nombreuses occupations de ne pouvoir lire la pièce, ^ soit chei Diderot qui avait toujours le loisir d'être bon et qui dit aftectueusement k l'auteur après avoir lu sa pièce ; » Il y a là dedans du talent, il y en a beaucoup. Les vers sont faciles, bien tournés ; stylo comique ; mais une action faible ; cela n'a point de corps, point de soutien ; c'est une pelure d'ognon brodée en pailletits cTor et iPargeni. »

Du reste, ^oute Andrteux qui cite les paroles de Diderot, il tut d'avis que la pièce devait être représentée, et qu'elle aurait du succès.

A la condition d'étro représentée, bélaaimaia, pour arriver lï, il Dp fallait pas moins que l'intervention des dieux propices. Les

xrt NOTICE SUR COLLIN D'HARLBVILLE.

dieux ; mirent U main. Madame Campaii d'un cAté, le duc de Duras de l'auire, on obtint de la reino qu'elle demandât T/nconslani, pour les spectacles de la conr, et l'iaconttant fut joué, an moU de mars USi, sur le petit tliéàtre de Versailles.

L'enfant prodigue, convaincu d'impénitence avec éclat, n'eut pas le courage de sa rechute, et n'osa paa assister ï ta repréaentaUon de aa comédie.

En fin de compte, Collin était auteur déclaré ; sa piÈco BTÙt été représentée devant le roi et la reine, ce qui n'était pas un médiocre prestige, il fallait en prendre son parti. Collin Jeta la robe aux buissons et revint ï Paris pour retoucher le troisième acte do rinconslani ; cette fois néanmoins ce ne fut pas chez madame Raclot qu'il descendit. H alla demeurer, d frais communs, avec son ami Lefèvre, l'helléniste; et, comme son père l'abandonnait à son mauvais génie, en attendant que le théâtre lui servit d'autres revenus, il gagnait, plus ou moins, ses quarante sous par jour à faire des copias. Triste fuçon de vivre de sa plume.

Entre la représentation de l'bicortsiatii, à Versailles, et la première représentation de la pièce, i Paris, il ne s'écoula pas moins de deux ans. Pendant ce temps-là l'ouvrage s'était encore accru de deux actes. Pendant ce temps-lii aussi M. Collin, le pËro, était mort. Il ne vit pas le succts de son flis, succès qu'il lui avait pardonné d'avance ; et ce fut un grand regret pour Collin ; aussi, lorsque, deux ans plus tard, Il remporta sa belle victoire de COplimUte, il voulut que fa famille entière partageât son bonheur avec lui. Sœursetcousines, — ilon avait beaucoup, — il les Ht toutes venir deux !i deux, en les défrayant du voyage, et, i Paris, ce fui le spectacle dans tous les théâtres, des parties do campagne dans tous les environs, des cadeaux, des dîners commandés en bon lieu ; presque tout le bénéfice do VOptimistf.y^iaBi. Du reste il avait déji en perspective les Châteaux en Espagne ; c'était In moins qu'il eût lui-ra&me sa petite vision 11 la façon do d'Orlange ou de Pcrrette et qu'il escomptât aussi le produit du fameux pot au lait : d'autant plus que sa cliimére s'appuyait aur de bonnes réalités, son talent, plus deux véritables succès garantissant le troisième.

Il y eutpourtaot d'abord un caillou sur le clicmin. Les quatre premiers actes des Châteaux en Espagne furent trouvés charmants. Franchise et limpidité du vers, gaieté, verve amusante et ce lumij>eui de l'esprit <|ui rappelait alors la flamme de Rcgnard, tout avait mis le feu au parterre ; mais le cinquième acte avait un peu pâli, et le public s'était refroidi dans la mSme mesure. Collin d'Harieville sa l'avouait — je dis Collin d'Harleville, le nom était tout & fait adopté et la particule, en passant par la conr, devenue presque nobilialra— , Collin d'Harleville avait bien senti

NOTICE SUR COLLIH d'haRLEVIUA. XIII

fléchir le dernier acte, et c'était sur l'effet de es dernier acte qu'il interrogeait tous ses amis, aprÈs la pièce. Taui les amis s'empressaiont de répondre par des éloges. Desalles eut le courage de lui dire franchement que le dernier acte était manqué; mais aussi, dn infime temps, il lui donna l'idée d'un plan noureau qne Q>11in d'Harteville accepta sans fausse bonté, comme il avait accepté d'Andrieni une première scène pour le second acte de ['O/jlimiUe. Mole consentit à effacer de sa mémoire le cinquième acte originaire pour le remplacer par on autre. La seconde représentation fut ajournée. Treize jours plus lard, le rideau se relefait, le cinquième acte était entièrement remanié, les raies étaient sus et le succès allait Jusqu'au bout sans faiblir.

Cependant !a fatigue, un oicès de travail, les combats de la vie littéraire, les émotions même du succès altéraient depuis quelque temps sa santé. Quand vint l'été de IT89, il fit une maladie sérieuse dont le tirèrent les soins dévoués de sa sœur Julie et le docteur Doublet, de Cliartres, inflciible à' lui prescrire l'abstinence de travail la plus sévère. Malgré tout, la convalescence traînait en longueur ; le malade — il était toujours alité — restait taciturne. A ses meilleurs amis qui venaient pour le voir, il répondait par monosyllabes, et leur présence semblait lui filre importuno. Un jour enfln, il retrouva la parole ; ce fut pour confesser b Andrieux qu'il avait pécbé par désobéissance, et, prenant la main de son ami, i! lui fit toucher sous le drap une quantité de feuilles de papier de toute grandeur, les brouillons d'une comédie en cinq actes, La comédie achevée, Col lin se leva guéri, et l'œuvre coupable qui avait opéré cette cure merveilleuseétait précisément son chef-d'œuvre, le Vieux Célibataire.

Le Vieux Célibataire n'attendit pas moins de trois ans avant d'arriver h la rampe. Dans l'intorvalle, Collin d'Uarleville, licureui de renaître, de jouir de la vie et d'en jouir à l'air pur des champs, y jeta d'abord tout seul son joyeux éclat de rire: Munsieur de Crae— qui devint en 1791 le fou rire de Paris j — puis d'autres soins le distournèrent de ses doui loisirs. En 1700, comme la France républicaine se constituait en arméo civique, la commune do Mévoisins, si petite qu'elle fût, voulut avoir sa garde nationale aussi bien que les grandes villes, Collin Harievillo (Harleville cette fois) en fut élu commandant, il se Ht faire un brillant uniforme, le plus remarqué, à ce qu'il parait, de tous ceux qui parurent dans la solennité de la Fédération ; mais tout en souriant lui-même de l'élonnement flatteur que causait son costume, le citoyen-commandant d'un humble village de cent feui no remplissait pas moins sérieusement ses fonctions. Les campagnes étaient inquiètes. On parlait de bandes de brigands qui les parcouraient, Collin organisait des patrouilles et marchait ï leur tète. Gr&ce i,

XIV SOTICE SUII COLLIH D'UABLE VILLE.

Bï ferniBtô et k son bon eipHt, Hévoiains eat la bonlieur de ne CDUnittre qus psr un écbo affaibli le tnmalle des maiiTals Jours de la Dévolution.

Enfin le Vieux CWifia/aire fUt représenté; wec qoel succès I pour s'en rendre bien compte, il fiut ajouter aux élogea det contemporains la TiTacité de la diacussion et des controverses Jalouses. Il n'y avait pas à contester la Tortune de t'oavriEe: In foreo impérieuse dos itpplaudisssments s'imposait & la critique ; mais il s'agissait d'établir quel'auteuren devait ïd'sntres la meilleure part. On lui cherchait des devanciers. On tirait de l'onbli nna ancienne piËce de U comédie Italienne, la Gouvernante d'Avisse, unpeuétonnéedecetbonneurpostliume. On retrouvait encore des origines plus récentes:/? Vieux Garçon de Dubaisson, et même le Célibataire de Dorât, qui n'était pas un vieillard. Tracasserie» et contestations inutiles. Je me trompe, W n'y a rien d'inutile dans le succès. Toutes les agitations, toutes les voix s'y confondent et forment en commun l'acclamation universelle Le Yi-ux Célibataire était ce qu'on appelle aujourd'hui l'événement llttérairo du moment. Holé, dans le râle de Dubriage, mademoiselle Contât, dans celui de madame Evrard, ae surpusaient eni-mèmes par l'effet d'une ardente émulation. L'intérêt de la pièce était tout paissant. QueCollInd'HaFlevilleae fût Joué Jusque-là, comme Regnard, avec la comédie plaisante et d'action légère, c'était possible ; mais ici, il marchait sur la trace de Holiëre, il mettait la main sur le cœur de l'homme, il sondaitdes reina et des caractères, il créait des figures vivantes et arrivait, par la vérité, à rencontrer sous le rire les tristesses de la vie humaine. Le Vieux Célibataire était son Tartuffe,

Après le Vieux Célibalaire, son talent ne pouvait plus grandir Il donna sa comédie des Artistrs qui ne réussit qu'it moitié ; la public n'avait pas encore appris que dos artistes pouvaient être antre chose que de jeunes fous ; mais François- André Vincent, le peintre du Président Mole arrêté par les factieux, Dt !i la pièce un honneur qui valait tout autre succès, ce fut lui qui peignit, pour les accessoires de la mise en scène, un Tobie, avec la gravure du même Toéi'e imitée en dessin, plus un grand tableau de la Mélancolie.

En 179S, à la création de l'Institut national, Collin d'Harleville était désigné par ses succès pour y fitro admis. Il laissa faire l'opinion qui l'y porta sans qu'il se f&t présenté ; mais, à peine admis, il prit ia parole pour proposer avec chaleur la réception d'Andrieui, et ne goûta la satisfaction d'être académicien que quand il put annoncer i. son ami : Vous Stes mon confrère.

Cependant, qnelque espoir qu'eût donné sa guériaon, Collin d'Harleville ne s'était jamais entiéreineat rétabli ; ses forces ne

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