‹ ŒuvresChapitre 32 sur 429 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

FLORIHOND, CRISP1N.

FLORIVOND.

On te nomma...?

CRI3FIN, Ini^jmm «*c l'accent gascos.

La Flur, pour vous servir.

FtOBIHOHD.

La Fleur.

J'aime ce nom.

CBISPIN.

Monseu mé fait beaucoup d'honneur.

FLOHIUOND.

D'où sors-tu donc?

CRISPIN

Oé cliei un ancieu militaire.

FLOHIMOKD,

Quel homme?

CRCSPIK.

Eh mais, il est d'un fort bon caractère, Parfois un peu bizarre, à né vous point mentir ; Hais, tout coup vaille, encor je voudrais lé servir,

FLOHIMOKD.

Pourquoi l'as-tu quitté î

CRIBPIK.

C'est bien lui qui mé quitte.

PLORIMOND.

Et pour quelle raison ?

CRIBPIH.

II né mé l'a pas dite, Uonseu.

Ton air, je crois, ne m'est pas inconnu.

Hais... Quëque part aussi... je crois vous avoir vu. -

PLORIUOND.

Ehl mais...

N'est-ce pas toi?

CBISPIH.

Peul-etre.

FLOHIHOND.

Hais ouï, c'est toi, Crispin.

cntSFIN, repnunt » Toii nttnnlla.

Non pas, mon ancien matlre; Ce n'est plus lai: Crispin n'étaitpoint votre fait; Il n'était plus le mien, et je m'en suis défait.

Es-tu fou?

CRISPIN

Mais, monsieur, franchement, pour vous plaire. J'ai d'un peu de folie orné mon caractère. D'abord d un autre nom j'ai trouvé le secret. Et je me doutais bien que ce nom vous plairait. J'ai, dépouillant ma cape, et mes gants, et ma vesle, Pris d'un valet de chambre et l'habit et le geste; J'ai mis bas la bottine, et chausse l'escarpin : Vous voyez bien, monsieur, que ce n'est plus Crispin.

Le stratagème est neuf, et ne peut me déplaire.

Ûb ! vous me reprendrez : car je suis votre atTaire. J'ai senti iiue j'avais mérité mon congé. Mais je suis jeune encore : j'ai tout à coup changé De manières, de ton, et presque de visage.

PLORIHOHD.

Tant mieux.

CRISPIN

Crispin, dit-on, s'avisdt d'être sage.

Le faquin ! Oh, La Fleur est un franc libertin. C'était un buveur d'eau que ce monsieur Crispin. Le fat I La Fleur boit sec. J'ai su que l'imbécile. Valet ofBcieux, souple, exact et docile. Courait au moindre signe, el servait rondement. Patience : La Fleur est un bon garnement Qui vous fera par jour donner cent fois au diable. Uais on m'a dit encore un Irait plus pitoyable : Il se donnait les airs li'Ctre honnête homme ; fi 1

Oh I j'entends que La Fleurie soiL

Cela suffit.

3i LINCOHSTANT.

Hé bien ?

FLonmoND.

Je te reprends. Hais si tu veux qu'on t'aime, Plus de Crispin.

CHiaPIN.

. Parbleu ! n'en parlez plus vous-même. Parlons plutôt ici, parlons de vos amours. Éliante, monsieur, tous plait-elle toujours?

FLORIMOHD.

Pourquoi me rappeler le nom de cette dame î

Il m'afQige, et de plus m'accuse au fond de l'àme...

Elle était estimable, et j'en tombe d'accord...

Oh! je ne change pas, et je l'estime encor...;

El tu me fais songer que, dans ce moment môme.

Mon oncle, qui toujours suppose que je l'aime,

fait à ce sujel-I&des démarches pour moi...

Hais enfin, à mon âge, est-on maître de sot?

Que TCui-tu7... De mon cœur je suis la douce pente;

J'aime, La Fleur, j'adore une fille charmante.

CRISPIN

Bon!

FLOBIMOND.

La sceur de Valmont, que je quitte h l'instant. A tous vos traits, monsieur, jamais on ne s'attend.

FLORIKOND.

Je ne m'attendais pas à celui-ci, moi-même : Nouveau César, je viens, je la vois, et je l'aime.

Et pourrait-on savoir...?

FLORIMOND

Le voici sans détour. J'entretenais Valmont de mon nouvel amour. Tandis qu'à ses transports mon âme s'abandonne, On ouvre... J'aperçois une jeune personne... Divine : son mamtien, ses grAces, sa douceur. Tout me ravit d'abord. Il l'appelle sa sœur : Moi, j'ignorais qu'il eût une sœur aussi chère : Elle était au couvent quand je connus son frère. Elle parla fort peu, mais ce peu me suffit ; Et je répondrais bien qu'elle a beaucoup d'esprit. Le seul son de sa voix annonce une belle âme : Que te dirai-je enfin de ma naissante flamme? Elle sortit bientôt, et je l'aimais déjà.

Quoi ! ai vite ?

FLORIHOND.

n est vrai qu'un couii d'œil m'engagea. Hais, Tois-tu, cette chaîne est la mieux assortie : C'est Ifc ce qu'on appelle amour de sympathie. Souvent l'on est d'avance unis, sans le savoir. Et l'on n'a, pour s'aimer, besoin que de se voir : Voilfi comment ici la chose est arrivée.

cnispiN.

Oui, cette sympathie est assez bien trouvée.

Ce n'est pas tout encore. Ils ont quelques instants Parlé tout bas : j'admire et me tais : mais j'entends Qu'ils projettent d'aller bienlôt à la campagne : n Ahl dis-je, permettez que je vous accompagne. >' « Volontiers, dit Valmont; mais pendant quinze jours Pourras-lu te résoudre à quitter tes amours? » J'insiste, on j consent; je suis de la partie.

CRISPIN

Coarage. Allons, monsieur, vive la sympathie!

FLOniUOND.

Ah ! La Fleur, quel plaisir je me promets d'avoîrl

Pendant quinze grands jours je m'en vais donc lavoir,

L'entendre, lui parler, enfin vivre auprès d'elle 1

J'espère, je l'avoue, amant discret, fldËle,

Faire agréer mes soins, mon hommage, mes vœux,

Et peut-être obtenir quelques touchants aveux.

Je crois qu'à la campagne on est encor plus tendre,

Que d'aimer tôt ou tard on ne peut s'y défendre.

iiois, prés, fleurs, d'un ruisseau les aimables détours.

Et ce peuple d'oiseaux qui chantent leurs amours.

Tout, le cnarme puissant de la nature entière,

Pénètre, amollit l'âme, et l'âme ta plus fière.

Quand on aime une fois, rien ne distrait d'aimer :

On est tout à l'objet qui nous a su charmer.

On ne se quitte plus, comme deux tourterellei...

[Car à chaque pas, là, vous trouvez des modèles.)

Promenades, travaux, plaisirs, tout est commun ;

Et tous deux... mais que dis-je? alors on n'est plus qu'un.

Vous voilà tout rempli de votre amour champêtre! Et quelque Jour, monsieur, assis au pied d'un hêtre, Je m'aliénas à vous voir, au milieu d'un troupeau,

s* L INCONSTANT.

SoDpirer pour Philis, bergère du hameau.

Tu ria, mais j'étais fait pour y passer ma rie.

Heureux cultivateur, que je te porte cnviel

Ton air est toujours pur, ainsi que tes plaisirs;

Mille jeux innoceals partagent les loisirs.

Tu VOIS mourir le jour et renatlre l'aurore ;

Ton œit, à chaque pas, voit la nature éclore;

Ta femme est belle, sage, el tes enfans nombreux...

Non, cen'est plus qu'aux champsquel'onpeutâtre heureux.

CRISPIK,

Au moins n'espérez pas que La Fleur vous imite : Le diable était plus vieux quand il se fit ermile. Et puis, vous connaissez le bon monsieur Dolban : Dounera-t-il les mains à votre nouveau plan. Lui, qui pour l'autre hymen (car c'est vous qulle dites) S'occupe, en ce moment, à faire des visites?

Eh! que m'importe? aussi pourquoi se presser tant?

Voyez, ne pouvait-Il différer d'un instant?

Voilà comme est mon oncle ; il prend tout à la lettre :

Jamais au lendemain on ne l'a vu remettre.

Et puis il aime fort ces commissions-là,

Négociation, demande, et cxtera;

Il croit en ce moment conduire une ambassade.

Hais il pourrait venir ; et, de peur d'incartade,

Je sors, moi... liais on vient, et c'est peut-être lui.

CBIBPIK.

C'est madame Ëliante.

FLORIHOND.

Autre surcroît d'ennui.

(U pr«l« l'oreine.) C'est elle-même. Dieu 1 quel pénible martyre ! Comment l'aborderai -je, el que lui vais-ie dire ? Je lui vais dire, moi, la chose comme elle est ; Que je ne l'aime plus, et qu'une autre me platt : Je crois qu'il est affreux de tromper une femme .

(A Cri.pi«.)

Laisse -nous.

Page 1