II. DOLBAN
Comment?... tu trouves donc que trois jours sont trop FLoaiMOND. peuî...
Je trouve que l'hymen n'est point du tout un jeu, Et qu'on ne saurait trop y réfléchir d'avance.
H. DOLB&N.
Toi-mâme me pressais de faire diligence.
FLOHIHOHD.
Oui... c'est que, d'un peu loin, l'hymen a mille attraits, Hais je tremble, mon oncle, en le voyant de près.
Tu trembles 1... il est temps quand j'ai fait la demande I
Et, dis-moi. d'où te vient une Frajeur si grande ?
Eh quoi I 1 amant qui touche au moment désiré
D'être uni pour jamais à l'objet adoré
De joie et de plaisir tressaille, et tu frissonnes I
Quoi 1 l'union des cœurs, bien plus que des personne»;
IJnion dont jamais n'approcha l'amitié,
Les doux embrassements d'une tendre moitié.
D'une épouse, à la fois modeste et caressante,
fie riant avenir te çlace et t'épouvante I
Insensible à l'espoir de renaître avant peu
Dans un enfant chéri, gage du plus beau feu,
D'embrasser de tes traits une image si chère,
Tu trembles en songeant au bonheur d'être père !
Ah 1 si ce sont pour toi des maux ft redouter.
Je crains pour les plaisirs qna tu sauras goitter.
AUTB II, scèhb X. a
FLOKIHOND.
Permetlez : le périrait d'une épouse chérie
S'offre bien quelquefois à mon âme attendrie ;
Quelquefois je souris à ce groupe joyeux
De quatre ou cinq enfans qui croissent sous mes yeux,
Et je voudrais déjà d'un tableau qui m'enchante
Voir se réaliser l'image si touchante...
Hais je songe k l'instant qu'à tous ces chers objets
Je serai, par des nœuds, attaché pour jamais ;
Que ce qui fut d'abord un penchant volontaire
Bientôt Ta devenir un bonheur nécessaire :
Ce spectacle dès tors perd toute sa beauté ;
Dèslorsje n'y vois plus que la nécessilé ;
Et, puisque l'on ne peut, grftce à la loi séTère,
Sans cesser d'être libre^ être époux, être père.
Mon cheroncte, à ce pnx je ne suis point jaloux
D'acheter les beaux noms et de père et d'époux.
M. DOLBAN.
Ainsi l'on ne sent plus maintenant, on raisonne I
Par le raisonnement ainsi l'on empoisonne
La source du bonheur, des plaisirs les plus doux I
Hé bien, j'étais né, moi, pour être père, époux. .. L'aspect d'un coui)le heureux m'a toujours fait envie. Oui, l'hymen aurait fait le bonheur de ma vie ; A mon amour pour toi je l'ai sacrifié. Et sans toi, sans toi seul, je serais marié.
Mon oncle, je le sais et je vous en rends gr&ce ;
Mais faudrait-il que, moi, je me sacrillasse ?
Ce n'est pas seulement l'hymen en général
Que je redoute ici ; je crains de choisir mal.
Je le vois, Éliante est une philosophe
Qui de rien ne s'émeut, qui jamais ne s'échauffe,
Qui ne tit pas, je cage, une lois en un jour,
Et, quand H faut aimer, disserte sur l'amour.
Elle a beaucoup d'esprit, elle est sage, elle est belle ;
Hais j'ai peur, entre nous, de m'ennuyer près d'elle.
Voilà donc tes raisons 1 elles me font pitié. De mes soins c'est ainsi que je me vois payé 1 Ainsi mal à propos j'ai fait une demande : On m'a donné parole, il faut que je la rende ; Et tu viens le dédire au moment du contrat 1 Peux-(a donc à ce point me compromettre, ingrat ?
40 LISCONSTAHT.
FLOBIMOND.
Je suia mortifié de ces démarches vaines.. .
H. DOLBA».
Tu pourrais d'un seul mot payer toules mes peines : Dis seulement, dis-moi que tu l'épouseras.
FLORIHOND.
Je ne puis, ea bonneur.
H. DOLHAN.
Tu ne le veux donc pas T
PLORIMOND.
Hais guel achamemeat, mon oncle, est doncle vCtre ? Puis-je, aimant une femme, en épouser une autre 1
Oui, pour trancher d'inutiles discours, J'aime une autre, tous dis-jc, et l'aimerai toujours.
Je ne m'attendais pas à ce trait, je l'avoue : Aimer une autre ! Ainsi de son oncle on se joue 1 Quoi 1 pendant que je fais des démarches pour toi, Tu cours aux pieds d'une autre, et lui promets ta foi ! Mais, à mon tour aussi, je m'en vais te confondre : Pour la dernière fois, il s'agit de répondre : Ne crois pas qu'à ton gré je consente & fléchir. Je veux bien te donner du temps pour réfléchir ; Florimoud, dans une heure il faut me satisfaire ; Ou.. . tu verras alors ce que je saurai faire.