ACTE m, SCËI4B IX. Il
H. ÛE HOHIMVAL.
Vous ne crojez donc pas qu'il soit des maux réels ?
H, DE PLINVILLE.
Très peu.
U. DE UOHIHVAL.
Nos passions, ennemis domestiques, Ne sont donc, selon vous, que des maux chimériques ?
H. DE PLINVILLE.
Ah ! fort hien ! vous nommez les passions des maux I Sans elles, nous serions au rang des animaux. Il faut des passions, il nous en faut, tous dis-je ; Et ce sont ae vrais biens, pourvu qu'on les dirige.
Oui! dirigez l'amour!
Pourquoi non? sentez-vous Ce qu'un amour honnf^te a de louchant, de doux ? Quel plaisir d'attendrir la beauté que l'on aime, Et de s'aimer encore en un autre soi-mCme 1 De... ! J'en aurais parlé hien mieux à vingt-cinq ans, Hëlasl j'ai, sans retour, passé cet heureux temps... Mais un bien vient toujours nous tenir lieu d'un autre; 1,'amitié me console, et je bénis la nôtre.
Vous nous parlez ici d'amour et d'amitié.
De nos affections ce n'est pas la moitié :
Ne comptez-vous pour rien l'avarice sordide,
L'ambition, l'envie, et la haine perfide?
Vous, monsieur, qui peignez toutes choses en beau,
Je vous défie ici d égayer le tableau.
U. DE PLINVILLE.
Oui, ces noms sont affreux; mois les choses sont rares. Au siècle où nous vivons, il est fort peu d'avares ; D'envieux, Dieu merci, je n'en connais pas un ; La haine, enfin, n'est pas un vice très commun ; L'ambition, peut-être, est un peu plus commune; Hais, soit qu elle ait pour but les honneurs, la fortune, C'est un beau mouvement qui n'est pas défendu; Souvent, loin d'être un vice, elle est une vertu. Chaque chose a son temps ; l'enfance est consacrée Aux doux jeux ; la jeunesse à l'amour esl livrée, Et l'âge mt:ir au soin d'établir sa maison. Croyez-moi, le bonheur est de toute saison.