DR MADAME DE TERMES, AU MKME
Vous n'avez pas encore reçu ma Ici Ire, la vôfrc déchire mon cœur. Hélas! monsieur, vous tirer de peine? je ne le puis, je n'ai pas le bonheur de le pouvoir. On m'assure que si le quinzième jour se passe sans redoublement, nous n'aurons plus rien à craindra; ce jour ne commence que demain à sept heures du soir; malheureusement le courrier part le matin, il ne vous por-, lera point la nouvelle consolante, qu'il me seroit si doux de vous apprendre.
M. de Termes me protesie, me jure que cette cruelle fièvre est sans malignité, les médecins le disent aussi ; mais on me trompe peut-être? Ah I madame de Sancerre est bien mal ; sa mère est morte d'une maladie toute semblable. Son transport m'inquiète, il la fait errer sur un seul objet , elle parle sans cesse de départ, de relais, de sa terre deMondelis ; elle me dit adieu ; mon cœur se brise en l'écoutant. Eh! pourquoi l'esprit de ma pauvre amie est-il frappé de ces idées? Pourquoi parler de départ, me répéter de tristes adieux? ne seroit-ce point un présage. .. Que le ciel détourne de moi, rende vain ce funeste pressentiment. On est bien foible quand on craint. Comme la douleur abat, rend crédule ! quelquefois j'adopte les sinistres augures de ses femmes et des miennes; je pense que les approches de la mort lui inspirent ces étranges discours... Ah ! mon Dieu !... Mais M. de Termes me rassure un peu ; il vous conjure de ne pas vous effrayer, d'être plus raisonnable que moi, de vous livrera l'espérance. Je souhaite, monsieur, que vous le puissiez.
LETTRES DE MADAME DE SANCERRt. 175